‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 56 sur 240 · a Apocalypsis B. Johaonis apostoli », cap. xxi, v. i · texte numérisé non relu

a Apocalypsis B. Johaonis apostoli », cap. xxi, v. i

%. ViOLLET-LE-DuG, «Dictionnaire raisonné du mobilier français », p. i45.

COURONNE ARDENTE d'a IX-L A-CH AP ELL E.

EN BROKZB DORÉ, ÉMAILLÉ ET GRAVÉ. — Xlie SIÈCLE.

Si; comme les PP. Martin et Cahier, nous écrivions un mémoire spécial sur cette couronne *, nous traduirions et nous tâcherions d'expliquer les vers; mais la place nous manque ici et le texte latin suffira. On remarquera toutefois que cette couronne octogonale, dans un temple à huit pans, porte seize vers, deux fois huit, et qu'après le huitième vers s'arrête la première strophe, pour ainsi dire, afin de donner place à la seconde dont le caractère est tout différent. Dans les huit premiers vers, symbolisme du monument; dans les huit derniers, donation et supplication du donateur :

Celica Ihervsalem signatvr imagine tali

Visio pacis certa qvietis spes ibi nobis

111e Johanncs gralia Chrisli preco salvtis

Qvam prophelavit qvamqve prophète deniqve virtvs

Lvcis apostolice fvndavit dogmate vitam

Vrbem syderea labenlem vidit in ethra

Avro ridentem mvndo gemmisqve nilentem

Qva nos in patria precibvs pia siste Maria

César catholicvs romanorvm Fridericvs Cvm specie mvnervm cogens atlendere clervm Ad templi normam sva svmant menia fornoam Istivs octogene donvm regale corone Rex pivs ipse pie vovit solvitqve Mario Ergo Stella maris astris prcfvlgida claris Svscipe mvnificvm prece devota Fridericvm Conregnanlricem sibi jvnge svam Beatriccm

La couronne de Hildesheim, bien plus grande que celle d'Aix, a dix-huit mètres de circonférence au lieu de huit ou neuf, mais elle est surtout bien plus complète. Le mur n'a que six étages au lieu des douze de l'Apocalypse ; mais

1. «Mélanges d'archéologie et d'histoire », volume u, pages 1-6Î, planches i-xii.

il est crénelé comme un mur véritable et chaque dent de créneau porte un chandelier dont la pointe reçoit un cierge. Comme dans l'Apocalypse, douze portes, trois à chaque point cardinal, marquée chacune du nom d'un apôtre. Entre chaque porte, une grande tour, dont chacune offre le nom d'une des douze tribus d'Israël. Entre les portes et les tours, la courtine crénelée de trois créneaux. Cette courtine porte au soubassement l'inscription en douze vers où Hezilon évêque de Hildesheim, au xi' siècle, déclare qu'il fait ce don à la sainte Vierge et supplie les trois personnes divines de lui accorder toutes les vertus. Au bandeau qui porte les créneaux, autre inscription, de douze vers également, où sont donnés la description et le symbolisme de cette grande œuvre ^. Nous croyons utile de les reproduire ici, parce qu'ils sont des plus curieux et que chaque mot veut en être pesé :

4- Vrbs est svblimis rairis fabricata figvris Vndiqve perfecta fldei compagine jvncta Cvivs vestibvlo vetvs et novvs excvbat ordo Germine virtvtvm qve mire svrgit in altvm Floribvs hic vivis anima rvm cvria Ivcis Ante dei faciem divinvm spirat odorem Avctores operis toga vestit candida pacis Hos pater et verbvm cives et spiritvs horvm Vnvs et ipse régit qvi qvod svnt ipse creavit ^ In virtvte sva solis sol Ivcet in illa

Mislica discernit tenet aspicit omnia novit Et solivm regni cordis locat in penetrali

Le « cujus vestibule vêtus et no vus excubat ordo » s'entend non-seulement des tribus de Juda qui gardent les tours et des apôtres qui veillent aux portes, mais encore des vingt-quatre prophètes de l'Ancien Testament et des vingtquatre Vertus principales du Nouveau, dont le nom est gravé sur les tours et les portes.

Les prophètes nommés sont : Jérémie, Osée, Moïse, Johel, Isaïe, Abacuc, Élie, Zacharie, Daniel, Naûm, David, Sophonias, Elisée, Aggée, Nathan, TVIalachie, Job, Jonas, Samuel, Michée, Ézéchîel, Amos, Aaron, Abdias. — Les vertus sont : Abstinence, Douceur, Sainteté, Modestie, Foi, Vérité, Espérance, Paix, Prudence, Bénignité, Continence, Piété, Patience, Persévérance, Sobriété, Charité, Tempérance, Force, Humilité, Chasteté, Grâce, Miséricorde, Justice, Prudence.

i. Cet arrangement, Frédéric Barberousse Ta fait copier dans sa couronne; seulement, comme sa couronne est octogonale, il n'y a que huit vers en haut et huit vers en bas au lieu des douze et douze de la couronne d'Hezilon.

Il n'y a aucun ordre, chronologique ou moral, ni dans leg prophètes, ni dans les Vertus : Moïse est le troisième et Aaron Tavant-dernier; la Justice et la Prudence, deux vertus cardinales, sont à la fin, tandis que deux moindres vertus, l'Abstinence et la Douceur tiennent la tête; en outre, il y à deux Prudences, par erreur certainement. Mais je transcris ces inscriptions de l'ouvrage du docteur Kratz *, et comme je n'ai pas vu de mes yeux cette couronne, je ne puis rien changer à la notice allemande. Le fait important est la présence et le parallélisme des prophètes et des vertus comme des tribus de Juda et des apôtres. On dit, qu'outre les inscriptions, des statuettes en argent de ces fils d'Israël et des apôtres, de ces prophètes et de ces vertus habitaient les tours et les portes, chacune précisément au-dessous de son nom ; c'est possible, c'est probable, mais pas certain, et il n'en reste d'ailleurs aucune trace.

Les tours, emblèmes de la force, sont occupées par les personnages de l'Ancien Testament, où la force domine; mais aux portes, toujours ouvertes, et qui donnent accès dans la cité céleste, sont préposés les apôtres de Jésus- Christ, les premiers ministres de l'Évangile, qui est la loi de grâce.

Le système d'éclairage était celui-ci : l'huile d'olive dans les lampes, la cire d'abeilles dans les cierges. Les lampes, au nombre de trente-six, dont douze grosses et vingt-quatre petites, occupaient les douze grosses tours et les vingt-quatre petites tourelles qui flanquent, deux à deux, chacune des douze portes. Les cierges, au nombre de soixante-douze, sur chacun des soixante-douze créneaux, s'espacent, trois par trois, entre chaque tour et chaque porte. Ainsi, en total, cent huit lumières brillaient sur cette couronne, comme cent huit diamants du feu le plus vif. On peut le dire, à distance, ces lumières si rapprochées devaient se confondre, et le disque apparaissait aux yeux comme une fournaise ardente, semblable, sous quelques rapports, à celle du globe solaire. Cette, partie de l'inscription était donc matériellement réalisée : solis sol llcet in illa.

Un phare de cette puissance et surtout de cette beauté est comparable, dans son genre, aux grandes roses historiées de verres peints qui brillent dans nos cathédrales, couronnes de lumière aussi et couronnes verticales en forme de nimbe. J'ignore ce que les religions antiques ont fait pour la lumière, mais je suis bien tenté de croire qu'elles seraient aveuglées en présence de l'éclat éblouissant de l'art chrétien.

Il faut espérer qu'avec la renaissance de l'art du moyen âge renaîtra aussi

1. Kratz, « Der Dom zu Hildesheim». In-8% Hildesheim, 1840, p. 80.

le système ancien de Téclairage. Déjà des tentatives heureuses ont été faites, surtout par M. Abadie, architecte du gouvernement, dans l'église Saint- Front, cathédrale actuelle de Périgueux ; mais il faut mener encore plus loin la résurrection du passé, et reproduire dans nos grandes églises cathédrales ou ex-abbatiales, les couronnes lumineuses qu'on y voyait autrefois, comme aux abbatiales de Cluny et de Saint-Remi de Reims, comme aux cathédrales de Toul et de Bayeux. Au-dessus du chandelier à sept branches, il faut lancer dans le ciel de nos églises ces couronnes de lumière qui en étaient comme le soleil et la lune, et je m'estimerais heureux si j'étais appelé à pétrir en bronze ou à battre en cuivre l'un de ces météores où reluisent les « figures » de l'Ancien Testament et les réalités du Nouveau. Ce serait une gloire que de reconstruire cette céleste Jérusalem !

Un appareil plus simple de lumière est celui de la lampe ordinaire dont l'un des plus jolis modèles est le suivant qui est suspendu, aujourd'hui encore, dans la chapelle du palais municipal de Sienne. Une lampe se place dans l'intérieur et projette sa lumière par les petites fenêtres ogivales et géminées du joli meuble. Sur la pointe qui sort du plateau final ou de la bobèche, on implante un cierge, gros et élevé. Ainsi, dans celte lampe, on brûle à la fois l'huile et la cire, comme dans les couronnes de lumière.

59. — LAMPE SUSPENDUE, POUR l'hUILE ET LA CIRE. — XIV* SIÈCLE.

A LA GHAPELLB DU PALAIS XDNICIPAL DE SIBNKK. — HAUTEUR, I MÈTRE.

Outre ces lampes et luminaires fixes, il faut des lampes portatives, c'està-dire des lanternes, soit pour accompagner lé viatique qu'on va donner aux malades, ou suivre les morts que l'on conduit au cimetière, soit pour faire honneur au Saint-Sacrement et aux reliques qui se portent dans les processions intérieures et extérieures.

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