VII. — BÉNITIERS FIXES ET PORTATIFS
Avertis par le son des cloches, les fidèles entrent dans l'église pour assister aux offices. A la porte, est fixé ou attaciié le bénitier où chacun puise une goutte d'eau qui lave le front et purifie Tàme. Les bénitiers anciens sont fort rares, et il n'est pas même certain qu'il en existe. Autrefois, surtout en Orient, avant de pénétrer dans l'église, on se lavait les pieds, les mains, la tête dans un bassin placé à l'entrée, mais hors de l'église; cette coutume, qui persiste encore dans la Grèce, au moins en partie, dut être abandonnée de bonne heure dans nos pays froids.. Nous marchons pieds chaussés et nous n'avons pas besoin, par conséquent, de nous les laver comme font les Orientaux qui marchent si volontiers pieds nus. Nous avons une activité qui ne nous pennet pas de nous attarder à nous purifier longtemps, surtout en hiver, avant de pénétrer dans l'église. Au baptême, nous avons abandonné l'immersion pour la remplacer par l'infusion ; une seule goutte d'eau sur la peau suffit pour la validité du sacrement, et nous avons rejeté l'usage, fort gênant du reste, de nous laver dans des flots. Si, pour le baptême, le premier des sacrements, on a simphfié l'ablution à ce point, et depuis longtemps, à plus forte raison pour l'ablution ordinaire.de l'eau bénite, qui n'est pas sacramentelle. Je suppose même que la cérémonie de l'aspersion qui s'accomplit avant la messe, dans beaucoup d'églises latines , a été introduite pour remplacer l'ablution plus complète de l'Église orientale. Les fidèles sont réunis ; le prêtre, qui va officier, sort de la sacristie en aube assujettie par l'étole croisée; Taspersoir en main
4. alQventaire de Saint-Paul de Londres», cité par M. de Laborde, «Notice des émaux», deuxième partie, « Glossaire », page 246.
et suivi d'un clerc qui porte le petit bénitier où il pourra prendre de Teau de temps à autre, il répand quelques gouttes sur l'assemblée. La cérémonie terminée, le bénitier portatif était probablement placé à l'entrée de l'église pour que les retardataires pussent, du bout du doigt, y prendre une goutte et la porter à leur front. Si cette explication concorde réellement avec les faits, il ne faudra pas s'étonner de la rareté ni même de l'absence des bénitiers fixes anciens; d'ailleurs, les bénitiers portatifs, qui nous restent nombreux aujourd'hui, seraient devenus temporairement des bénitiers fixes après la cérémonie de l'aspersion. Cependant, à la renaissance, et peut-être dès le xiv*' siècle, surtout en Italie, le bénitier fixe est distinct du bénitier portatif. A Pistoîa, dans San-Giovanni-Forcivita, il existe un bénitier fixe, en marbre, porté par les trois Vertus théologales, et placé à l'une des entrées intérieures de l'église; à Santa-Maria-Assunta de Torcello, j'en ai trouvé un autre analogue et porté par quatre personnages assis, qui m'a paru dater du xiii* siècle; j'attribuerais volontiers à la même époque celui de Pistoia. Le suivant est italien .aussi, et dans la chartreuse de Pavie, mais il date du xvi* siècle seulement. Du reste, c'est un beau modèle, plein de grâce et de noblesse. Il est en marbre, mais il peut s'exécuter en métal; ses petites dimensions, 50 centimètres de hauteur sur 20 de largeur, permettent parfaitement de le convertir en bronze, ce que nous faisons en ce moment même, car nous venons d'en recevoir un plâtre qui nous sert de modèle.