‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 84 sur 240 · A LA CHARTREUSE DE PAVIE. — HAUTEUR, 31 CENT · texte numérisé non relu

A LA CHARTREUSE DE PAVIE. — HAUTEUR, 31 CENT

11 y a deux ou trois ans, les anciens bénitiers portatifs étaient à peu près inconnus; les architectes étaient réduits à en inventer, et Dieu sait la laideur de ces inventions. Un adroit faussaire en fit acheter un par un de nos prélats, et cette triste contrefaçon figure aujourd'hui avec honneur dans un musée

métropolitain. Cependant, ce bénitier, inspiré d'un véritable bénitier ancien, qui est au trésor de la cathédrale de Milan, n'est pas, grâce à la beauté du modèle, absolument sans mérite comme forme; mais quelle laideur nauséabonde dans la Vierge qui reçoit les paroles de l'Annonciation et dans les Évangélistes qui écrivent sous des arceaux! Aujourd'hui, les anciens bénitiers connus s'élèvent déjà à huit, et nous sommes en possession du moulage de tous les huit, sans compter celui du contrefait. Le plus beau et le plus ancien est assurément le bénitier d'Aix-la-Chapelle, dont, au n* 63, nous avons donné la gravure en petit et la description.

83. — BÉNITIER DE l'eMPEREUR, A HUIT PANS, IVOIRE ET OR. — Xl" SIECLE.

DA^S LA CATHÉDRALE D'aIX- LA-CHAPELLE. — HAUTEOR, 48 CEKTIMÈTHE», OUVERTCRE 10 CENT.

Ici, nous offrons une gravure plus grande, parce que ce vase en vaut la peine, et parce que le côté dessiné en présente le motif principal.

On y voit effectivement l'apôtre, que nous croyons S. Jacques, et dont les

lOi ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.

pieds sont nus, assis entre l'empereur à sa gauche et le patriarche à sa droite, tous deux également assis, tandis que les autres personnages sont debout. Nous avons dit pourquoi ces soldats d'en bas, qui gardent les portes d'une ville, pourquoi ces ecclésiastiques d'en haut, protégés par la présence d'un empereur, nous semblaient représenter un de ces conciles œcuméniques comme celui de Nicée, où fut proclamé le symbole des apôtres, en présence de l'empereur Constantin. Aujourd'hui, ce bénitier n'a plus d'anse; mais cette anse devait être en or ou en argent, comme celle du bénitier de Milan, et composée par la rencontre de deux serpents dont la tête s'accroche aux deux oreilles sculptées en forme de tête humaine.

84.' — BÉNITIER DE LA VIERGE, EN IVOIRE, FIN DU Xll'^ SIÈCLE.

DANS LE TRÉSOR DE LA CATHÉDR^ILE DE MlLAJI. — HAUTEUR, «7 CENTIMÈTRES SUR H CENT. D'OUVERTURB.

« Unum vas argenteum ad aquam benedictam, cum opère levato de ymaginibus et interlaqueato vineis, et ansa est duobus draconibus. Ponderis viij marcarum. Aspersorium de ebore. » (Inventaire de Saint-Paul de Londres, en 1295.)

« Un eauebenoistier, avec l'aspergés, d'argent blanc verre et deux gargoules à l'ance, et est le pommel de Taspergès rond, esmaillé des armes de France, pesant v marcs, iij onces. » (Inventaire de Charles V, en 1380.)

« Un benoistier de cassidoine à deux ances de mesmes, et dessus a une ance d'argent doré, de deux serpens entortillez l'une en l'autre. » (Inventaire du duc de Berry, en 1416*.)

Le bénitier du trésor di3 Milan commence à être très-connu en France.

1 . Comte DE Laborde « Notice des émaux du Louvre », deuxième partie, « Glossaire », p. 258. Ces textes semblent éccits en présence de nos gravures, car les anses formées de deux dragons ou serpents à queue entrelacée, et les oreilles en gargouilles ou en petits mascarons y sont précisées nettement. Il doit y avoir une raison symbolique pour qu'on ait, à toutes les époques et dans tous les paj'^, du xi" siècle au xvi", adopté cette forme singulière d'oreilles et d'anses.

M. Darcel l'a décrit*, IVKSauvageot l'a gravé 2, nous l'avons fait couler en bronze, et il est aujourd'hui fort répandu dans le commerce. M. Darcel l'attribue à la fin du x* siècle ; nous le croyons de la fin du xii" ; mais il importe assez peu. L'essentiel, c'est que le voici, et qu'il va servir aujourd'hui de bénitier dans nos églises romanes.

Sa destination est gravée en toutes lettres sur le bandeau supérieur de son ouverture :

VATES AMBROSI GOTFREDVS DAT TIBI S VNCTB

VAS VENIÇNTE SACRAU SPARGENDVM CESARE LYMPIIAM.

« Saint Ambroise, le poëte Gotfredus te donne ce vase pour répandre l'eau sacrée à la venue de César. » — Ainsi, quand l'empereur allemand des Romains, Barberousse, entrait dans la cathédrale de Milan, dont le siège fut illustré par saint Ambroise, on lui présentait l'eau bénite dans ce vase précieux qui servit à Napoléon P', qui servira à jNfapoléon III et qui , à dater d'aujourd'hui, peut appartenir aux plus pauvres églises de France.

A l'archivolte des arcades qui renferment la Vierge avec l'enfant Jésus et les quatre évangélistes , on lit des inscriptions, déjà publiées dans les « Annales » et qu'il est inutile de reproduire ici *.

Certainement les évangélistes et la sainte Vierge sont bien partout; cependant on peut accuser le moyen âge d'en avoir prodigué la représentation. Je connais des édifices du xm" siècle, des cathédrales qui sont des chefs-d'œuvre et où, sans exagération, on peut compter la Vierge tenant Jésus jusqu'à cent fois et les évangélistes jusqu'à cinquante. Évidemment, c'est un abus, surtout quand la place manque, on peut le dire, pour représenter l'innombrable quantité de sujets qui composent l'iconographie chrétienne. D'ailleurs l'esprit veut être contenté et demande qu'un sujet soit exactement approprié à l'objet qui le porte. Ainsi, je possède le moulage d'un bénitier ancien, sur lequel est figurée la Passion du Sauveur; mais, le dirai-je, à' quoi bon? En vérité, la Passion n'y est pas à sa place. Sur un bénitier, il faut représenter, par symbolisme ou par réalité, des scènes où Teau lave le corps et purifie l'âme. Ainsi, pour l'Ancien Testament, par exemple, Moïse sauvé des eaux, l'adoucissement des eaux amères, la toison de Gédéon, la guérison de Naaman dans le Jourdain; pour le Nouveau, le puits de la Samaritaine, l'eau changée en vin, la Piscine Probatique, le lavement des pieds à la Cène. Ces sujets peu-

2. « Annales Archéologiques », vol. xvi, p. 372 et vol. xvn, p. 439.

3. «Annales Archéologiques», vol. xvii, pages 139-150. La notice est de M. Darcel et les gravures de M. Ch. Sauvageot.

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