‹ Annales archéologiques (volume 3)Chapitre 99 sur 240 · XIX · texte numérisé non relu

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Marne »; trois ou quatre crosses de la collection Soltykoff; autant du musée du Louvre; une dizaine, achetées par de riches Anglais; une vingtaine, conservées dans les trésors ecclésiastiques de TAllemagne; quinze au moins, appartenant à des princes russes de Saint-Pétersbourg et de Moskou, affectent toutes la forme du serpent mordu à la gorge par le lion ou mordant lui-même la queue de son adversaire rugissant, comme dans l'exemple du n**97.

L'exemple que nous offrons présente une particularité qui ne se reproduit pas dans toutes les crosses de cette classe. Du nœud émerge un ange qui porte sur sa tête la naissance du crosseron que ses deux ailes vont soutenir à la volute. Ce motif ingénieux donne plus de hauteur et de solidité à la volute , entière, mais, le dirais-je, tout ingénieux qu'il soit, je ne le crois pas ancien et j'aurais bien quelques preuves à donner, s'il le fallait, pour l'attribuer à un « inventeur » de ma connaissance. Un ange, ainsi tronqué, portant ainsi sur sa tête et consolidant de ses deux ailes un serpent qui est le diable, c'est passablement étrange pour le moyen âge, surtout pour le xii-xiii* siècle. D'ailleurs ce crosseron est trop élevé et il ment à la proportion qu'on aimait à cette époque, comme y ment et plus impudemment encore le crosseron du n* 96.

De toutes les crosses de cette classe, celle que nous donnons comme vraiment authentique et comme le modèle d'où les autres procèdent, est la suivante, • n"" 98. A la douille où pénètre l'extrémité supérieure de la hampe, renflement fortifié par de petits lézards ou dragons aptères, tête en bas, queue en haut et recourbée en volute pour recevoir le nœud. A ce nœud, fabriqué en coquille, d'autres petits lézards courent horizontalement, l'un après l'autre, en se mordant réciproquement la queue. Sur cette base de petits dragons ou de diablotins inférieurs, repose le gros serpent, Satan, qui enroule en volute son cou et sa tête, et que l'archange saint Michel attaque et terrasse comme il l'a attaqué et terrassé dans le ciel^. Voilà le véritable symbolisme et la véritable forme adoptée par le xiii* siècle. Quelquefois assurément, le lion (est-ce le lion de Juda?) a remplacé dans le combat, sur une foule de crosses, l'archange saint Michel, comme dans la crosse d'Hervée, mais jamais, que je sache, le moyen âge n'aurait eu l'idée de hisser Satan sur la tête complaisante et puissante d'un ange, comme les faussaires l'ont fait au n** 97.

4 . a Et factum est prselium magnum in cœlo : Michael et angeli ejus praeliabantur ciim dracone, et draco pugnabat et angeli ejiis. — Et non valuerunt, neque locus inventus est eorum amplius in cœlo. — Et projectus est draco ille magnus, serpens antiquus, qui vocatur diabolus et Satanas, qui seducit universum orbem; et projectus est in terram, et angeli ejus euro illo mifisi sunt ». — « Âpocalyp. B. Johanni^ apostoli », xn, 7-9.

Les dimensions de la plupart des crosses de ce genre, qui datent des xii* et xiir siècles, sont celles de la crosse d'Hervée, de Troyes. Hauteur de la

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