‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 32 sur 103 · DELPHIN. VIEN. FRAN. ET. MA. D. 6. RR. SGOTOR · texte numérisé non relu

DELPHIN. VIEN. FRAN. ET. MA. D. 6. RR. SGOTOR

Au revers, la croix se compose, pour le Viennois, de huit dauphins entrelacés et couronnés deux à deux, et de quatre doubles croix de Lorraine, pour rappeler que Marie était de la maison de Guise par sa mère, Marie de Lorraine. En cœur, la croisette de saint André, spéciale à l'Ecosse. Dans la

légende, on sent la sûreté de la foi catholique, la vive ardeur des Guise et des Stuart contre les protestants de France et d'Ecosse :

HORVM. TVTA. FIDES. 1538.

Cette belle pièce, qui est unique et que possède notre cabinet des médailles, pèse 143 grains; elle est estimée 1200 francs. Marie et François y ont la mine rechignée, mais moins sombre que sur la pièce suivante d'argent.

De cette monnaie d'argent, il y a plusieurs exemplaires connus ; celui du cabinet des médailles, gravé au n' 2 de notre seconde planche , est le plus beau de tous. Il est régulièrement frappé au moulin, non au marteau. Un second exemplaire, de conservation fort ordinaire, est dans le cabinet de M. Is. Lowenstern, membre de la Société géographique de Paris. Il provient de la collection qu'avait réunie, par un goût héréditaire de la maison de Lorraine, la reine des Deux-Siciles, l'archiduchesse Caroline, femme du roi Ferdinand IV. L'exemplaire du cabinet est estimé 1000 francs; celui de M. Lowenstern 800 francs.

Même date, 1558, que la pièce précédente; mais, au revers, Talliance entre François II et Marie Stuart, entre la France et l'Ecosse plus prononcée. L'F couronnée regarde l'M également couronnée L'écusson porte partie de

France-Dauphiné et d'Ecosse; en légende, les deux couronnes confondues en une :

FEGIT. VTRAQVE. VNAM. 1558.

Physionomie sombre des deux époux, qui semblent pressentir leur tin prématurée; misérable pour l'un, sanglante pour l'autre.

La troisième pièce est d'argent aussi. On est en 1 562; François II est mort, et Marie Stuart n'est plus, comme dit la légende, que « reine des Écossais, par la grâce de Dieu ». Au revers, deux M couronnées pour Marie seule ; l'F de François II a disparu. Cependant l'écusson est encore parti de France et d'Ecosse. En légende, une prière qui semble conjurer les guerres civiles :

SALVVM. FAG. POPVLVM. TVVM. DOMINE.

En 1562, Marie n'avait que vingt ans; sur cette monnaie, on lui en donnerait presque quarante-cinq, c'est-à-dire l'âge même de sa mort. Je crains de me laisser prendre par l'histoire et de devancer le temps; mais, si cette monnaie n'avait pas de date et si le buste n'était qu'une tête, j'y verrais Marie Stuart décapitée. L'histoire domine mon esprit, et je ne puis m'empêcher d'associer à cette pièce le billot où Marie eut la tête tranchée.

Rare d'exécution et de conservation, cette épreuve ne se trouve pas

ordinairement en si bonne condition^ même dans les cabinets d'amateurs anglais, qni sont si riches en monnaies écossaises. Elle est estimée 250 francs.

C'est à la générosité de M. Combrouse que nous devons les deux planches jointes à cet article, et où les historiens de Marie Stuart trouveraient plus d'une donnée utile; c'est au « Décaméron numismatique », du même savant, que j'emprunterai (page 1 56), la conclusion de ces quelques lignes sur Marie Stuart :

(( Maintenant que vous dirai-je, que vous ne sachiez, de l'existence toute passionnée de cette jeune femme jetée, pour s'y briser, au milieu de l'ambition des nobles et des luttes religieuses? Qu'était-ce devant Knox et ses iconoclastes, devant le bâtard Murray et la bâtarde Elisabeth, que la (ille de Jacques V, la veuve de François II, l'héritière légitime de l'Angleterre? Qu'était-ce pour eux tous que cette Marie, plus femme que reine, soupirant d'amour et de poésie en rêvant au beau ciel de France? Des trois couronnes qui l'attendaient au berceau, une seule orna ce front digne des Grâces, et ce fut bientôt une couronne d'épines que porta l'infortunée jusqu'au trépas. Marie, par qui commence le drame des Stuarts; Marie, qui tomba du trône dans l'exil et passa de la prison à la mort, est la plus touchante figure de reine que notre histoire redemande à celle d'Ecosse. »

l^ous espérons, de temps à autre, faire par nous-même et surtout par les plus spéciaux de nos collaborateurs , des études archéologiques sur certains personnages de notre histoire. Les médailles et les sceaux nous en ouvriront les principales sources.

DIDRON atné.

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