XI
Réforme des vêtements sacerdotaux et des vases sacrés. ~ Restauration du chant ecclésiastique. — Résurrecf ion du drame religieux et liturgique. — Les anciens artistes du Rouergue. ~ Réconciliation de SaintpLéger de Soissons. — Les cuisines des ducs de Bourgogne. — Mouvement archéologique dans le diocèse de Rordeaux.— Mouvement archéologique en Prusse. — La dactylologie.
RÉFORME DES VÊTEMENTS SACERDOTAUX ET DES VASES SACRES. — <l Moil Chef monsieur, l'in-
fluence de vos a Annales » se fait sentir dans les travaux écrits ou figurés qui ont nos antiquités nationales pour sujet , et dans les nombreuses restaurations qui tendent à rendre à nos édifices leur style primitif et leur ancien éclat. Partout y en France , les esprits studieux et les architectes abandonnent , à la fin : les premiers , F étude exclusive des antiquités druidiques et gallo-romaines ; les seconds , l'emploi des prétendus styles grecs ou romains dans la restauration des édifices du moyen âge. Mais , pour le mobilier des églises et les objets destinés au culte , toutos choses appartenant aux fabriques chez qui la préoccupation archéologique est nulle , et au clergé , pour qui l'étude de l'archéologie devient chaque jour une nécessité , la réaction devait être plus tardive ; à peine même peut-on dire qu'elle se fait sentir. Cette réaction cependant se fait d'elle-même et par la seule force des choses , souvent même sans la moindre préoccupation archéologique de la part des prêtres qui la secondent. Ainsi il est arrivé à un orfèvre de Paris d'exécuter des calices sur le modèle de celui de l'évéque Hervé , que vous avez publié dans les a Annales ». Des prêtres sont venus chez lui qui ont trouvé à ces calices une forme plus élégante et a surtout plus commode » qu'à ces tulipes de métal , lourdes et hautes sur pied , que le commerce fabrique aujourd'hui ; des calices du xiii* siècles , simples et gracieux tout à la fois , peu coûteux en outre, se sont donc répandus peu à peu dans le clergé. J'en ai ainsi découvert deux en Bretagne : l'im appartenant à la fabrique de Guingamp ; l'autre à M. Galeme , recteur de Pontmelvez , et tous deux choisis par le recteur de Guingamp, M. Robin. Si le premier, qui est en argent , ne se recommande que par sa forme , le second , en vermeil , est décoré d'émaux ainsi que sa patène, et accompagné de burettes et d'un plateau en même matière. Des spécimens de ces accessoires n'existent pas au xiii* siècle; ou du moins sont très-rares; il faut donc tenir compte au fabricant du soin qu'il a pris pour apporter l'unité de style dans son œuvre. — Les prêtres nombreux , auxquels il est donné de se servir du calice de Guingamp , lui accordent sur tous les autres une préférence marquée à cause de sa légèreté et de la facilité qu'il présente pour les ablutions et la purification. Eu effet , la coupe , étant peu profonde , permet facilement aux doigts inférieurs de la maintenir, tandis que le pouce et l'index de chaque main sont libres au-dessus de ses bords. Enfin cette coupe , étant large , la main peut y entrer facilement et enlever avec le purificatoire les parcelles des saintes-espèces qui pourraient être demeurées contre ses parois. —
Ce serait le cas , monsieur, si elle n'était un peu bien ambitieuse pour un vase aussi simple que ce calice du xiii* siècle , d'appliquer de nouveau cette belle définition de Platon : que « le beau est la splendeur du vrai » ; car voici un vase que vous avez trouvé beau pour lui-même , et que vous allez être forcé de trouver plus beau encore par la parfaite convenance de sa forme aux usages qu'il remplit. — Espérons , monsieur, qu'après avoir élargi la coupe de leurs calices et l'avoir fait descendre du haut pied dont elle est emmanchée , les prêtres en viendront à assouplir un peu les chasubles où ils sont pris comme entre deux portes , et les chappes qui les enveloppent de leur disgracieux entonnoir. Espérons aussi que nos évèques ne se coifferont bientôt plus de l'énorme mitre qu'ils ont, du reste, le bon esprit de faire porter le plus souvent par leurs acolytes , et qu'ils adopteront la mitre basse de saint Thomas de Cantorbéry ou de saint Bertrand de Comminges , comme l'a fait depuis un an Mgr de Dreux-Brézé , évèque de Moulins , et comme vient de le faire Mgr Cousseau , le nouvel évèque d' Angoulême , et comme va le faire Mgr l'archevêque de Paris. •^ Mais vouloir citer tout ce qu'il y a à réformer dans le costume ecclésiastique , ce serait en énumérer toutes les pièces. D'ailleurs , je reviendrai à loisir sur ce grave sujet , puisque vouë allez reprendre le travail, trop tôt interrompu, que les « Annales » ont commencé depuis longtemps déjà, et pour lequel vous apportera ce qu'il peut avoir trouvé de matériaux, votre tout dévoué
a Alfred Darcel. »
— Nous allons reprendre en effet la série d'études auxquelles M. Darcel fait allusion , et qui concernent principalement les vêtements ecclésiastiques. Mais la question est bien plus avancée aujourd'hui qu'à l'époque où nous l'avons interrompue. De divers points de la France , on revient non-seulement aux anciens vêtements sacerdotaux , mais à la vieille forme des vases sacrés. Quand le moyen âge , le xiii* siècle spécialement , n'a pas laissé de modèles authentiques , du moins on tâche de s'inspirer de son esprit et de réaliser ce qu'il aurait probablement fait lui-même s'il avait été appelé à l'exécution. Ainsi , il n'existe pas de véritables ostensoirs du xiii« siècle , mais il n'est pas impossible de se figurer comnœnt le xni" siècle aurait pu en composer ; eu conséquence de cette présomption , nous avons fait dessiner un ostensoir de ce genre , qui sera exécuté pour la Fête-Dieu , en bronze et en vermeil , et dont nous avons l'intention de donner une gravure d^s une prochaine livraison des « Annales ».
Restauration du chant ecclésiastique. — a Ce n'est pas à vous , mon cher ami , qu'il faut démontrer l'opportunité de la restauration du chant ecclésiastique. Combien n'est-il pas à désirer que , selon le vœu de Charlemagne , les nations catholiques célèbrent les louanges du Seigneur dans l'unité de la même foi, des mêmes paroles et de la même modulation ! On le sait du reste , maintenant , les éditions modernes des livres de l'église ont notablement altéré les mélodies grégoriennes, tant pour le fond , que pour le mode d'exécution. En particulier, elles les eut alourdies , en donnant à toutes les notes une longueur uniforme. De toute part s'élève le cri : « Revertimini vos ad « fontem sancU Gregorii, quia manifeste corrupistis cantilenam ecclesiasticam. » (yUa Caroli y DuGiiBNE , t. II ). Mais comment y revenir ? comment s'attaquer avec succès à ce sphinx qu'on nomme la neumation , cette notation antérieure à Guy d'Arezzo , qui consiste en signes très-menus, fort variés , fort bizarres, que l'on écrivait sans lignes? Parviendra-t-on à retrouver la valeur musicale des neumes , dans les neumes eux-mêmes? cela pouvait se faire au temps de saint Grégoire , avec le secours des maîtres de chant sortis de l'école qu'il avait fondée. Sera-ce en procédant d'après les règles de la tonalité grégorienne? Mais les Bernardins du xiii« siècle invoquaient aussi ces règles ; Nivers , auteur de l'édition de 4 697 , déclarée édition modèle de par le roi , affirme que les règles ont été l'unique base de ses travaux , et MM. les rédacteurs de l'édition de Malines (1848), où le chant grégorien est bien autrement dénaturé, se sont également appuyés sur les règles. Ainsi, à trois époques , les r^les nous ont donné trois versions différentes. Sera-ce enfin à l'aide de l'antiphonaire de Montpellier, et à l'aide de manuscrits d'une seule époque , d'une seule province , por-
tant « l'interprétation en lettres des neumes grégoriens »? Il faudrait alors que le manuscrit de Montpellier fût universellement reconnu pour authentique ; qu'il pût garantir sufBsamment l'exactitude complète du copiste , tant pour la transcription des neumes que pour leur traduction en caractères alphabétiques ; qu'il portât , avec l'explication des neumes , l'explication des ornements et du mouvement du chant , deux choses qui constituent la forme d'exécution. Mais d'abord l'an-: tiphonaire de Montpellier ne saurait remonter au delà du x* siècle , l'époque où Hucbald de Saint- Amand, mort en 930 , fit observer le premier qu'en ajoutant des lettres aux neumes, on lèverait toute incertitude sur leur valeur tonale ; en outre , il est notablement en désaccord avec un manuscrit dont l'authenticité es^ irréfragable , l'antiphonaire de Saint-Gall ; il présente à peine une des conditions indispensables que nous venons de poser, et ne contient qu'une partie de l'office, même encore incomplète. — S'il est une méthode logique , sûre , féconde , qui permette d'aboutir, c'est celle que nous révèle le père Lambillotte , professeur au collège de Brugelette , par la publication d'un spécimen intitulé : « De l'unité dans les chants liturgiques. — Moyen de l'obtenir : confronter « les manuscrits des différents siècles et des différents pays. » — « Quand un grand nombre de « monuments , différents de pays et d'époques , s'accordent sur une version , on peut affirmer « qu'on a retrouvé la phrase grégorienne. » — C'est en vertu de ce principe , déjà posé comme incontestable par le savant abbé de Solesmes , que le père Lambillotte s'est engagé dans la voie de « confrontation mutuelle » des livres de chants et des manuscrits provenant de sources diverses. D'activés recherches , le concours de bienveillants amis, le mirent en possession de graduels , d'antiphonaires des xiv , xiii , xii , xi* siècles , provenant de tout pays , de Saint-Gall , Cluni, Citeaux y Clairvaux , des bénédictins anglais , des chartreux , des prémontrés français et belges , des chanoines réguliers d'Allemagne. Inutile d'appuyer sur la haute garantie de fidélité qu'offrent ces versions exécutées dans des monastères où l'office complet se chantait nuit et jour, partout où la tradition se transmettait fidèlement ; où la règle , en certains endroits , imposait l'obligation de suivre le chant romain avec la plus scrupuleuse exactitude. Ces précieux monuments furent tout d'abord rangés en deux classes : manuscrits c neumes sans< lignes » ; manuscrits a neumes sur lignes ou guidoniens ». Opérant tour à tour sur chaque série , après nombre d'essais infructueux , le père Lambillotte parvient à rencontrer, dans chacune d'elles, a une phrase dont les diverses par- « ties ont la même notation dans un nombre imposant de manuscrits » et , appliquant son principe , il conclut que c'est une phrase grégorienne. Il obtient donc : d'une part, saint Grégoire en signes connus (neumes sur lignes] ; de l'autre en signes inconnus (neumes sans ligne). Malheureusement il ne peut passer de la connaissance de la phrase guidonienne à la connaissance de la phrase* neumatique ; la phrase choisie n'étant pas la même dans les deux espèces de manuscrits. Mais « deux choses ressemblant à une troisième sont égales entre elles » ; de là , confrontation et reprise , et, à force d'user de patience , à force de collationner, une bienheureuse phrase se trouve offrir la même notation dans les deux séries de manuscrits. C'est donc une phrase grégorienne notée en signes de formes différentes, mais de valeur identique. Il ne reste plus qu'à juxtaposer les deux résumés de collation de manuscrits , à comparer signe par signe ; et la valeur musicale de chaque signe connu , ou guidonien , donnera la valeur musicale du signe correspondant inconnu , ou neumatique. Ce travail fait , le père Lambillotte avait la satisfaction de lire une phrase grégorienne neumée. Plusieurs autres phrases , des morceaux entiers écrits en neumes furent déchiffrés par ce procédé. Tous les signes neumatiques et leurs positions diverses se présentèrent successivement , et du rapprochement se déduisait la valeur absolue et relative de tous les neumes. Dès lors on pouvait reconstruire pièce à pièce , en multipliant les confrontations , toutes les mélodies grégoriennes pour chaque partie de l'office divin. Mais quelle tâche immense I II y avait de quoi effrayer le père Lambillotte lui-même. Heureusement il lui vint un secours inespéré. Ce secours, c'est le fameux graduel authentique de Saint-Gall, copie de l'autographe de saint Grégoire , envoyé à Charlemagne par le pape Adrien I , l'an 790 , et dont l'irréfragable authenticité repose sur le
témoignage des Bollandistes , de Mabillon, Goldast , Kieswetter, Perz , les Ekkeards , etc. La copie obtenue par le père Lambillotte , authentique elle-même , oiïrait les mêmes signes neumatiques rencontrés ailleurs. Il pouvait donc lire le précieux monument, et chacune des phrases, si péniblement comprises, étant rapprochée de la phrase correspondante du graduel primitif, se trouva parfaitement d'accord pour le fond. Preuve convaincante que la méthode suivie était bonne , et démonstration nouvelle de l'authenticité du graduel de Saint-^all. Ce juge infaillible confirmait et complétait à la fois la restauration des mélodies grégoriennes. Je dis , complétait , parce qu'en effet Tétude des manuscrits neumés n'avait pas encore livré le secret des nuances délicates , des ornements nobles et modestes , en un mot de la forme précise à donner à l'exécution ; toutes choses qui font cependant le charme de ces vénérables cantilènes. Mais, dans le manuscrit de Saint-Gall , les neumes sont accompagnés de lettres significatives, « litterœ significative ». Il ne faut pas les confondre avec les lettres de certains manuscrits, celui de Montpellier par exemple, qui ne sont que la traduction des neumes en caractères alphabétiques. Ces lettres sigm'ficatives mettent précisément au fait d^ ces détails importants. L'examen scrupuleux et approfondi de ces lettres , joint à l'étude des auteurs de xi , x et ix« siècles , révélait à notre Uturgiste le mode d'exécution. — « Nous poua vons donc croire , dit le père Lambillotte , avec une certitude morale , que nous possédons un a moyen sûr de lire la phrase grégorienne notée en neumes , et de la restituer dans sa pureté « native quant au fond et à la forme. Depuis ce moment, notre travail avance avec rapidité , et, bien c que le manuscrit de Saint-Gall ne contienne pas toutes les parties de l'ofBce divin , nous para viendrons sans trop de peine à les retrouver dans les autres manuscrits dont nous avons parlé , « et surtout dans ceux de la même abbaye , qui nous ont conservé l'office tout entier, avec les « mêmes lettres significatives que porte i'antiphonaire de saint Grégoire : telle est la marche que « nous avons suivie. Elle est longue et fatigante. Mais est-ce trop de quelques années consacrées « à de pénibles labeurs , quand il s'agit de rétablir l'unité 'dans une des plus belles pages de la « liturgie romaine ?» — Le spécimen que nous annonçons , et dont nous avons résumé l'avantpropos , offre au public connaisseur l'application de la méthode du père Lambillotte au graduel répons de Noël : Vioerunt. Au moyen d'une suite de fac-similés , le lecteur peut suivre, à travers les âges , les différentes phases subies par les caractères neumatiques , suivant les pays , les époques , les écrivains; il peut constater que, de l'accord des versions , résulte nécessairement la valeur numérique et tonale de chacun des signes et caractères neumatiques. Ce travail n'est que la préface du manuscrit fac-similé de Saint-Gall que le père Lambillotte va publier sous quinze jours. Il se compose d'un cahier in-folio contenant dix pages et des planches fac-similées ou de musique traduite en notation moderne. On le trouve à la librairie archéologique de M. Y. Didron. La copie de I'antiphonaire de Saint-Gall est sous presse , mais le père Lambillotte nous promet encore des « Études a préhminaires sur l'esthétique des chants sacrés ». — « Les principes de notre esthétique, dit a le père Lambillotte , sont tirés des traités des xi , x et ix** siècles , qui pour nous font seuls c autorité en matière de chant ecclésiastique. Nous espérons que ces études avanceront cette c belle restauration , à laquelle désormais nous vouerons notre existence.
<K B^"^ Ferdinand de Roisin. »
RESURRECTION DU DRAME REU6IEUX ET LITURGIQUE. — Co drame n'est pas aussi mort qu'on le croit et qu'on le dit. M. le baron de Roisin , dans cette livraison même des « Annales » , a commencé l'analyse du mystère de la Passion joué, en 4850 , dans la Bavière, analyse qui sera continuée et terminée dans la livraison prochaine. — Ainsi que M. le comte de Mellet vient de nous en donner avis, « les journaux suisses annoncent qu'on va représenter en plein air, dans le Haut-Valais , dès que la saison le permettra , des pièces de théâtre dont les sujets seront empruntés à la Bible. Ces représentations rappelleront les anciens mystères des .frères de la Passion , joués à ciel ouvert. » M. de Mellet ajoute : a Monsieur et ami , je me prends quelquefois à songer à
lis ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
ces associations , à ces confréries du moyen âge qui s'en allaient donnant , à grand renfort de spectacle et à la grande édification de nos aïeux , des représentations des scènes douloureuses de la Passion. Je regrette les spectacles de ce temps , et bientôt je suis conduit par mon esprit à entrevoir la possibilité d*en ramener Tusage. Oui , j'en suis persuadé, si nous tenions sous la main une troupe qui voulût jouer, avec la gravité et toute l'inspiration nécessaires, ces scènes sublimes de la Passion du Christ , je suis persuadé , dis-je , qu'on y courrait en foule ; que tontes les classes blasées de notre pauvre société malade s'y précipiteraient ,' et qu'à l'attrait de la nouveauté se joignant le pathétique du drame , il en pourrait résulter un bien social immense. Méditez cela , vous, nourri du culte du beau moyen âge , de ce qu'il y a de noble et de généreux , et dites si je n'ai pas raison. Voilà du moins la théorie; et maintenant les moyens! C'est ici la grande difficulté : car vous jugez qu'il ne nous faut point des acteurs, mais des hommes libres des coulisses et n'ayant pas figuré la veille en comparses de ballet. Il faudrait une mise en scène simple, reproduisant pas à pas l'Évangile ,• sans conunentaircs , ni hors- d'oeuvre. Il faudrait une pompe grave , une dignité parfaite. Soyez sâr que si nous avions la baguette des fées , et que nous pussions, ce soir, donner pareil spectacle à tout Paris , tout Paris y courrait ; il y aurait plus de représentations qu'à Robert le Diable^ de fabuleuse mémoire. Tout l'Évangile y passerait, et bientôt nous verrions les mystères remis en honneur dans toute la France. Voilà mon rêve , rêve que je voudrais pouvoir tenter ; mais ce qui n'est point un songe , c'est qu'il y a quelques mois je *lisais dans un journal un petit article disant qu'en Espagne on donnait, dans le moment même , des représentations des mystères de la Passion qui duraient plusieurs jours.
c L. C. DB Mbllbt. »
— Nos lecteurs savent combien ces idées de M. de Mellet sont les nôtres. Si nous ne voyons pas le jour où se représenteront à Paris les drames vraiment religieux , nous avons du moins li^ conscience que ce jour nous l'aurons préparé par nos études et nos publications. Nous entamerons , en juillet-août , au plus tard en septembre-octobre , un travail que M. Girardot nous a donné , et qui contient la mise en scène et tout le matériel d'un des plus importants mystères du moyen âge ; mais , en attendant , il ne sera pas inutile de recueillir dans nos « Mélanges » quelques documents qui nous sont envoyés par nos amis ; c'est le meilleur moyen , nous le croyons , de provoquer la renaissance du vieux théâtre chrétien. Peut-être parviendrons-nous à faire rapporter ce canon 39« du concile de Narbonne (4609) que nous transmet M. Alfred Ramé : « Non fiant in ecclesiis aliqua indecentia , uti reprsesentatio Prophetarum aut Pastorum in nocte Natalii Domini, et cantus praedicationum Sibyllarum. Satis enim est firmatum quod credendum , nec talibus repraesentationibus indigent imperiti. » — Cette prohibition a été insérée au bréviaire de Paris; elle forme aujourd'hui , avec une autre décision du concile de Bourges de 4584, le canon de Prime pour la vigile de la Nativité. — Il ne nous appartient pas de traiter la question ecclésiastique ; mais, en nous renfermant dans la science, dans la pure archéologie, nous pouvons regretter l'abolition de ces drames curieux ; nous pouvons en désirer la renaissance. En tout cas , voici toujours des documents anciens. M. le baron de la Fons nous écrivait dernièrement : — a Monsieur et ami , comme vous devez vous occuper prochainement des costumes et décorations des drames religieux , je vous adresse quelques notes relatives à Béthune , qui vous offriront peut-être quelque intérêt. — 6 4544. A Claude Maupetit , marchant de drap de soie , xlviii s. , pour douze aulnes de bou- « gran jaune pour faire aulcuns acoustremens aux angles et arcangles , chérubins , chérafins , c vertus , dominations , trônez et postestatz du jour de la procession généralle du jour du véné- « rable Sacrement.. — 4550. Au paintre, pour ses paines et labœurs qu'il a prins durant lad. a procession de conduire les histoires des hours , deux cannes de vin. — A Jehan de Besnes , « paintre , et Jehan Greuwin , vin 1. x s., pour par led. de Besnes avoir faict deux croix et les « painct de couleurs , avoir fait plusieurs barbes et pesrucques , mis en ordre tous les hours de « la procession de cested. ville , nouvellement érigée en l'honneur du vénérable Saint-Sacre-
« ment ; et par led. Greuwin avoir faict le hourd du crucifiment et aultres en la rue de le « Poterne , où il auroit vaghuié avecq aultres ses oompaignons huit jours , conune pareillement a auroit faict led. de Besnes , avecq trois ou quatre paintres qu'il auroit prins avec luy , au moien « que lad. procession avoit esté assés hastée et imprôcagilée. — A Pierre Garlier, cordouvsranier, « iiii s. , pour avoir assisté Jehan de Besnes pour escripre touttes les escriptures sainctes pour « les testes des hours , avec les billetz des histoires qui ont esté faictes à la procession, lendemain « du jour de la Penthecouste. — A Jehan de Besnes , voirier et paintre , xv 1. pour ses vagations « de mettre et conduire la procession , eu regard à aulcunes mises qu'il auroit faict aux hourc daiges et acoustremens servans à diables. — Dix aulnes de bougran tant noir que tasné à m s. c Taulne , pour certains acoustremens à aulcuns personnages faisant le diable. — Peut-être trouverez-vous utile ce dernier document extrait des archives de Péronne, folio 472, recto: — «49 « juillet 4 4i5 , quant à la requeste bailliée par Jacques Mansel et autres compaignons qui ont u intention de jouer ung ju de la Passion de Nostre Seigneur, et que pour icelle ilz requeroyent « que la ville leur voulsist donner la sdmme de iiii''' 1. , pour convertir es millions et despens dud. « ju , on fu d'accord que , ou caz qu'ils feront leur d. ju , la ville leurs donra et leur est accordez c la somme de XX 1. p., monnoie courante. » — ABéthune, à la procession de 4562 , les joueurs de hautbois reçurent trois cannes de vin pour avoir joué durant ladite procession au-devant du Saint-Sacrement.
« Permettez-moi de vous entretenir un instant encore d'un de ces usages auxquels le moyen âge a su léguer cette intraduisible poésie chrétienne que lui seul a si bien connue. Dans quelque3unes de nos pauvres églises des champs , à Douvrin , par exemple , au moment où commence l'office du Vendredi-Saint , ou , pour parler comme les simples gens « le Service-Dieu » , le drap des morts est étendu sur les marches de l'autel , et le célébrant , avant d'y monter, se prosterne dessus , prononce à voix basse une courte prière , puis le fait enlever, et le service commence. — Cette consécration du drap qui , au dernier jour, recouvre le riche comme le pauvre , renouvelée chaque année à cette date , que l'immortel Chateaubriand a nommée <x le jour de l'immense douleur », me parait empreinte de cette douce et sublime mélancoUe qui a disparu avec les siècles , et qui , avant tout , avait pris soin d'ennoblir nos derniers moments. — Sur cette terre des vieux et pieux souvenirs, les usages se perpétuent indéfiniment. Ainsi , lorsqu'un jeune homme ou une jeune fille , non engagés dans les liens du mariage , viennent à mourir, leur cercueil est recouvert d'un « Unceul » orné de rubans fournis par les garçons , pour le jeune homme , par les filles , pour leur compagne. Ce « linceul », ainsi orné , est suspendu durant neuf jours dans l'endroit le plus rapproché de l'autel de la sainte Vierge pour la jeune fille ; de celui de saint Nicolas , pour le jeune homme. — Chose extraordinaire , et qui prouve combien le souvenir de la puissante maison de Bourgogne est encore vivant dans le cœur du peuple de ce pays , la croix qui toujours consacre ce « hnceul » , affecte presque constamment la forme de celle de saint André.
a De la Fons-Méuooq. »
Les anciens abtistes du Rousrgue. — M. Louis Bion de Marlavagne , frère de l'un des prêtres de la cathédrale de Rodez auquel est due la « Vie du bienheureux François d'Estaing » , évèque de Rodez , nous adresse la lettre suivante , que nos lecteurs verront avec un grand intérêt. Cette lettre augmente la masse de documents que nous avons déjà publiés et que nous recueillons tous les jours sur les artistes du moyen âge et de la renaissance. Nous espérons que M. Louis Bion de Marlavagne voudra bien nous communiquer la suite de ses recherches , et qu'il finira par recueillir ces documents précieux en un volume spécial. Rien n'est plus curieux , surtout pour une ville , pour une province qui ne nous avait encore rien donné jusqu'alors. Cependant que de belles , que d'admirables choses à la cathédrale de Rodez- : toute la construction , et notamment la tour , les stalles , une table d'autel du xi« siècle et non du ix*, comme on l'a imprimé par
erreur dans le dernier numéro des « Annales » I Grâce à M. Bien de Marlavagne , le jour va donc se faire sur Rodez et tout le Rouergue. — « Monsieur, dans un des derniers numéros de a TÉcho de rAveyron » , en reproduisant Tarticle si intéressant de M. Darcel sur les grilles de Conques , j*ai vivement recommandé les « Annales Archéologiques ». Je souhaite que ces quelques lignes fassent naître chez quelques autres Aveyronnais le désir de lire votre belle publication. Nous aurions bien besoin que vos doctrines se propageassent dans TAveyron , et que le mouvement archéologique y devint un peu plus prononcé. Il ne se fait rien ou presque rien sous le rapport archéologique dans TAveyron. Ce n'est pas que les Aveyronnais soient radicalement impropres aux études de ce genre , car les deux évèques de Rayonne et d'Agen, qui sont de si ardents propagateurs de vos doctrines , sont tous deux Aveyronnais ; mais il parait que les Rouergats ne font des merveilles que hors de leur pays. — Mon excellent ami, M. Viallet, vous a, je crois, annoncé que je m'occupais de recherches sur les anciens artistes du Rouergue. J'ai été assez heureux pour faire quelques découvertes fort intéressantes. J'ai exhumé de la poussière des archives départementales de l'Aveyron une trentaine de noms d'artistes. Je \'ais, si vous le permettez, vous en faire connaître quelques-uns. Vous y trouverez un peintre-verrier, un sculpteur sur bois, deux imagiers ou sulpteurs sur pierre , deux orfèvres ou argentiers , un architecte , etc.
En H\^. Arquet de l'Arche ( Arquetus de Archa ] pictor de Ruthen-a , fait quittance à l'évéque de Rodez de i 1. 8 s. tournois, restant d'une somme de 300 l. à lui due par le susdit évèque, pro pingendo quamdam capellam sancti Laurentii tUam in ecclesia Ruthenensi et veyreriis i^tudem capelle; pour autres choses par lui faites au susdit évèque , et etiam pro pingendo de nigro (sic) cameram dicti domini nostri episcopi.
En M\%. Vital de Mauléon , évèque de Rodez , baille à cens une maison , à Arquet de l'Arche qui est ainsi qualifié : Àrquelus de Archa ^ pictor et magister veyrerius diocesis Florencie , nunc fiabitator civifatis Ruthenensis, Par où l'on voit que ce peintre n'était pas de Rodez , mais qu'il s'y était établi , et qu'il habitait une maison située en un lieu commode pour exercer sa profession : in loco apto et descenti pro suo officio et ministerio exercendo.
En 1460. Pierre Viguiez et Guillaume Desfosses, qualifiés ^ma^tnariî , travaillent au portail méridional de la cathédrale de Rodez.
En 4178. Maître André Supplici , menuisier de Marvejols , diocèse de Monde [magUter Andréa Supplicii tnenuseriut) , prend à faire les stalles du chœur de la cathédrale de Rodez , sur le modèle de celles de l'égUse de Béziers ; on hii donne huit années de temps , 4 ,700 livres tournois, 500 setiers de bled moitié froment moitié seigle , 420 pipes de vin, cent livres pour acheter de \à chair de bœuf et de cochon , et une maison convenable pour loger lui , sa femme , sa servante et les sept ouvriers sculpteurs qu'il était tenu d'avoir avec lui. L'acte de bail existe dans les archives du département.
En 4465. Hector Rayrome , argentarius civitatis Rutkensix , fait quittance au procureur du chapitre , et à l'évéque de Rodez , de la somme de 29 écus restant des 58 écus qui lui étaient dus pro factura relabuli per ipsvm operati et pausati ad altare majus ecclesie cathedralis Ruthenensis^ ponderans circa yi>' xii marchas argenti , in quo est assonsio (sic) béate Marie cum XII apostolis.
En 4546. Antoine Frechrieu , argentier de la cieutat de Rodez , reçoit des consuls du Bourg de Rodez la charge de faire une châsse , pour mettre les ossements de saint Dalmace. La dite châsse pèsera au moins 40 marcs , et sera faite d'argent. L'argentier fournira les pierreries qui seront nécessaires , et , pour les pierreries ou la façon , il lui sera donné 8 vingts livres tournois.
En 4564. Jean Salvaing, architecteur et surintendant des réparations de Gages, reçoit du cardinal d'Armagnac , évèque de Rodez , la somme de 600 livres en plusieurs fois , pour être employées aux réparations dudit château.
4552. A maître Jacques le brodeur^ qualifié ailleurs de Jacques Rosseau brodeur ^ pour la
façon de deux draps d'autel de velours cramoisi que monseigneur (le cardinal d'Armagnac) a fait faire pour le grand autel de Féglise cathédrale de Rodez... 420 1. tournois.
« 1164 . Dans le testament de Guillaume de Latour-d'Oliergues , évêque de Rodez , écrit le 3 nobre 4 164 , parmi les legs qu'il fait à la chapelle de saint Jean rÉvangeliste , on remarque celuici : item plus lego breviarium meum parvum manu domini Bemardi Teyssenderii scriptvm et alterum ex duobus mis$alibu$ meis eodem (sic) manu scriptum. Ce Bernard Tissandier était un calligraphe , et c'est à ce titre que je le place au nombre des artistes.
« J'aurais encore d'autres noms a vous signaler ; mais c'est bien assez pour cette fois. Si vous jugez que ces communications puissent vous être utiles , je me ferai un plaisir de les renouveler et de les compléter. Mes recherches sur les artistes du Rouergue sont loin d'être achevées ; je n'ai encore fouillé , et seulement en partie , que les archives du département et un peu celles de la mairie de Rodez. Je me propose de visiter les archives communales des autres villes du département, et j'espère y trouver bien des choses curieuses et importantes pour l'histoire des artistes du moyen âge et de la renaissance. « Louis Bion de Maelavagne. »
RÉGONaLiATiON DR Saint-Léger DE SoissoNS. — « Mousicur et ami , notre ville de Soissons, ordinairement si calme, vient d'être profondément émue par une de ces magnifiques cérémonies qu'il n'appartient qu'à la religion de donner. Je ne dis pas assez en gratifiant du nom de cérémonie ce qui s'est passé ici à l'occasion de la réconciliation de l'église Saint-Léger ; car c'était une de ces grandes fêtes populaires où le culte catholique s'est montré non-seulement avec toute la solennité de ses pompes , mais encore avec toute la majesté de ses antiques souvenirs et la grandeur dQ ses éternelles convictions. Il serait bien à désirer qu'au milieu de la détresse et des inquiétudes de notre politique provisoire et sans avenir, nous ayons plus souvent sous les yeux ces scènes rassurantes et si fécondes en enseignements utiles. Nous verrions d'un côté certitude , réalité , vérité dans la doctrine et les faits ; de l'autre, absence de vie, doute et mensonge. — Nous avons tous regretté que votre temps , d'ailleurs si utilement employé à la défense et à la résurrection de nos gloires monumentales et artistiques , ne vous ait pas permis de venir passer avec nous cette belle et touchante journée. Vous vous seriez cru transporté à une de ces époques de foi telles qu'on nous les représente au moyen âge, alors que les populations s'ébranlaient pour assister à une de ces consécrations d'églises qui s'élevaient comme par enchantement sur le sol de la France et laissaient de si profondes impressions dans le cœur de tous les spectateurs. — Vous savez depuis longtemps qu'il existait autrefois une douzaine de paroisses dans la seule petite ville de Soissons. Toutes ont disparu, à l'exception de notre belle cathédrale et de l'église Saint- Léger, jadis une des plus anciennes paroisses de la cité et à laquelle on avait annexé, au commencement du xii« siècle, une abbaye de chanoines réguliers de saint Augustin. Ce monastère longtemps florissant par sa régularité avait subi , dans le cours des temps , bien des événements désastreux. Les bâtiments du couvent et une partie de l'église élevée pendant la grande période ogivale avaient été détruits; ils venaient de sortir de leurs ruines, lorsque l'abbaye fut proscrite en 1793, et vendue comme propriété nationale. Depuis ces jours funestes , l'église avait été abandonnée à tous les usages profanes : tour à tour brasserie , grange , écurie , remise d'artillerie , bazar. Elle courait de plus , dans ces derniers temps , les chances d'une démolition presque certaine , lorsqu'il vint à l'esprit de Mgr de Garsignies , notre évêque , d'en faire l'acquisition. Le contrat de vente réglé , on se mit aussitôt à l'oeuvre de réparation. Des ouvriers de toutes les professions trouvèrent , aux époques les plus dures de l'année , une digne et noble occupation. Maçons , menuisiers , charpentiers , peintres , serruriers , vitriers , couvreurs, furent employés à la restauration de ce vaste édifice. Les travaux furent dirigés avec une activité extraordinaire par M. l'abbé de Jenlis, qu'on était sûr d'y rencontrer à toutes les heures de la journée. Mgr ne pouvait être secondé par plus de zèle , de dévouement et d'intelligence dans la surveillance de cette
grande œuvre. — Enfin nous touchions au 25 mars deniier, jour fixé pour la réconciliation de Téglise. Les cloches de la cathédrale annoncèrent , dès la veille et le lendemain matin , la solennité qui allait avoir lieu. Le clergé , composé des élèves du grand séminaire , d'une foule d'ecclésiastiques et du chapitre, se mit en marche , escorté de la garde nationale et de la troupe de ligne. La procession s'achemina majestueusement, au bruit des cantiques sacrés et des fanfares militaires, par les longues et belles rues de la Burie , des Cordeliers et de la Grande-Place. Lorsque le cortège fut arrivé en face du portail de l'église Saint-Léger, Mgr récita des prières en jetant de l'eau bénite sur les murs de la basilique profanée. Déjà la foule grossissait , et ce n'était pas seulement la ville , mais les campagnes environnantes qui avaient voulu être témoins de cette imposante cérémonie. La réconciliation extérieure terminée , on ouvrit les portes de l'église. La nef était ornée de quelques guirlandes de mousse et de lierre ; le chœur, décoré de tapisseries rouges, était surmonté d'un dôme qui devait servir de trône épiscopal. Au milieu du chœur et à la jonction des transepts apparaissait un autel en pierre nouvellement exécuté et d'un très-bon style. Cette pièce capitale , sculptée par de simples maçons , a prouvé , non moins que les diverses appropriations de l'édifice , tout ce que l'on peut attendre de nos ouvriers toujours intelligents , pounu qu'ils soient bien dirigés. Après la réconciliation intérieure , la messe pontificale commença aumilieu d'une afHuence considérable. Le clergé , le séminaire , la musique , la maîtrise, occupaient toute la longueur de l'abside ; les autorités départementales , représentées par le préfet et le général commandant le département , le recteur de l'Académie , le sous-préfet , le corps municipal , les divers tribunaux , l'Université , étaient rangées au bas de l'autel , dans les transepts ; des places étaient reser>'écs aux dames et à tous les ouvriers qui avaient travaillé à la restauration de l'église. Le public, les militaires , les curieux se pressaient dans les nefs.
C'est en présence de ce nombreux auditoire et d'une voix émue , que Mgr adressa de l'autel une allocution chaleureuse. Le préfet retraça avec une conviction profonde la joie qu'il ressentait de cette restauration. L'orateur, on peut le dire , soudainement inspiré par la circonstance tout extraordinaire où il se trouvait , merveilleusement secondé par les applications les plus heureuses, les pensées les plus élevées et les accents les plus pathétiques , s'est constamment maintenu à une grande hauteur d'éloquence , et il a prouvé une fois de plus la vérité de ce vieil adage : « pectus est quod disertos facit ». — La musique religieuse a , de son côté , cherché à conscr>er son ancieime réputation , et elle n'a pas été au dessous d'elle-même. Mais nous croyons qu'elle aurait pu trouver l'occasion de quelques nouveaux succès dans l'exécution de nos anciens chants liturgiques , contemporains de cette église qui , après soixante ans de silence et de souillures , retrouvait enfin ses concerts harmonieux et ses vêtements de gloire. C'est là et alors qu'il aurait fallu faire entendre vos « chants de la Sainte-Chapelle » ressuscites , on peut le dire , par M. Félix Clément , votre ami. La musique militaire a fait entendre des morceaux pleins d'entrain , et qui respiraient un véritable enthousiasme. — A la suite de la cérémonie du matin , un magnifique diner a été offert , dans le réfectoire même des anciens religieux, aux ecclésiastiques de la ville et du dehors. Tous les ouvriers , sous la conduite de leurs patrons , avaient été réunis dans un autre local où on leur avait fait préparer un banquet ; il était juste de les associer à cette fête du vieil édifice rs^euni par leurs mains intelligentes. Après les vêpres et un sermon solide sur la fête du jour , Mgr ne voulut pas laisser s'écouler cette belle journée sans adresser de nouveau quelques mots d'édification et de remerciements à cette foule compacte qui se pressait encore dans le temple. Le prélat retrouva quelques-unes de ces heureuses paroles qui l'avaient si bien servi le matin. Une amende honorable a été ensuite prononcée au milieu d'un recueillement profond. — En somme , cette journée fait honneur à la religion , qui a prouvé , comme toujours , qu'elle seule sait créer des joies toujours nouvelles et des fêtes qui ne \ieillissent pas. Voilà donc un édifice , gravement compromis , qui a été sauvé et rendu au culte. Déjà ces nombreux ouvriers, auxquels il avait procuré le pain matériel, vont venir y recevoir une nourriture intellectuelle. Le sort de l'édifice est assuré' ,
car tout le clergé Soissonnais s*est imposé une contribution personnelle d*au moins 25 francs, payables en cinq ans , pour la restauration complète de Saint-Léger. Les fidèles y contribueront de leur côté , et j*espère qu*on réunira tout l'argent nécessaire. L'acquisition a été de i5,000 francs ; on en a déjà dépensé près de 8,000 fr. pour les travaux. Un pensionnat ecclésiastique est établi dans le couvent , sous la direction supérieure de M. Tabbé de Jenlis , et il est certain qu'il viendra en aide à l'acquisition et au rétablissement complet de Saint-Léger. — Réjouissons-nous , monsieur et ami , à la vue de cette église qu'on relève de ses ruines et qu'on cherche non-seulement à consolider, mais même à embellir, à meubler et décorer telle qu'elle était au xiii* siècle. C'est une conquête sur l'esprit de désorganisation , un rempart contre une nouvelle invasion de la barbarie , une espérance pour l'avenir. Tant que nous conserverons debout , sur le sol de notre pays , ces vieilles archives des arts et des croyances catholiques , nos craintes devront diminuer et notre foi s'agrandir. — Agréez... L'abbé Poquet, correspondant des Comités historiques, directeur de Saint-Médard. »
Que M. Poquet nous permette d'ajouter quelques mois à ces détails intéressants. Non-seulement Saint-Léger est sorti de ses ruines , mais M. l'abbé Poquet lui-même , et M. J. Leclerq de la Prairie , président de la Société archéologique de Soissons , ont publié dans le format grand iB-4® une « Notice historique et descriptive de l'abbaye de Saint-Léger. » Travail solide , où le grave monument du xiii* siècle est montré par des lithographies et des graMires sur bois , et' décrit dans un texte substantiel. Nous admirons cette activité de M. Poquet , qui , à la tète d'une institution importante , celle des Sourds-Muets de Saint-Médard , trouve encore le temps d'être le secrétaire de la Société archéologique de Soissons et de contribuer pour une forte part à la publication des a Bulletins » de cette Société , qui vient de mettre en distribution son quatrième volume, que nous annonçons aujourd'hui même. M. Poquet collabore à la c Notice sur Saint-Léger » et n'en poursuit pas moins l'impression du fameux manuscrit de Gautier de Coincy, « Les Miracles de la Sainte-Vierge » , dont nous possédons déjà plusieurs bonnes feuilles , et qui , texte et dessins , doit paraître prochainement. M. Poquet nous donne l'exemple d'une activité que nous retrouvons, avec bonheur, chez plusieurs de nos amis ecclésiastiques et laïcs des différentes provinces de France.
Les Cuisines des ducs de Bourgogne. — a Monsieur et ami , je crois ne pouvoir mieux répondre au désir que vous voulez bien m'exprimer dans votre dernière lettre , qu'en mettant sous vos yeux le texte même des observations que la Commission archéologique de la Côtc-d'Or a cru devoir adresser au conseil municipal de Dijon sur le projet (non encore arrêté] relatif à la partie de l'ancien palais ducal connu sous le nom de «Cuisines des ducs de Bourgogne». — Déjà, avant la révolution de février, il avait été question de compléter l'ensemble de l'ancien palais des États , élevé sur les ruines du palais ducal , par la construction de l'aile orientale. Il s'agissait alors de faire disparaître non-seulement les Cuisines ducales , mais aussi la tour de Bard , monument auquel se rattachent de précieux souvenirs historiques. La Commission archéologique de la Côted'Or, gardienne vigilante de nos monuments nationaux , s'empressa de faire près de l'autorité municipale des démarches conservatrices. On décida alors que la tour de Bard serait conservée. Les circonstances firent ajourner tout projet. Aujourd'hui , grâce aux soins de l'administration et particulièrement d'un maire tout dévoué aux intérêts de la cité , la ville peut entreprendre d'importants travaux. Le projet a donc été repris*: la conservation de la tour de Bard n'a plus été mise en question , et rien n'est encore positivement arrêté pour ce qui concerne les Cuisines ducales ; nous avons tout lieu d'espérer que les observations présentées par la Commission archéologique au conseil municipal, pour l'éclairer sur l'importance et la conservation de ces précieux débris de l'ancien palais de nos ducs, ne resteront pas sans résultat. — Veuillez agréer, etc., etc.
« Henri Baudot. »
En nous envoyant cette lettre , M. Henri Baudot , président de la Commission des antiquités départementales de la Côte-d'Or, a bien voulu nous transmettre copie des observations présentées au conseil municipal de la ville de Dijon. Nous croyons utile de publier ces observations , qui auront pour résultat, nous n'en saurions douter, la conservation de ces Cuisines monumentales , si intéressantes pour l'archéologie et Thistoire tout à la fois. — « A Messieurs les maire et membres du conseil municipal de la ville de Dijon. Messieurs, la Commission des antiquités de la C6te-d'0r, chargée de veiller à la conservation des monuments nationaux , vient remplir près de vous un devoir en appelant votre attention sur la ruine projetée d'une construction qui se rattache à la plus féconde époque de notre histoire provinciale. — Un plan , présenté au conseil municipal pour l'achèvement de l'aile orientale de l'hôtel de ville , supprime les salles basses de l'ancien palais ducal , connues sous le nom de Cuisines des ducs de Bourgogne. -* Nous vous demandons , messieurs , la permission d'appuyer notre réclamation de quelques réflexions préliminaires. — Les ravages occasionnés par la première révolution ont fait sentir aux esprits éclairés la nécessité de conserver soigneusement ce qui reste des monuments de la vieille France. — Les édifices qui rappellent des souvenirs nationaux sont les titres vivants de l'histoire et l'orgueil d'une nation qui les montre à l'étranger; ils attachent cette nation à son sol en lui servant de témoins de la grandeur de ses aïeux ; ce sont les jalons qui marquent les traces de son existence à travers les âges. — Tout homme qui a voyagé a pu reconnaître que les lieux historiques et les cités célèbres ont un type particulier qui les distingue à jamais des lieux modernes. Et , pour ne parler que de notre province , il n'est personne qui , en visitant Autun , en observant cette vieille cité couchée dans ses ruines , n'admire ces vestiges de trois antiquités , celtique , romaine et française , superposés pour ainsi dire les uns sur les autres , qui communiquent à la ville des souvenirs un caractère vénérable et imposant , non-seulement pour l'antiquaire , mais pour quiconque est doué d'une imagination sensible. — La ville de Dijon renfermait des monuments du moyen âge qui rappelaient à chaque pas son ancienne splendeur. Il ne lui reste plus que ses trois églises paroissiales , le portail de l'ancienne chartreuse et les fragments de l'ancien palais ducal. Voilà les seuls titres lapidaires qu'elle peut offrir encore à l'étranger. — Or, messieurs , il est à considérer que la ville de Dijon n'est point une capitale géographique ; centre autrefois d'un des grands fiefs de l^ couronne , elle a été formée , elle s'est étendue pour ainsi dire artificiellement par le séjour des anciens souverains du duché, par la présence et le renouvellement successif des compagnies administratives et judiciaires. Il est douteux qu'elle devienne jamais un grand centre d'industrie et de commerce , et les nouvelles prospérités qu'on lui présage sont encore un problème que nous cache l'avenir. Mais quoi qu'il en puisse être de ses destins futurs , tout le monde conviendra de la nécessité où elle est de garder, en attendant, son caractère historique et littéraire, ce caractère original qui , malgré la médiocrité de son enceinte , de sa population et de sa richesse , Ta placée longtemps en un rang distingué parmi les cités de la France. Lui ôter ce caractère , c'est la priver de tout ce qui lui reste. — Il serait inutile de rappeler ici les pertes que cette ville a faites dans les crises révolutionnaires. La chapelle ducale , la chartreuse , la rotonde de Saint-Bénigne , ce sont là des pertes éternellement regrettables sans doute, mais qui, à certain point de vue, étaient peutêtre inévitables. — Mais il faut remarquer que la dévastation n'a point cessé jusqu'à nos jours. — Ainsi , l'abside de Saint-Jean , cette première église de la chrétienté dijonnaise , a été rasée , quoique la tangente tracée de la place Saint-Jean à la rue Porte-d'Ouche ne rentrât point dans l'ellipse de cette abside , et quoiqu'il restât encore 40 pieds d'espace entre cette abside et l'alignement des maisons correspondantes. — ^Ainsi a été démolie l'abside de Saint-Philibert, seul monument d'architecture romane qui existât encore dans nos murs. -* L'on a détruit la galerie intérieure du collège Godran, pour bâtir sur ses ruines un ignoble édifice destiné aux cours de Téoole normale , bien que l'ancien collège renfermât un nombre de salles suffisant pour ces cours. Ce monument , du siècle de Louis XIV, est regrettable pour son style d'architecture dans notre ville qui n'offre
aucun monument de ce goût. Une galerie d*arcades , séparées par des pilastres d'ordre dorique , couverte d'une terrasse à balustres, ornée de vasques élégantes ; tout cela a disparu sous le mar* teau des démolisseurs lettrés. — La porte Neuve , autrefois porte Bourbon , construite sur les dessins de Dubois , dont Tare cintré était d'une élégante simplicité , a fait place à des murs d'ap* pui qui découvrent disgradeusement le mur oblique tracé entre les deux portes. Cette entrée de ville a été deshonorée sans nécessité et seulement par un caprice de Tadministration d'alors. -^ Le frontispice de la chambre des comptes , charmant ouvrage de la renaissance , a été rasé sous un vain prétexte d'alignement. L'on a détruit ainsi le souvenir de cette chambre des comptes de Bourgogne , la plus illustre et la plus ancienne de France après celle de Paris , la plus riche en archives en raison du grand rôle que nos ducs avaient joué dans la monarchie. — Les tombes qui décoraient le collatéral de gauche de la cathédrale Saint-Bénigne , œuvres de l'habile sculpteur Dubois, enlevées lors de la dernière réparation de l'église et déposées sans soin sous un hangar ouvert, ont été en partie brisées par des enfants, et la Commission d'antiquités n'en a pu recueillir que des débris. — Un tableau monumental représentant la bataille de Rocroy , espèce de trophée élevé par la province en l'honneur du grand Condé , son gouverneur, et placé sur les degrés du nouvel hôtel de ville , où l'on peut encore en mesurer l'encadrement , a été déchiré et mis en pièces par les ouvriers ou les passants , d'une manière irrémédiable. — Toutes ce» mutilations , toutes ces dévastations et beaucoup d'autres, que nous ne voulons pas énumérer , sont plus ou moins récentes ; et l'on peut dire que, d'année en année, la ville perd un de ses monuments qu'elle ne remplace pas. — Or, messieurs , il est temps de mettre un terme à ces dégâts, si l'on ne veut que notre ville perde toute son illustration , tout ce qui la recommande aux yeux de l'étranger. — La grande salle connue sous le nom de Cuisines des ducs est un monument admirable par sa hardiesse et sa simplicité. Des fûts de six colonnes sans chapiteaux (dernière époque de l'architecture ogivale ) jaillissent les nervures qui soutiennent un vaste dôme et vien* nent converger à la clef de voûte. Cette salle , ou si l'on veut cette cuisine monumentale, respire tout le luxe et la grandeur des ducs de Bourgogne ; elle peut servir de commentaire à ce que les historiens nous décrivent de la somptuosité de cette illustre maison. — D'ailleurs , cette salle forme un même système d'architecture avec les restes du palais , avec la salle basse de la tour de Bard. Ces deux belles salles et leurs appendices pourraient fournir un magnifique emplacement à un musée lapidaire , qui manque à la Commission d'antiquités et à la ville. Le style grave et noble de ces salles donnerait même à ce musée , dont les éléments sont dispersés , un caractère conforme à sa destination. — La Commission, en visitant les lieux, a reconnu que l'emplacement qui sépare la nouvelle salle de spectacle du palais ducal était plus que suffisant pour les constructions projetées. -*- La Commission , messieurs , nous a chargés de vous présenter des observations sur le projet de la destruction de ces monuments. Elle espère de la protection éclairée du corps municipal qu'il sauvera de leur ruine ces beaux débris de l'antique cité ducale. — Dijon, 47 mars 4854. » — Suivent les signatures des membres du comité spécial désigné pour présenter ces observations au nom de la Commission. Signé Henri Baudot , président ; Yallot , secrétaire ; Caumont , Rossignol , Mignahd , Frantin , délégués.
Voilà une Commission qui, certes, en remontre à Paris et à la plus grande partie de toute la France en fait de respect et d'amour pour les anciens monuments.
MoDVBMBNT ARCHÉOLOGIQUE DANS LE DiOGÈSB DE BORDEAUX. — « Monsiour, je viens répondre à l'appel fait par vous aux abonnés des « Annales » , en vous envoyant les quelques notes que j'ai pu rassembler sur le mouvement archéologique qui s'est effectué dans notre département de la Gironde pendant ces dernières années. L'intention que vous m'avez manifestée de publier vous-même , dans l'un des prochains numéros des « Annales » , un travail complet sur le développement pratique qu'ont pris en France, dans ces derniers temps, les saines doctrines de
Tart chrétien , m'a dispensé de donner au tableau de ce développement dans nos contrées l'étendue que je m'étais proposé de lui donner d'abord. C'eut été d'ailleurs un travail isolé , et de peu d'attrait pour la plus grande partie de ceux qui l'auraient lu. Mieux vaut , à cet égard , une vue d'ensemble , formant un tableau complet comme sera le vôtre ; ceux-là seuls sont vraiment intéressants pour tous , et peuvent avoir quelque influence dans l'avenir. Je vous envoie donc mes notes sèches et relatives seulement y d'après vos conseils , à la date de fondation de chaque édifice y au style adopté , et à l'argent employé. — Églises nouvelles et livrées au culte : — i** Saint-Julien (Médoc) , construite en 4847-1848. M. Bordes, architecte. Style mélangé de reman et de gothique de toutes les époques , principalement de celui du xv* siècle. Voûtes en brique et plâtre. Coût 400,000 francs environ. — M. Bordes est un architecte qui a beaucoup construit depuis quelques années dans notre département. Malheureusement c'est un de ces artistes comme on en voit tant de nos jours : son faire comprend tous les styles sans en adopter aucun d'une manière spéciale. Homme d'ailleurs d'un incontestable talent , il est à regretter de ne pas le voir marcher dans nos rangs , où sans aucun doute il trouverait bientôt une belle place à prendre. V Saint- Vincent de Paul, près le pont de Cubzac, église construite en 1843 , 1844 et 4846. M. Bordes, architecte. Style, au dire de son auteur, des xiv et xv« siècles. Simple nef avec abside voûtés en brique et plâtre. Coût 17,000 fr. 3* Saint-Paulin, au Carbon-Blanc, construite en 1847-1848. M. Labbé, architecte. Style des xiv et xv* siècles. Trois nefs et sanctuaire voûtés en brique et plâtre , arêtes en bois. Coût 32,000 fr. Cette église , quoique livrée au culte , est inachevée ; il reste encore les transepts à construire et le clocher à élever. 4* Saint- Delphin , au pont de la Maye , banlieue de Bordeaux , construite en 1848-1849. M. Perrier, architecte. Style des xiv et xv« siècles. Trois nefs et abside, voûtées en brique et plâtre. Coût 25,000 fr. On a eu l'heureuse idée de transporter sur la façade de cette église le joli portail du xv* siècle, qui formait l'entrée de l'ancien hôpital Saint- André de Bordeaux , aujourd'hui démoli. M. Léo Drouyn, dans son « Choix de types d'architecture » , a donné une gravure de cette élégante porte. 5* Langon. Cette église n'est pas nouvelle , il est vrai , mais l'importance de son. agrandissement , équivalant à une reconstruction, mérite une* mention spéciale. Agrandie en 1847-18^8. M. Duphot, correspondant des Comités historiques , architecte. Style des xiii et xiv« siècles. Devis adopté s'élevant à 92,000 francs. L'ancienne nef a été reconstruite , et on lui a adjoint deux nefs latérales. Transept et sanctuaire reparés , façade refaite , voûtes en pierre , vitraux fournis par M. E. Thibaud. Ensemble assez correct et satisfaisant. — Églises en voie de construction. — 1* Église de Sainte-Foy-la-Grande. Ici encore il s'agit d'une reconstruction et d'un agrandissement. On n*a conservé de l'ancienne église que la façade et les murs latéraux. La première pierre a été posée le 16 août 1849. M. Labbé, architecte. Style des xiii et xiv* siècles. Gros travaux évalués à 72,000 francs. Le plan se compose de trois nefs et d'un sanctuaire qui seront voûtés en pierre. Les murs sont en ce moment élevés de deux mètres au-dessus du sol. Rien de plus touchant que le récit fait par M. de Langalerie , ancien secrétaire général de l'archevêché , et aujourd'hui curé de Sainte-Foy , de la pose de la première pierre de cette église ; on se croit ramené à ces temps d'enthousiasme où des populations entières se réunissaient pour travailler de concert à l'édification de la maison de Dieu. Voici ce récit que je copie dans une petite brochure vendue au profit de l'achèvement de l'œuvre : — « C'est le lendemain de l'adjudication (16 août 1849) que la cérémoa nie de la bénédiction et de la pose de la première pierre a eu lieu , avec la solennité que la « population catholique de Sainte-Foy sait donner, par son enthousiasme et sa piété, à toutes ses a fêtes religieuses. Le bruit du canon, le son de la cloche, avaient plusieurs fois, depuis la « veille , annoncé le moment de la bénédiction , fixé à quatre heures. Un nombreux clergé s'était « rendu de toutes les paroisses environnantes , et il est parti processionnellement du presbytère , a accompagné par le conseil municipal, le conseil de fabrique, et la garde nationale. Pendant la « procession, le « Magnificat » a été chanté par toutes les bouches, et il retentissait délicieusemenl
« dans tous les cœurs. — L'emplacement sur lequel devait avoir lieu la cérémonie était envahi « depuis longtemps par une foule nombreuse et pressée, dont Taspect était d*un effet saisissant ; « des matériaux déjà déposés sur une partie de la place servaient d'amphithéâtre à un grand « nombre de spectateurs ; les enfants des frères de l'école chrétienne formaient un chœur sur ce c terrain exhaussé , et répondaient au chant des Psaumes ; une estrade de pierres entassées a « reçu le clergé. Un profond silence s'est établi dans cette assemblée de plus de deux mille « personnes, à ciel ouvert, et les chants, les prières, Gxées par le rituel ont eu lieu. Après un a discours prononcé par M. le curé de Saiute-Foy, M. de Brugière, maire de la ville, lui a adressé c quelques paroles pleines d'émotion et de bienveillance ; M. le curé a renvoyé à la population si « religieuse de sa paroisse , à ses prières , à ses sacrifices , tout l'honneur du succès de cette « grande entreprise. — Après la cérémonie , chacun a voulu frapper la pierre et déposer son a offrande ; bien des larmes d'émotion ont été répandues , bien des prières ont été prononcées « sur cette base du nouvel édifice , si heureusement entée sur l'ancien. — Puis la procession s'est a formée de nouveau ; le a Te Deum » a été entonné et chanté avec enthousiasme ; à la porte du « presbytère , des paroles de fraternelle harmonie , des ac<;lamations ont été échangées : « Vive a Sainte-Foi ! Vive M. le maire ! Vive M. le curé ! » — Quant à M. Labbé, c'est l'un de mes amis ; je crois que vous le connaissez , et par conséquent vous savez comme moi qu'il ne demande qu'à bien faire. Les études spéciales auxquelles il se livre des divers styles d'architecture chrétienne au moyen âge , sa bonne volonté , sa jeunesse , tendent à faire de lui un de nos meilleurs artistes de la Gironde. Je crois que son église de Sainte-Foy lui fera honneur, et sera , s'il n'est pas contrarié dans l'exécution de ses plans , l'un des édifices religieux des plus corrects dus à la renaissance de l'art ogival dans nos contrées. 2<* Chapolle des Carmélites , rue Margaux à Bordeaux. Commencée à la fin de 4849. M. Perrier, architecte et entrepreneur des travaux sous la haute direction et surveillance du père Bamel, supérieur des jésuites à Bordeaux. Style des xiii, xiv et xv* siècles. Travaux évalués à 100,000 francs. Plan composé d'une nef à deux collatéraux , d'un transept, et d'un sanctuaire , voûtés en brique et plâtre. Le transept et le chœur sont livrés au culte ; les nefs n'ont plus qu'à être voûtées. M. E. Thibaud est chargé des vitraux. — M. Perrier, d'abord entrepreneur de travaux , et depuis architecte , a aussi beaucoup construit dans notre département. Ses constructions sont bonnes, mais son style et ses plans sont souvent incorrects au point de vue de l'art archéologique ; la fantaisie y prend une trop large part. — Parmi nos architectes je citerai encore , et avec plaisir, M. J. Robert , qui a construit en 4847-1848, dans notre vieille église Saint-Seurin, pour 40,000 fr., une élégante chapelle en style du xiv« siècle, à laquelle il n'y a presque rien à reprocher ; puis M. G. Alaux , que sans doute vous devez aussi connaître , et qui est chargé en ce moment de construire dans le département de Lot-et-Garonne , à Meilhan et à Coutures , deux églises romanes , dont les plans et devis , définitivement adoptés , font honneur au talent de ce jeune artiste. — Je passe sous silence des agrandissements et reconstructions de moindre intérêt, tels que clochers , flèches, portails, etc., qui ont été faits depuis peu d'années dans ce département. Plusieurs néanmoins ne sont pas sans quelque importance mais ce sont là des détails , et je crois que vous tenez spécialement aux ensembles. Voici seulement quelques noms d'églises où j'ai vu opérer certaines de ces constructions partielles : Libourne, (façade et porte), Ambarès (façade et clocher), Macau (clocher), Baurech (clocher), Loupiac (façade et clocher), Saint-Pierre du Petit-Palais (façade et voûtes), Saint-Yzans (presque toute l'église), Saint-Seurin de Cadoume ( presque toute l'église). Mes souvenirs sont trop confus pour bien préciser dans ces deux dernières églises les caractères du style de leur construction : je crois
cependant pouvoir affirmer qu'elles sont ogivales , et n'ont pas coûté au delà de 40,000 francs.
Quant aux artistes sculpteurs , peintres , verriers , etc. , nous sommes toujours bien pauvres. M. Jabouin représente seul dans ce département l'art sculptural du moyen âge , et mérite seul le beau nom d'artiste. Tous ceux qu'on pourrait nommer après lui ne sont que ouvriers, habiles
d'ailleurs , mais ayant besoin d'une direction active et incapables de créer en ce moment une œuvre correcte. Je joins à ma lettre une note que m'a fournie M. Jabouin des divers travaux d'archéologie chrétienne par lui exécutés depuis trois ans. — Tels sont , monsieur, les renseignements que je puis vous fournir sur le mouvement archéologique opéré dans nos contrées depuis dix ans : je désire qu'ils vous puissent être de quelque utilité. Ainsi qu'il est facile de s'en convaincre, l'impulsion est donnée , mais que d'améliorations encore à obtenir I Ici , comme ailleurs , la principale difficulté nait du côté des architectes. A part d'honorables , mais rares exceptions , tant que ces messieurs ne seront pas convaincus qu'il faut y pour se livrer à l'architecture vraiment chrétienne , en faire au préalable l'objet d'études approfondies et spéciales , nous n'obtiendrons que des résultats incomplets , heureux encore quand ces résultats ne présenteront que des incorrections au lieu d'erreurs irréparables , comme il en existe déjà de nombreux exemples. Il serait aussi à désirer que le clergé prit une part plus active au développement de l'art chrétien dans notre département. Nous comptons dans ses rangs , il est vrai , Quelques prêtres entièrement dévoués à nos doctrines , et les deux derniers mandements de notre vénérable archevêque , Mgr Donnet , sur les cloches et sur le chant ecclésiastique , ont siu^bondamment prouvé que notre digne prélat a compris pour quelle immense part l'église avait à coopérer à ce renouvellement de l'art catholique , « cette gloire de notre siècle » , suivant la belle expression de M. le chanoine Jouve. Mais nous voyons trop souvent encore messieurs les curés s'adresser pour les réparations , les restaurations et les ameublements de leurs églises , soit à de prétendus artistes auxquels les premiers éléments de l'archéologie sont inconnus , soit à des entreprises au rabais , créées dans un but exclusif de spéculation , et qui remplissent nos temples d'autels, de chaires , de confessionnaux, de stalles, de vitraux, d'un style affreux et sans nom. Toutefois espérons beaucoup dans l'avenir. Aujourd'hui , nous marchons ; c'est déjà quelque chose. Plus tard , nous verrons qu'avec un peu de volonté nous pouvons mieux faire , et , Dieu aidant , nous ferons mieux. — Veuillez agréer, etc. a G. db Castelnau d'ëssbnault. »
C'est à bon droit que M. de Castelnau cite Mgr Donnet , archevêque de Bordeaux, comme le chef par la dignité, par la science et par le zèle , de l'archéologie chrétienne dans son important diocèse. Après avoir professé lui-même un cours d'archéologie dans son séminaire , après avoir écrit des mandements remarquables sur les cloches et le chant ecclésiastique . Mgr Donnet n'a pas voulu laisser à d'autres le soin et l'honneur de publier la « Monographie » de son église primatiale et cathédrale. En un cahier de 10 pages in-8^, qui vient de paraître, Mgr l'archevêque de Bordeaux a donné l'histoire , la description et l'état actuel du vaste édifice ; puis il a signalé les travaux qu'il serait urgent d'y entreprendre , et qui , suivant une lettre récente de M. de Castelnau , vont commencer sous la surveillance du jeune architecte M. Labbé. C'est une gloire pour l'archéologie chrétienne que de compter parmi ses adeptes des princes de l'Église , comme Mgr l'archevêque de Bordeaux et Mgr l'évèque de Meaux , qui ont écrit , l'un et l'autre, la « Monographie » de leur cathédrale. Plus heureux que bien des prélats , Mgr Donnet est servi , non-seulement par des architectes instruits et zélés , mais encore et surtout par un très-habile marbrier sculpteur, M. Jabouin aine , de Bordeaux. M. Jabouin a déjà exécuté, pour la cathédrale de Bordeaux et diverses églises du pays , huit autels majeurs et de chapelles , en marbre et en pierre , dans le style des xii , xiii , xiv, xv et xvi« siècles , et qui s'élèvent les uns à 6,000 francs , les autres à 4 ,000 fr. seulement. Les statues et statuettes d'apôtres , de la Sainte-Vierge, de saints différents, de Vertus ou personnages symboliques, exécutées en pierre et en marbre par M. Jabouin, sont déjà fort nombreuses, et cet habile sculpteur commence , à proprement parier , à se livrer à l'art chrétien , à la statuaire archéologique. Au moins nous avons là , dans cette partie importante de la France , un artiste qui nous appartient et qui nous rendra de grands sen'ices. a Sa réputation grandit , nous écrit M. de Castelnau ; elle s'étend dans les départements voisins.
Il reçoit des commandes pour la Vienne , la Charenle-Inféreure , le Lot-et-Garonne , les Landes , les Hautes et Basses-Pyrénées. »
BlouvEHSNT AacHÉoLOGiQUB BN Prussb. — « Monsieuf, dans le cours de Tannée, j*ai publié nn nouveau volume de mon ouvrage sur Thistoire de Tapt. Ce volume contient la parUe première de rhistoire du moyen âge, ou, si vous voulez, Tintroduction dans cette partie de Thistoire ; c'est un résumé des idées, des mœurs et des sciences qui ont influé sur Tari, notamment sur l'architecture romane et gothique , et une vue générale sur la plastique et la peinture de ces siècles. Je serai trèsK^rieux de savoir ce qu'on en dira en France , mais je crains que cette curiosité tarde bien à être satisfaite. Outre la difficulté que la langue étrangère vous cause, la situation politique est trop défavorable à nos études pour que les Français aient la patience d'étudier mon livre. — M. Reichensperger, dans un article publié dans vos «Annales», rend compte du « mouvement archéologique en Allemagne » ou plutôt, selon sa manière de voir, de Tabsence de ce mouvement; cet article nous a fait tort. Nous ne manquons pas d'intérêt pour le rétablissement de l'art du moyen âge; dans ce moment, à Berlin même, une grande église dans le style gothique est déjà très-avancée et sera achevée dans une ou deux années. Et dans le reste de l'Allemagne, en différentes contrées, il y a déjà des églises dans ce style récemment bâties. Et puis, le rétablissement et l'achèvement de la cathédrale de Cologne ne comptent-ils pour rien? Mais, en effet, le goût et les alkires de l'Allemagne diffèrent un peu des vôtres. Nous n'avons pas cette prédilection exclusive pour l'art gothique ; notre tendance et notre sympathie sont peut- * être plus dirigées vers l'art roman du moyen âge. Nous ne croyons pas que le rétablissement de l'art gothique pur et simple soit possible, ni même qu'il soit à désirer. Nous tenons plus à faire revivre les idées du moyen âge dans un certain sens; de vivifier et christianiser (si l'on peut dire ainsi ) le goût national par l'étude et, dans certaines limites, par l'imitation de l'art du moyen âge. Nous espérons que par cette infusion un style, en partie nouveau, en partie régénérateur du moyen âge, naîtra. Nous n'avons pas cette lutte entre l'école académique et Técole chrétienne et française qui existe sur le sol de votre patrie, et dans laquelle, vous et vos amis, avez fait tant d'exploits, dont nous profiterons à notre tour. Nos architectes , ou du moins l'immense majorité de nos architectes , sont admirateurs et connaisseurs de l'art du moyen âge autant que de l'antique, mais il n'y a pas d'école qui ait la tendance d'écarter de l'art actuel les réminiscences et les conséquences de l'un et de l'autre. Surtout pour le style des églises, on est d'accord de ne plus adopter le style antique ou de la renaissance ; ainsi la plupart de nos églises récentes, qui ne sont pas gothiques s'attachent aux traditions de hi basilique romane. Nous avons ici, à Berlin et dans les environs, un assez grand nombre de ces édifices, et quelquefois de très-bons exemplaires. — Dans ce moment, cfaee nous comme chez vous, la situation politique de l'Allemagne occupe et attriste tous les les esprits, et nuit à nos études artistiques.
« ScHif AASE , Conseiller à Ut Cour de cassation , à Berlin. »
— Nous n'ajoutons rien à cette lettre du célèbre auteur de c l'Histoire de l'Art » , sinon que l'Allemagne, se faisant ecclectique dans l'art en général , et spécialement romane dans l'art religieux , nous semble entrer dans une voie mauvaise. L'avenir se chargera de prouver si nous avons raison, et si le xiii* siècle, que la France reproduit avec enthousiasme en architecture, en sculpture, en peinture, en musique et même en poésie, n'est pas vraiment l'époque souveraine qu'on ne saurait trop admirer, imiter et reproduire.
La Dactylologie. — On nous écrit de Rome : c Les fouilles reprises de nouveau, au Campo- Vacdno , viennent de faire découvrir un bas-relief représentant Jupiter reconnu roi de l'Olympe par les dieux. Ce beau travail reproduit le langage primitif. Chaque dieu fait de la main droite XI. 17
Tinitiale du mot grec Ba<nXiu< (roi), et de la main gauche le sigle de son propre nom. Ces manifestations seraient demeurées incomprises , si un archéologue français actuellement à Rome , M. Camille Dutheil, n'était venu en donner l'explication à MM. Carrie et Capranesi, d'après les principes exposés dans un ouvrage récemment publié sous ce titre : « Dactylologie et langage primitif restitués d'après les monuments. » La méthode de Fauteur ne pouvait recevoir une confirmation plus prompte, plus éclatante. » — Ce livre, « Dactylologie et langage primitif , » est un ouvrage capital que vient de publier M. J. Barrois. C'est un volume in-4^ de 360 pages et 64 planches suivies d'une lexéologie grecque , pour l'intelligence des sigles antiques , de 36 pages. Le système de M. Barrois mérite un trèsrsérieux examen ; car, s'il est prouvé par les monuments, non-seulement l'archéologie égyptienne, et la lecture des hiéroglyphes, comme on en fait aujourd'hui, tombent à rien, mais encore l'archéologie chrétienne y trouve mille indications de la plus grande portée. Avec M. Barrois, les bénédictions grecques et latines par le mouvement des doigts, les mains levées ou abaissées offrant tels doigts ouverts ou fermés comme sont représentés les anges et les patriarches , les apôtres et tous les saints, ne sont pas des bénédictions vagues ou générales, des gestes indécis, mais bien des noms propres, des mots, des phrases, des discours significatifs. Ce que nous savons, c'est que M. Barrois a lu, d'après le geste de la main d'un des plus grands personnages de l'antiquité , le nom de ce personnage qu'une inscription en lettres grecques est venue nommer ensuite , mais inscription que M. Barrois ne connaissait pas alors. La table des chapitres pourra , dès maintenant, donner une idée de l'importance 'de cette publication appelée à produire une sensation profonde dans le monde savant : «Prolégomènes. — Langage primitif. — Langue patriarchale. — Dactylologie. — Chrologie. — Assyrie. — Egypte. — Phénicie. — Mythologie. -^ Graphie. — Voyelles dactylologiques. — Labiales. — Dentales. — Gutturales. — Liquides. — Gestes et Dactylologie. — Protophonie et Mnémonie. — Diade mnémonique. — Térence et Virgile. — Manifestations sacrées. — Midi et Septentrion. — Chansons françaises. — Paganisme. — Analogie. » — Soixante et une planches, lilhographiées avec un soin extrême, reproduisent un grand nombre de monuments de l'iconographie orientale^ égyptienne, étrusque , grecque, romaine et chrétienne des diverses époques du moyen âge. Une des plus curieuses planches, chromolithographiée , représente en bas-relief le buste d'Alexandre, peint en quatre couleurs par Apelle, et retrouvé en 48ii, sous le sable d'une hypogée du Nil. M. Barrois est le possesseur de ce monument unique et d'une valeur que nous pouvons dire inestimable. Nous reviendrons certainement sur ce livre si important et qui est déjà l'objet de nombreuses controverses. On le trouve à la librairie archéologique de V. Didron, au prix de 72 fr. — Nous parlerons, dans la livraison prochaine, de publications importantes qui se préparent, pour paraître dans le courant de l'été ou en automne , sur l'art en général et l'architecture en particulier, sur la littérature, la poésie et la musique du moyen âge. Les archéologues s'occupent de leurs études , comme si la politique n'existait pas, comme si toutes les lois sociales n'étaient pas remises en question. On le voit, Archimède n'est pas encore mort; il vit et il vivra toujours, même en France, un des pays les plus passionnés de l'Europe.
BIBLIOGRAPHIE ARCHEOLOGIQUE.
Le triomphe de la religion dans les arts , par OvERBECK, magnifique gravure, par Am- SLER. Cette gravure est la dernière et le chefd'œuvre du regrettable Amsler, mort il y a un an; elle reproduit avec une rare beauté le tableau célèbre que la ville de Francfort est fière de posséder dans son Musée. Les archéologues l'appellent le « Magnificat de Fart » et les artistes, le a Parnasse chrétien. » . . . . 96 fr.
Fac-similé des anciens maîtres graveurs sur bois, par Rudolph Weigel. Par livraisons petit in-folio d'une feuille de texte en allemand et de 5 planches gravées sur bois avec la plus scrupuleuse fidélité. Trois livraisons ont paru. Chaque livraison 48 fr.
Histoire et description de la gatuédralb de Cologne, par Sulpice Boisserée. Un vol. in-fol. de 404 pages de texte en français. Atlas in-folio maximo de 47 planches gravées sur métal. Exemplaire de choix 300 fr.
Monuments d'architectuhb du vu* au VIII* siècle sur le Rhin Inférieur, par Sulpice Boisserée. Un volume in-folio de 24 pages de texte français, à % deux colonnes, et de 72 planches 400 fr.
Monuments de l'architecture allemande , par Georges Moller. Deux volumes petit infolio. Texte explicatif et 427 planches gravées. Ces planches , exécutées avec précision et pour servir aux architectes, représentent les ensembles, les coupes, élévations et détails des églises de Marbourg, de Limbourg, de Fribourg (en Brisgau), de Lorsch, de Mayence, de Worms, de Coblentz, de Francfort, d'Aschaffenbourg , de Paderborn , de Gelnhausen , de Friedberg , de Grunberg, d'Oppenheim. En outre, quelques monuments civils de Mayence , de Cologne , de Hanovre , de Dantzig. Puis des fac-similés de
dessins originaux dressés par l'architecte de la cathédrale d'Ulm , par divers sculpteurs et architectes de clochers et de tabernacles. Enfin , quelques exemples de tombeaux, de vitraux, de fonts baptismaux, de tabernacles, de stalles. C'est une histoire de l'architecture et de l'art en Allemagne par les principaux monuments du moyen âge , des époques romane et gothique. Les 2 vol 425 fr.
Salle des armures du moyen âge. Texte allemand, par le docteur Kottenkamp ; gravures par Von Reibisch. In-4° oblong de 470 pages de texte allemand â deux colonnes, et de 62 planches gravées et coloriées à la main. . . 50 fr.
Les Flamands en France , études sur leur leur littérature et leurs monuments , par Louis DE Baegkbr, correspondant des Comités historiques. In-S* de 408 pages avec une planche. 5 fr.
Cours de conférences archéologiques sur l'époque gauloise, par M. l'abbé Poquet. Deuxième édition. In-8» de 79 pages avec 1 planche 3 fr.
Instructions de la commission archéologique diocésaine, établie à Poitiers, sur la construction, les restaurations, l'entretien et la décoration des églises, adressées par Mgr Pie, évèque de Poitiers, au clergé de son diocèse. In-8* de 437 pages avec de nombreuses gravures sur bois dans le texte. Ces a Instructions » ont été rédigées par M. l'abbé Aubbr, auteur de la savante « Monographie de la cathédrale de Poitiers. » 3 fr. 50 c.
Monographie de l'église primatiale de Saint- André, cathédrale de Bordeaux, par Mgr DoNNET, archevêque de Bordeaux. In-S® de 40 pages avec une planche. . 2 fr. 50 c.
Notice historique et descriptive de Tabbaye de St-Léger de Soissons. Texte par MM. de Laprairie et l'abbé Poqubt , correspondants des Comités historiques. Lithographies et gravures sur bois par MM. Villain, E^barre et Tauxibr. Grand in-i^ de 29 pages et 6 planches lithographiées et gravées sur bois (St-Léger est du beau xiii* siècle) 5 fr.
De l'unité dans les chants liturgiques et moyen de l'obtenir par la confrontation des manuscrits, par L. Lambillotte, S. J. In-folio de 40 pages et fac-similés de musique , avec et sans neumes, depuis le \P siècle jusqu'à nos jours 4 fr.
Les ducs de Bourgogne, études sur les lettres, les arts et l'industrie pendant le xv* siècle, par le comte de Labobbs, membre de l'Institut. Tone 2*. In-8* de lvi et 469 pages. Chaque volume 7 fr. 50 c.
Poésies de Jacques Dorât, archidiacre de Reims, né à Limoges en 4566, mort dans le même viUe en 4626, recueillies et publiées par Auguste du Bots. In-8«de 52 pages. 4 fr. 75 c.
HoHiiES ET Choses, par M. Boucher de Perthbs. Quatre volumes in-48, chacun de 580 pages 4 4 fir.
La Comtesse d'Isemboubg, princesse de HohenzoUern, publiée avec la biographie de l'auteur, par M. HiPPOLTTE Crozes. In-48 de 484 pages 3 fr. 50 c.
Publications diverses de M. Auguste At- MARD, secrétaire de la Société scientifique du Puy : Crypte romane, porte romane sculptée, inscriptions, monuments funéraires, archéologie et palœontologie. Neuf cahiers in-8'', avec planches. Chaque cahier. . . de 4 fr. à 4 fr. 50 c.
Compte-rendu des travaux de la commission des monuments et documents historiques et des bâtiments civils do département de la Gironde, par cahiers annuels. Le cahier de 4849-4850 a paru. In-^** de 73 pages avec 49 planches, continuant la statistique monumentale de la Gironde. Quatre cahiers sont publiés ; chaque calûer de 3 à 4 fr.
Congrès scientifiques de France. Dix-septième session, tenue à Nancy jen 4850. Deux
volumes in-8* de 540 et 548 pages avec 5 planches .' 46 fr.
Bulletin de la Société archéologique, historique et scientifique de Soissons. Tome quatrième. Un volume in-8o de 497 pages avec 6 planches représentant des objets romains, des églises, et deux châteaux dont celui de Château- Thierry. Chaque volume 5 fr.
MÉMOIRES concernant Thistoire civile et ecclésiastique d'Auxerre et de son ancien diocèse, par Tabbé Lebeuf, continués jusqu'à nos jours, avec addition de nouvelles preuves et annotations, par MM. Challe et (Juantin. Tome deuxième, grand in-8'' de 5i9 pages avec lithographies et gravures sur bois représentant des armoiries, des sceaux, des aut<^aphes, un portrait de Jacques Amyot. Chaque volume. 6 fr.
Annuaire historique du déparlement de ITonne, recueil de documents authentiques destinés à former la statistique monumentale. Année 4 854 . Un vol. in-8* de 374 pages avec 6 planches lithographiées et gravées sur bois. Une lithographie, exécutée par M. Victor Petit, représente le portail de l'église abbatiale de Vézelay 3 fr.
Reoberchbs sur quelques médailles historiques du xvi« siècle, par M. Etienne Cartier fils. In-8® de 23 pages et 3 planches gravées. 3 fr.
Publications périodiques. — Faute de plaee, nous devons nous contenter d'annoncer aujourd'hui que les ouvrages suivants , en cours de publication , continuent de paraître sans interruption : c Mélanges d'archéologie » , par les pères Martin et Cahier ; a Moyen âge et Renaissance » , par F. Seré et P. Lacroix ; « Érudition ou bibliothèque universelle », par Chartes Barthélémy ; a Architecture du v* au XVI* siècle », par J. Gailhabaud ; « Encyclopédie d'architecture », par Victor Calliat; « Dictionnaire d'architecture », par Fléchet ; « Art en province », par le comte de Montlaur ; k Album monumental de l'Aube », par Charles Fichot ; « Revue des beaux-arts », par Félix Pigeory.
Nous annoncerons, dans les « Annales » de mai-juin, les livraisons récentes de ces diverses publications.