‹ Annales archéologiques (volume 4)Chapitre 41 sur 103 · SYMBOLIQUE · texte numérisé non relu

SYMBOLIQUE

DB

Les œuvres de l'architectare ont toujours un caractère mystérieux. L'intelligence vulgaire, habituée à estimer les choses d'après leur utilité ou sous le rapport matériel , ne peut pas comprendre que ces formes simples puissent produire dans leur ensemble une si profonde impression ; elle y cherche donc un motif extérieur, une explication précise de l'énigme. Ceci est plus vrai pour l'architecture gothique que pour toute autre. Elle apparaît si différente, si spéciale; elle s'élève tellement au-dessus des limites du besoin pratique, qu'il est pardonnable d'y soupçonner un but secret ou l'effet du hasard.

4 . Parmi les travaux littéraires les plus importants de Tépoque actuelle, il faut compter, en Allemagne, l'Histoire de FJrt, par M. le docteur Schnaase [Geschichte der bUdenden Kûns(e), publiée à Dusseldorf par l'éditeur Julius Budœus. C'est une vaste entreprise ; car elle embrasse l'exposé, la description, la discussion de tous les faits artistiques et leur rapport avec le développement successif de la civilisation. L'art étant le résumé complet et infaillible des idées et des sentiments des peuples, une telle œuvre contient en réalité l'histoire universelle de l'esprit «humain; c'est ainsi que M. Schnaase l'a compris. Il annonce lui-même qu'il écrit pour les gens du monde comme pour les savants. Rien ne correspond mieux que son livre au besoin d'une synthèse historique sérieuse et substantielle, qui se fait sentir vivement dans l'art , oCi l'on est saturé de monographies, de traités spéciaux et de métaphysique pure. Les pages qu'on va lire sont tirées de la traduction, manuscrite encore, du quatrième volume. Cette traduction est exécutée, avec l'approbation de l'auteur et en partie sous ses yevo^ par M. Auguste Germain. Nous faisons des vœux pour que soit prochainement publié, dans notre langue, un ouvrage aussi important; ce serait un véritable, un grand s^rice rendu aux arts et à la philosophie. Nous avons choisi le passage qui nous a paru le plus intéressant pour nos lecteurs. Il n'est peut-être pas, en archéologie du moyen âge, de question plus controversée que celle du symbolisme. Comme il est bon que tous, sceptiques, crédules et gens raisonnables, parlent sur cette question, afin que la vraie vérité se dégage de tous les dires contradictoires, il nous a semblé que l'opinion d'un savant et d'un philosophe comme

Plusieurs, en conséquence, ont fait des recherches de ce côté, et bâti avec plus ou moins de sagacité des hypothèses souvent étranges. Les Anglais se montrent les plus fertiles en ce genre. James Hall ' tient le style gothique pour une imitation des premières chapelles que les apôtres, convertisseurs de la Grande-Bretagne , faisaient construire de branches entrelacées dans la région misérable des côtes maritimes. Ce style, Jacob Murphy* le tire des pyramides, dont les chrétiens auraient appliqué les formes, comme pensée mère de Télément monumental, à leurs églises, élevées également sur des tombeaux, en y ajoutant le perfectionnement de l'arc aigu. D'autres croyaient découvrir l'origine de l'architecture gothique dans une décoration abondante des édifices romans anglais, dans les cintres entrecroisés , où le point d'intersection donne une terminaison aiguë ^ ; mais ils n'ont pas réfléchi que l'arc aigu n'épuise pas cette architecture, et que l'œil seulement qui connaît déjà la signification de cette forme peut être frappé de la rencontre fortuite et superficielle dont il s'agit. Une autre hypothèse , qui regarde le pignon élevé, nécessaire au climat du Nord, comme l'occasion des formes sveltes ascendantes du style gothique^, vient échouer contre l'observation qu'aujourd'hui encore, dans les pays où la neige tombe le plus abondamment, en Suisse, en Norvège et en Suède, on emploie pour les églises des couvertures plates, et qu'on les employait avant le style gothique. Il est vraisemblable , au contraire , que l'usage des toits aigus dans nos contrées dérive de ce style, et s'est maintenu à cause de la commodité intérieure qui en résulte. Beaucoup ont voulu admettre J'influence de l'arc aigu, qui existait déjà

M. Schnaase ne manquerait ni d'attrait, ni d*utilité. Aujourd'hui, M. Schnaase ne parle que de certaines parties où le symbolisme et les symbolistes se sont escrimés ; une autre fois, il nous dira ce qu'il pense de Taxe brisé dans certaines nefs d'églises, de l'inclinaison de quelques absides et des nombres mystiques. Quand nous aurons bien écouté et recueilli ce qu'on pense et ce qu'on dit en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Belgique et en France sur la symbolique de l'architecture du moyen âge, alors, à notre tour, nous soumettrons aussi à nos lecteurs ce que nous croyons avoir entrevu dans ces ténèbres encore fort épaisses de l'archéologie chrétienne. M. Schnaase ne cite pas, il s'en faut , tous les textes ni tous les monuments où la symbolique est irrécusable ; quand nous y serons, nous aurons soin d'apporter toutes les pièces justificatives à l'appui de ce procès, qui n'est pas encore plaidé, même en première instance. ( Note du Directeur,)

4. Essay on the origine of gothic architecture, London, 4813.

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