LAMENTATION DE RACHEL
(rachel : )
O doux fils que je viens d'engendrer!
Mère depuis longtemps, j'en ai gardé le titre ! Naguère, à cause de vous, on me donnait ce nom ; Aujourd'hui je suis une malheureuse, veuve deses iilsi Hélas ! infortunée que je suis ! puisque je puis vivre En voyant périr mes enfants sous mes yeux, En les voyant déchirer et mettre en pièces ! L'impie Hérode, plein de fureur, Dans son excès d'orgueil, détruit mes enfants.
l'ange :
Ne pleure pas tes enfants, Rachel; Tu t'affliges et te frappes la poitrine ! Ne pleure pas; mais réjouis-toi plutôt.
Toi, dont les fils vivent plus heureux.
Réjouis-toi donc.
Le fils du Très-Haut Père étemel.
Voilà celui qu'il cherche à tuer.
Lui qui nous fait vivre éternellement.
Réjouis-toi donc.
Ce fragment semble avoir appartenu à un mystère sur le Massacre des Innocents analogue à celui que M. £. du Méril a inséré dans ses « Origines latines du théâtre moderne », p. 175, d'après un manuscrit d'Orléans * .
(1) J'ai déjà répété bien des fois, dans les Annales archéologiques f que toutes les scènes peintes et sculptées dans nos cathédrales se jouaient par personnages vivants dans les drames liturgiques. Ici, cette LamentcUion de Rachely nous la retrouvons à la cathédrale de Chartres, au portail roman de l'occident, dans le groupe du Massacre
des Innocents. Cette scène est sculptée sur les petits chapiteaux des ébrasures delà porte gauche. Ces paroles de Rachel, mettez-les dans la bouche d'une de ces pauvres mères, idiotes de douleur, qui embrassent les lambeaux, les pièces de leurs enfants, et vous aurez le drame même, le drame vivant. {Note du directeur des Annales.)
LES TROIS-MARIES
Le premier des trois mystères formant l'ensemble connu sous le nom de «Vierges sages et vierges folles » porte pour titre : « (H)oc est de mulieribus ». — «Ceci est (l'office) des (saintes) femmes. »
C'est un fragment de l'office du Sépulcre ou des Trois-Maries, tel qu'on le célébrait àNarbonne, au Mont-Saint-Michel, à Rouen, à Paris* et dans beaucoup d'autres localités. Il se compose d'une seule scène ayant pour interlocuteurs l'Ange, gardien du sépulcre, et les trois Maries.
Voici le texte et la traduction de ce fragment ; nous en reproduisons le facsimilé dans " l'Histoire de l'harmonie ".