XI
à 1793, l'espace de quatre-vingt-douze ans. Auparavant, il était dans le chœur de la même église , mais en une autre niche beaucoup mieux ornée. Le style flamboyant avec pinacles, de cette niche, appartenait au xv* siècle; en efifet, elle avait coûté au chapitre , pour appropriation, 40 écus d'or, le 16 septembre 1450. Lorsque cette niche fut préparée, le bon roi René fit cadeau du vase, le 19 septembre de la même année, à la cathédrale. Voici comment ce prince lui-même en parle dans son testament, à la date du 22 juillet 1474:
« René veut et ordonne les services de procession, station, luminaire, chapeaux, administration de pain et de vin (par lui institués et jà accoutumés de faire en l'église d'Angiers à cause de l'une des hydriëres esquelles N.-S. fist miracle en conversion d'eau en vin, es nopces de l'Architriclin , et laquelle hydrie il a donné à la dicte église), soient entretenus et continués à toujours, mais en la forme par lui intitulée et composée. »
Nous avons eu le plaisir de trouver, dans un manuscrit appartenante l'évêché, et composé par Lehoreau, au commencement du xvm* siècle, quelques détails relatifs aux cérémonies instituées et composées par René, à l'occasion de ce vase. Nous en extrayons ce qui suit :
« Les nopces, — Second dimanche d'après TÉpiphanie : — Nuptiae factsB sunt in Cana Galileae. » — On fait l'office comme aux dimanches, ou doubles ou semi-doubles. Le maire-chapelain semainier fait l'eau bénite pendant tierce, comme aux dimanches « per annum ».' Après la bénédiction, il va, précédé d'un porte-bénitier, de deux acolithes et du porte- croix commune, tous quatre en aubes, du côté de l'épilre, dans le sanctuaire, au lieu où est la cruche de Cana , exposée sur une crédence parée d'une nappe par les soins du garde-reliques, qui l'expose pendant prime et la laisse ainsi exposée aux yeux du public jusqu'après sexte. — Le dit maire-chapelain bénit le vin que le garde-reliques a mis dans ladite cruche, tenant son messel en main , dans lequel il prend la bénédiction qui estoit autrefois particulière, mais perdue par négligence. — La bénédiction du vin faite, le mairechapelain se retire à la sacristiet jusqu'à ce que commence l'antienne de l'aspersion ; il fait l'aspersion dans le chœur comme aux dimanches ce per annum » .
« Nota : On n'expose point cette cruche qu'il n'y ait un cierge ardent tant qu'elle est exposée. »
a Pendant l'aspersion de l'eau bénite au chœur, le maire-chapelain sonssemainier , se chape , à la sacristie , d'une chape blanche , se couvrant les épaules d'un voile aussi blanc, [^et va au lieu où est la cruche de Cana, pre-
cédé de deux chapelains , chapes de blanc, tenant en main chacun une torche blanche allumée, tous trois couronnés de couronnes de romarin, par dessus leurs dominos, ou camails, qu'ils n'ôtent point, ne se découvrant pas. Les couronnes sont fournies par le garde-reliques qui présente au dit maire -chapelain sous-semainier une burette de cristal, ou une des plus belles burettes antiques d'argent, pleine de vin béni dans la dite cruche. La quelle burette il couvre des deux extrémités de son voile, en sorte qu'on ne voit que le devant de la burette. »
a Nota : C'est une loi inviolable de se servir de vêtements blancs pour cette cérémonie. »
« L'aspersion finie, on part pour la station en cet ordre : cf 1* Les deux petits Bedeaux. — 2* Les deux grands Bedeaux. — 3" Le Porte-Benitier. — 4" Les deux Âcolythes. — 5" Le Diacre porte-croix avec son Sous-Diacre porte-texte. — 6" Le Garde-Reliques chape, portant une relique analogue au temps, soit la sainte Épine , soit la côte de saint Hilaire. — 7* tes deux Chapelains porte-torches allumées. — 8** Le Maire-Chapelain porte-burette; celui-ci et les deux précédents chapes, couverts et couronnés. -^ 9* Le Maire-Chapelain semainier avec son chantre.
a Le reste du chœur comme de coutume, c'est-à-dire : — « 10" Enfants de chœur, deux à deux. — 11® Les Psalteurs. — 12* Les Chapelains. — 13*" Les officiers de l'autel un à un. — 14® Les officiers Aumusses, deux à deux. — 15® Les Chanoines. — 16* Les Dignités. — 17* Le grand Doyen seul. — 18® L'Évêque. — 19* Les deux Aumôniers- — 20® Vallet de chambre.
oc Tous arrivés des cloîtres dans la nef, on se met en station. — Le maire* chapelain semainier chante le verset et l'oraison, puis on rentre au chœur, l'orgue jouant. — Le maire-chapelain porte-burette , marche immédiatement après l'évéque s'il y est, ou le doyen en son absence. Le maire-chapelain laisse la burette sur le grand autel, du côté de l'épitre. Ensuite, avec ces deux chapelains porte-torches, il se retire à la sacristie conduit par eux. » <x Nota : Les couronnes restent à ceux qui les ont portées. » a Après la station , on chante la grand' messe et on se sert au sacrifice du vin de la burette. — Quand je dis (ajoute Lehoreau), que les couronnes restent à ceux qui les ont portées, cela suppose qu'elles sont de romarin ou d'autres fleurs de saison; mais à présent, 1712, que le garde-reliques en donne de fleurs peintes, ou bouquets d'hiver, elles restent au gardereliques pour l'an suivant. — Enfin a lieu la distribution du vin béni dans la cruche. Le garde-reliques en étole distribue, tant que la cruche est
exposée, à un chacun le vin béni. Le peuple y est en grand nombre ^ »
J'apprends 9 d'un autre manuscrit inédit, intitulé « Histoire de Tabbaye
de Saint-Florent, par D. Jean Huynes », que le monastère de Saint-Florent,
près de Saumur, possédait également un autre vase de Cana qui avait été
donné aux religieux de Saint-Florent du Mont-Glonne, par Charlemagne
lui-même. Ce vase précieux ne nous a pas été conservé comme le précédent.
Du reste, celui dont j'envoie le dessin, fait par M. Dainville, architecte à
Angers, n'est pas d'une entière conservation; brisé en décembre 1793, lors
du siège d'Angers par les Vendéens, les morceaux en furent recueillis et
réunis ensemble avec des tenons de fers grossiers et d'assez mauvais goût.
Quoi qu'il en soit, le galbe de ce vase a de l'élégance et les mascarons en
sont d'un bon style antique. MM. de Villeneuve-Bargemont et Bodin ont
pris ces mascarons pour des figures de Jupiter ; mais M. Charles Lenormant,
de l'Institut, y voit des masques du Bacchus de Mitylène. M. Mérimée a
examiné ce vase également avec une grande attention. Aucun de ces
messieurs n'a émis le plus léger doute sur sa très-haute antiquité. Il a été
creusé au tour, procédé très en usage dans la Judée pour la fabrication des
vases de cette sorte, qui servaient aux ablutions des personnes et au lavage
des ustensiles de table.