XI
t70 ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
Dès ce moment, dous profitons de la permission, en publiant l'œuvre remarquable qui décore le nord de l'abside de la cathédrale de Limoges. Ce bel édifice est assis au bord d'un escarpement qui commande au loin la vallée de la Vienne. Au nord, entre l'abside et un baptistère présentement détruit, grimpe une rue rapide et étroite. A Tendroit où la rue serre de près le vieil édifice, les contreforts se décorent de niches de granit où siègent de grandes statues en calcaire. C'est d'abord saint Martial ^ patron du diocèse de Limoges; puis, sur le flanc d'un contrefort, saint Etienne, patron de la cathédrale. Nos lecteurs ont sous les yeux la représentation fidèle de ce dernier sujet.
Cette sculpture, comme la partie de l'édifice qu'elle décore, appartient au commencement du XIV' siècle. On conservait encore la tradition architectoni^ que, et l'on savait donner à la sculpture un aspect architectural. Étant posé le problème de représenter en sculpture la lapidation de saint Etienne et Jésus- Christ qui accueille son premier martyr et le bénit, comment y réussir sans multiplier les figures, sans rompre les lignes de l'architecture, sans troubler l'harmonie de l'édifice? Qu'on donne ce problème à résoudre à un sculpteur contemporain; ou plutôt, avant d'avoir examiné notre dessin, que chacun de nous en cherche la solution.
Le sculpteur gothique y a réussi sans effort. On ne devine pas à première vue le bonheur de ce résultat, tant cette composition a de grandeur et de simplicité. Saint Etienne, vêtu d'une tuqique de diacre aux manches courtes et fermées, ample et souple comme une robe, ouverte sur les côtés, est agenouillé sur un tas de pavés entre deux bourreaux qui le lapident. Sa dalmatique et son manipule étroit sont décorés de broderies. Par sa position et sa stature élevée, le martyr, malgré son attitude, atteint presque à la hauteur des bourreaux. Il ne se courbe pas devant la mort; il s'incline devant Dieu. Toute autre pose eût rompu l'équilibre et fait trou dans le fnur. La figure du saint est austère , mais calme.
A droite et à gauche, deux bourreaux, habilement ajustés en deux nicher, vêtements courts et retroussés, le lapident avec des gestes différeats. Ce sont deux types qui contrastent. Celui de gauch« a un caractère particulier de laideur et de férocité Tous ses traits sont enfoncés en dedans; c'est la laideur produite par la ligne concave. Le bourreau de droite a les traits arrondis et le nez crochu. Un sourire féroce el hypocrite anime son visage. Toutes les lignes de ce visage sont circulaires.
Les bourreaux sont debout en deux niches; mnij^^ pendant que les consoles qui les supportent sont formées de monstres hideux, singe à gauche,