Poëme attribué à Gautier Mapes
une seule pourrait donc, à la rigueur, être un chevalier de cet ordre. Dom Bernard de Montfaucon ne parle, dans tout son ouvrage, que d'une statue de Templier. Elle se voyait dans l'église de Saint-Yved de Braine, près de Soissons, et elle représentait Jean de Dreux , second fils de Jean I", comte de Dreux. Ce chevalier était vêtu d'une robe et d'un grand manteau, avec une croix grecque sur le côté. Or cette croix, que la règle de saint Bernard ordonnait aux chevaliers de porter continuellement, ne se retrouve sur aucune des statues de l'église du Temple de Londres, ce qui serait singulier si ces effigies représentaient des Templiers. Peut-être la règle de Tordre défendait-elle de mettre les figures des chevaliers sur leur tombe. Les statuts établis par saint Bernard ne disent rien à ce sujet; mais peut-être était-ce un usage, et cela expliquerait pourquoi les tombes des Templiers se trouvent si rarement. L'auteur de Tarticle termine en parlant d'un prêtre de l'ordre du Temple, dont l'effigie se voyait dans l'église de Sainte-Marie de Bologne, en Italie; il est représenté portant un calioe. Voici son épitaphe :
a Stirpe Rôtis, Petrus virtutis rounere dams, Strenuus, ecce, pugil Christi jacet ordine charus; Veste ferens menteque crucem, nunc sidéra scandit, Exemplum nobis spectandi cœlica pandit : Annis ter trinis viginti miUe trecentis Sexta quarte maii fregit lux organa mentis».
Comme on le voit par ces vers, ce monument fut élevé après la dissolution de l'ordre, en 1329. Il est probable que le Pierre, dont il est ici question, était ce Pierre de Bologne qui, avec Raynal de Pruin, défendit si longtemps la cause de l'ordre contre les accusations du pape. Il serait fort intéressant d* avoir un dessin exact de cette statue.
Les articles suivants du t Journal archéologique » ont encore trait aux costumes et aux attributs propres à distinguer les personnages que Ton rencontre le plus souvent dans les peintures et les sculptures du moyen âge. Nous trouvons d'abord le détail du costume des évêques, des prêtres et des divers ordres religieux ; puis une sorte de dictionnaire des attributs des saints les plus comius» et enfin les épisodes de l'ancien et du nouveau Testament que les artistes du moyen âge représentaient le. plus fréquemment; sujets trop importants pour être traités en quelques pages, car il faudrait un ouvrage entier pour chacun d'eux. Nous devons, toutefois, savoir gré de son intention à l'auteur de cet article : il a eu de très-bonnes idées. Certainement, un livre sur les variations des costumes religieux, une iconographie détaillée des saints seraient des ouvrages qui rendraient un grand service aux études archéologiques.
M. Th. Wright a trouvé, dans un manuscrit du xiv* siècle, la composition des couleurs dont les moines faisaient usage pour enluminer les manuscrits que nous admirons tant. Il est curieux de savoir de quelles substances furent faites ces magnifiques couleurs, auxquelles cinq siècles, et souvent plus, n'ont rien fait perdre de leur éclat.
Nous avons parlé , au commencement de cet article, de l'organisation du Comité de Londres; nous avons dit que déjà, par le moyen des correspondants, il avait reçu de nombreuses nouvelles archéologiques. En voici quelques-unes qui nous ont semblé d'un intérêt général. — Le révérend W. L. Girardot, curé de Goshill, dans l'île de Wight, fait part de la découverte de peintures récemment trouvées sur les murs de son église. On y remarque un Christ qui est placé sur une croix affectant la forme d'un arbre, à en juger surtout par sa couleur verte. C'est ainsi que 1' • arbre » de la croix est presque constanunent figuré dans le moyen âge. Les « Annales Archéologiques » en feront graver des exemples, pris à diflërentes époques, en différents pays. La couronne d'épines et les bras de Jésus attadié à cette croix anglaise sont sanglants; des banderoles sont autour de la croix, et l'on peut encore Ure sur l'une d'elles : « Ora pro nobis Deum. » M. Girardot ne parle pas du temps où ces peintures ont pu être exécutées. Toutefois, d'après la forme des caractères de l'inscription, dont il donne le facsimilé dans le t Journal » , nous pensons qu'elles doivent être du xv* siècle* Cette peinture a été très-endommagée par plusieurs couches de badigeon.
M. John G. Waller écrit relativement à l'état dans lequel se trouve le nionument de Brian-Rocliff, dans l'église de Cowthorpe, à douze nulles d'York^ Ce monument est d'un grand intérêt : il nous fait connaître le fondateur de l'église, et l'architecte qui l'a bâtie, par une inscription dont il ne reste. plus qu'une faible partie. I^ fondateur est représenté portant un modèle de l'église, sa femme à côté de lui; au-dessus de leur tête, l'on voit un dais et des ornements héraldiques. Le tout est dans un fort mauvais état et demanderait une prompte réparation. Nous regrettons que le « Journal archéologique » ne nous ait pas donné plus de détails sur cette tombe intéressante.
Lee Journal archéologique » est sur fort beau papier, très-bien imprimé, et eniîchi de gravures sur bois d'une exécution parfaite. Les gravures sur métal, quoique soignées, laissent quelque chose à désirer; nous les aimerions d'un dessin plus sévère; l'artiste a sacrifié au pittoresque bien des détails indispensables pour l'explication du texte.
Étendard de Jeanne d'Arc. —Saint Louis dégradé et fait comte. — Vêtement allégorique antérieur à l'an mille. — Marché passé en 4 526 pour la confection des trois tombeaux de Brou. — Musée des Thermes et de l'hôtel de Gluny. — Adhésions et encouragements.
Étendard DE Jeanne d'Arc. — M. Tabbé Pie, chanoine honoraire de Chartres, correspondant du Comité historique des arts et monuments, a récemment prononcé dans Orléans, à l'occasion de la fête de Jeanne d'.4rc, un discours remarquable, dont tous les journaux de Paris ont parlé et qui a produit une grande sensation. M. l'abbé Pie, qui recueille et étudie avec un soin particulier tout ce qui se rapporte à la libératrice de la France, trouva, dans l' c Iconographie chrétienne » , pages 203 et 204, le passage suivant : t Le globe, la boul e du monde, qui se donne quelquefois aux deux autres personnes de la Trinité divine, plus rarement au Saint-Esprit et plus souvent au Christ, est presque exclusivement réservé au Père, soit parce que le Père serait considéré comme le principal auteur de la création, soit parce qu'il aurait la puissance en propriété particulière. Cependant cet attribut (le globe) n'est pas caractéristique, puisqu'il est donné quelquefois aussi aux deux autres personnes. On lit, dans la Vie de Jeanne d'Arc, que l'héroïne d'Orléans portait à la main un étendard blanc fleurdelisé, sur lequel était Dieu tenant le monde dans ses mains ; à droite et à gauche, deux anges tenaient chacun une fleur de lis. Il est fâcheux que l'archéologie ne puisse pas refaire cet étendard d'une manière certaine, ni affirmer que ce Dieu était le Père plutôt que le Fils. On doit cependant, malgré la grande douceur du caractère de Jeanne d'Arc, croire que c'était le Père, parce que le Père porte le globe bien plus souvent que le Fils, et parce qu'il est surtout le Dieu des armées et des combats » .
Ace sujet, M. l'abbé Pie vient d'écrire à M. le ministre de l'instruction publique une lettre qui semble trancher la question, et qui est de nature à intéresser nos lecteurs. En voici les principaux passages : c M. Didron regrette que
Tarchéologie ne puisse refaire l'étendard de Jeanne d'Arc d'une manière certaine, ni affirmer si la figure tenant le monde dans ses mains était celle du Père ou du Fils. M. Didron incline à croire que c'est celle du Père. Un examen attentif des diverses dépositions relatives à cet étendard ne me permet pas de douter que ce ne soit la représentation du fils de Dieu incarné, Notre-Seigneur Jésus-Christ. Jeanne d'Arc dit successivement : !• Que sur son étendard était peint Notre-Seigneur, qui y était figuré tenant le monde. ( « Interrogatoire » du samedi 17 mars.) 2* Que ses saintes lui avaient dit de faire mettre sur cet étendard le roi du ciel. (« Interrog. »du 10 mars.) 3' Que les noms Jhésus, M/UiiA, étaient écrits sur le côté de l'étendard. (« Interrog. » du 27 février.) Or, 1* Dans le langage ordinaire, par Notre-Seigneur, on entend le Dieu fait homme ; et, en particulier, quand on demande ailleurs à Jeanne d'Arc quel est son Seigneur, elle répond que c'est Jésus-Christ. 2" Par le « Roy du ciel, tenant en main c le globe du monde » , il faut entendre le Dieu incamé et ressuscité glorieux et triomphant. Jeanne d'Arc dit à Charles VII qu'il sera lieutenant « du roy des cieux qui est roy de France » ; et elle écrit au duc de Bourgogne que tous ceux qui « guerroyent contre le saint royaume de France guerroyent contre le roy Jhésus, roy du ciel et de tout le monde » . Ces diverses paroles, rapprochées l'une de l'autre, établissent que la figure de l'étendard était celle de Jésus-Christ. 3' Il est fort vraisemblable que le nom de Jhésus se rapporte à la figure divine portant le monde et placée entre deux anges tenant des fleurs de lis, de même que le nom de Maria se rapportait à la figure placée primitivement sur le t panon » ou guidon flottant, c ou quel estoit paincte comme une Annonciation, savoir l'image de Notre-Dame ayant devant elle un ange lui présentant un lys » . (Le journal du siège parle seul de cette image de la Vierge peinte sur le panon, attendu que ledit panon se trouva en partie brûlé le jour même de l'entrée de Jeanne à Orléans. Cette figure de Marie n'ayant pas été remplacée, on conçoit que tous ceux qui ont parlé plus tard de l'étendard l'aient omise dans leur description.) Outre les dépositions de Jeanne d'Arc, concernant son étendard, nous avons le témoignage de son chapelain et confesseur, frère Pasquerel, qui dit que Notre-Seigneur y était représenté « assis sur son tribunal dans les nuées du ciel » . Or, c'est du fils de Dieu ressuscité qu'il est dit qu'il doive < paraître dans les nuées et juger les hommes sur son tribunal » . Aussi, l'historien le plus scrupuleux de Jeanne d'Arc, M. Lebrun de Charmettes, qui a pesé la portée de chacun des mots, et comparé les diverses dépositions, n'a pas hésité à voir, dans la figure portant le monde, celle de Jésus-Christ, puisqu'il l'appelle t le Sauveur des hommes » ; dénomination justifiée d'ailleurs par le contexte de la déposition de frère Pasquerel. La théologie, du reste, est I. 32
d'accord avec l'histoire pour faire conclure ici en faveur du fils de Dieu incamé et ressuscité; car la royauté temporelle de Jésus-Christ est un point établi par tous les théologiens sur l'autorité des saintes Écritures et de la Tradition. Ce même Jésus, qui avait dit pendant sa vie mortelle : t Regnum meum non est ex hoc mundo » , tient un autre langage après sa résurrection : « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre » . Les prophètes lui avaient annoncé cet héritage : « Dabo tibi gentes haereditatem tuam, etc. » .
Les raisons données par M. l'abbé Pie nous paraissent convaincantes, et nous pouvons dire que l'archéologie vient de refaire d'une manière fort plausible l'étendard de Jeanne d'Arc. Ce résultat peut avoir de l'importance pour les peintres et les sculpteurs appelés tant de fois à représenter Jeanne d'Arc en des actions où l'héroïne figure.
Saint Louis dégrada et fah* comte. — Chez nous, saint Louis a du malheur : à Saint- Denis, on a mis Charles V à sa place, sur un autel où les antiquaires sont spécialement engagés par nous à ne pas le prier; à l'entrée de Paris, sur une des colonnes de la barrière du Trône, on va placer notre saint Louis, déshabillé de son costume royal et déguisé en comte d'Étampes. Nous espérons que cette statue sera cassée et qu'on la refera en vrai saint Louis. Il n'est pas convenable qu'à l'époque archéologique où nous sommes, on continue à nous donner un masque pour un homme, un comte pour un roi, un seigneur comte d'Étampes pour saint Louis, l'un des plus grands rois de l'Europe. L' « Univers » du 23 juin dernier contenait, à ce sujet, un spirituel article de M. le baron de Guilhermy; nous en reproduisons le passage suivant : t Après soixante ans d'interruption, la ville de Paris a fait reprendre les travaux de la barrière du Trône. Les sculpteurs achèvent, en ce moment, de couvrir d'emblèmes allégoriques et de figures mythologiques les fûts des deux colonnes qui décorent cette entrée monumentale. Du somiTiet de ces colonnes, un Philippe-Auguste de fonte et un saint Louis de même matière contempleront à tout jamais l'Éléphant de la Bastille, dont le poids fera jaillir du sol des bouillons d'eau destinés à rafraîchir tout le faubourg. Une des plus grosses et des plus laides pièces de l'Exposition est donc le saint Louis qui va monter prochainement sur la colonne. Si la confection de cette statue fait honneur à la fonderie de M. Calla, la statue elle-même n'en fait guère à l'artiste qui l'a dessinée. Ce saint Louis est gras, vulgaire, prosaïque et positif; vous diriez un épicier de la rue des Lombards. Mais ce n'est encore là que son moindre défaut. Une fâcheuse inspiration a présidé au choix du modèle. Dans les caveaux de Saint-Denis, il existe une belle statue en
marbre représentant Charles.de France, comte d'Étampes^ mort en lââ6, c'est*à-dire soixante-six ans, ni plus ni moins, après saint Louis. Eh bien ! on a moulé exactement le corps de cette statue, et, sans apporter d'autre changement à son costume que T addition d'un manteau, on en a fait le corps de saint Louis. Autant vaudrait représenter Henri IV sous le costume de Louis XIV. L'artiste , trop scrupuleux vraiment cette fois , a poussé la fidélité de Timitation jusqu'à conserver même les armoiries du modèle. Il s'ensuit que le roi de France porte sur son écu le blason du comte d'Étampes, et que le sculpteur l'a dégradé sans rémission de la qualité royale, faisant ainsi à lui seul ce qu'une révolution a tout au plus le droit de faire. Chacun peut aller le vérifier. Ce ne sont point les annes pleines de France, réservées exclusivement au roi, qui couvrent ici le bouclier sur lequel s'appuie saint Louis; l'écu est traversé, pour me servir des termes un peu barbares du langage héraldique, « d'une bande componée de gueules et d'hermines » . La statue sera-t-elle mise en place sans qu'on prenne la peine de rectifier une erreur aussi lourde? A cette question, vous pourriez répondre qu'il n'est pas plus ridicule d'avoir fait de 5aint Louis un comte, que d'avoir défiguré les armoiries des villes de France, à la façade du palais de l'Industrie, en substituant partout, dans leurs blasons, l'abeille, inventée par Napoléon, à la noble et française fleur-de-lis. J'en conviens, de ces deux absurdités l'une vaut l'autre; dans l'absurde il n'y a pas de degrés. »
Vêtement allégorique antérieur a l'an mille. — Les monmnents de notre ancienne langue romane, avant l'an 1000, sont extrêmement rares. Le premier est celui que l'historien Nithard nous a, conservé et qui donne les fameux serments de l'an 832; le second est un poëme manuscrit sur Boèce, provenant de Tabbaye de Saint-Benoît ou Fleury-sur-Loire. Le manuscrit unique, conservé aujourd'hui dans la bibliothèque municipale d'Orléans, a gardé un fragment (257 vers) de ce poème qui était d'une longueur considérable. Ces 257 vers sont distribués en strophes monorimes, de six vers ordinairement, quelquefois de huit, de neuf ou de douze. Les vers sont de dix syllabes, avec césure à la quatrième ; toutes les rimes sont masculines, et plusieurs mots sont marqués d'un accent qui prouve une haute antiquité. Ge poëme doit dater de la fin du x*" siècle.
La captivité de Boèce fait le sujet de cette poésie. Les imitations que l'auteur a faites quelquefois de l'ouvrage t De consolatione philosophiaB » , ne sont tirées que des premières pages de ce traité , circonstance qui permet de conjecturer que le poème était très-étendu. Boèce ne veut pas faire la cour à
Théodoric, qui ne croit pas en Dieu le créateur, et qui ne veut pas avoir le vrai Dieu pour ami, Théodoric, alors, suppose une lettre de Boèce appelant les Grecs contre les Ostrogoths. Boèce comparaît au Capitole, est condamné et jeté en prison. Là, il s'occupe de philosophie, comme Socrate, mais d'une philosophie plus haute; puis, quelquefois, avec ses amis qui viennent le voir, il parle des saisons, du soleil, de la lune, de la mer, et leur enseigne en outre une haute morale chrétienne. 11 dit que celui qui souffre est plus heureux que qui est dans la joie, parce que la richesse obscurcit le cœur comme le brouillard gâte un beau matin* Que celui-là se tient à une bonne échelle, d'où il ne tombera pas, qui croit en Dieu le père, en Jésus le rédempteur et au Saint-Esprit, lequel descend dans les âmes des bons et les enseigne.
Dans sa prison , Boèce eut une visipn céleste : il aperçut une belle et puissante demoiselle qui venait le consoler. La belle créature était habillée d'un riche et symbolique vêtement dont on donne une description minutieuse. C'est précisément à cause de cette description que nous reproduisons les vers suivants. C'est un texte nouveau et assez intéressant à joindre à ceux que nous avons donnés ou que nous donnerons pour faire l'histoire du costume, religieux, civil, domestique, militaire ou même allégorique, en France. Voici donc textuellement le passage du poème sur Boèce. C'est une curieuse et vieille poésie; M. Raynouard l'a donnée dans son ouvrage sur les poésies des Troubadours (t II, p. 27-39), et c'est là que nous la prenons :
Cum jaz Boecis e pena charceral , Pian se sos dois e sos menuz pecaz :
D'una donzella fo lainz visitaz; Filla's al rei qui a gran poestat :
Ella's ta bella reluz ent lo palaz ; Lo mas o intra inz es granz claritaz ; Ja no es obs fox i ssia alumnaz Veder ent pot l'om per quarante ciptaz; Quai ora s vol, petila s fai asaz .
Cum ella s'anca, ce! a del cap polsat; Quant be se dreca, lo cel a pertusat , E ve lainz tota la majestat.
Bella's la domna, e '1 vis a tant preclar Davan so vis nulz om no s pot celar; Ne eps li omne qui sun ultra la mar No potden tant e lor cors cobeetar Qu'ella de tôt no vea lor pessar :
Qui e leis se ûa, morz no Tes a doptar.
Bella*8 la domna , mas molt es de longs dias; No 8 pot rascundre nulz hom devant so vis.
Hanc no vist omne, ta grant onor agues» Si'l forfez tan dont ella s rangures, Sos corps ni s'anma miga per ren guaris; Quoras que s vol, 8*en'a lo corps ancis. Et pois met l'arma en effern el somsis. Tal li comanda qui tôt dias la bris.
Ella smetessma ten las claus de paradis, Quoras que s vol, lainz col sos amigs. Bel sun si drap, no sai nomnar lo fil, Mas molt perforen de bon e de sobtil ; Ella se fez, anz avia plus de mil ; Tan no son vel, miga lor prez avil.
Ella medesma telset so vesUment Que negus ome no pot desfar neienz.
Pur Tuna fremna qui vert la terra pent No compran' om ab mil liuras d'argent.
Ella ab Boed parlet ta dolzament; Molt mederramen donzellet de jovent :
« Que zo esperen que faza a lor talen, « Primas me amen, pois me van aissent.
t La mi 'amor tta mal van deperden >.
Bel Sun li drap que la domna veslit : De caritat et de fe sun bastit; Il Sun ta bel e ta blanc et ta quandi ; Tant a Boecis lo vis esvanuit Quel el zo pensa nel sien amosit.
El vestiment, en l'or qui es repres, Desoz avia escript un pei ir grezesc : Zo signiûga la vita qui enter'es.
Sopre la schapla escrit avia u tei 6 grezesc : Zo signifiga de cel la drëita lei.
Ântr* ellas doas depent sun Teschalo ; D'aur no sun ges, uas nuallor no sun : Per aqui monten cent miri auzello, Alquant s'en tomen aval arrenso :
Mas cil qui poden montar al 0 al cor, En epsa Tora se sun d'altra color; Ab la donzella pois an molt gran amor.
Cals es la schala? de que sun li degra? Fait sun d'almosna e fe e caritat, Contra felnia sunt fait de gran bontat, Contra perjuri de bona feeltat, Contr' avancia sun fait de largetat, Contra trislicia sun fait d'alegretat, Contra menzonga sun fait de veritat, Contra lucxuria sun fait de castitat.
Contra superbia sun fait d'umilitat.
Quascus bos orne si fai lo so degra.
Cal sun li auzil qui sun al tei montât, Qui e la scala ta ben an lor degras?
Zo sun bon omne qui an redems lor peccaz ,
Qui tan se fien e sancta Trinitat, D'onor terrestri non an gran cobeetat.
Cal an li anzil significado
Qui de la schala tomen arrenso?
Zo sun tuit omne qui de joven sun bo,
De sapiencia qui commencen razo,
E, cum sun vell, esdevenen fello,
E fan perjuns e granz traicios.
Cum poisas cuida montar per Teschalo,
Cerqua que cerca, no i ve miga del so :
Yen lo diables qui guarda '1 baratro,
Yen accoren, s'il pren per lo talo.
Fai Tacupar a guisa de lairo,
Fai Taparer del tôt no'l troba bo.
Bella's la domna e granz, per co sedenz; No vist donzella de son evaiment ; Ella's ardida, si s foren soi parent.
E sa ma dextra la domna u libre te; Tôt aquel libres era de fog ardent :
Zo's la justicia ai rei omnipotent.
Si l'om 0 forfici, e pois no s'en repen, Et evers Deu non faz' amendament, Quora que s vol, ab aquel fog l'encent; Ab aquel fog s'en pren so vengament.
Cel bona i vai qui amor ab lei pren, Qui be la ama e per bontat la te.
Quan se regardua be, bo mérite l'en rent.
E'I ma senestre ten u septrum reial; Zo signifiga justici corporal De pec
Marché PASSié en 1526 pour la confection des trois tombeaux de Brou. — Nous signalions, dans notre dernière livraison, la Monographie de réglise de Brou que fait exécuter M. Louis Dupasquier, architecte à Lyon , professeur à la Martinière. Le texte, conune nous le disions, comprendra la fondation de l'édifice et fera connaître le nom, la condition et les honoraires des artistes auxquels est dû le chef-d'œuvre de la Bresse. Nous avons, en effet, recueilli une foule de documents sur ce point, soit par nous-mêmes, soit à Taide des recherches de nos amis. Aujourd'hui nous donnons textuellement le marché passé entre Marguerite d'Autriche, la fondatrice de l'église de Brou, et Conrad Meyt, le sculpteur de génie qui a fait les statues des tombeaux. C'est à M. le docteur Le Glay, garde général des archives du Nord, que nous devons la connaissance et la copie de ce marché exhumé par lui des archives
de Lille, où le célèbre savant a déjà fait tant de précieuses découvertes.
« Marché fait par Madame * avec M* Conrad Meyt, tailleur dyinage, ce jourd'hui xiiij d'avril anno xxvi après Pasques^, présens Mess" le comte de Hochstrate chevalier d'honneur, de Rosunboz premier maistre d'ostel, Mess* Anthoine de Montait aulmonier et confesseur, Jehan de Marnix trésourier général de madite dame , et M* Louis Van Beughen ' commis par madite dame à la conduicte de Tédiffice de Brouz. Premièrement a esté dit et accordé, que ledit M' Conrard se transportera d'icy < en Bresse au couvent de Brouz, pour besoigner aux sépultures , que ma dicte dame entend estre faictes en icelle église de Brouz et, selon le pourtraict pour ce fait par ledit M" Loys Van Beughen, fera les pièces que s'ensuyvent de sa main, assavoir les visaiges, mains et les vifz, et au surplus se pourra faire aidier par son frère ou autres bons et expertz ouvriers que M" Loys lui baillera comment cy après est déclairé. Premier la figure et représentacion au vif de feu Mons' le duc Phelibert de Savoie illecques reposant avec le lion couchant aux piedz et à Tentour les six enffants, dont ces quatre tiendront les armes et épitaphe et les deux du milieu les gantelletz et l'autre le timbre. Et ceci se fera de marbre blanc 5. Item fera au dessoubz la figure de la mort selon le pourject et icelle figure sera d'albastre. Item fera le personnaige de la figure et représentacion de Madame au vif, avec le lévrier couchant aux piedz, et à l'entour quatre enffans tenans les armoyries, le tout de marbre blanc. Et fera au dessoubz la représentacion de la mort, d'albastre. Item fera aussi le personnaige de la représentacion de madame Marguerite de Bourbon, mère de feu mon dit Sgr de Savoie, et quatre enffans à l'entour tenans les armoyries, lesquelles pièces il fera d'albastre à cause que ladite sépulture est en lieu remot ® qui ne se peult dampniffier comme les autres.
f Et quant aux Vertuz 7 et autres pièces nécessaires à faire autour desdits trois
4 . Marguerite id*Autriche, 6|le de Mtximilien I**^, empereur d'Allenoagne, archiducbesse de Bourgogne, duchesse douairière de Savoie. C'est elle qui a fait construire Téglise de Brou par des artistes de la Flandre dont elle était gouvernante . Conrad Meyt, belge ou flamand, est ce grand sculpteur auquel sont dues les belles statues en marbre de Marguerite de Bourbon, de Philibert le Beau et de Marguerite d'Autriche, couchées sur les tembeaux de Brou.