De Rossi, « de Titulis Carthaginiensibus
droit de nous occuper si de l'idée qu'elles représentent ne devait sortir la croix monumentale ; mais dès lors que l'idée a germé, il ne faudra pour la faire entrer dans le domaine de l'art qu'une occasion de l'appliquer sur un tombeau de plus d'importance.
C'est également de l'Afrique que provient un seau de plomb qui, après avoir figuré l'année dernière à l'Exposition universelle, envoyé par le bey de Tunis, a été publié depuis par M. de Rossi dans son « Bulletin d'archéologie M de novembre et décembre 1867. Sur ce monument, qui n'est pas postérieur au V* siècle, on voit doublement la croix s'élever triomphante au sommet de la montagne d'où sortent les quatre fleuves en présence de deux cerfs, images des chrétiens qui viennent se désaltérer à ces eaux vivifiantes.
Parmi les peintures des catacombes, nous ne connaissons que deux exemples de croix monumentales . Ils proviennent du cimetière de Pontien et ne remontent pas plus haut que le viii® siècle; nous y avons aussi vainement cherché aucune scène de la Passion autre- qu'une sorte de couronnement d'épines, publié par M. Perret et reproduit par M. l'abbé Martigny \ qui ne nous paraît pas non plus être antérieur à cette époque. N'en concluons pas que d'autres n'aient pas fait l'observation qui nous a échappé. Mais, nous tenant dans les généralités, nous pouvons dire que l'esprit traditionnel qui présidait à ces décorations y rendait lente et difficile l'introduction d'aucun élément de composition nouvelle, alors même qu'il n'y avait plus de motif pour les tenir en défiance.
Les sarcophages, au contraire, sculptés dans des ateliers publics, n'ayant été ornés de sujets directement chrétiens qu'après l'ère de la délivrance, se prêtèrent plus facilement, bien qu'obéissant à des idées iconographiques demeurées au fond les mêmes, à quelques innovations. La seule scène de la Passion qu'on y voie cependant figurer ordinairement est celle de la comparution devant Pilate, et les autres sujets qui s'y rencontrent plus exceptionnellement se rapportent à celui-ci ; dans tous les cas, Notre-Seigneur s'y montre toujours au-dessus de toute situation ignominieuse, de tout sentiment de souffrance. A mesure que le talent de l'artiste s'élève, on voit mieux les pensées dont il était animé et l'on comprend que Jésus, comparaissant devant son juge, prend lui-même le rôle de juge plutôt que celui d'accusé, et a c'est le juge qui se sent condamné, » répéterons-nous en rappelant le plus remarquable exemple qui puisse être cité à l'appui de cette observation *.
r Perret, « Catacombes », 1. 1, pi. lxxx. — Martigny; « Dicl. d'ant. chrél. », p. 542.
2. «Annales Archéol. », t. XXII, planche delà page 25i; explication, t. XXIV, p. 244, noie.
16 ANNALES AKCHÉOLOGIQUES.
La croix triomphante représentée comme sujet central sur le sarcophage dont nous parlons *, Ta été d'après le type du labarum de Constantin *, c'està-dire qu'elle est surmontée d'une couronne renfermant le monogramme sacré. On l'observe de même sur un sarcophage trouvé au Vatican et publié par Bosio, où la croix est accompagnée des douze apôtres % et encore sur deux autres de ces monuments qui se trouvent l'un dans le musée d'Arles (n*" 15), l'autre dans l'église de Saint-Trophime de cette ville *.
A ce même type il semble que corresponde aussi la description que saint Paulin a laissée des croix peintes dans les basiliques de Noie et de Fondi où la croix était accompagnée d'une couronne :
« Crucem corona lucido cingit globo...»
dit-il de Noie, et il dit de Fondi :
« Ardua cruce prelium que crucis sublime corona... »
Il résulte de ces termes que, dans les deux églises, la couronne ne devait pas être disposée de la même manière : à Noie, elle embrassait probablement la croix, soit sous forme d'auréole comme dans la mosaïque de Saint-Appollinaire-in-Classe près de Ravenne * , soit selon la disposition adoptée sur grand nombre de monnaies impériales de Valentinien III, Eudoxie, Pulchérie, Majorien, Zenon, etc *.
A Fondi, ces mots : « sublime corona », semblent indiquer que la couronne surmontait la croix, soit à la manière même du labarum et des sarcophages, soit comme au-dessus des crucifix de Lothaire et de Charles-le-Chauve publiés par le P. Cahier ''.