‹ Annales archéologiquesChapitre 107 sur 184 · c Ano. arch. », vol. XXU, p · texte numérisé non relu

c Ano. arch. », vol. XXU, p

fait attention à cette distinction fondamentale des sacrements ordonnés pour l'individu, et des sacrements ordonnés pour la communauté chrétienne. L'Ordre et le Mariage ne peuvent donc correspondre à aucun des âges de Thomme, puisqu'ils sont pour le bien de la société religieuse, et qu'ils sont comme surajoutés au chrétien selon sa vocation spéciale et providentielle, et selon la fonction qu'il doit remplir pour la conservation de la société ou pour le gouvernement de l'Eglise.

Mais il faut finir, malgré l'attrait que ces hautes questions mystiques peuvent exercer sur l'esprit. On comprend, néanmoins, que l'art soit intéressé à ces spéculations théologiques; et l'on peut voir par quels rapports et par quels écoulements mystérieux ces questions sur la notion, le nombre et l'ordre des sacrements peuvent aller donner à l'art de vie et à l'artiste d'inspiration. C'est ce qui nous a fait dire que la théologie est la racine de l'art ; et nous pouvons dire maintenant que la théologie scolastique « informe » tout l'art du Moyen-Age. Le style ogival est sorti du syllogisme comme par une germina^ tion toute spirituelle ou, si l'on veut, par un contre-coup qui s'est reproduit dans la génération artistique du xii' siècle. « Posuitque eas in canalibus ubi effundebatur aqua : ut cum venissent grèges ad bibendum, ante oculos haberent virgas (populeas virides et amygdalinas et ex platanis...) et in aspectu earum conciperent » ^ C'est ainsi que les déductions logiques, les divisions symétriques, et comme la réduction du raisonnement dans la forme syllogistique, où se concentre la pensée et d'où elle jaillit si puissamment pour atteindre à de sublimes hauteurs, comme la pointe élancée de l'ogive du xiii^ siècle, tout cela se retrouve dans l'art de cette époque, non-seulement comme forme, mais encore comme idée. La doctrine des sacrements est donc très-importante pour la connaissance et pour l'histoire de l'art chrétien. Il faut donc connaître nos théologiens pour connaître nos artistes, et non pas seulement pour les connaître, mais pour les apprécier, pour les juger, pour les admirer à bon escient. Nous insistons sur ces conclusions, moins encore pour nous excuser que pour nous expliquer, et pour faire saisir l'influence de la théologie sur l'art, et du sacrement sur la cathédrale. Nous avons dit qu'à ce point de vue, l'art était comme un huitième sacrement. Mais si l'on trouve le mot trop haut et l'analogie forcée, on nous permettra sans doute de dire que l'art est un des sacramentaux, une de ces œuvres bénies ou de ces choses bénites qui communiquent la grâce, une certaine grâce seconde, avec la rémission des péchés véniels, selon les dispositions de celui qui les emploie. Et

Page 1