A Rome, la couronne est oflerte à deux mains
Toute mosaïque a son inscription en vers latins qui en élucident le sujet et désignent en même temps le donateur. Que la mosaïque d'Aix ait eu la sienne, je le croirais volontiers sur l'autorité d'un contemporain et d'un auteur du xvii'' siècle, qui est encore plus précis.
Eginhart, qui a écrit la vie de Charlemagne, après avoir vécu dans son intimité, rapporte qu'il y avait dans la basilique une inscription en vers qui faisait le tour intérieur de la coupole et mentionnait la générosité et la munificence impériales, en nommant positivement Charlemagne comme l'auteur de l'édifice. Or, à une des extrémités, on lisait ces mots « Princeps Carolus », qui, peu de mois avant la mort du grand empereur, disparurent, sans que la raison en soit indiquée. Le biographe fait remarquer que tout autre aurait pu tirer de cette circonstance un mauvais présage, mais que Charlemagne ou n'y prit pas garde ou n'en fit nul cas. Voici le texte môme d'Eginhart, dont l'interprétation n'est pas sans quelques difficultés.
« Erat in eadem basilica in margine coronae, quae inter superiores arcus interiorem œdis partem ambiebat, synoptice scriptum, continens quis auctor esset ejusdem templi, cujus in extremo versus legebatur : Princeps Carolus. Notatum (est) a quibusdam, eodem quo decessit anno, paucis ante morlem mensibus, eas quœ Princeps exprimebant litteras, ita esse deletas ut penitus non appareant ; sed superiora omnia sic aut dissimulavit aut sprevit, ac si nihil horum ad res suas quolibet modo pertineret. »
Je sais bien qu'on peut alléguer contre mon opinion, qu'après tout je ne considère que comme probable, que le mot « corona », employé par Eginhart, s'entend d'une couronne de lumière en métal. Mais, outre que la quali* fication de pièce d'orfèvrerie ne lui est pas donnée, et que Vitruve lui atti'ibue un sens en architecture, comment admettre que l'inscription commémorative de la fondation du monument ait été peinte, — je ne dis pas gravée, car une si prompte altération ne s'expliquerait pas— sur un objet essentiellement meuble et accessoire? Pour être durable, une inscription de ce genre se place sur le monument, avec lequel il confond la durée de son existence. Rien ne répugne à ce que la base même de la coupole ou, si l'on veut, le pied du tambour, à hauteur des grands arcs, ait tiré de sa forme même le nom de « corolle » ou de « couronne*. » Je ne m'étends pas plus qu'il ne convient sur une interprétation qui n'est, à tout bien considérer, qu'une hypothèse se conciliant parfaitement d'ailleurs avec les traditions de l'art de la mosaïque.
1 . C'est dans le même sens que feu Didron nlné, « Annales archéologiques », tomo I, p. 326| emploie le mot ce Goronal », qui exprime parfaitement l'idée du contour inférieur ou tambour de la coupole.
LA mosaïque du DOME, A AIX-LA-CHAPELLE. 307
C'est un fait acquis à l'histoire que le pape saint Léon III vint exprès à Aix, en 804, consacrer la chapelle palatine. Le prévôt A Beeck relatant ce fait allègue en preuve la mosaïque elle-même, où, selon lui, deux vers, placés au-dessous de l'image du Sauveur, remémoraient ce qu'avaient fait pour la nouvelle basilique le pape et l'empereur : « versus ad occiduam templi plagam qua datur^ingressus ad la3vam supra uno e sacellis... in fastigio mûri subtus Salvatoris faciem et protensum brachium . indice manus commons* trante auratis vocabulis inscripti : »
Ecce Léo papa, cujus benedictio sancta Templum sacravit quod Karolus aDdiûcavit. d
Pesons bien les termes de cette citation. Ou il s'agit ici d'une représentation spéciale montrant saint Léon devant le Christ, ou simplement il est question du grand motif iconographique du dôme, où le Sauveur a le bras étendu pour bénir. Or, au-dessous du Sauveur, le monogramme du Christ semble indiquer le commencement et la fin d'une inscription. Cette inscription, si elle a existé, a du commencer à la suite de ce monogramme, à la droite du spectateur, se continuer en suivant le contour de la coupole, pour venir aboutir au point de départ, c'est-à-dire à la gauche de celui qui, entré par la porte occidentale, s'arrête à regarder la mosaïque qu'il a devant lui et dont la phrase citée prend place directement au-dessus d'une des chapelles qui flanquaient l'octogone et à la partie supérieure de la muraille. Enfin il n'est pas jusqu'à l'expression employée par le prévôt A Beeck qui ne me fasse interpréter dans le sens de la mosaïque la qualification de « dorées » qui caractérise les lettres de l'inscription. Ne sait-on pas en effet que les inscriptions de ce genre se détachent toujours en lettres d'or sur fond d'azur?
J'ai essayé de restituer l'inscription détruite, et pour cela, mettant en œuvre des matériaux des vin'' et ix* siècles, j'ai supposé que les vers suivants avaient pu être écrits ainsi par Alcuin ou quelque contemporain.
Le poète vante d'abord la beauté de la mosaïque. Ainsi ont fait tous ses prédécesseurs. Puis il en décrit le sujet. Il voit dans le Christ le maître du monde, qui inspire les quatre évangélisles.
Les formes symboliques des animaux apocalyptiques sont pour lui l'emblème des quatre vertus cardinales qu'il applique de suite à son maître et souverain.
pour que Dieu lui donne la grâce de gouverner saintement, avec prudence, justice, modération et force.
Le Moyen-Age est plein de ces rapprochements ingénieux.
Suivant l'usage, le sujet étant élucidé, on pas>e à la dédicace, et ici elle est double. Charlemagne offre à la Vierge Marie le temple somptueux qu'il a élevé en son honneur et lui demande en conséquence son secours pour parvenir aux cieux, où, uni au chœur des vingt-quatre vieillards, vieillard lui-même, il offrira à Dieu la couronne qu'il en a reçue. Enfin le pape saint Léon est nommé comme le consécraleur de l'édifice, qu'il a enrichi de faveurs spirituelles en faisant sur ses murs l'onction sainte.
Ilaîc (lomus* am[)la micut variis operala* mctallis, Plus re.^is fidci p^ctio^a luce refulget'.
Et dccor^ occe suus splendet cou Phœbus' in orbo**, Quando mane'' fugaL letrae velamina noclis.
Sedo tlironi résidons Salvator, reclor etauctor*, Vatum re()Iel corda. Notant animaliaclara Almigraphos XPI, virtutes qualtuor acquc^.