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Un poète contemporain confirme ce fait dans ces deux distiques :
« Ad qutr roarmoreas pra;slabat Doma columnaa, Quasdam pra;dpuas pulcra Ravenna dédit.
De Um longjoqua potuit regione velustas Illius ornatum, Francia, ferre tibi ■.
Les colonnes étaient destinées à soutenir les arcs des galeries supérieures. Napoléon I" en a enlevé sis, que le roi de Prusse a remplacées par du granit rouge de Silésie; mais j'ai vu encoi-c en place deux colonnes de « pavonaizetto», «marmorPhrygium»,deuxdc marbre gris, deux de granit rouge, deux de granit blanc et noir du forum deïrajan,el une, la plus précieuse de loules. de vert antique, « lapis Atracius. » Des quatre colonnes de rarissime porphyre vert qui supportaient le ciborium, il n'en reste plus que deux, tes autres ayant été transportées, dit-on, au musée du Louvre.
Je trouve aussi, encastrées dans le pavé, des dalles de marbre grec et de marbre du mont Hymette, " marmor Hymettium », taché dans toute sa longueur de grandes veines droites et bleuâtres. Le siège sur lequel Gharlemagne fut assis dans son tombeau est lui-même de marbre blanc, avec quatre marches de très-beau marbre grec, n marmor Tyrium ». Le sarcophage oii est sculpté l'enlèvement de Proserpine est aussi de marbre blanc, comme les chapiteaux antiques d'ordre corinthien, déposés dans l'ancienne salle du chapitre, et les grandes dalles entassées dans un réduit, près du clocher*.
Charlemagne apporta des chapiteaux tout sculptés pour s'éviter la peine de les faire travailler. La colonne arriva en trois morceaux : base, fût et chapi-
1. Sa Sainteté Pie IX, Bur la demande qui lui en a été faite par le chapitre, a bien vonln accorder, pour la restauration projetée, deux blocs de cipollin, deui d'aTficain, un de porto sainte
teau. Les remettre en place était plus difficile : l'architecte y échoua. Pour maintenir ces trois parties droites et adhérentes ensemble, il les transperça d'un goujon de fer, qu'il scella avec du plomb fondu. On voit encore, h la partie supérieure des tailloirs, le travail curieux de rigoles qui devaient porter au milieu du chapiteau le plomb liquide nécessaire à son équilibre. J'ai même trouvé cette particularité si intéressante, que j'ai prié M. de Surigny de la
dessiner pour constater une fois de plus l'affaissement des arts à l'époque carlovingienne, même en ce qui tient exclusivement au métier.
Là où finissait le travail de mosaïque, commençait ce revêtement de plaques de marbre qui garnit le rez-de-chaussée à Saint -Vital de Ravenne et qu'Anastase le bibliothécaire nomme .« Platonia )>• Les plaques enlevées aux parois, « màrmora in parietibus sita » , furent dressées le long des murs et retenues par des crampons de fer, que l'on ne cherchait pas à dissimuler et qui débordaient en haut et en bas. Aussi un poète du temps a pu dire avec vérité :
Saxa locat, solido conjungens marmora nexu.
( Les pierres sont unies par le ciment, mais il faut au marbre un nœud plus solide.)
J'ai retrouvé dans les galeries supérieures plusieurs de ces crochets scellés à la muraille avec du plomb fondu. L'art maintient tellement pendant des siècles ses procédés, qu'à Saint-Jean de Latran, sous le pontificat de Nicolas IV, les marbres qui tapissent le pourtour de l'abside ne sont pas fixés autrement et il en était ainsi à Rome, aussi bien qu'à Venise, aux époques antérieures.
et quarante morceaux de serpentin et de jaune antique. On doit y joindre des débris de pavage tirés du palais des Césars et des monuments d'Ostie. Pie IX, dans son affection et sa générosité pour le dôme d'Aix, se montre donc le digne successeur d'Adrien I«'.
ANNALES ARCIIÉOLOGIOUES.
Cliarlemagne n'eut pas le génie d'un créateur en architecture; il n'invenla pas des formes nouvelles; son instinct fut de piller et d'imiler. Il copia presque
servilement, en plan, coupe et élévation, l'église de Saint- Vital de Ravenne, qui, par ses proportions modestes, convenait mieux qu'une basilique pour servir de modèle à la chapelle de son palais^ Mais, patrice romain et ami
1. CeUe tiasilique, selon un légendaire du xv siècle qui appartient au chapitra d'Aii, fut bâtie avec l'or et l'argent qu'il rapporta de son expéditioa en Espagne ; < De residuo vero aura
des papes, il l'augmenta, à Toccident, d'un vestibule et d'un parvis, comme à Saint- Pierre de Rome*.
Au milieu du préau, circonscrit par une quadruple colonnade, jaillissait une fontaine, que rehaussait la pomme de pin du mausolée d'Adrien, vue plus tard et citée par Dante. De là vint la pensée d'une fontaine pareille. La pomme de pin d'Aix, plus petite que celle du Vatican, a chacune de ses écailles percée d'un trou par où l'eau s'échappait en gerbe, et aux quatre angles quatre conduits la vidaient dans une vasque.
Il y avait là une idée symbolique qui n'est pas dépourvue de charme. Le parvis, qui en latin se disait paradis, a paradisus », était assimilé au paradis terrestre, où nos premiers parents trouvèrent la mort. Ce parvis fut transformé en lieu de sépulture. L'arbre de la science du bien et du mal fut figuré par le fruit du pin résineux, à qui l'histoire naturelle attribuait des propriétés d'incorruptibilité et de durée éternelle. Les quatre conduits rappelaient les quatre fleuves mystérieux; aussi ai-je lu, gravé sur le bronze, cet alexand in qui mentionne TEuphrate fertile et le Tigre rapide :
« Fertilis Eufrales, velox ut missile Tigris jo.
Le symbolisme et la date de ce petit monument sont déterminés par un texte et une inscription, qu'il est à propos de citer.
Le prévôt A Beeck dit avoir vu, sur les quatre conduits qui déversaient l'eau, des figurines dont il n'a pas saisi le sens, probablement parce qu'elles étaient mutilées, pas plus qu'il n'a compris le vers latin qui les accompagnait et expliquait. <( Ad quatuor basis angulos tubuli , qui icunculis ornati fuisse videntur; ad unum etiam nunc conspicere est pecfus et brachium, dempto capite ».
Ces quatre petites figures, placées aux angles, sont les quatre fleuves du paradis terrestre personnifiés, comme on en rencontre tant d'exemples dès le haut Moyen-Age.
M**" Bock a restitué ainsi le vers mal copié par le prévôt du Dôme :
+ DANT ORBI LATICES QVAEQ LNGREMENTA GERENTES -f
De ces sources vives qui fécondaient l'univers, l'Euphrate et le Tigre sont
argenio {ue imenso quod de Hispania attulit, regressus mullas ecclesias fabricavit, eccles iam scilicet béate Yirginis Marie, que est Âquisgrani et basilicam beati Jacobi que est ia eadeoi villa ».
4. Gharlemagne avait pour le môme motif doané le nom de Latran à son palais d'Âix, dit la chronique de Moissac : « Fecit autem ibi (Aquisgraai ) et palatium, quod nominavit Laieranis ».
seuls mentionnés dans un autre vers qu'un troisième devait compléter en signalant aussi le Géon et le Phison; on peut avec M^ Bock, citant un manuscrit, le supposer ainsi conçu :
« Phison auriferis, Gehon sed mrtior undis ». (L'un repose sur un lit de sable d'or; Tautre coule plus tranquillement.)
Saint Paulin, évêque de Noie, donne dans une de ses lettres le symbolisme de la fontaine de Tatrlum de Saint-Pierre, dont le toit de bronze était supporté par quatre colonnes, par allusion aux quatre fleuves et aux quatre évangélistes*, la fontaine elle-même indiquant le baptême : » Videre mihi videor... amplissimam gloriosi Pétri basilicam... cerulea eminus fonte renidentem... Nitens atrio... ubi cantharum ministra manibus et oribus fluencta ructantem fastigiatus, solido sere tholus ornât et inumbrat, non sine mystica specie quatuor columnis salientes aquas ambiens. Decet enim ingressui ecclesise talis omatus, ut quod intus mysterio salutari geritur (baptismus) spectabili pro foribus opère signetur ».
Le prévôt A Beeck, en reproduisant le quatrième vers final, nomme Tabbé Udalric comme le donateur de la fontaine, dont le style accuse le xi« siècle :
+ AVCTORI GRATES VDALRICH PIVS ABBAS +
Or cet abbé, qui reporte à Dieu les louanges qui lui sont dues comme auteur de tout bien, n'a pas de date déterminée dans l'histoire locale, et A Beeck n'ose préciser le temps et la durée de son abbatiat. « Hic abbas Udalricus unus ex numéro abbatum censendus erit qui post aetatem magni
4. Un bénitier allemand du xi* siècle met en regard les quatre évangélistes et les quatre fleuves, ceux-ci arrosant le monde de leurs eaux courantes, et ceux-là remplissant du dogme chréUen :
« Bis binos quadnim complectentet dogmate mundum Désignant totidem diffusa fluenta per orbem ».
• Porro bi quatuor (evangelistae) significatisunt per praedicta quatuor flumina : per Physon Johannes; per Gyon, Mattheus; per Tygrim, Marcus; per Eupbratem, Lucas ». Guill. Durand, a Ration, div. offic. », lib. vu, c. 44.
Un évangéliaire du ix' siècle, à la Bibliothèque impériale de Paris, continue le même rapprochement :
f Qaattttor hic rutilant uno de fonte fluentes Matthei, Marci, Lacœ libri atqae Johannis *.
Un autre évangéliaire du x<' siècle, à la même bibliothèque, donne le Christ, roi du monde et gloire du ciel, comme le principe et la source de ces quatre courants d'eau vive :
« Hac sedet arce Deus, mundi rex, gloria cœli, Quattuor hic rutilant uno de fonte fluentes i.
iiostri Karoli usque ad Oltonis III huic insignl ecclesiis prxfuGrunt » . (P. f|7.)
La porte centrale ouverte à. l'occident a, pour fermer sa haute baie carrée,
des vantaux encadrés de patmetles et ornés de têtçs de lion. Elle est mainte-
nant flanquée, h. droite et à gauche, de deux cippes, sur lesquels reposent, d'un côté la pomme de pin et de l'autre la louve de bronze, dont elle a pris le nom, « Porte de la louve ». Cette louve' servait aussi à l'ornement de la
1 . D'après ses carsctàrea zoologiques, cette lonve légendaire est tout bonnemeat une ourse.
332 ANNALES ARCHÉOLOGIQUKS.
fontaine et Teau coulait de sa poitrine percée. Accroupie et hurlant, les mamelles pleines comme pour allaiter les deux enfants qui fondèrent Rome, c'est incontestablement une œuvre antique. Charlemagne en fit un trophée arraché à la ville des Césars et il le plaça en face de l'église qu'il venait d'élever, comme souvenir de Rome qu'il avait délivrée de l'oppression et qui en reconnaissance avait paré sa tête du diadème impérial.
Dans une restauration générale du dôme il serait à propos de reconstituer la fontaine carlovingienne. Les dessins qui subsistent encore de celle du Vatican pourraient aider à la reconstruction de ce monument, qui, s'il n'était pas d'une beau lé absolue, serait, au moins, fort original*.
Charlemagne n'avait rien épargné pour rendre sa chapelle palatine le plus beau, le plus complet et le plus riche monument de son époque. Dans son « Testament », il en parle comme d'une merveille « à laquelle rien ne peut être comparé », et, après l'avoir dotée de nombreuses et insignes reliques, il voulut que la consécration en fût faite par le pape lui-même. « Ibidem monasterium sanctae Maria3, matri Domini nostri Jesu Cristi, labore et sumptu quo potui aedificavi, lapidibus ex marmore preciosis adornavi, quod, Deo adjuvante et coopérante, sic formam suscepit ut nullum sibi queat aequiparari. Itaque tam egregio opère hujus eximias basilicae, non solum pro voto et desiderio meo, verum etiam ex divina gratia ad unguem peracto, pignora apos-
tolorum collegi Praeterea a Domino Leone Romano pontifice hujus
templi consecrationem et dedicationem impetravi prae nimia devotione quam
erga idem opus habui Decebat enim ut idem templum, quod cunctis
monasticis œdificiis in regno nostro forma et structura praeesse videtur, in honorem sanctae Dei genitricis a nobis regali studio fundatum, dignitate consecrationis praecelleret, sicut ipsa Virgo super omnes choros sanctorum prae-
4. Cette Fontaine a été ainsi décrite au xn« siècle par Pierre Mallius, chanoine de Saint-Pierre: a In paradiso S. Petri est cantarum, quod fecit fieri Symmachus Papa, columnis porphyreticis ornatum. Quœ nimirum columnaB, tabulis marmoreis cum griphonibus connexas, pretioso cœlo ccneo cooperlsD, cum floribus, et delphinis deauralis aquas fundentibus. In medio vero hujus cantari est pinea œnea, quae fuit cooportorium cum sinino œneo et deaurato super statuam Cibeles Matris Deorum in foramine Panthéon. In qua videlicet pinea subterranea Gslula plumbea subministrabat aquam ex forma Sabbatina, quae toto tempore plena prœbebat aquas per foramina nucum omnibus indigentibus ea, et per subterraneam 6stulam quœdam pars fiuebat ad 0alneum Imperatoris juxta agulea ».
cellens exaltata est. Et ideo Dominum Apostolicum, qui omnes praecellit ecclesiasticos gradus,... accivi. Accivi etiam cum illo Romanos cardinales, episcopos quoque Italiae et Galliae quamplures
« Pignora Apostolorum, Martyrum, Confessorum et Virginum a diversîs terris et regnis, et praecipue Grœcorum collegi, quae huic sancto inluli loco, ut eorum suffragiis regnum firmetur, peccatorum indulgentia condonetur...
« Illic vero Domino Aposlolico ( Léo III ) et omnibus prsedictis nobilibus et egregiis pcrsonis congregatis (pour la consécration du dôme), merui ab omnibus obtinere prae nimia devotione , quam erga ipsum locum et matrem D. N. J. C. habebam, ut in templo eodem sedes regia locarelur et locus regalis et caput Galliae trans Alpes haberetur, ac in ipsa sede reges successores et haeredes regni initiarenlur et sic initiali jure dehinc imperatoriam majestatcm Romae sine ulla interdictione planius assequerentur. Confirmatum et sancitum est hoc a Domino Aposlolico Leone Romano Pontifice et a me Karolo Romanorum Imperatore Auguste, primo auclore hujus templi et loci, quatenus ratum et inconvulsum hoc statulum et dccretum nostrum maneat. Et hic sedes regni trans Alpes habeatur sitque caput omnium civitatum et provinciarum Galliae. »
Le dôme de Charlemagne est éclairé par des fenêtres en plein cintre qu'il importera de clore suivant le style de l'époque. Anastase parlant des fenêtres des basiliques romaines les décrit de deux manières; les unes sont en verre de différentes couleurs : « fenestras ex vitro diversis coloribus conclusit » (Léo m), et les autres ornées d'une composition qu'il appelle « gypsinum metallum ». Nous serions donc autorisés, d'après le premier texte, & mettre des verrières de couleur, non avec personnages, puisque l'antiquité n'en fournit pas d'exemple, mais avec des rinceaux coloriés ou même des animaux fantastiques, comme les manuscrits carlovingiens en montrent aux initiales et aux bordures des pages. Cependant je craindrais que ces verrières n'assombrissent le dôme, qui n'aura jamais trop de lumière pour donner à la mosaïque tout son éclat.
Resterait donc un second parti à prendre, qui consisterait à adopter un verre verdâtre qu'un large plomb découperait et enserrerait dans ses dessins capricieux. Deux cents ans plus tard, ce système était en pleine vigueur et il ne
serait pas improbable qu'il en fût ainsi du temps de Charlemagne, sans la XXVI. (i4
33i ANNALES ARCHÉOLOGIQUES.
découverte que, guidé par Anastase, j'ai faite h Rome, en 186ft, dans l'église de Sainte- Praxède.
Dans une chapelle attenant au chœur de celte église et construite au IX* siècle par le pape saint Pascal, il existe encore des fenêtres, dont la baie est garnie d'un réseau géométrique fait avec du ciment. Voilà bien ce marbre et cette pierre artificielle, « metallum », jetée dans un moule oîi le ciment, espèce de gypse, prend les formes que l'on désire. Un fragment du même style est conservé dans le cloître de Saint-Laurent-hors-les-murs , qui, depuis quelques années, a été transformé en un véritable musée lapidaire. Les ajours laissés par le croisement des lignes se remplissaient de morceaux de verre épais et verdâtre, comme la fleur du réséda.
Quand Part a adopté une forme, il la quitte difficilement. C'est pourquoi, au xiii" siècle, les églises de Saint-Laurent-hors-les-murs, de Saint-Vincent-auxtrois-fontaines, h Rome, continuent le même système de clôture, à cette différence près que les panneaux sont en dalles de marbre percées de trous circulaires et régulièrement espacés.
Je reviens h la mosaïque. Après avoir longuement disserté sur la coupole, il est juste de consacrer quelques lignes aux murs qui la supportent pour les harmoniser avec elle par une décoration du même genre.
A Beeck dit qu'autrefois à cet endroit, aux trumeaux des fenêtres, existaient des mosaïques représentant des faits de l'Ancien et du Nouveau Testament, probablement comme à Saint-Apollinaire de Ravenne. Malheureusement il n'en précise ni le sujet ni les détails, et, faute d'un dessin, faute surtout de plus amples renseignements, la question devient presque insoluble. Puis, à cette hauteur, de petits personnages se mouvant dans un tableau rectangulaire seraient-ils d'un effet satisfaisant? A Ravenne, ob ils sont beaucoup moins élevés, on les distingue à peine et une lunette est indispensable pour en bien saisir l'iconographie. A Aix, ne serait-ce pas pis encore * ?
4. Mon savant ami M. de Surigny confirme ma manière de voir par celte observation judi* cieuse et essentiellement artistique :
« Dans un édifice, tout doit être à l'échelle; c'est le terme employé par les architectes pour exprimer la proportion que les choses observent entre elles, quand on les ramène à une mesure unique. Ainsi dans un tableau ou un bas-relief, la mesure de l'homme étant donnée, il serait choquant de mettre à ses côtés d'autres hommes beaucoup plus grands ou beauooop plus petits.
Je le crains. Si cependant le jury insistait en faveur de ce motif spécial^ il y aurait lieu d'en faire une étude particulière et raisonnée.
Mais j'ai une autre idée et j'ose la soumettre humblement au jury international. Elle offre l'avantage de contenter h la fois l'œil et l'esprit. Avec de grands personnages, les trumeaux sont mieux remplis, l'idée générale de la composition est conservée et prend même un aspect très-agréable.
La coupole est décorée d'après le thème iconographique bien connu de la Majesté de Dieu. Le Fils de Dieu fait homme triomphe au ciel et jouit des splendeurs de la gloire éternelle; la chair à laquelle il a daigné unir sa divinité est exaltée et transfigurée par un éclat incorruptible et permanent. Les quatre symboles qui l'entourent rappellent les diverses phases de sa vie mortelle : dans 1' « homme » nous contemplons le Verbe fait chair; dans le « bœuf », la victime qui s'immole pour nos péchés : « l'aigle » qui vole au plus haut des cieux rappelle son ascension, comme le « lion » le montre ressuscitant*. Devant ce cri de la terre et du ciel, tout front s'incline et s'abaisse. Les vieillards ôtent leur couronne qu'ils offrent à leur dominateur^ à celui qu'ils ont annoncé ou révélé au monde, car en eux se personnifient, suivant l'enseignement des commentateurs, les prophètes et les apôtres. Voilà la cour de ce monarque, modèle des rois d'ici-bas : « Rex sum ego et dominus dominantium. » Ses ministres sont attachés à sa personne par des liens purement spirituels. Mais il tient aussi à la terre par d'autres liens, ceux de la chair et du sang.
On en peut dire autant des objets qui Tavoisinent. Ceux mêmes qui ne se rendent pas raison de la disproportion en souffrent instinctivement. Dans la décoration d*un édiûce, une figure peinte étant donnée, toutes les autres figures et les ornements mêmes doivent être à cette échelle. Il n'y aura d'exception que pour un personnage que Ton voudrait mettre à dessein hors de proportion avec les antres, à raison de sa nature, le Christ par exemple.
<r Ainsi dans la mosaïque où les vieillards accompagnent le Christ, celui-ci pourra intention-» nellement être plus grand que tout ce qui rentoure, mais d'autres figures accompagnant les vieillards devront être à peu près à l'échelle de ces derniers. C'est pourquoi je préférerais la repré' sentation des ancêtres de J.-C, mis à l'échelle des vieillards, à la représentation des faits de FAncien Testament figurés par de petits personnages, comme à Ravenne. »
4 . L'évangéliaire de la Sainte-Chapelle formule ainsi ce symbolisme :
f Quataor hœc Dominam signant animalia Christom : Bst Homo nascendo, Vitulusqne sacer moriendo ; Est Léo surgendo^ cœlos Aqoilaque petendo.
Nec minus hos scribas animalia et ipsa figurant. »
« Christus homo fuit de Virgine natus ; vitulus in immolatione; leo In resurreCtione; aquila in ascensione; vel in homine, humanitas; in vitulo, sacerdotium; in leone regnum; in aquila exprimitur divinitatis sacramenlum ». [Manuscrit du xiii« siècle, à la bibliothèque de la ville d'Angers»)
Le Christ descend d*Âbraham, en même temps qu*il est issu de la race de David :« Liber generationis J.-C, filii David, filii Abraham ».(S. Mallh., I, i.], Par ces ancêtres de grand renom» nous touchons tout ensemble aux patriarches et aux rois de Juda, Quoique d'un ordre inférieur, ne peuvent-ils pas, ne doivent-ils pas aussi faire cortège dans son triomphe au vainqueur qui a le plus illustré leur race féconde? Ainsi le pensaient, au xii* siècle, le miniaturiste de V « hortus deliciarum » ; au xiii% le mosaïste du baptistère de Florence et, plus tard, au xvi% le peintre des vitraux de Brou, tous artistes d'un rare talent secondé par une intuition vraie de Part chrétien. Je n'avais qu'à consulter la double généalogie donnée par saint Mathieu et saint Luc pour garnir les quatorze trumeaux de l'étage intermédiaire qui se dresse entre la coupole et le rez-de-chaussée.
En tête des patriarches marchera Adam, que suivront Seth, Noé, Abraham, Isaac, Jacob et Joseph. David commandera la lignée royale^ où figurent Salomon, Josaphat, Ezéchias, Manassès, Josias et Jéchonias, tous vêtus et parés conformément à leur dignité.
Le Fils de Dieu est donc glorifié dans son humanité à la fois par ses ancêtres, par les mandataires ou les hérauts de sa parole et enfin par les symboles mêmes sous lesquels il s'est manifesté. C'est bien là ce roi immortel des siècles, « Régi sseculorum immortali », devant qui toute autre majesté s'abaisse et s'humilie. Tableau magnifique, imposant, de tout point parfaitement approprié à 1 édifice où tant d'empereurs reçurent la couronne des mains de l'Église pour la reporter, au déclin de leur vie, pure et sans tache, à celui qui juge toute justice.
Rome ne manque jamais de réserver une place dans ses mosaïques au donateur et au consécrateur : l'exemple de l'église de Sainte- Suzanne m'est revenu aussitôt à la mémoire, et c'est là surtout ce qui m'a inspiré les effigies de l'empereur Charlemagne, offrant à Dieu la basilique qu'il a construite S et
4. On consultera avec avantage le portrait et le costume de Charlemagne décrits par son histo* rien Éginhart : « Corporo fuit amplo atque robuste, statura eminenti, quac tamen justam non excederel. Nam septem suurum pedum proceritatem ejus constat habuisse mensuram; apice capitis rolundo, oculis prœgrandibus ac vegelis, naso paululum mediocrilatem excedente, canitie pulchra, facie lalœ et hilari : unde formœ auctoritas ac dignitas tam stanti quam sedenti plurimi acquirebalur. Quanquam cervix obcsa ac brevior, venterque projectior videretur, tamen lia*c csterorum membrorum celabat roqualitas. Incessu firme, tolaque corporis habitudine virili : voce Clara quidem, sed quœ minus corporis form® convenlret : valetudine prospéra, praeter quod, antequam decederet, per quatuor annos crebro febribus corripiebatur, ad exlremum uno etiam pede claudicaret...
« Vestitu patrie, id est, Francisco, ulebatur : ad corpus camisia llnea, et feminalibus (femo-
du pape Léon III, qui, la férule^ en main, la sanctifie par sa bénédiction. Et comme la mosaïque est censée faite de leur vivant, un nimbe carré entoure leur tète, signifiant par ses quatre angles les vertus cardinales qu'ils ont pratiquées d'une manière si éclatante que plus tard ils ont mérité les honneurs des autels.
Les mosaïques sont un livre fort instructif ouvert à tous. Or j'y puise encore pour avoir un symbole du monde et du temps : du monde que Dieu a créé, conserve et gouverne ; du temps, qui chaque jour s'efface et diminue en avançant vers l'éternité. Comme à Rome donc, en maint endroit, nous tapisserons les arcades de ces guirlandes gracieuses où les quatre saisons se succèdent mêlant leurs produits : feuillage vert pour l'hiver, symbole de l'enfance; fleur pour le printemps, qui a tant d'analogie avec l'adolescence; épis jaunes et serrés pour l'été, qui rappelle l'âge mûr, et enfin grappes de raisins pour l'automne, où la vieillesse trouve son image. Les saisons mènent aux quatre âges de l'homme et ceux-ci, comme à l'oratoire de Saint-Venance, aboutissent aux quatre éléments. Le perroquet rouge qui vient de la terre de feu, le canard qui vit sur l'eau, la colombe qui fend l'air, la perdrix qui effleure le sol de ses pieds rapides, animent toute cette végétation, dont il sort comme une voix qui chante au Très-Haut une hymne incessante de joie, de triomphe et d'amour :
Benedical terra Dominum.... Benedicile, ignis, Domino.
... Benedicile, fontes, Domino... Benedicite, omnes spiritus, Domino.
Benedicile, frigus et œslus, Domino...
Benedicile, omnes volucres, Domino...
Benedicile, Giii bominum. Domino *.
ralibus?) lineis induebalur : deinde tunica, qase iimbo serico ambiebatur, et tibialibus ium fasciolis crura, et pedes calceamentis conslringebat, et ex pellibus lulrinis iborace confecto, bumeros ac peclus bieme muniebat. Sago venelo amiclus, et gladio semper accinctus, cujus capulus ac baUheus aut aureus, aul argenteus erat. Aliquolies et gemmalo ense ulebalur : quod tamen non nisi in praecipuis feslivitalibus, vel si quando exterarum genlium legali adossent, faciebat. Peregrina vero indumenla quamvis pulcherrima respuebat, nec unquam eis indui patiebatur excepto quod Romœ semel Adriano Ponlifico pclente, et ilerum Leone successore ejus supplicanle, tbnga tunica et cblamyde amictus, calceis quoque romano more formalis induebalur. In feslivitalibus veste auro texla, et calceamentis gemmalis, et ûbula aurea sagum astringente; diademate quoque ex auro et gemmis ornalus incedebat. Aliis aulem diebus habitus ejus parum a communi ac plebeio abhorrebat. »
4 . La férule est une croix paltée. portée sur une hampe, dont le pape no se sert, en guise de crosse, que pour les consécralions.