‹ Annales archéologiquesChapitre 152 sur 184 · DES CRUCIFIX ET CRUCIFIEMENTS · texte numérisé non relu

DES CRUCIFIX ET CRUCIFIEMENTS

DU IX« AU XIIl* SIÈCLE.

PoiiT DU Christ sur la croix. — Le port du Christ sur la croix se modifie peu jusqu'à la fin du xiir siècle; on n'y remarque pas, surtout après le ix% de modifications qui n'aient des précédents à cette époque. Sa tête demeure haute si on le représente vivant; elle s'incline si on veut le représenter mort ou mourant, et toujours à droite*; son corps, le plus souvent, est fermement posé, ou, s'il s'affaisse, ce n'est jamais que légèrement, sans eiïbrt et sans contorsion ; généralement, ses bras continuent d'être tendus dans une position horizontale ou presque horizontale; il est rare, cependant, qu'ils le soient d'une manière aussi complète, avec autant d'archaïsme, par conséquent, qu'ils le sont habituellement dans les Christs des vi% vu* et viii' siècles : parmi les exceptions , une des plus remarquables est offerte par le triptyque en ivoire de la Bibliothèque impériale publié par les « Annales » (t. XVIII , p. 109), et, quelle que soit la fixité des Grecs dans leurs types, cette circonstance seule nous aurait fait douter qu'il fallût faire descendre l'exécution de ce triptyque jusqu'à la fin du xiii* siècle, comme l'a pensé M. Didron,

4. Voir les « Annales archéologiques j», vol. XXVI, p. 5, 437 et 243.

2. A considérer seulement les gravures de d'Agincourt (Peint., pi. xcvi), on pourrait croire que dans les fresques du xi* siècle conservées dans une salle dépendante de la basilique de Saint-PauUhors-Ies-murs, à Rome, le Christ a la tête inclinée à gauche, mais il est probable qu'il y a transposition de toute la composition par erreur du graveur.

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si nous ne trouvions de distance en distance , échelonnés sur la route intermédiaire, d'autres monuments d'un caractère analogue : tels le Christ du Crucifiement représenté dans le diptyque de Milan publié par Gori et reproduit par Mozzoni (x* siècle) * ; celui de Lilliers (département du Nord), publié par M. de Caumont (xii* siècle)'; celui du vieux maître qui Ta signé du nom de Guillemus, avec la date de 1138, qui se trouve dans la cathédrale de Sarzane •.

Sur la croix de Clairmarais (xiii** siècle)*, un seul des bras s'éloigne tant soit peu, nous ne dirons pas de cette rigidité, car précisément un des traits de cette position divinement puissante et humainement impossible est d'être prise avec aisance : intention rendue quelquefois jusqu'à l'évidence par l'inflexion des mains.

Le plus souvent, pendant la période de temps qui nous occupe, les bras fléchissent quelque peu. Dans le crucifix de la collection Debruge, publié par les « Annales »'', ce fléchissement est à peine sensible, mais l'intention s'en fait sentir par un léger fléchissement aussi des genoux , tandis que dans le Crucifiement de la grande châsse, collection Soltikofr% et sur les cinq ivoires publiés dans les u Mélanges d'archéologie» ^, où, sans être plus considérable, il coïncide avec une situation du corps parfaitement perpendiculaire, on voit que si on s'est relâché sous ce rapport de l'archaïsme primitif, on l'a fait sans y penser.

Dans le crucifix du reliquaire donné par le pape Pascal II à l'abbaye de Conques ' , le fléchissement des bras est un peu plus accusé , et cependant il n'atteint pas le degré où est arrivé le crucifix de Lothaire. Considérez d'ailleurs l'inclinaison de la tête dans ce crucifix, le fléchissement des genoux, et vous reconnaîtrez que, relativement à ces effets naturels du Crucifiement, il nous offre un type en deçà duquel on est généralement resté , que l'on n'a probablement jamais dépassé avant le xiir siècle. Jusqu'à cette époque aussi, on ne trouve aucun exemple de la superposition des pieds; ils sont, au contraire , toujours attachés avec quatre clous , sauf les circonstances exception-

4. Gori, a Thés. vet. dipt. », t. Ill, pi. xxii.— Mozzoni, t Tavole délia storia délia chieaii *, X* siècle, p. 444.

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