‹ Annales archéologiquesChapitre 157 sur 184 · Le Brun d'Albanne, Émaux de Troyes, pi. vi · texte numérisé non relu

Le Brun d'Albanne, Émaux de Troyes, pi. vi

4. Sont dépourvus de nimbes et de couronnes : le Christ de la couverture d'un manuscrit du

Titre db la croix. — Toutes les observations que nous avons failes relativement au titre de la croix, du ix® au xiii* siècle, viennent confirmer celles que nous avions recueillies sur la période précédente sans y apporter de modifications : posé sans inscription et, cependant, avec un développement relativement considérable, comme sur la grande châsse de la collection Soltikoff^ ou dans les peintures de l'église souterraine de Saint- Clément à Rome (xi* siècle), il continue d'attester la valeur qu'on y attachait comme annonçant la dignité du divin Crucifié ; sur le candélabre de Saint- Paul, l'espace manquant pour l'attacher au sommet de la croix, l'artiste a tenu à l'exposer en le mettant entre les mains d'un personnage spécialement chargé de ce soin. Quant aux inscriptions, elles continuent de varier d'autant de manières qu'il est possible de nommer le Sauveur*. Beaucoup d'autres monuments continuent de reproduire la substance du titre évangélique avec diverses variantes analogues à celles que nous avons exposées précédemment, et l'on revoit de temps en temps reparaître la forme abrégée inri'. Toutes ces désignations tendent au même but : proclamer Jésus-Christ pour ce qu'il est. Quelquefois, au lieu de le nommer, on le désigne par une qualification : lvx mvndi, a la Lumière du monde », avons-nous lu sur la couverture d'un évangéliaire de Milan; ou bien encore, à la place du titre et de l'inscription, nous trouverons la figure de l'Agneau sur la croix de la Vierge ouvrante au Louvre. Il faut pour cela descendre au xuV^ siècle; mais nous pouvons en parler maintenant comme y voyant alors le trait d'un esprit ancien et non la manifestation d'une idée nouvelle.

Figures diverses au-dessus de la grotx. — Nous avons vu la main du Père céleste suspendant la couronne sur la tête de son divin Fils, ou présidant à l'honneur qui lui est rendu au moyen de la couronne; mais la présence de la main divine n'est pas tellement liée à celle de la couronne, qu'on ne l'observe

xr siècle (Bock, « Trésors de Cologne », pi. xxxv) ; celui de Tivoire moulé par la Société d'Àrundel (n° 24). N'ont que des nimbes simples : le Christ du peigne de Saint-Héribert ( « Trésors de Cologne », pi. xliii), celui de Sarzane (Rosini o Sloria délia piU. ital. », in-fol., pi. A). 4. ff Ânn. arch. », t. XX[1, p. 5. Sur les Christs de l'ivoire de la Bibliothèque impériale et du roi de Bavière ( « Mél. d'arch. », t. If, pi. v, viii), les titres sont également sans inscriptions.

2. Sur la {)orte de bronze de Saint-Paul, à Rome (Nicolai., Basilica di San-Paolo, pi. xii], et sur le diptyque de Milan, on lit : ICXC. ( Gori, « Thés. vet. dipt. », pi. xxxii ); sur la couverture du manuscrit d'Aix-la-Chapelle ( « Ànn. arch. », t. XX, p. 5) IHCXPC; IHS, sur la croix que nous publions; IHS, sur la croix de sir R. Gurzon; GESVS, sur un devant d'autel de Cita di Castelio. (d'Agincourt, a Sculpt. », pi. xxxi).

3. Crucifiements de Saint-Urbain-alla-Caffarella, près Rome; de Soe>t, en VVestphalio (Forster, I*. inlun).

ICONOGUAPIllE DE LA CHOIX ET DU CUUCIFIX. 365

sans celle-ci sur l'ivoire de Bamberg, par exemple*; elle est nommée sur la croix de Cologne « Dextera Dei" » ; sur l'ivoire de Cividale publié par Gori, elle est accompagnée du Saint-Esprit sous forme de colombe'. On voit, au travers de ces différences, qu'il s'agit toujours d'une môme pensée.

Au xii** siècle, on commence à voir apparaître au-dessus de la croix, non plus seulement la main divine, mais Dieu le Père pleinement personnifié. Ainsi, dans une Descente de croix sculptée dans les grottes de l'Egsterstein, en Westphalie, il reçoit l'àme de son Fils; dans les vitraux que Suger fit exécuter à Saint-Denis, il soutenait dans ses bras étendus le Crucifié porté sur le char d'Aminadab*. Ces représentations sont les premiers indices d'un ordre d'idées naissantes dont nous réservons l'étude pour la période où elles ont pris leur développement, nous contentant ici d'en signaler l'apparition. Nous allons, au contraire, prendre une plus ample connaissance des figures accessoires qui se sont maintenues près du Crucifiement depuis la période précédente.

Soleil et lune. — Le soleil et la lune sont, de toutes les figures, celles dont la persistance auprès de la croix a été la plus soutenue. A l'époque où nous sommes arrivé, on s'est attaché le plus souvent à les personnifier, et, jusqu'à la Renaissance, ce n'est guère qu'à défaut d'espace qu'on se réduit, pour les représenter, à un disque ou une étoile pour le soleil , à un croissant pour la lune; d'ailleurs, leurs figures varient beaucoup, comme les sentiments qu^on leur prête : sur l'ivoire de Bamberg, montés chacun sur un char et renfermés dans un médaillon circulaire, ils suivent leur cours, le soleil entraîné par quatre chevaux, la lune plus paisiblement traînée par des bœufs, sans d'ailleurs paraître prendre garde à la grande scène dans laquelle ils sont cependant considérés comme acteurs; plus souvent ils se voilent et montrent de la douleur, quelquefois jusqu'aux larmes. Sur la châsse de Yillemaur, les personnages allégoriques ne sont plus matériellement le soleil et la lune, mais leurs génies qui les portent dans leurs mains, nous dirions leurs anges si ces personnages avaient des ailes, et, en effet, ailleurs ce sont bien effectivement des anges auxquels est confié le soin de soutenir les deux astres.

La persistance que l'on a mise à faire figurer le soleil et la lune sur des monuments, même disposés de manière à leur offrir difficilement une place convenable, témoigne de l'importance qu'on y attachait comme signification.

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