‹ Annales archéologiquesChapitre 156 sur 184 · Gori, tf Thés. vet. dipr. », l. III, p · texte numérisé non relu

Gori, tf Thés. vet. dipr. », l. III, p

térieur à l'époque dont nous parlons, et la mitre du plomb de M. Forgeais.

En voyant sur la croix le vainqueur, le roi, le pontife, nous ne pouvons oublier non plus que Notre-Seigneur y fut aussi la victime, et l'on se demande si la couronne d'épines ne va pas enfîn à son tour décidément y prendre la place qui en réalité lui est due : si on s'en rapportait aux planches et aux appréciations de Curti, on trouverait deux exemples de couronnes d'épines qui pourraient, à défaut d'une plus grande antiquité, se rattacher à la période dont nous parlons ; l'un serait donné par un morceau de la vraie croix, sculpté en bas-relief par des artistes ruthéniens , conservé dans le trésor de Saint- Pierre -du -Vatican et publié d'abord par Rocca* ; l'autre, que l'on croit venu de Palestine avec la Sainte-Maison de Lorelte'; mais l'inexactitude plus que probable des dessins, quant à un détail nécessairement peu apparent sur les originaux , d'après ce que l'on sait de l'exiguïté de l'un et de l'état d'altération de l'autre, ne permet pas d'en tirer aucune induction sérieuse.

Ces deux monuments mis hors de concours, nous n'en voyons plus aucun dont on puisse s'autoriser pour croire qu'avant le xm® siècle une vraie couronne d'épines ait été posée sur aucune image de Notre-Seigneur crucifié. Sur la dalmatique impériale du Vatican, elle est représentée suspendue à l'embranchement de la croix*, mais il y a bien de la différence à la prendre ainsi pour trophée au lieu de l'enfoncer sur la tête du Sauveur. Tout au plus au xii" siècle, au moment où l'on donna plus de développement aux représentations des mystères douloureux de la Passion, pourra-t-on apercevoir sur cette tète sacrée une réminiscence plus voisine de la cruelle réalité dans

4. Rocca, « Thésaurus, ponlif. sacror. queantiq. » Roma, 1745, t. f, p. loS. — Curli, « De clavis dominicis », p. 50.

2. Curli, c id. », p. 47. A juger d'après l'ensemble des formes, ce cruciQx nous paraîtrait du XIII* siècle. Quant à la relique nous n'oserions, sans l'avoir vue, porter aucun jugement sur l'époque à laquelle elle a pu être sculptée. Rocca suppose qu'elle est cette portion même de la vraie croix qui, au dire du vénérable Bède et du v Liber pontificalis i», fut trouvée par le pape Sergiusl*' (690-704). dans un réduit du trésor de Saint-Pierre, où elle était cachée; mais ces auteurs n'ont pas dit que la relique alors trouvée eût été sculptée, et la supposition de Rocca ne nous parait reposer sur aucun fondement solide. La composition des bas-reliefs a bien quelque chose d'insolite qui leur donne une saveur antique, et quoique l'art ruthénien, calqué sur l'art byzantin, soit connu pour sa fixité, nous serions porté à faire monter, plutôt qu'à faire trop descendre, Tépoque de leur exécution, sans approcher toutefois de l'antiquité que Rocca leur suppose. Nous évitons, dans tous les cas, de fonder aucun appui sur des monuments environnés d'autant d'ob>curité, mais nous devions en parler pour mémoire.

3. « Ann. arch. d, t. \. p. 452; la planche de Ciampini (Vet. mon., t. H, pi. xiij semble indiquer quelque chose de semblable.

certaines couronnes tressées, quoique sans épines. Celle que Ton observe sur le candélabre de Saint- Paul, d'après la gravure de Nicolaï*, paraîtrait d'autant mieux rentrer dans ces termes , qu'elle coïncide avec la figure d'un bourreau, armé d'un marteau, le seul que nous ayons encore vu et que nous verrons de longtemps représenté auprès de la croix.

Si nous descendons jusqu'au xiii* siècle, on sera plus fondé à reconnaître une vraie couronne d'épines sur la tête du Christ dans le crucifix monumental de Weschelbourg, publié par M. Forster*. Les piquants y sont rares, ils ne pourraient pas, dans la position de la couronne au sommet de la tête, la faire souffrir, mais il y en a. Et si, placée de la sorte, cette couronne est devenue plutôt un insigne réel d'honneur, elle rappelle pourtant les trop réelles dérisions du prétoire et les tortures du Calvaire. Or, comme, même au xiii* siècle, telle n'était pas encore la pensée dominante que l'on prétendait attacher au crucifix, la couronne d'épines n'y apparut que rarement.

NiMDE. — 11 est arrivé souvent que la couronne a fait négliger le nimbe, ces deux insignes, compris sous le nom générique de «corona» dans la langue du temps, étant sans doute réputés pouvoir facilement se suppléer ; mais on irait trop loin si on voulait relever une règle, là où il n'y avait que des tendances. Sur l'ivoire de Tongres vous verrez une couronne suspendue et point de nimbe ; sur les quatre ivoires qui lui sont comparés, des nimbes crucifères et point de couronnes ; sur le candélabre de Saint- Paul, une couronne ceignant la tête et point de nimbe pour le Christ sur la croix, nimbe crucifère sans couronne pour toutes les autres figures du Christ sur le même monument. Au contraire, sur le crucifix de sir Robert Curzon et sur la miniature de Munich la couronne s'associe au nimbe crucifère; au nimbe simple, au XIII' siècle, sur la châsse de Yillemaur, publiée par M. Le Brun d'Aïbanne ^ En somme, on peut considérer l'absence du nimbe à l'époque comme un indice d'antiquité ou d'influence antique, surtout quand elle semble motivée par la présence de la couronne ; en dehors de ce motif, le nimbe manque rarement aux figures de Notre-Seigneur que nous avons observées jusqu'ici sur la

croix ; et, tout en admettant que, dans les limites de la période parcourue, les

exceptions sont plutôt le fait des plus hauts temps, il faut reconnaître que l'on en rencontre à toutes les époques et dans tous les genres*.

1. Basilica di San Paolo, pi. xviii. La gravure du Christ vêtu de la longue robe, publiée par M. l'abbé Bock ( c Trésors de Cologne », pi. xxxvi), fait soupçonner quelque chose d*analogue.

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