‹ Annales archéologiquesChapitre 166 sur 184 · Mél. d'arch. », t. II, pi. viii · texte numérisé non relu

Mél. d'arch. », t. II, pi. viii

plus remarquable que, selon Tobservation faite précédemment, il en tient ta place, comme le porte-lance tient spécialement sur cet ivoire la place de rÉglise. Ainsi se trouve justifiée, quant à toute une classe de monuments, la signification donnée par le P. Cahier au porte-éponge comme étant réputé un Juif obstiné, tandis que Longin est le Gentil converti. Seulement, l'ensemble des faits atteste que cette idée ne s'est pas toujours soutenue et que ces deu^ personnages, considérés comme deux soldats, ont été facilement admis à participer ensemble au beau rôle auquel Longin , seul des deux, avait un droit incontesté.

Lk centurion. — A considérer les paroles de TÉvangile, ce serait le centurion qui aurait le plus de droit personnel à représenter, au pied de la croix, les Gentils convertis; on comprend néanmoins que, sur le fondement aussi du texte sacré, Longin ait été préféré en dehors de toute idée personnelle, à raison de Timportance supérieure attachée à la signification du divin côté ouvert, et par conséquent que la lance qui fut l'instrument de cette plaie mystérieuse soit appelée à figurer en première ligne, avec la croix; dans les trophées de THomme-Dieu vainqueur.

' Mais, d'un autre côté, le solennel témoignage du centurion, cet acte de foi en la divinité du supplicié, tandis qu'il était encore suspendu à son gibet, rentrait si bien dans l'ordre d'idées auquel s'attachait alors l'iconographie chrétienne, qu'on s'étonnerait si on ne le voyait pas quelquefois apparaître. Parmi les oscillations que l'on remarque dans l'emploi des éléments jugés propres à rendre ce fond de pensées dont on ne voulait pas sortir, il arrive en efiet que celui de la bouche duquel sont sorties ces admirables paroles : « Yere filius Dei erat iste ! » est choisi préférablement à celui de ses subordonnés dont le coup de lance est devenu plus célèbre encore. Quant à leurs représentations simultanées, elles ne se seraient pas accordées avec la manière condensée, avec l'agencement symétrique dont l'art s'était fait tellement une habitude qu'on pourrait l'appeler une règle.

On reconnaît le centurion, derrière saint Jean , sur la « Pala d'Oro » de Venise, sur l'antique porte latérale de la cathédrale de Pise, monuments du XI* et du xii* siècles : il y lève la main pour rendre son témoignage. Dans les mosaïques de la cathédrale de Monreale en Sicile, exécutées probablement au xiii* siècle, mais sous les influences persistantes du xii* , on le voit dans la même attitude et la même position.

Au contraire, M. Forster nous fait connaître un vieux tableau d'un autel allemands probablement aussi du xiii' siècle, ou du moins étranger au mou-

1. Forster, a Mon. de la peint, en Allem. », t. If, p. 68. — Ce tableau se trouve sur un autel

veinent esthétique du xiv% où saint Jean étant reporté sur la droite avec le groupe de Marie et des saintes femmes, le centurion, suivi de tous ses soldats, occupe la première place de l'autre côté du Crucifié*. Or il est fort à remarquer que le cycle des sentiments affectueux et des émouvantes douleurs ayant déjà pris le dessus dans le premier de ces groupes, le Dieu reconnu en ce moment est vivement acclamé dans le second. Le Sauveur mort, ses anciens amis s'affligent, selon la nature ; ses nouveaux disciples le glorifient sous l'impression de la grâce. Cette double idée n'est pas sans analogie avec les pensées développées précédemment, et qui, dans ce monument même, trouvent leur expression au moyen des figures de l'Église et de la Synagogue. Il ne viendra toutefois dans l'idée de personne que les amis de la droite, la Vierge parmi eux, aient été, dans la circonstance, l'objet de la moindre défaveur et qu'on ait songé à les rejeter : la manière d'envisager les choses est donc toute nouvelle.

Nous retrouverons le centurion remplissant un rôle plus saillant encore, sinon plus important, dans d'autres monuments du xiii^ et du xiv'' siècles ; mais à tous égards ils nous jetteraient si en avant de la voie où nous devons encore cheminer, que nous devons, au contraire, revenir rapidement en arrière pour étudier l'origine et le développement des figures de l'Eglise et de la Synagogue, qui elles-mêmes ont joué un si grand rôle à côté de la croix.

GRIMOUARD de SAINT-LAURENT.

abandonné dans l'église de Sainte-Marie-de-la-Prairie, à Soest, en Westphalie; il est peint à la détrempe sous l'influence des Grecs, mais avec une originalité qui lui est propre; il est divisé en trois compariiments qui représentent : le Crucifiement au milieu, la comparution devant Pilale et les saintes femmes au tombeau, à droite et à gauche. « Ce choix, dit M. Forster, caraca térise déjà Tart allemand, par opposition à Fart italien, qui plaçait presque toujours sur Tautel ff l'Enfant-Jésus sur les genoux de sa mère, tandis qu'en Allemagne on choisissait avec prédiieca tion pour cette place la passion, la mort et la résurrection du Sauveur. »

4. Parmi ces soldats il eût été facile, si Ton eût voulu accorder un souvenir personnel à Longin, de le faire reconnaître en lui donnant la lance à porter.

(La suile à une prochaine livraison.)

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