ASSOCIÉES A LA CROIX
L'introduction du crucifix dans Tart chrétien remonte incontestablement au vr siècle au moins; nous enverrons les preuves et nous dirons sur quelles données on pourrait croire que cette image Scacrée, bien qu'elle eût attendu jusqu'à cette époque pour se propager, n'avait pas été sans exemple dans la première antiquité chrétienne. Quoi qu'il en soit, ce ne fut pas sans timidité dans ce siècle encore que les artistes chrétiens osèrent représenter le Sauveur en croix, ou du moins ce ne fut qu'avec ménagement qu'ils le firent en public; et il s'offre auparavant à nos études deux séries de monuments d'un caractère intermédiaire où Notre -Seigneur est représenté sur la croix sous la figure de l'Agneau, ou bien en personne, mais non pas crucifié.
Plusieurs de ces monuments sont d'une époque très-postérieure à celle où le crucifix était pleinement impatronisé dans l'art chrétien, mais ils n'en sont pas moins les restes d'un esprit de transition, et ils offrent l'idée d'une antériorité de principe alors même qu'ils ne se présentent pas avec une antériorité de date. Il suffirait du décret du concile de Constantinople, connu sous le nom de « in Trullo », ou de « Quinisexte » (692), pour attester que l'usage de la figure de l'Agneau précéda celle du crucifix, puisque ce concile voulut que la substitution de la réalité à la figure devînt une loi obligatoire. Mais cette substitution, qui avait commencé à se faire librement, se continua de même, les décrets du concile « in Trullo », privés de Tapproba-
Sainl-ApolIinaire-in>Classe près de Ravenne (fîg. 13 de notre planche], dont nous parlerons bientôt. Elle a été vivement exprimée par ces mots inscrits sous une croix publiée par M. Didron dans son «Histoire iconographique de Dieu u, p. 408, (fig. M, de notre planche), LVX, DVX,LEX, REX, de telle sorte que le X commun aux quatre noms et formant l'initiale du nom grec du Christ, en occupe le centre. La lumière et la loi semblent se rapporter à la chose, c'est-à-dire à la croix, le chef et le roi à la personne, c*est-à-dire à Jésus-Christ. En conséquence, nous préférons cette version à celle qui a été adoptée au Dorât et sur le tombeau de saint Angilbert, où le mot PÂX remplace celui de DVX, quoique Jésus soit vraiment la paix vivante, et la croix le signe de celte paix. Ces inscriptions méritent d'être rapprochées de celte qui figure sur la croix de saint Benoit : (6g. 44) C. S. S. M. L. N. D. S. M. D. : Crux Sacra Sit Mihi Lux : Non Draco Sit Mihi Dux. Quant à l'idée de victoire, elle a été souvent exprimée par les Grecs par ces mots : NIKA « Il a vaincu », accompagnant la croix ; le même ouvrage en donne deux exemples, p. 390, 396.
22 ANNALES AHCHÉOLOGIOUES.
tion du Saint-Siège, n'ayant jamais eu que la seule autorité d'un document propre à constater des faits.
De cet usage de l'Agneau pour rappeler la passion du Sauveur, de telle sorte qu'il pût remplacer, jusqu'à un certain point, celui que nous faisons du crucifix, il ne faudrait pas conclure que l'Agneau fût habituellement représenté sur la croix; comme nous verrons tout à l'heure, il était souvent associé à ce signe de salut de plusieurs autres manières. Quelquefois il le portait sur la tête, soit sous forme de croix pleine, soit sous forme de monogramme, et alors, posé fièrement sur la montagne d'où découlent les quatre fleuves, il ne rappelle l'idée de victime que pour en faire un élément de triomphe*; de bonne heure on la lui donna à soutenir sous forme de croix processionnelle, telle il la porte étant couché, mais la tête haute, dans une peinture du cimetière de la « Via Latina », publiée dans Bosio^
L'Agneau vient compléter sur l'autel l'idée de sacrifice que nous avons vu la croix y exprimer par elle seule; l'arc triomphal de Saint-Cosme et Saint- Damien, à Rome, en offre un exemple du vr siècle. L'Agneau s'y montre couché par la raison que les éléments de cette composition sont empruntés à l'Apocalypse, où le divin Agneau est représenté comme mort, « tanquam occisus ». La pensée du triomphe ressort d'ailleurs surabondamment; les quatre anges, les animaux évangéliques, les vingt-quatre vieillards avec leurs couronnes, ne sont là que pour le proclamer'.
Dans l'ancienne mosaïque absidale de Sahit-Pierre du Vatican, TAgneau reparaissait debout sur la montagne en avant de l'autel, et cet autel lui-même était surmonté d'un pic de montagne plus élevé ou se dressait une croix richement gemmée. On n'y voyait pas seulement les quatre fleuves, image des quatre évangélistes ; outre ces quatre courants qui s'échappaient des pieds du divin Agneau, il en jaillissait un cinquième de son côté ouvert, et après s'être précipité dans le calice, il en débordait pour arroser aussi les flancs de la montagne. Le souvenir des cinq plaies était ainsi hautement consacré*. Cette mosaïque avait été refaite, il est vrai, sous Innocent III, mais sa composition respire un tel parfum d'antiquité que la restauration du xiii* siècle a dû certainement faire revivre en partie l'œuvre primitive.
L'Agneau repose à la place môme du Christ sur la croix donnée par l'em-