‹ Annales archéologiquesChapitre 26 sur 184 · LE BÉNITIER DE L'EMPEIŒUR A AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

LE BÉNITIER DE L'EMPEIŒUR A AIX-LA-CHAPELLE

psaume XXIII que l'on chante dans certaines cérémonies de l'église : « Attolite portas, principes, veslras, et elevamini portae aeternales, et introibit Rex gloriae » et je n'ai pas de raisons suffisantes pour ne pas admettre cette explication. Huit autres figures sont placées au-dessus : chacune entre deux colonnes formant galerie et auxquelles sont attachées des draperies d'honneur qui décorent le fond et s'écartent de chaque côté des personnages, dont trois sont assis sur des trônes carrés sans dossier. Celui qui est au milieu a les pieds nus comme le Christ et les apôtres; il est nu-lête et l'arrangement des draperies n'a pas permis de lui mettre un nimbe ; de la main gauche, il tient un livre fermé et il bénit de l'autre main. Le personnage placé à sa droite est également nu-tête et non nimbé, mais chaussé et vêtu d'un costume épiscopal assez caractérisé par un pallium; il tient un livre dans sa main gauche et élève la droite ouverte en signe d'adoration ou d'hommage. La troisième figurine assise de l'autre côté est couronnée, chaussée, et vêtue d'une robe à bordure ornementée et d'un manteau ; elle lève les bras et tient de la main droite un globe timbré d'une croix et, de la gauche, un objet qui a été cassé et qui était probablement un sceptre fleuronné dont je crois voir un fragment près d'un chapiteau. En l'absence d'inscriptions ou d'attributs bien caractérisés, on en est réduit à de simples conjectures pour désigner ces trois personnages. Pour ma part, je pense qu'ils représentent Jésus-Christ, un pape et un empereur. On peut les voir sur la gravure placée dans le texte du tome XIX des cf Annales » à la page i03, et je dois observer que la petite croix placée dans la main gauche de l'empereur est de l'invention du graveur. Les cinq autres personnages sont debout, chaussés et nu-tête; deux ont le pallium et tiennent un livre et une crosse, deux autres ont une chasuble relevée sur les bras et, en outre d'un livre, tiennent (au moins un) une crosse ; le cinquième qui, vêtu d'une dalmatique, paraît être un diacre, ne porte pas de livre; sa main gauche est ouverte sur la poitrine; quant à la droite, elle est mutilée. La gravure ci-jointe nous montre deux de ces évoques et celui que je suppose être le pape. J'observe que je n'ai pas vu l'original et que j'écris devant un moulage sur lequel aucune crosse n'est intacte, la forme donnée à cet objet sur la gravure est donc une restauration. Toutes ces petites figures dont j'ai essayé de donner une description exacte sont d'un bon travail et bien posées, bien arrangées ; on distingue facilement tous les détails de leur costume, la forme et les détails des portes sont intéressants à étudier, ainsi que la frise au-dessus, composée de différents motifs d'architecture; plus haut, les seize colonnettes sont rondes, à l'exception de quatre prismatiques; leurs chapiteaux imitent le corinthien, à l'exception de deux, près du pape, où le tailloir est

supporté par des moitiés d'animaux dont la tête est en dehors. Un bandeau plat règne au-dessus de cette galerie qui n'est pas en arcades. Trois rangées de cabochons sertis dans du métal et bordés par de fines torsades dorées entourent Tivoire et font saillie sur ce petit monument, qui est terminé par une frise composée de petites figures d'hommes et d'animaux, entremêlées de feuillages, travail finement découpé, Irès-fouillé, en partie cassé et que la gravure ne peut rendre avec une entière exactitude. Enfin, deux grosses têtes humaines fortement modelées servaient de point d'altache à l'anse qui a disparu. Tel est l'ensemble de ce précieux et rare bijou.

Les anciens bénitiers portatifs sont en efl'et très-rares. J'en ai vu un dans le trésor de la cathédrale de Milan de la même grandeur que celui d'Aix-la- Chapelle, mais de forme circulaire et d'une ornementation toute différente; il a été publié plusieurs fois, notamment dans les « Annales »% où il a été complètement décrit et expliqué par M. Darcel, habile connaisseur en ces matières et qui estime avec raison que ce vase est du x* siècle. C'est aussi ce que l'on pense à Milan, comme le prouve ce passage d'une petite brochure ; ...« Ce vase a été donné par l'archevêque Gotofredo à la basilique de Sainl- « Ambroise, en l'année 978, afin qu'il servît à contenir l'eau lustrale pour « asperger Othon II, empereur d'Allemagne, son zélé protecteur, qu'on attente dait à Milan... Mais le donateur n'eut pas la satisfaction de s'en servir, « car l'empereur différa son voyage en Italie et l'année suivante le prélat « mourut*.») M. Darcel nous apprend, en outre, qu'un bénitier en ivoire sculpté, d'un style pareil à celui de Milan et passé d'Italie en Angleterre, aurait été exécuté pour l'usage du même Othon II. Pour ce qui est de l'époque du bénitier d'Aix-la-Chapelle, M. Bock pense qu'il a été exécuté pour le couronnement d'Othon III, qui eut lieu en 983, et, lorsque M. Didron indiquait ce vase comme étant du xi'' siècle, il paraissait être à peu près du même avis. J'avoue que j'aurais cru ce monument plus ancien, surtout à cause des rideaux attachés aux colonnettes, comme on en voit sur quelques diptyques consulaires et sur des mosaïques de Ravenne ; mais il est possible alors que ce motif d'ornementation ait été ainsi copié, par un reste de tradition, à une époque où il n'était généralement plus en usage. Cette particularité a été remarquée en d'autres circonstances.

Il existe à Rome, dans l'église de Saint-Barthélemy-en-l'Ile, un puits dont le col circulaire en marbre blanc est sculpté de quatre figures en pied repré-

r T. XVI, p. 37î, et t. XVII, p. 439.

2. Le «Trésor du Dôme de Milan», décrit et illustré par Louis Mal vezzi et U. F.; Milan, 1840; p. 17. — Cf. Giulini, a Memorie di Milano », I. II.

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