UN PROBLÈME ICONOGRAPHIQUE
Des ouvriers, en abaissant le sol du sanctuaire dans Téglise de Saint- Georges-de-Boscherville, fondée avant la conquête d'Angleterre par Raoul de Tancarville, sénéchal de Norn^andie, ont mis à découvert deux pierres sculptées qui y avaient été enfouies comme blocages, et qui sont aujourd'hui déposées dans une des chapelles.
Ces deux pierres, qui mesurent chacune 1 mètre de longueur sur 0™,67 de hauteur et 0'",/iO d'épaisseur, sont sculptées sur les deux faces et nous semblent avoir servi de clôture en avant du chœur. Elles faisaient partie, sans doute, d'un jubé; les bas-reliefs qui les décorent, retraçant des scènes de la Passion, devaient naturellement accompagner le crucifix qui, d'habitude, surmontait ces clôtures, au-dessus de la porte d'entrée.
Ces sculptures, de la fin du xiii* siècle ou des commencements du xiv% sont d'une admirable exécution et doivent être sorties des mains des imagiers qui ont revêtu de si charmants bas-reliefs les deux portails latéraux de la cathédrale de Rouen : l'un, celui des Libraires, qui est le plus ancien, n'étant pas antérieur à l'année 1280.
Malheureusement, ces sculptures, tant de figures que d'ornement, ont été outrageusement mutilées par ceux qui les ont arrachées de leur place, au XVI* ou au xvin' siècle, fort probablement, car les parties intactes conservent, avec toute la fraîcheur du premier jour, les peintures et les dorures dont elles ont été revêtues lors de leur exécution.
Cette fleur d'épiderme prouverait même que nos bas-reliefs étaient placés assez haut pour qu'aucun frottement ne les ait altérés.
Chaque face de chacune des pierres est divisée en quatre sujets abrités chacun par un arc contrelobé inscrit dans un fronton aigu garni de crochets. Des contre-forts portés par des culs-de-lampe qui supportent également la naissance des arcs, relient les frontons deux à deux. De petits monstres se projettent en avant de chaque côté et à la base de chaque contre-fort, en guise des gargouilles qui, dans les constructions exposées aux intempéries, déversent les eaux qui tombent sur le rampant des frontons surmontant l'ébrasement des portails.
Une arcature garnit les intervalles triangulaires limités par les frontons, les
contre-forts et une moulure saillante qui se profile le long de l'arête supérieure de la pierre.
Ce motif de décoration, emprunté à larchitecture bâtie des façades, est fort habituel dans les décorations de toute espèce, sculptées ou peintes, qui furent exécutées avec plus ou moins de luxe et de développements pendant toutes les périodes de l'époque ogivale.
Les figures de chaque sujet, qui ont 0'"30 de hauteur environ, sculptées en plein relief, du moins pour celles des premiers plans, se détachent sur un fond alternativement rouge ou bleu. Le bleu est semé de fleurs de lis d'or et le rouge d'étoiles et de rosettes également d'or. Les visages et les mains sont en couleur de carnation; les costumes sont d'or avec ornements figurés en rouge ou en bistre brun, avec revers bleus ou rouges. Les armures des soldats sont peintes en gris réchampi de noir qui en dessine les détails.
Les sujets qu'il est possible de reconnaître sont :