XXVI
3. Voici les remarques les plus intéressantes sur le costume des prêtres grecs : Tamict est un carré d'étoiïe de soie, sans cordon pour l'assujettir, et sans orfroi qui se rabatte sur la chasuble comme nous Tavions au Moyen-Age et comme l'ont encore les Arméniens. L'aube est le plus souvent de soie et de couleur tendre. La ceinture est dépourvue d'appendices, même pour les évêques, ce qui la différencie essentiellement de lajiôtre. L'étole ne se croise point sur la poitrine ; elle est toujours pendante, ne s'élargit point à ses extrémités ; ses deux pendants sont cousus l'un à l'autre depuis la ceinture jusqu'au bas. Il n'y a point de manipule, mais des manchettes dont nous avons laissé perdre l'usage si commun au Moyen-Age et qui remontait à saint Martin, un ange en ayant couvert ses bras que sa charité pour le prochain avait dénudés. Ces manchettes étaient réservées aux prélats et aux chanoines , comme aussi Torfroi de Tamict. Ce sont ces ornements appelés orfrois et « grammata » dont il nous reste un souvenir dans les parements à dentelles de l'aube. La chasuble grecque, semblable à celle du Moyen-Age, en a toujours différé cependant par la manière de la relever : les prêtres et les évêques latins le faisant par les côtés et les Grecs par devant, ce qui chez nous était la manière propre des diacres et des sous-diacres qui la fixaient dans cette position.
4. L'ornement particulier aux Khouris est appelé « hypogonation » : il est découpé en forme de losange ayant environ i 8 centimètres de côté; ses angles sont ornés de petites houppes. La manière dont il est suspendu le rend l'emblème du zèle pour le salut des âmes qui doit embraser le pasteur, et la figure du combat qu'il doit toujours être prêt à soutenir pour défendre ses ouailles. L'hypogonation est très-apparent dans la figure du Christ en grand archevêque du tome I des « Annales », p. 298, sur laquelle on pourra suivre la plupart des autres ornements de l'évêque.
5. L'évêque porte les mêmes ornements que les prêtres, excepté la chasuble. Il a de particulier les sandales, la dalmatique, la croix et les reliquaires, r «homophorion », la mitre et la crosse. La dalmatique, très-ample, est, comme celle du xiii* siècle, fendue des deux côtés jusque sous les bras; mais les paities disjointes sont rapprochées au moyen de boutons en forme de grenades, en travail de filigrane ; de petites clochettes, alternées parfois de petits grelots ou grenades d'argent, en garnissent le bord inférieur et les côtés, en souvenir de ces mêmes ornements qui pendaient au bas de la tunique d'Aaron et pour avertir le peuple de se tenir attentif aux saints Mystères. C'est la même raison qui a fait disposer ces clochettes au bas de la chape pontificale et autour des flabellums. Nous trouvons des traces de cet usage même chez les Latins, qui ont garni de clochettes, soit les franges des
chapes, soil celles des étoles et des manipules, soit les bras des croix processionnelles.
6. Le pallium des Grecs se nomme « homophorion » ; on peut le voir dans la figure du Christ grand archevêque. Cet homophorion est de soie blanche ornée de franges à ses extrémités et de croix distancées sur sa longueur au nombre de sept ou de cinq; il est très-large; il signifie la brebis que le bon Pasleur porte sur les épaules, et c'est en même temps l'emblème de la mission reçue de Notre-Seigneur, comme de la succession des apôtres dans les évoques. L'homophorion diffère du pallium des Latins en ce que celui-ci est toujours de laine avec croix de soie aujourd'hui noires, au nombre de sept ; il est d'ailleurs moins large, maintenu par trois épingles ou broches d'or ornées de pierreries. De ces épingles, l'une est sur le devant, l'autre sur le dos et la troisième sur Tépaule gauche. Le pallium est, au reste, porté de la même manière, et la partie de l'épaule gauche est double comme chez les Grecs. La signification en est la même ; seulement, la mission étant donnée par le pape seul, c'est lui seul qui donne le pallium ; c'est pourquoi les archevêques grecs sont tenus de demander le pallium à Rome et de le porter en sus de Thomophorion.
7. Les reliquaires sont suspendus au cou du prélat par une chaîne distincte pour chacun d'eux; mais ils se distribuent à droite et k gauche de la croix pectorale. Celle-ci, qui a sa chaîne propre, est le plus souvent une de ces croix de bois byzantines assez communes dans les collections; elle est sculptée et évîdée avec beaucoup d'art et remplie de sujets presque microscopiques sur ses deux faces; on l'enchâsse dans une monture de métal.
8. Le diadème de la mitre est surmonté d'un bonnet ou bourrelet, à peu près comme les toques enflées des couronnes ducales. Cette toque est assujettie par quatre orfrois qui se croisent à la partie supérieure et supportent une petite croix. Ordinairement, des croix sont brodées sur les quatre quartiers saillants du bourrelet.
9. La crosse affecte plus ou moins la forme du « tau » à deux têtes de serpent qui se relèvent et s'affrontent comme celles des caducées ; elle a, le plus souvent, quatre nœuds et se termine par le bas en pointe émoussée; elle est indifféremment de. métal ou de bois précieux incrusté d'ivoire. Le voile ne la recouvre qu'aux messes solennelles; on retrouve chez nous le même voile dans de nombreuses représentations d'évêques au Moyen-Age ; il n'est plus aujourd'hui d'usage que pour les prélats inférieurs, tels que les abbés.
10. Lorsqu'il ne peut y avoir de diacres, ce sont des prêtres qui, comme chez les Latins, en remplissent les fonctions; cependant, avec cette différence
que, chez les Grecs, le prêtre garde le costume sacerdotal et ne prend point les vêtements des clercs inférieurs.
11. Pour bénir, l'évêque, tenant un chandelier de chaque main, croise par trois fois le bras droit sur le gauche et le gauche sur le droit, en priant Dieu de répandre ses bénédictions sur la vigne que sa droite a plantée (Ps. lxxix, f. 16). Il bénit aussi avec une croix semblable à la croix pectorale, mais garnie d'un manche ; il fait alors le signe de croix, disant : eipirlv» moi.
12. Régulièrement, le prêtre prépare en secret les oblals, dès le commencement de la messe, à Tautel de la prothèse ; il commence par détacher une partie carrée en l'honneur de Notre-Seigneur et un petit triangle, à la droite du morceau précédent, en l'honneur de la Très-Sainte-Vierge, et ce pour se conformer à ces paroles : « Aslitit regina a dextris tuis » (Ps. xliv, f. 10) ; puis il détache une quantité de parcelles en mémoire de saint Jean Chrysostôme, auteur de la liturgie, des saints, de l'évêque, ainsi que pour chaque célébrant et chaque personne dont il veut faire mémoire ou qui demande à communier ; le reste du pain est distribué en eulogies.
13. Il parait inutile de détailler davantage la mystagogie, sujet de la divine liturgie, après ce que dit l'auteur et ce que l'on peut en voir dans les « Annales » (tomes V, p. 15/i ; XXII, p. 39 et 190, et XXIV, p. 180).
14. C'est pour signifier le tremblement respectueux des anges que l'on agite le voile et les flabellums ; c'est la même raison qui fait donner si souvent aux flabellums la forme d'hexaptériges et qui se place dans les peintures de la divine liturgie entre les mains des hexaptériges eux-mêmes. Le plus souvent, ce sont des clercs inférieurs ou des diacres qui agitent le flabellum.
15. Tout le monde aura reconnu dans la cérémonie de la consécration le geste de la bénédiction grecque.
16. Pour prendre la « paix » c'était aussi l'usage autrefois, en Occident, de baiser directement les saintes Espèces, témoin Guillaume Durand ; mais, comme chez nous, aujourd'hui, habituellement les Grecs baisent seulement l'autel.
17. Sur le point de communier, le prêtre verse quelques gouttes d'eau dans le creux de sa main droite, y passe légèrement le doigt et s'essuie; puis il avance la main droite posée sur la gauche et reçoit ainsi la sainte Eucharistie. Il sera bon, pour la cérémonie de la communion, de se reporter aux deux gravures qu'ont données les « Annales » de la Dalmatique impériale, tome I, p. 286, et tome XXV, p. 288 , où l'on verra l'usage des calices à anses si commodes pour la communion sous l'espèce du vin.
Pour toutes les notes : L'abbb POUGNBT.