V Mélanges d'archéologie », 1. 1, p. iii
et de M. Tabbé Martigny, que de tous les crucifix primitifs dont le mode d'exécution nous est pleinement connu, il n'en est aucun où le corps du Sauveur ait été sculpté en plein relief. Nous en exceptons ceux de Lucques et de Sirolo, et ceux-ci sont dans une catégorie si exclusivement à part qu'on ne peut en tirer aucune autorité relativement à la pratique de l'art, sous ce rapport, pendant la période du temps que nous étudions. Les termes dont se sert dom Ruinart pour désigner le crucifix de bronze qui fut trouvé dans le tombeau de Chilpéric sembleraient avoir plus d'autorité pour trancher la question; les voici : « Crux... in quâ Christi pendentis imago aflixa erat*.» Cependant, comme le savant bénédictin ne traitait point ex-professo la question qui nous occupe, en pressant trop ses expressions on a pu facilement leur donner plus de portée qu'il ne l'a prétendu, et la question reste indécise en ce qui concerne les vi% vu® et viii* siècles. Quant au ix* siècle, on ne peut guère douter que, dès son début, les crucifix d'argent donnés par le pape saint Léon III à la basilique de Saint-Pierre n'aient été exécutés en plein relief*. Si profonde et si prolongée d'ailleurs que puisse paraître l'empreinte de la réserve primitive, on ne doit pas perdre de vue que cette réserve n'eut jamais qu'un caractère de respect, et l'histoire du crucifix de Narbonne* atteste que cette image sacrée était, au vi*' siècle, l'objet d'un culte public.