‹ Annales archéologiquesChapitre 59 sur 184 · DANS L'ÉGLISE D'OR-SAN-MICHELE A FLORENCE · texte numérisé non relu

DANS L'ÉGLISE D'OR-SAN-MICHELE A FLORENCE

La Justice est Tacquittement de tout devoir. Le Devoir est régi par le Droit « jus », qui est ainsi Tobjet de la Justice. Le « jus n. d'où Ton a fait le mot « juste )), implique Tidée d'égalité; c'est-à-dire que le Devoir doit être égal au Droit.

En tant que vertu, la Justice, dit saint Thomas, est une volonté perpétuelle et constante de rendre à chacun selon son droit. C'est une vertu morale, car, comme nous l'avons vu, si la vertu réside dans l'acte, la Moralité réside dans la Volonté. Dans la Justice, le mot « volonté » exprime, non pas seulement la puissance, mais l'acte même de rendre à chacun ce qui lui appartient. Le « du » a bien des applications différentes; il n'y a pourtant qu'une Justice, car la vertu est une. De même que dans l'amour de Dieu est compris l'amour du prochain, de même l'homme qui rend à Dieu ce qu'il lui doit, rend également ce qu'il doit au prochain. Sans ces deux conditions, la Justice serait incomplète; mais comme le Droit emporte l'idée d'égalité, nous ne pouvons rendre à Dieu le devoir d'une stricte Justice; nous faisons seulement envers lui ce que nous pouvons, et le droit de Dieu s'appelle « fas », ce qu'on peut. Vis-à-vis de Dieu, la Justice ne pouvant être absolue, est donc toujours relative : Jésus-Christ, seul, a rendu la justice absolue à son Père.

La Justice réside dans la rectitude de la Volonté, et cette Rectitude, cette Droiture doit être observée pour elle-même. La Rectitude se prend, non du côté de celui qui agit, mais du côté de celui à qui il est dû : c'est en quoi elle diffère des autres vertus où la perfection a un but personnel.

1. Voir les « Annales archéologiques », vol. xxvi, p. 26-46 et 77-93.

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L'Équité ou Égalité est la base de toute Justice; c'est donc une vertu éminemment sociale, car elle est le rapport d'égalité d'un homme à l'autre, non de cette fausse égalité qui suppose tous les hommes de même valeur, mais de cette égalité vraie qui ne nie rien de ce qui est et de ce que l'on doit.

Entre la Charité et la Justice, il y a un rapport intime. La Justice qui se répaad sur les autres, dit saint Thomas, est l'amour de Dieu et du prochain. C'est le principe de tout ordre et de toute croissance dans les sociétés humaines; aussi, parmi les attributions données aux quatre fleuves du paradis, l'Euphrale, qui est le fleuve de la fertilité, est attribué à la Justice.

La Justice est la plus élevée de toutes les vertus morales. Elle est encore une vertu générale, lorsqu'elle règle nos rapports généraux avec le prochain et coordonne vers le bien les actes de toutes les vertus. Mais, lorsqu'elle inspire une vertu spéciale comme, par exemple, la Libéralité qui est l'opposé de l'Avarice, elle est spéciale ou particulière, puisqu'alors elle ne règle nos rapports qu'avec les individus, limitatifs de son action. Les actes extérieurs seuls sont la matière de la Justice particulière.

La Justice légale a pour objet le bien commun, il faut qu'elle passe en acte pour être complète. En dehors de l'acte on l'appelle la Loi. Le Jugement est la détermination de ce qui est juste dans un cas donné. Considérée dans le Juge, la Justice est une vertu reine, prescrivant le juste. Dans les particuliers, elle ne fait qu'obéir. On doit, dit saint Thomas, toujours juger selon les lois écrites, et les lois écrites ne doivent être que le droit naturel formulé, sinon elles seraient une altération du Juste. La Vérité peut être proclamée sans autre conséquence; le Jugement, au contraire, emporte coaction, et nul ne peut juger s'il n'a reçu l'autorité pour cela. A ceux-là seuls qui ont le soin de la Communauté, appartient le droit de frapper de mort les malfaiteurs. Mais ce n'est pas seulement le châtiment que la Justice envisage, c'est avant tout la réparation du dommage fait au prochain. Elle punit celui qui tue pour qu'il ne tue plus, celui qui prend et celui qui coopère au vol pour qu'ils rendent et que tous, voleurs et meurtriers, respectent la vie et les biens du prochain. Dans les représentations de la Justice, l'épée placée entre ses mains doit être un signe de protection pour les bons à qui la défense est due, plutôt qu'un instrument de vengeance. Elle intimide premièrement les méchants et ne frappe en définitive qu'après avoir pesé les actions dans sa balance. Les têtes coupées, la férocité qui caractérisent mal à propos tant de Justices, en Italie, sont une déviation manifeste à l'idée qu'on doit se faire de cette vertu : telle n'a pas été la faute d'Orcagna.

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11. La Justice. — C'est la vertu générale de Justice qu'Orcagna a figurée au second pilier du Tabernacle. Sur sa couronne de reine, gemmée et fleuronnée, est écrit ivstitu ; une fleur de lys « sans pistils » en forme le fleuron central. Ce n'est donc point la fleur de lys florentine, mais la vieille fleur de lys française, et nous n'avons pu nous empêcher, en l'apercevant sur la tête de cette Justice italienne, de songer que nos rois étaient partout nommés les Grands-Justiciers. Le visage de la Justice est celui d'une femme mûre, K l'air grave et sévère. Elle ne séduit pas et ne veut pas être séduite. Son cou est entouré d'une guimpe, et son voile attaché en bandeau sur le front; mais ce bandeau ne couvre pas les yeux comme à la triste époque du xvi* siècle: il laisse voir clair. De la main gauche elle tient les balances de l'Egalité dont elle regarde attentivement l'alidade en fronçant légèrement le sourcil; pour rien au monde elle ne voudrait se tromper dans ses décisions. L'autre main porte la belle épée droite et inflexible, le braquemart du xiv' siècle.

Si nous avons blâmé les Italiens de l'aspect féroce qu'ils ont trop souvent donné à la Justice, nous devons aussi reconnaître que, dans aucun pays, on n'a mieux figuré le caractère social de cette vertu. C'est là que nous trouvons le globe du monde comme un de ses attributs. Au palais municipal et au pavé de la cathédrale de Sienne, à la voûte de San Miniato, au tombeau de Sixte IV, etc, la Justice protège le monde dentelle tient le globe à la main. C'est l'application de ce texte du psaume 97 : « Judicabit orbem terrarum in justitia », ou mieux encore de ce passage de la Sagesse : « ut disponat orbem terrarum in aequitate et justitia. » IX, 3.

Nous allons voir dans l'énumération que fait saint Thomas des vertus adjointes à la Justice et qui en sont comme une explication, que rien n'est donné à la vengeance, dans le sens d'une action hostile à l'individu, comme on ne l'entend que trop souvent.

Les vertus potentielles de la Justice sont : la Religion, la Piété filiale, le Respect et l'Obéissance, la Vérité, la Reconnaissance, la Vindication, FAmitié, la Libéralité, l'Équité. Ces vertus qui regardent le prochain, à l'exception de la première, s'adjoignent à la Justice par raison de convenance, et puisque le propre de la Justice se rapporte à autrui, ce qu'on rend à autrui doit l'être dans la mesure de l'égalité, c'est-à-dire de ce qui lui est dû ; ce qu'on lui rendrait au delà n'a plus rapport à la Justice.

Pour Dieu, le dû est tout. Dans cette partie nous l'avons déjà dit, on ne considère que celui qui doit, et l'Être à qui il est dû étant infini, la Justice entière n'existe pas par rapport à Dieu. Ici donc la Religion qui doit tout à Dieu est jointe à la Justice, non comme une partie relative, mais comme né-

cessaire. Lorsqu'il est question des parents, on lui adjoint la Piété filiale qui, seule, peut établir l'égalité de Justice entre le père et le fils, et, pour que rhommage soit d'un prix égal, l'Honneur et le Respect qui sont dus au père. Cette vertu du Respect comprend l'Obéissance, et cette obéissance, on la doit aux personnes élevées de même que la Révérence. Puis, dans l'ordre du Respect, il y a le du légal et le du moral. Pour le dû légal, comme il constitue la Justice en tant que vertu principale, il n'y a pas lieu de lui adjoindre aucune qualité particulière. Par dû moral, on entend celui que, par honnêteté, on doit aux autres; et ce que l'honnête homme doit aux autres, c'est de se montrer tel qu'il est dans ses paroles et dans ses actions, de se montrer vrai. A ce point de vue, on adjoint k la Justice la Vérité dans laquelle est comprise la bonne foi; puis, dans celui à qui on doit, l'Honnête veut quon lui rende en amitiés, en services, ce qu'on en a reçu, d'où nait la Reconnaissance eùy opKTTia. Puis encore, quand la compensation doit se faire dans le mal , on adjoint à la Justice la Yindication, qui repousse par la défense, l'attaque, l'injure et tout ce qui peut nuire. Cette Yindication ou Vengeance appartient à la vertu ministérielle de la Justice. Enfin le dû moral est nécessaire en ce qu'il contribue à l'honnêteté des mœurs. Il rentre alors dans la Libéralité, dans l'Amitié et autres vertus de ce genre qui ne renferment qu'une plus faible idée du dû. l'Équité de &m eixco, sembler juste, admise par Aristote au nombre des vertus annexes, rentre, selon saint Thomas, dans la Justice légale et dans l'Amitié.

Dans l'iconographie du Tabernacle, Orcagna a choisi pour les annexer à sa Justice, la Dévotion et l'Obéissance. Voulant que sa Vertu fut complète, il Fa figurée d'abord de la manière générale que nous avons décrite, puis, dans ses deux grands rapports avec Dieu, par la Dévotion, et avec les hommes, par l'Obéissance. Aimer Dieu et le Prochain, voilà la Justice de charité ; rendre à Dieu et au Prochain, voilà la Justice humaine. Par la Dévotion, il a certainement entendu figurer la première des vertus potentielles de la Justice, c'est-à-dire la Religion, mais il Ta spécialisée, car la Religion envisagée comme si Dieu seul en était la matière et l'objet serait une vertu théologale, puisqu'elle implique rapport à Dieu seul auquel l'homme doit « se relier » comme au principe indéfectible. Envisagée humainement, c'est-à-dire Dieu devant être adoré par l'homme, la Religion est une vertu morale et elle prend le nom de Dévotion, parce qu'elle rend à Dieu un honneur particulier, celui du culte et du respect qui n'est dû à nul autre, du culte et de l'honneur suprême et spécial. La Dévotion est la plus excellente des vertus morales parce qu'elle approche le plus de Dieu.

De même que le mot « Sainteté » vient de « sancitum », consacré à Dieu, le mot 11 Dévotion » vient de « vovere «, se dévouer. Le Dévouement est l'acte particulier de se livrer volontairement et sans réserve au service de Dieu; or, puisque la Religion accomplit les choses du culte, et que la Dévotion se voue à les accomplir, il s'en suit qu'elles sont au fond la même vertu. La cause extrinsèque de la Dévotion est Dieu. La prière, l'adoration, le sacrifice, l'entretien du culte, les vœux, tout cela est du ressort de la Religion, par conséquent de la Justice. Ainsi, en représentant la Dévotion, Orcagna n'a rien oublié de ce que l'homme doit à Dieu.

12. La Dévotion. — Sur un volumen qu'elle tient dans la main gauche, ou lit le mot DEVOTJO. Son visage est celui d'une jeune femme, comme il convient à ce qui ne vieillit pas. Ses cheveux sont noués derrière la tête, et sur le front elle a le diadème triangulaire de l'ange. Son manteau de religieuse, agrafé de face, est relevé en chasuble sur les deux bras. Elle porte la main k son cœur : c'est une vertu angélique et sacerdotale.

Ce que l'homme doit h l'homme, comme êlre social surtout, est compris dans l'Obéissance, u L'Obéissance n est une vertu morale qui incline la volonté de l'homme vers les choses commandées légitimement. Cette vertu découle du respect que l'on a pour son supérieur. Dans l'ordre divin ce supérieur est Dieu d'où nait la Dévotion. Dans l'ordre humain et social, le supérieur est celui qui est légitimement constitué en dignité. On lui doit l'honneur et l'obéissance dans les limites de ce qui est dû. Ces limites sont: la loi pour les citoyens, la règle pour ceux qui ont fait vœu de religion. L'Obéissance humaine comprend la Piété filiale et l'amour de la Patrie. L'excellence de cette vertu se mesure au sacrifice que fait l'homme en la pratiquant, car ce qu'il immole est ce qu'il a de plus précieux, sa volonté. La foi au Christ ne détruit pas. mais affermit l'ordre humain de la Justice. L'Évangile, en eOTet, recommande d'être soumis aux souverains temporels. Orcagna représente ainsi l'Obéissance.

10. L'Obéissance. — Sur son cartel on lit: obedientia. Son vêtement tout entier est celui d'une religieuse, guimpe et manteau-voile. Sa main droite est ouverte et un peu relevée. Ce mouvement rappelle le verset du psaume sur la promptitude de l'obéissance : « Ecce sicut oculi servorum, in manibus dominorum suorum. »

9 et 13. Les deux Patriarches tdobie et joseph accompagnent la Justice. Tous les deux tiennent des rouleaux qui, cette fois, sont inscrits, et ce que nous y lisons augmente notre regret de voir les légendes manquer à tous les autres. Chaque pilier devait, nous n'en doutons pas, montrer comme celui-ci

la concordance de l'Ancien et du Nouveau Testament par rapport à la vie de la Vierge, tout en conservant TafTinité du patriarche avec la vertu cardinale sous le patronage de laquelle il est placé. Thobie a élé mis à la place la plus voisine de Marie montant au temple, comme étant celui qui, dans l'ancienne loi, accomplissait avec un zèle tout particulier les devoirs du sacrifice et de la prière. Sur son volume on lit : « Pergebat Jérusalem ad templum dfli Thobias. » Il porte de longs cheveux et une barbe fournie.

Saint Joseph figure de l'autre côté de la Justice, comme Patriarche de la loi nouvelle. Il lève la main droite vers le bas-relief du mariage de la Vierge. On se rappelle qu'il est nommé dans l'Evangile a vir justus», et c'est bien l'époux de Marie qu'on a représenté, car sur son volumen on lit: « Cum esset desponsata mater Jhu Joseph. » Il a la barbe courte et les cheveux crépus.

Nous devrions, peut-être, nous arrêter là et passer à la vertu de la Force ; mais on nous permettra encore quelques courtes remarques sur les autres parlies potentielles de la Justice, dont nous avons dit peu de chose. La Reconnaissance se distingue de la Religion, de la Piété filiale et du Respect, comme le moins se distingue du plus, l'imparfait du parfait : autant de causes distinctes du « du M, autant de vertus distinctes pour l'acquitter. Les grâces rendues aux bienfaiteurs ont un caractère particulier. Elles constituent un retour distinct qu'on nomme Reconnaissance, eùj^apidTia.

La Vengeance « Vindicatio », figurativement exprimée par Tépée, est, dans son sens général et impersonnel , l'acte par lequel nous repoussons le mal et le punissons quand il est commis. La Vengeance est défendue quand elle vient de la colère; elle est permise, louable même, quand elle a son principe dans la Charité : ainsi en est-il de celui qui use contre le mal volontaire , contre les méchants, du pouvoir qu'il a reçu de Dieu. Ni excès ni défaillance, mais l'équitable et juste mesure figurée par la balance, tel doit être le caractère de la répression. La Justice, ici, consiste en ce que celui qui n'a pas l'amour de la vertu ne peut être contenu que par la crainte de perdre les biens qu'il aime. Ainsi est anéanti l'attrait qu'excite en lui le profit du mal. Le glaive de la Justice représente le « summum » des peines, dont les diminutifs sont : la prison, Texil, l'amende et l'infamie ou flétrissure.

La Vérité est une vertu secondaire de la Justice, en ce qu'on ne peut rendre le dû exactement, si l'on ne sait en toute vérité en quoi il consiste.

L'Amitié, ou Affabilité, est une vertu spéciale, qui fait garder les égards et prévenances que tous les hommes, dans une juste mesure, se doivent les uns aux autres. Elle s'entend d'une bienveillance générale et non pas d'une amitié particulière. L'Écriture loue Moïse et David d'avoir été les plus doux des

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hommes : Roboam, au contraire, perdit son trône par la dureté de ses paroles. L'importance de l'Affabilité consiste en ce qu'elle est le lien des sociétés; et comme il est juste que la société existe et prospère, cette vertu doit faire partie de la Justice. Elle consiste à ne jamais oublier les convenances. Les vices qui lui sont contraires sont : la contradiction blessante et, dans le sens inverse, la flatterie.

La Libéralité, qu'il ne faut pas confondre avec le vice de la prodigalité, est une vertu par laquelle nous usons bien de certaines choses dont nous pourrions mal user, par exemple des biens extérieurs que Dieu nous donne pour entretenir notre vie. La Libéralité fait partie de la Justice en deux choses : elle est, comme elle, relative à autrui; puis elle concerne comme elle les choses seulement extérieures, la société humaine. Elle ne regarde cependant pas le du légal strict, mais une sorte de dû moral fondé sur les convenances. Son devoir est moins rigoureux, c'est un devoir de perfection. Le vice opposé à la Libéralité est TAvarice.

L^Equité a pour objet d'interpréter les lois selon que l'exigent la Justice et le bien commun. Elle a pour but de suppléer à ce que ne contiennent pas les lois, qui ne sauraient tout prévoir, et sont quelquefois en défaut dans la pratique.

Les dix Préceptes du Décalogue sont des préceptes de Justice : ils nous prescrivent tout ce que nous devons à Dieu et au prochain. Ceux mêmes qui semblent ne s'adresser qu'à nous-mêmes, le font toujours en considérant le prochain comme leur objet.

La Force est, à juste titre, rangée parmi les vertus cardinales, car elle résume en elle une des conditions nécessaires à toute vertu, à savoir la fermeté dans le bien , et de plus elle possède cette condition d'une manière générale. La Force de l'âme peut se définir : une disposition inébranlable qui retient l'homme dans les bornes de la Raison, en repoussant ce qui est un obstacle, soit à l'exercice même de la Raison , soit à ce qui lui est conforme.

La conformité des actes de l'homme à la Raison a lieu par le concours de trois causes : 1** par la rectification de la Raison elle-même, à l'aide des Vertus intellectuelles; 2"* par l'obtention de cette rectitude, à l'aide de la Justice; 3** par la victoire sur les obstacles qui s'opposent à cette rectitude, à l'aide de la Force. Nous avons vu que les deux premières victoires de la Raison avaient été obtenues par la Prudence et la Justice, nous allons maintenant étudier l'œuvre de la Force.

On rappelle ainsi par analogie avec la force corporelle, qui surmonte les obstacles matériels. Il n'est pas contraire à la vertu morale qu'on y

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soit incliné par sa complexion physique, mais cela n'est pas nécessaire.

La Force, dit saint Ambroise*, est l'apanage d'un grand cœur; seule, elle défend la beauté des autres vertus. Elle garde la Justice, elle soutient contre tous les vices un combat incessant. Infatigable dans les travaux, invincible dans les dangers, inflexible aux attraits de la Volupté, repoussant les séductions, elle foule aux pieds l'Avarice comme une flétrissure et comme un principe de rtiort pour la vertu.

Considérée dans son action en nous-mêmes, lorsque nous sommes en présence du danger, la Force est une vertu spéciale. Elle est opposée spécialement à deux excès, elle ôte la crainte et donne un frein à l'audace.

Son acte principal est de demeurer ferme dans les dangers, et non pas de les provoquer; son point culminant c'est de braver la mort en toute occurrence pour l'accomplissement de la Justice à tous les degrés. Par la Force on souffrira le martyre, et c'est là son acte éminent, celui qui nous fait demeurer fermes dans la Vérité et la Justice contre les assauts de la persécution. Par la Force nous pratiquerons sans crainte les devoirs civils : un juge, par exemple, résistera aux menaces; un homme bravera la contagion pour servir les malades en temps d'épidémie; un autre supportera tout pour sauver la Patrie.

La Force a quatre parties intégrales : la Confiance et la Magnificence, qui se rapportent à l'action d'entreprendre ; la Patience et la Persévérance, dont le propre est l'action de supporter. Ces vertus qui s'étendent au delà de l'objet ordinaire de la Force peuvent encore en être appelées les parties potentielles.

Nous disons que la Force se partage en deux actes : l'un actif, l'autre passif, entreprendre et supporter. Pour entreprendre il faut deux choses : premièrement, un esprit entreprenant, Cicéron le nomme Confiance ou foi en soimême ; secondement, il ne faut pas défaillir dans la chose entreprise et savoir exécuter de grands desseins, Cicéron et saint Thomas nomment cette vertu la Magnificence, de « magna facere. » La Colère peut aussi être un auxiliaire de la Force active, pourvu qu'elle soit modérée par la Raison. La Force morale en use alors comme d'un instrument. C'est en ce sens que saint Paul disait : <c Irascimini et noiite peccare. »

Le second acte de la Force est de supporter. Deux choses y sont requises : premièrement, ne pas se laisser abattre ; c'est la Patience qui est , dit Cicéron, le support volontaire et prolongé des choses difficiles se rapportant à Tutile; secondement, ne pas se lasser dans la poursuite de l'utile et du bien , c'est la

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