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ANNALES ARCHÉOLOGIOUtS.

contient une figure humaine rayonnante, comprise dans rintérieur d'un disque : lequel est le soleil, lequel est la lune? Ce n'est que par de rares exceptions que le soleil n'est pas à droite, mais quelques gravures offrent des variantes qu'il serait utile de vérifier sur les originaux*. Dans tous les cas, le soleil n'a pu être mis à gauche que par une erreur d'artiste, soit l'artiste primitif, peintre ou sculpteur, soit le dessinateur ou le graveur.

Dans aucun des cas cités, nulle physionomie n'anime les figures du soleil et de la lune. Il n'en est plus ainsi dans les monuments où la substitution du voile ou seulement de la robe à manches au u colobium » nous a paru déjà l'indice d'une impulsion relativement nouvelle; alors les deux astres, presque toujours sous figure humaine, agissent comme ayant le sentiment du grand mystère accompli sous leurs yeux. Sur la croix de Lothaire, ces figures approchent un voile de leur visage, soit pour le cacher et rappeler les ténèbres qui couvrirent la terre lors de la mort du Sauveur, soit pour essuyer leurs larmes et dire quels durent être alors les gémissements de la nature entière. La première de ces alternatives est clairement exprimée dans la miniature de l'évangéliaire de Bruxelles, la seconde sur le diptyque de Rambona, par le geste de la main pour servir d'appui au visage.

La pensée du triomphe n'exclut pas en effet absolument, dans les monuments où elle domine, le souvenir du deuil et des commotions de la nature, pas plus que celles des angoisses qui, au moment du sacrifice, atteignirent les âmes fidèles.

Sur le diptyque de Rambona, les deux figures allégoriques portent en même temps une torche allumée; il en est ainsi de l'ivoire de Cividale, qui leur est antérieur de plus d'un siècle. Ces insignes n'ont pour but que de mieux caractériser ces figures. Sur le second de ces ivoires elles sont, en outre, couronnées, le soleil de rayons, la lune d'un croissant, insignes également adoptés sur la croix de Lothaire. Bien qu'en aucun cas on ne puisse s'y méprendre, le soleil et la lune sont souvent désignés par leurs noms. On se rappellera aussi que les sigles <i>c observés sur des crucifix grecs ont, selon les plus grandes probabilités, une valeur équivalente.

1. Gori « Thés. vet. dyp.», t. III, pi. xxxii. Compartiment d*un diptyque de Milan du x'sièrle, reproduit par Mozzoni, p. 444. ^ Le soleil est à gauche (tète rayonnée) et la lune à droite (tète surmontée d'un croissant) sur un diptyque en ivoire du musée chrétien au Vatican ; mais c« diptyque nous parait faux à bien d'autres titres. Dans l'Ascension du manuscrit syriaque de Florence on voit aussi deux figures allégoriques qui paraissent devoir représenter le soleil et la lune : celui qui est à droite semble porter un croissant sur la tête. (D^Agincourt, peinture, pi. xxvn, fig. 4.]

La signification étroite , il faut le dire , que vient de recevoir la présence du soleil et de la lune de chaque côté de la croix, sert de point de départ à des significations plus larges; elle ne les exclut donc pas. On ne s'expliquerait pas, sans cette extension de leur sens, la persistance avec laquelle ces figures se sont maintenues dans les représentations qui n*ont pas le Calvaire pour objet, comme le fait observer le P. Cahier*. Nous ne voudrions pas exclure, notamment, aucune des savantes interprétations données à ce sujet par Téminent commentateur des vitraux de Bourges et par M. Tabbé Martigny, mais nous les considérons comme applicables aux monuments des âges suivants, relativement auxquels nous nous réservons d'y revenir, plutôt qu'à ceux dont nous nous sommes occupés jusqu'ici. Dans la pensée qui a présidé à l'exécution de ceux-ci, on admettra facilement, toutefois, que les deux grands luminaires destinés à présider au jour et à la nuit aient présenté l'idée d'un renouvellement de la nature entière, l'idée d'une création nouvelle accomplie par l'effusion du sang divin.

On se rappellera aussi que dans le cantique « Benedicite » des trois jeunes Israélites, comme dans le psaume d'actions de grâces a Laudate dominum de cœlis » (Ps. 1&8), le soleil et la lune sont également appelés les premiers en tête de la création matérielle, immédiatement après les anges, pour louer le Seigneur. Si la lune a été mise à la gauche, c'est à raison de son infériorité comme puissance de la nature, ainsi que saint Jean, qui occupe le même côté en opposition avec la Sainte-Vierge, plutôt qu'à aucun titre de réprobation ou de répulsion comme le mauvais larron et, plus tard, la Synagogue. Il est concevable, néanmoins, que très-promptement on ait vu dans les deux astres l'opposition du jour et de la nuit, et l'idée du passage des ténèbres à la lumière, quand le Fils de Dieu inclinant sa tête à droite a rendu son âme, pour la reprendre bientôt après dans la plénitude de sa force, comme un soleil qui va éclairer le monde d'un jour sans fin.

On n'a pas dû facilement oublier d'un autre côté que la lune exprime l'idée d'un moindre jour plutôt que Tidée des ténèbres, elle donne du jour au contraire dans les ténèbres. On ne voit donc point que jamais les artistes aient représenté la lune avec aucun caractère d'abaissement, d'éloignement ou de répulsion, comparativement au soleil, comqfie on le remarquera pour le mauvais larron, pour la Synagogue, en regard du bon larron et de l'Église.

En définitive, on se méprendrait sur la valeur et la signification des diffé-

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