Annales de flore et de pomone
La quatrième année de ce Journal est derrière nous; Taccueil qu'elle a reçu est un digne encouragement à nos efforts ; nous en renîercions nos souscripteurs. Nous les remercions aussi des communi-* cations plus nombreuses qu'ils ont bien voulu nous adresser^ et nous les prions instamment de ne pas nous les ménager. Cette prière est toute dans l'intérêt de la culture. Quant à nous j pour donnes une publicité plus grande aux articles insérés dans les Annales de Flore ^ nous avons cédé aux demandes réitérées qui nous ont été faites , et nous en publions cette année une édition économique sans figures ( Voir la couverture ) dont le bas prix la , rendra accessible à tout le monde. Four offrir à ceux qui y souscriront les moyens de se procurer la figure de la plante qui les intéressera, toutes les planches des Annales pourront être acquises séparément.
Noti*e but est de populariser les vrais principes de culture, et, en instruisant les jeunes cultivateurs, de rendre plus agréables les relations entre les maîtres et les jardiniers.
Octobre 1836. 1
Nous redoublerons de zële et de soins pour apporter dans l'exécution de nos figures toute la perfection qu'on peut espérer. Le nombre croissant de nos abonnés^ ce qui nous oblige à faire colorier beaucoup plus d'exemplaires, et les retards imprévus et indépendans de notre volonté, nous ont forcés à faire paraître quelques numéros plus tard que le terme indiqué par- nous ; mais nous nous mettons en mesure de revenir à notre époque ordinaire , et nous espérons , à partir de janvier prochain, faire toutes nos expéditions le premier de chaque mois.
L'empressement que beaucoup de nos souscripteurs ont mis , pendant l'année dernière , à compléter leur collection , nous engage à prévenir ceux qui désireraient le faire , qu'il n'y a pour eux aucun temps k perdre. 11 serait désagréable pour ceux qui nous feraient leurs demandes trop tanl de ne pouvoir posséder entières les jinnales de Fîore et de Pomone p qui peuvent espérer une place dans les plus riches bibliothèques.
Briot, CUmozet, Cels frères, Dalbrbt, Doverge, DuvAL, Hàruy, Jacques, Jacquin atné, Jacquir jeune , Legointre , LAmon , Neumanu , Pépin ,
POKORNY, UtINET.
Nota. Les personnes qui recevraient ce premier numéro et auxquelles il ne conviendrait pas de souscrire , sont priées de te retourner de suite à M. Rousselon , en le remettant sous bande à la poste et en aflfranchissant le port.
HORTICULTURE
Exposition Jlorale de la Société îvjrcde d'Horti-culture de Paris.
La Société royale d^Horticulture a exposé dans Torang^erie du Louvre, du ig au 26 septembre dernier , les produits horticoles que l*art du jardinier obtient a cette époque de Tannée. En variant ainsi le temps de ses expositions la Société fait un acte de sagesse , puisqu'elle familiarise le public avec les productions de chaque mois ; mais je le répéterai, parce que telle est ma conviction, sa prévoyance eût été plus grande et surtout plus féconde en résultats, si elle eût, dès sa fondation, fixé une série de douze expositions changeant de mois chaque année. De cette manière, toutes les branches de l'horticul-^ tare auraient trouvé une occasion de triomphe , et les cultivateurs, choisissant l'époque lapins convenable pour faire ressortir le genre de cultures auquel ils se livrent plus spécialement^ auraient redoublé d'efforts pour remplir dignement les conditions du programme et prouver la puissance de leur art par des combinaisons plus ou moins savantes, et qui leur sont interdites par le peu de temps qui s'écoule entre l'annonce de l'exposition et sa réalisation. Peut-être la Société a-t-elle craint de manquer d'un local convenable si elle choisissait l'époque où les orangers occupent la galerie du Louvre } mais la salle St-Jean , dont elle a déjà disposé une fois, ne lui serait pas i-efusée par M. le préfet, qui met tant d'empressement à favoriser tous les genres d'industrie.
Cette exposition , assez nombreuse en végétaux , offrait peu de plantes fleuries. Les dahlia, qui y tenaient la plus gi'ande place ; les reines «marguerites , dont la pyramidale de madame Bicquelin ; quelques roses ; quelques amaryllis^ parmi lesquels \ Amarjllis purpurea^ probablement mal nommé, se trouvait plusieurs fois; un ou deux cactus, des Ipomopsis elegans , un beau Plumbago auriculata de madame la comtesse Hocquart, deux hélioti*opes remarquables par leur taille et Tabondance de leurs fleurs, un Guzmannia tricolorde M. Loth, quelques Hemanthus coccineusj deux camellia , l'un le /^<ariegataj l'autre le Pœoniœjlora de M. Mathieu qui a reçu une médaille pour leur floraison; un Li^ hum eximium de M. Lémon , étaient à peu près toutes celles qui s'y montraient parées de leurs fleurs.
Parmi les plantes non fleuries , on remarquait le Wallichia caryotoïdes de M. de L'Escalopier , VAnanas bracteata de M. Lémon, le Poinciana Gilliesii de M. Tripet, le Magnolia odoratissima et le Banksia ericœfolia de M. Soulange-Bodin, le coumarouna espèce de fève tonka, XAloëferoxj le Clerodendronspeciosissimum et un jeune rosier Hardy de MM. Cels, X Opuntia rosea de M. Mathieu , et un Ginkgo biloba femelle de M. Godefroy. Le reste était plus ou moins connu. Je citerai cependant encore la jolie collection de plantes panachées exposée par M. Jacques , jardinier en chef du Roi , et qui a fourni à un feuilletoniste de la Gazette l'occasion d'un article qu'il a ci*u faire fort spirituel , et auquel il ne manque que le bon sens. Si M. Jacques augmentait sa collection de toutes les bigarrures des cerveaux malades
qui écrivent sur l'horticulture avec autant de connaissances qu^un aveugle en a pour juger les cou* leurs y où trouverait-il des serres assez grandes? Mais il s'en tient aux panachures végétales y qui , au moins y ont l'avantage de ne pas déchirer la main qui protège leur frêle existence.
A propos de feuilletonistes, j'aurais bien des choses à dire (i), si ce n'était perdre son temps que de parler raison à ceux qui font métier de la méconnaître , car depuis que les journaux politiques n'ont plus y Dieu merci , d'émeutes pour remplir leurs colonnes, quelques-uns de leurs rédacteurs parlent d'horticulture , et c'est un déluge d'injures ou de mensonges touchant cette science qu'ils ignorent et ceux qui s'en occupent , dont ils sont incapables d'apprécier le- mérite. Sans doute que quelques soi-disant horticulteurs , à qui tous ceux qui se respectent ont fermé leur porte, vont près d'eux distillant un^ venin qu'ils s'empressent de recueillir pour en assaisonner leurs ridicules observations. Quoi qu'il en soit , j'appellerai les abonnemens des horticulteurs sur le Constitutionnel j qui s'en est vraiment rendu digne, surtout par son artide du 9 septembre dernier, dans lequel M. a K., non content de diffamer la mémoire du vénérable A. Thouin, en lui prêtant ses calomnieuses paroles , affirme que les jardiniers sont des scélérats f des brigands et les plus grands ennemis des jardins j qu^ entre dix^ iljr en a au moins un qui sait faire des sabots , un qui fait la cuisine ^ un qui rempaille les chaises , un
(1) Et bien des récIaiiiatîoAs à enregistrer, si nous voulions donner place à toutes les pbilippiques plus ou moins véhémentes qui nous sont adressées de tous c6tés.
quirase, un qui guérit les chiens' f naïades ^ eU.f etc. Heui'eusement pour yous, M. a K.^ qui ayez besoin de roua faire traiter, vous êtes véritaUement malade , car vous faites un acte de folie en prenant de tels personnages pour des jardiniers; c'est absolu* ment comme si l'on prétendait trouver um bomme d'esprit parmi des écrivains de votre force. Enfin y pour en finir avec les feuilletonistes et montrer leur profonde connaissance en jardinage , je citerai le journal la France du 29 septembre, qui signale M* Duvillers comme l'un des exposans les plus brillans de la Société d'Horticulture , et se plaint de l'injustice du jury qui n'a pas dit un mot de la sn<perbe collection de ce jardinier. Pauvre collection f qui se composait de ce qu'il y a de plus commun parmi les végétaux les plus tristes , et à laquelle il ne manquait que l'ortie ( Urtica dioica) pour offrir quelque chose de piquant ! La Société d'Horticulture se fait tort en admettant de pareils produits, et elle se perdra sans nul doute , si à l'avenir elle ne les exclut pas sévèrement.
Par exemple , il y avait de beaux fruits : M.' Jamain avait réuni une belle collection de poires; M. Alexis .Lepère , de Monti*euil , de belles pèches et des fruits à pépin remarquables , tels que poires de St-Germain et de Crassane , et pommes de Calville et Reinette du Canada; M. SieuUe, de Puteaux» son clpsselas panaché, figuré dans ces Annales page 1 53, année i854-i835. Quelques plantes pota« gères et fourragères étaient exposées par MM. Vil* morin et Jacquin frères et compagnie.
M. Arnheiter avait exposé un grand nombre d'in« strumens ingénieux pour la pratique des opérations
koiiicolea f et j'ai remarqué un nouyeau sarcloir à betteraves I inventé par M. Heuzé ^ jeune homme qui pai*att se dévouer avec ardeur à Tagriculture. Je reviendrai sur cet instrument.
La séance publique a eu lieu le dimanche. Elle avait i*éuni une nombreuse assemblée , plus considérable qu'aux autres années , et peut-être trop consîdérable. L'estrade , toujours placée à l'extrémité delorangerie, est cause que les derniers v^oius n'entendent i-ien et que les premiers étouffent. Une autre disposition serait plus favorable , je l'ai déjà dit ; mais à quoi cela sert-il ? Je vais cependant faire une nouvelle observation , au risque d'encourir le reproche de manquer de galanterie envers les dames : je dirai qu'elles ne devraient pas être admises sur l'estrade; là sont exclusivement les places , nonseulement des membres des comités , mais encore de tous les sociétaires, qui , quoique payant une cotisation égale, restent confondus parmi les auditeurs. Est-ce qu'il y a deux sociétés d'horticulture sous la même présidence ? *
Décidément Je monopole des discours est dévolu au président et au secrétaire-général; on dit eependant qu'un vice-président, jaloux de montrer son éloquence, a voulu cette fois se charger de tous les rapports sur les récompenses accordées dans cette séance : l'exemple est contagieux. Celui qui a le moins parlé est M.' Poiteau , rapporteur du jury d'examen. J'entendais dire autour de moi que ce savant horticulteur avait cru devoir limiter son rapport auxseules choses essentielles, pour ne pasdonner au président l'occasion d'abuser de ses droits comme Tannée dernière, en l'interrompant au mépris des
convenances et contre les désirs de l'auditoire. C'est dommage y car M. Poiteau est celui qui réunit le plus de connaissances positives j et qui sait le mieux se faire entendre des jardiniers et des amateurs^ qui préfèrent le fond des pensées au brillant du débit oratoire.
Le prix pour la plus belle plante en fleurs n'a pu être décerné.
M. Mathieu y rue de Buffon, a obtenu une médaille pour la floraison des deux camellia que j'ai cités, comme ayant fleuri le plus loin de leur époque naturelle. Une mention honorable a été faite du LiUum eximium de M. Lémon, pour le même motif.
M. Chauvière a eu la médaille pour la plus belle collection de dahlia. On a mentionné les autres cultivateurs dans l'ordre suivant : MM. Soutif , Modeste Guérin , Jacquin frères et 0« , et Tripet. A propos de dahlia, je ditai, sans prétendre en aucune façon critiquer la justice et les intentions du jury , que l'opinion publique s'est montrée plus favorable que la sienne à la collection de MM. Jacquin frères et O®, et qu'elle l'avait placée dans un rang plus élevé, si ce n'est même au premier; car j'ai entendu des cultivateurs et des connaisseurs se dire : « En dahlia, ce sont MM. Jacquin frères et O® qui sont les maîtres. » J'ajouterai , pour l'acquit de ma conscience , que leurs échantillons étaient disposés un peu négligemment. Si plusieurs femmes se disputaient le prix de la beauté , chacupe d'elles trouverait une inspiration pour faire valoir ses charmes ^ et , dans la circonstance présente; tin peu de coquetterie dans l'ar-
rangement de leurs Dahlia en eût certainement rehaussé le mérite naturel. C'est aussi à tort qu'il a été dit que M. Jacquin aîné se retirait des affaires. Ce monsieur est toujours comme par le passé associé de la maison Jacquin frères et O^, à laquelle il n'y a rien de changé que l'admission d'un troi-sième associé dans la personne de M. Lecointre; et quoique M. Jacquin aîné dirige plus spécialement, sur sa propriété de Gharonne , les cultures de cette maison , il n'a pas discontinué , ni ne discontinuera sa coopération active aux affaires commerciales de l'établissement de grainerie à Paris.
Une médaille, premier prix de belle culture , a été accordée à M. Delahaye , jardinier fort méritant de M. de L'Escalopier; ime autre médaille, à titre de second prix , a été décernée à M. Dever. Des mentions honorables ont été faites des cultures de MM. Loth , JamaiA , Mathieu et Lémon , déjà, dans de précédentes années^ récompensés par des médailles.
Le Poinciana GilUesiïde M. Tripet, figuré dans le n^ de septembre dernier de ces jinnaleSf aurait eu le prix accordé à la plante la plus rare nouvellement introduite, si sa floraison, trop hâtive dans cette circonstance , avait voulu durer jusqu'à l'exposition.
M. Jamain a obtenu le premier prix accordé aux plus beaux fruits et une médaille d'encouragement pour la culture de ses arbres fruitiers ; M. Alexis Lepère, de Montreuil, a reçu le second prix pour les fruits et une médaille pour la taille de ses pêchers.
Les légumes ont fourni l'occasion de mentionner honorablement M. Vilmorin ainsi que MM. Jacquin frères et (?^; une pompe à arrosemens^
lO
exécutée sur les idées* de M. de L'Escalopier^ a reçu les félicitations da jary , et enfin M. Arnheiter a reçu une médaille pour des instrumens horticoles , nouveaux ou perfectionnés. Doybrgb.
Petite excursion à Mortefoniaine et dans sesençirons.
Le samedi y i6 juillet^ nous partîmes» mon col* lègue et ami M. Neumann et moi , pour aller visiter l'établissement de M. Lefevre^ le parc de Mortefontaine et ses environs.
En sortant de Paris par la route de Flandre , les deux côtés sont bordés par de petites cultures^ c'està-dire que ces plaines fournissent à Paris une partie de ses gros légumes, comme choux ^ ognons, ca-rottes^ poireaux, etc. Cette culture Se prolonge jusqu'au Bourget ; mais au-delà de ce village , la grande culture remplace la petite^ et de ce lieu jusqu'à Louvres, petite ville qui est à sept lieues de Paris, les grains en général étaient de toute beauté. Pourtant un peu avant d'arriver à ce dernier endroit, et jusque près d'une lieue au-delà, on voyait quelques pièces de blé versées, mais cet accident était peu commun. Sur cette route, comme presque partout, beaucoup de vieux ormes sont morts ou mourans , phénomène qui pourrait être attribué aux sécheresses des deux années précédentes ; quant aux jeunes, et comme sur toutes les autres routes, ils y sont on ne peut plus maltraités. J'ai remarqué une plwatation entre Louvres et la route de Mortefontaine , où un peuplier suisse ( Populus momlifera ) et un orme sont plantés alternativement; cette planta*tion peut avoir huit à neuf ans. Les peupliers ont été
plantés sans être ététésf ils ont de vingt-cinq à trente pieds d'élévation » et de dix-huit à vingt*qua« tre poii€X8 de circonférence y et sont d'une magnifique venue. Les tiges sont droites , lisses et dénudées de lyranches, sur au moins la moitié de leur hauteur, et la partie qui en est munie forme une belle tète conique et bien garnie ; mais, par contre, les ormes qui alternent n ont guère plus de douze à quinze ponces de tour, et leurs têtes ressemblent à de vieux pommiers : par conséquent il est impossible qu'ils forment jamais des arbres d'une belle venue , à moins qu'on ne se serve dun moyen extrême, qui serait de couper toutes les branches rez le tronc, en rendant ainsi l'arbre comme s'il venait d'être planté , et ensuite de le traiter suivant la méthode indiquée par M. Poiteau dans les Annales de la Société royale d^Horiiculiure de Paris ^ io6" livraison, page 56o.
Plusieurs des chemins vicinaux sont bordés de pommiers et poiriers à cidre, d'une belle végétation ; les premiers étaient chargés d'une raisonnable quantité de fruits , les derniers n'avaient presque rien.
Le i7au matin, nous nous acheminâmes vers Senlis, petite ville qui se ti*ouve à environ deux lieues nord de Mortefontaine. En sortant de ce dernier village on traverse des bas prés d'une assez mauvaise qualité ; mais bientôt le terrain en s'élevant devient tellement aride, qu'il se change en de vastes plaines de bruyères qui attristent singulièrement la vue , et on est étonné de trouver près de la capitale des terrains aussi considérables absolument incultes ^ et qui très-certainement pourraient être utilisés soit par des pins , bouleaux , marceaux , etc. , ne fftt-ce même que par des semis d'ajonc (£uleco euro-
^^u^) ou de genêt à balais (Genisla seoparm), qui tous deux pourraienj: être employés pour le chauffage des fours à chajux, qui sont assez communs aux environs de Senll's^ et qui pour la plupart paraissent être chauffés par des bruyères sortant des landes dont je viens de parler.
Notre visite dans cette ville était chez M. Figris , amateur , qui , quoique n'ayant qu'une petite serre chaude y a eu l'avantage d'être peut-être le premier en France chez qui ait fleuri le Poinciana pidclier^ rima (poincillade superbe). Nous eûmes le plaisir de voir cette belle plante en pleine floraison , qui durait depuis plus de deux mois , et paraissait devoir se prolonger au moins autant de temps. L'an passé y deux plantes qui n'avaient pas encore montré leurs fleurs en France les donnèrent dans la même serre : la première est le Nelumbium speciosum var . (Je crois que cette plante est une variété , en ce sens que , d'après le propriétaire, les fleurs sont d'un beau blanc, et que les graines lui en ont été envoyées de la Louisiane); l'autre est le Pontederia azurea^ SwARTz. Originaire de la Jamaïque , cette plante, qui a pris une grande extension, a donné plusieurs épis de fleurs , que M. Pigris nous a assuré être très* jolies; la même serre renferme encore quelques autres plantes moins intéressantes , telles que crinum , pancratinm , ananas et autres plus communes •
De retour à Mortefontaine^ nous visitâmes le grand parc du château , que le priuce Joseph Bonaparte (M. le comte de Survilliers) avait rendu l'un des plus beaux jardins de France ( c'est M. Lefèvre jeune qui était alors chargé des immenses travaux qui se sont exécutés à cette époque ), mais qui depuis a
beaucoup perdu de sa splendeur , surtout dans ces derniers temps. Pourtant on y admire encore ses magnifiques eaux, des sites cbarmans, etc. Je n'aurais jamais parlé de ce jardin^ si ce n'eût été pour rappeler que Therborisation de Mortefontaine est une des plus ricbes des environs de Paris , puis* qu'on y trouve réunis de grands marais ^ des terrains constamment humides ou frais , des sables arides et des rochers assez escarpés. Cest ici le lieu de citer quelques-unes des plantes les plus rares qu'on peut y rencontrer : dans les marais on trouve Vtricidaiia ^ulgaris et iniermedia^ Drosera roiundifolia et ûwglica, Osmunda regali's, Ophris Looseliij Schœnusjiis^ eus, Pinguicula vulgaris, Majantliemuni hifolium, TriglochinpalustriSf Hjpericum elodes , Oivliis pa^ lustrisy Satyritim viride, Zànicîielliapalustris , Uco^ podium inundatumy Aspidium cristatum; et sur les hauteurs et les sables , Erica tetralix, une variété à fleurs blanches^ et une autre dont les fleurs sont disposées en une longue grappe lâche , Dianthus super* husj Ljrcopodium clavatum, carex aienaria (j'ai dans une de mes excursions levé une tige souterraine de cette plante y qui avait vingt-cinq pieds de long^ et de chacun de ses nœuds , qui étaient placés à neuf ou dix pouces de distance^ sortaient de petites toufies de feuilles y qui toutes étaient placées sur une ligne aussi droite que si on l'eût tirée au cordeau ) , Viola moniana, Gentianacruciata, Phalangium ramosum, PotentUla nitida, Prunella grandiflora , Orchis pi-^ randdalisy etc.
Le reste de la journée a été employé & visiter l'établissement de notre hôte, M. Lefëvre. Cet estimable cultivateur y après avoir suivi en Amérique
M. le comte de Survilliers, et y être resté plusieurs années, est i^venu se fixer à Mortefontaine ^ où il a établi une pépinière marchande qui , dans ce moment, peut rivaliser avec la plupart de celles de la capitale , des environs , et autres commerçantes du pays. Dans plusieurs pièces, disséminées aux environs du village , on ti*ouve un assortiment des meilleures variétés d'arbres fruitiers, une grande quantité de tiges et touffes d'arbres et d'arbrisseaux d'oraement, dans lesquels se trouvent quelques variétés encore peu répandues , telles que ïébénier à feuilles sessiles, deux nouveaux robiniers de semis, l'un le R. à feuilles pendantes, l'autre le nouvel hétéropbylle , un Philadelphus inodorus panaché , de semis , quelques frênes et chênes d'Â* mérique, des ormes, micocouliers, etc. ; on y trouve encore de forts arbres verts ou résineux, parmi les* quels on remarque les Pinus rigida , inops , mitis , pungens et autres. Près de la maison d'habitation est situé le jardin , oii sont les cultures soignées et les semis, qui, en arbres résineux, sont annuellement très-nombreux ; ceux de toutes auti*es espèces d'arbres et arbustes se font aussi tous les ans en grande quantité; on y possède encore un joli assortiment de roses greffées sur églantiers , une suite do houx panachés , un assortiment de daphnés , et surtout beaucoup de l'espèce cneorum ou thymelée des Alpes, les Cotoneaster buxifoUa et microphjrlla ^ Rhaphiolepis ruhra^ indicaetsaUcifolia^ la collection des fusains , Scubertia intermedia , Menziezia poly^ folia et sa variété à fleurs blanches, plusieurs magnolia^ Coryluê laciniata , et une infinité d'autres arbres et arbustes d'ornement, rares et curieux ; un