PLANTES TINCTORIALES
Nouvelle plante indigofkre.
A la séance du 5 septembre de la Sociélé royale d'Horticulture, notre collègue, M. Jacques, a pré* sente plusieurs tiges fleuries Ae la renouéf^ des teinturiers, Poljrgonum tinctoriwn. Cette piaule, originaire de la Chine, a été introduite en France par les graines envoyées à M. Delille , professeur et directeur du Jardin de Botanique de Montpel* liçr, par M. Fischer de Saint-Pétwsbourg. M. Delille cultiva cette plante avec beaucoup de succès pendant Tannée i836, et en récoka des graines qu'il distribua aux amateurs* M. Jacques en reçût qudlques-^ines qui ont produit les échantillons dont je viens de parler.
Cette plante dont la culture en pleine terre parai( devoir réussir en France , aussi bien dans le nord que dans le midi , ainsi que le prouvent ,déjk lés essais faits par M. Jacques , .par la maison Vilmorin dans diverses localités , et par phisieurs autres personnes, est> probablement destinée à jouer un rôle important dans notre agriculture, à cause delà quantité remarquable d'indigo que ses feuillés^fidurnissent aux agens chimiques.
Déjà en i836, M. Chevreul présentai la Société royale et centrale d'Agriculture, un échantillon d'indigo qu'il avait extrait d'une petite quantité de feuilles qu'avait pu lui fournir M. Vilmoiin. Son rapport annonce que ces feuilles con tiennent «ne plus grande somme d'indigo que celles du pastel et de toutes les autres plantes indigoferes qu'il a pu expérimenter.
PAVnUl PROLIFKRB
C'est donc une acquisition qui paraît devoir devemr précieuse et mériter toule ràttention des cultivateurs^ qui pourront peut-étre y trouver une DOitveHe source de richesses. Au reste, on annonce comme prochaine la publication des observations que M. Viknorin a pu faire relativement h la cuU ture de cette plante, sur laquelle il fait des expé-^ rtences plus en grand que personne. Ces observa* tions doivent être accompagnées du travail d'un chimiste distingué sur les avantages que peut fournir, aux arts et ànotre industrie, la matière colorante que recèle* ce végétal précieux. Dovjzhge.
PLANTES D'ORNEMENT
PLEINE TERRE
Pavu prolifère, Pai^ia proliféra , IJort.
(Voyez la plu^che.)
Un semis de Pa via rouge , fait il y a quatre ans, noiis a donné plusieurs variétés parmi lesquelles une a fleuri cette année; c'est un petit arbre élégant, haut de quatre à cinq pieds, et qui paraît devoir rester toujours bas , vu que ses branches . semblent plus disposées à s*étaler qu'à s'élever. La figure ci-jointe montre la couleur rouge , la grandeur et la disposition de ses fleurs. Son bois est un peu poùifreux, ses feuilles sont fort petites, à cinq foliées étroites, lancéolées, acuminées, d'un vert gai et luisant en-dessus,' pâles et légèrement pubescentes en-dessous , bordées de grandes dents larges et très-inégales ; les fruits sont oblongs , également pubescens à six canelures très-pro-. noncées , longs de douze a quinze lignes , et ce qui est singulier, c'est que presque tous ces
fruits s'ouvrmit à leur sommet et qn'il en sort nne autre flenr^ laquelle donne naissance à on second fruit plus rond et moins long que le premier.
Obs. On trouve dans le Bot. Reg. Tab. toi8 sous le nom d^QEsculus tuimilis ( Dwarf red horse cbestnut), un Pa via qui a des rapports avec celui-ci et que M. Loddiges présume être originaire de TAmérique du nord ; je crois cependant, d'après la figure et la description , que celui-ci en difiere asses& pour qu on ne le confonde pas avec celui-là ; d'ailleurs il est utile de constater Torigine du mien, et de signaler sa tendance à produire des fruits prolifères. Je le multiplie par la greffe pour le conserver plus sûrement sans variation, quoique je me propose d'en semer les graines si elles viennent à maturité.
Je profite de Foccasion pour répéter avec Tauteur anglais que le Pavia discolor n'est pas multiplié dans les jardins autant qu'il le mérite, et que planté avec le Pavia prolifère , ces deux petits arbres se fersiient valoir réciproquement. J.-B. Camuzet.
Noie sur la Jloraison printanière et tardive de la pivoine en arbre (Pœonia moutan).
Les intempéries du priqtemps de cette année nous fournissent*une nouvelle preuve que la natui^, aussi riche en moyens de reproduction qu'elle l'est en causes de destruction , fait les plus grands efforts pour accomplir la loi qu'elle s'est imposée.
Malgré la longue rigueur de l'biver, les pivoines en arbre ^ livrées à la pleine terre, montraient dès les premiers jours du printemps leurs tiges feuillées dont les boutons se disposaient à fleurir en
avril et mai. -Mais dans les premiers jours d'avril des gelées de cinq a sept degrés vinrent détruire ces espérances, malgré que la plupart des pieds aient été abrités par des toiles ou des paillassons. Les boutons à fleurs et les premiers bourgeons furent entièrement détruits. Quelque temps après une seconde sève fit développer les yeux latens ou inférieurs, qui produisirent de nouveaux rameaux et annoncèrent de nouvelles fleurs; le mauvais temps vint encore contrarier cette floraison qui n*eut lieu que très-imparfaitement. Mais une troisième végétation se prononça plus vigoureuse , et les fleurs qu'elle produisit s'épanouirent nom* breuses et brillantes sur presque tous les pieds pendant le courant de juin.
J'ai remarqué qu'à cette époque les rameaux étaient plus minces, les feuilles moins larges, et les fleurs moins grandes et moins doubles que dans les floraisons ordinaires. Leur couleur étant plus tendre et plus carnée, elles n'en faisaient qu'un plus bel effet en présence du jaune d'or de leurs nom* breuses étamines ; les pétioles surtout étaient d une longueur remarquable et double au moins de celle qu'ils prennent ordinairement.
Ce fait m'a paru curieux ; il démontre la puissance de la nature pour faire accomplir aux plantes toutes les phases de leur végétation; reste à s$ivoir maintenant si les efforts faits par les pivoines pour fleurir, malgré les obstacles d'un printemps désastreux, n'influeront pas d'une manière fâcheuse sur la floraison prochaine ; jusqu'à présent rien ne l'annonce, car les nouveaux bourgeons se montrent déjà comme dans l'état normal. Pépin.
OBABIOERIE.
Acacia a feuilles cordiformes. Acacia cordifalia, R. Brown.
Arbuste de deux à six pieds, à tiges droites, garnies de rameaux croissant presque horizontalement et comjne en verticille , et dont les extrémités s'inclinent gracieusement. Ces rameaux sont munis de feuilles à peu près cordiformes , terminées par une pointe aiguë; elles sont très-petites, très-rapprocbées et d'un vert foncé. En mars et avril les rameaux se couvrent^ sur un pied ou quinze pouces environ de leur longueur, de fleurs axillaires réunies par quatre , d un beau jaune et exhalant une odeur d'aubépine très-prononcée.
On cultive ce charmant arbuste en serre tempérée et en pots où il fleurit plus abondamment qu'en pleine terre. Il lui faut de la terre de bruyère pure. On le multiplie de boutures sur couche et de marcottes qui reprennent facilement. Lémon.
RosAGB DB Smith , Rhododendrum arboreum. Var. : Smithi. ( Voyez I9 planche. )
Arbuste rameux à tiges grisâtres, et d'un rouge pourpre dans les jeunes pousses; feuilles persistantes, ovales, pointues, de cinq à six pouces de longueur sur un à deux pouces de large ,.pétiolées, alternes, d'un vert foncé en dessus, plus jaune en dessous. Fleurs réunies par vingt à vingt-cinq en thyrsc terminal ; elles sont grandes , d'un rose pourpré vif, pieté de points violet-foncé sur le fojid des pétales supérieurs; étamines plus longues que la corolle, à anthères d'abord dun violet foncé et jaunes ensuite.
Cette superbe variété, qui parait être un hybride des Rhododendrum arboreum etmajcimiêm,esi d'une {^àude beauté* Mous la possédons depuis i834» €it eHe a fleuri pour la première fois cette année 1 857. Elle fleurit bien et abondamment. Nous Tavons tenue depuis cette époque en pleine terre de bruyère, où elle n'a nullement paru souffrir du froid. Seulement nous avons eu soin dq garantir son pied par une couverture de feuilles sècbes. Il y a donc lieu de penser qu ainsi que les Rhododendrum poniîcum et maximum , elle pourra résister à nos hivers. Toutefois la prudence commande d'en tenir quelques pieds en orangerie, car il serait malheureux de la perdre.
On la multiplie de greffe en approche sur le Rhododendrum pontîcum , ou avec plus d'avantage par la greffe herbacée et par marcottes faites au printemps. Jacquin aîné.
SERRE CHAUDE
Note sur la suppression des anciennes feuilles dans les CjrcadéeSf Palmiers , etc.
Les personnes qui suivent avec attention la culture I dans les serres chaudes , des Cycadées , Palmiers , Bananiers , . etc. , ont pu remarquer que l'usage généralement admis est de couper, dans les plantes de ces familles , toutes les feuilles qui commencent à jaunir. Le motif qui a pu introduire cette pratique est, à n*en pas douter, le désir de rendre ces végétaux d'un aspect plus agréable en les dépouillant ainsi des parties qui se flétrissent pour les laisser parés seulement de celles qui ofii'ent un ton de verdure parfaite. Je ne nie pas que cette
raison soit spédense, et que la propreté n'ait on grand mérite dans la cultaredes plantes; cependant, à mon avis, si Ton veut laisser acquérir à celles dont je parle une santé robuste et un développe» ment analogue à celui que la nature leur a assigné, il faut s'abstenir d agir ainsi. Je confesse d^abord que j'ai partagé cette erreur, et je Favoue avee d'autant plus de facilité que, venant aujourd'hui conseiller aux horticulteurs une pratique opposée, cela doit leur prouver que ma conviction est parfaite, puisque j'abaiidonne une opération que j'ai laite constaramenL
En effet si Ton remarque que les feuilles de ces végétaux se composent d'up pétiole long et flexible chargé à son extrémité supérieure d'expansions fo« liacées volumineuses et assez loui-des , on sci-a conduit à penser qu'il y a une intention quelconque de la nature dans cette organisation particulière. L'explication la plus simple qui se présen* tera à l'esprit, sera que le poids des extrémités tend k entraîner mécaniquement le pétiole et à le faire éloigner du tronc dès sa base, aCn de faciliter le développement des nouvelles feuilles qui, sans cela, éprouvent une espèce d'étranglement ; en effet , lorsqu'on supprime les anciennes jion encore desséchées , le pétiole , débarrassé de sa charge , reste appliqué contre la tige et la resserre sur elle-même. J'ai sous les yeux un dattier qui a supporté de nombreuses suppressions de feuilles avant le temps , c'est-à-dire avant qu'elles soient totalement sèches, parce qu'alors le pétiole, ne végétant plus lui-même , ne jouit d'aucune faculté élastique et reste dans sa position première , et son état m'a
BUggéré les réflexions qiie je soumets h nos lecteurs et que je considère comme d'une grande importance. Cessons donc d'employer ces amputations malencontreuses avant l'entier dessèchement des feuilles, car en les opérant, outre que nous supprimons des organes nécessaires à la vigueur des individus, puisqu'ils n'ont pas achevé les fonctions expirantes qu'ils ont a remplir , nous laissons appliqué contre la tige le pétiole qui n'est plus sollicité à l'écartement par le poids de son extrémité , et le i*esserrement qui en résulte ne permettant plus qu'un passage trop étroit aux jeunes feuilles, cellesci poussent dilTormes et presque épuisées. Aussi je ne m'étonne plus d'avoir vu tous les ans nos Cycas revoluta ne se développer qu'à moitié par l'effet de ces suppressions meurtrières, et je conseille trèsfermement de s'en abstenir à l'égard de toutes les Cycadées , retirées aujourd'hui de la classe des Mo- Hocotylédones. U en est de même pour les palmiers, ainsi que pour les banatiiers auxquels les colons se gardent bien de couper les feuilles commençant k jaunir, parce qu'ils ont reconnu que non seulement cela nuisait au développement des jeunes feuilles, mais encore à celui des régimes, qui restent beaucoup plus petits. Neuhann.
Fnictification du Vanillier.
J'ai dit, page 25i, livraison de mai i836 de ce journal, que le vanillier avait fleuri pour la première fois dans les serres de l'université à Liège.
MM. Berlèzc et Poiteau ont rapporté une gousse provenant de cette floraison qui a produit trois livres de fruits. Ces gousses ont atteint la longueur
et lagi'osseur de celles que donné crtte phinte mus son cliitiatnaturely et leur odeur aromatique a tout le parfum de celles du commerce. Il est bon de dire que la fécondation a été opérée artificiellement*
Ce fait, qui prouve la possibilité de faire fructifier la vanille dans les serres chaudes de notre pays, est tout-à-fait digne d'attention* Le haut prix que conserve la vanille et la perfection apportée de nos^ jours dans les cultures forcées pourraient être deux puissans motifs d'essayer s'il ne serait pas possible de cultiver cette plaute dans le but d'en livrer les gousses au commerce. Pépin.
BÏFRENARIA , Lind. Orchidées , Juss.
Caractères génériques. Pétales extérieurs ( sépales) étalés y libres y presque égaux , les deux latéraux presque soudés à la base de la colonne ; pétales intérieurs lobés et charnus au milieu, colonne courte semi-cylindrique, glabre; anthères comme crêtées; quatre masses polléniques , égales et persistantes , soutenues par deux appendices dictincts en forme de petit bec et de substance visqueuse.
BiFRÉNàRiE POURPRE, Bifrcnaria atropurpurca ? ( ^oy^^ 1^' planche. )
Bulbe oblique à trois ou quatre crénelures d'un vert pomme, terminée au sommet par un anneau noir violacé marquant la base du pétiole, qui porte une feuille longue de cinq à six pouces et large de deux a trois. Le pétiole est cylindrique , long de huit lignes environ ; cinq ou six nervures sur la feuille plus saillantes en dessous qu'en dessus, qui est d'un vert plus foncé.
Tige florale, naissant à la base de la bulbe, entre
niFRKNAlUK POUUPKK
Rifrenaria atropurpuroa .
les écâilleâ ou 8j>alhe3 blanchâtres ; elle est longue de deux pouces au plus et d'un vert tendre ; pëdon^ cule dun pouce et demi, supportant une fleur d'environ deui^ pouces dctliamètre d'un blanc teinté de couleur d'ivoire ; les deux pétales extérieurs la*téraux se terminent inférieurement par deux espèces d'éperons rapprochés et teintés plus fortement dâ couleur d'ivoire foncé; les intérieurs supérieurement situés sont moins larges , et un peu lobés et crispés ; là lahelle a la forme d'une digitak» La lèvre inférieure est trilobée , ponctuée et striée de pourpre foncé; la supérieure est de chaque côté d'une couleur jaunâtre striée et veinée de lignésl pourpre violet plus intenses à l'intérieur qu'à l'extérieur; elle est aussi finement crénelée au boitl«> La colonne est de moyenne grandeur, surmontée d'un operculé en forane de bonnet phrygien» d'uvi blaAc pur marqué d'une seule macule jaunâtre ^ deux grosses macules pourpres violacées au-dessous de l'opercule.
Nous avons reçu de la Belgique cette charmantel orchidée', qoi exhale une odeur des plus* suaveâ pendant sa floraison; celle-ci dure en viroti trois semaines. Nous la croyons originaire du Mexiijuè, sans cependant oser l'afiirmer. Nous la cultivons, comme la plupart des orchidées épiphy tes, en terre de bruyère conservée en mottes concassées, ç^ ayant soin pendant l'été de seringuer fréquenun^nt les feuilles. La serre chaude parait jusqu'à présent lui être indispensable , quoique cependant nous pensions, qu'ainsi que beaucoup d'autres or^idéei^ du Mexique i elle peut parfaitement se conserver en serre tempérée , pourvu que l'atmosphère de celle-ci soit constamment saturée de vapeurs
aq[ueuse8. Mous la multiplions par la séparation de SCS bulbes. Gels frères.
bibliographie.
Monographie de la faitille des Conifères, par M. Jacques, jardinier en chef du domaine royal de Neuilly, membre de la société royale d'Horticulture, etc., etc. (i)
« Lies Monographies, a dit M. de CandoUe dans sa Théorie élémentaire de la Botanique , sont des travaux précieux pour Tavancement de la science, parce que le sujet, étant borné, y est ordinairement plus élaboré ; c'est dans les monographies que tous les hommes qui s'occupent d'idées et de travaux généraux vont puiser les matériaux de leurs méditations et de leurs ouvrages. Aucune classe decri vains ne mérite autant de reconnaissance et d'encouragement que les monographes , et cela précisément parce que le travail est par lui-même obscur et ingrat. »
Ces paroles résument parfaitement le mérite de Touvrage que j'annonce , et en relèvent justement rimportance. En effet la famille des Conifères devient chaque jour une source de prospérité pour plusieurs de nos départemens.
Je n'entreprendrai pas d analyser l'œuvre de notre collègue, dont nos lecteur sont pu prendre connaissance par les articles détachés qu'ils ont trouvés àan^ce^ Annales. Mais je dirai cependant que cette monographie offre la réunion complète de toutes les connaissances acquises aujourd'hui sur la culture des arbres de cette famille et leur importance dans réconomie agricole et forestière. Pépin.
(1) Brochure in- 8* , Prix : 1 fr. , et 1 fr. 25 c. par la poste. A Paris, chez Rousselon.