‹ Annales de flore et de pomoneChapitre 52 sur 56 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

dans TEurope méridionale, et le R. bulbosusj Lm. C'est surtout cette dernière qui présente le plus d'intérêt et de singularité sous le rapport physiologique. Je l'ai remarquée le 1 8 mai dans une pelouse ; ses tiges , hautes de vingt à vingt-quatre pouces , étaient fasciées depuis la racine jusqu'au sommet des ramifications; les principales étaient très-aplaties et de la largeur d'un pouce , les autres l'étaient à proportion de leur force. Les feuilles culinaires étaient réunies par deux , trois ou quatre , et les pétioles se trouvaient soudés par leur base. Les pédoncules étaient terminés par plusieurs fleurs adhérentes les unes aux autres et paraissant n'en former qu'une» et, pour compléter la monstruo&ité, chacune d'elles avait doublé* Les bulbes» ordinaire?ment de la grosseur* d'une petite noix , au lieu de présenter leur forme ovale ari'ondie , étaient plus larges et oomprimées.

Enfin une sixième espèce, la Ranuncubis anguior tus y Prssl. f plante originaire de U Sicile et citée comme vivace» quoiqu'elle meure la seconde année dans nos jardins ^ a montré^ des fleurs doubles en juillet dernier. Pépiei.

HORTICULTURE

PLiiNTES POTAGÈRES.

Semis de patates fait par M. Sageret en 1857.

Cédant à l'invitation souvent réitérée par l'hono* rable M« Sageret, je suis allé visiter son jardin, oii di^iuia quarante ans il se livre à de nombreuses et utila» expériences, particulièrement sur la îi*

condation artificielle des arbres fruitiers tant a noyau qu'à pépins. Les premières graines, résultats de ses fécondations, ont été semées depuis plus de trente ans, et quelques-unes lui ont donné des produits fort satisfaisans en variétés et hybrides remarquables et intéressantes autant sous le rapport de leur utilité dans l'économie domestique, que sous celui de la lumi^fre qu'elles répandent dans les opérations de la physiologie végétale.

J'ai remarqué, entre auti'es, un fort pommier portant les greffes de plus de cinquante variétés. Il est vrai qtxe quelques-unes sont altérées et languissent par la puissante végétation des plus vigoureuses ; mais le but n'en est pas moins atteint : toutes ces variétés réunies se trouvant plus faciles à être fécondées artificiellement , et pouvant d'ailleurs , par le rapprochement de leurs nombreuses fleurs, opérer d'elles-mêmes ces fécondations croisées.

Plusieurs pommiers fécondés par des pommiers de Chine , de Sibérie et autres , donnent des fleurs d'une grandeur remarquable. Leurs fruits, que j'avais vus l'automne précédent, sont, dans quelquesuns, de la forme et de la grosseur de la pomme apipclée pigeon; mais les feuilles ont plus de ressemblance avec celles du pommier de la Chine (^maius spectabilis ) qu'avec celles d'aucun autre de ce groupe. Elles sont plus ou moins longues et larges, mais toujous glabres, luisantes, et longuement pétiolées.

J'ai vu avec le même intérêt plusieurs hybrides de pruniers , abricotiers , pêchers , amandiers, etc. Parmi ces derniers, il en est un particulièrement fort cuiieux. Semé depuis trente ans, il a donné des

fruits cette année pour la première fois. Aucun d'eux n'était à une seule loge , mais tous paraissaient soudés par trois ou quatre , comme ceux de Tamandier polygine. Toutefois la plupart tombaient au moment de ma visite, et il était k craindre qu'il n'en restât pas , ce qui malheureusement ne s'est que trop réalisé. Mais M. Sageret, jaloux de répandre tout ce qui peut être utile et curieux , s'est empressé d'en donner des greffes, et déjà plusieurs pépiniéristes et amateurs l'ont propagé par ce moyen dans leurs jardins.

Cependant ce qui m'a intéressé le plus, c'est un semis de patates fait cette année, dont les résultats satisfaisans semblent annoncer de grands avantages pour l'avenir. M. Sageret récolta en i856 , et pour la première fois à Paris , des graines sur la patate igfiame et sur celle dite palmée. Le nombre de ces graines dépassait cinquante. Pour s'assurer de leur fertilité , il en sema quelques-unes sur couche peu de temps après la récolte, et elles lev^ rent parfaitement en quatre ou six jours. Au printemps de 1857, il en sema cinquante, parmi lesquelles trente ont levé ; les pieds ont été séparés , empotés un à un, et placés sur une couche. Lorsqu'ils ont eu acquis une force suffisante, ils ont été mis en place , à Tair libre , sur ime couche tiède préparée pour les recevoir. C'est le 28 mai que cette opération a eu lieu , et déjà les pieds étaient de toute beauté et ne laissaient rien à désirer. Depuis cette époque, quatre autres graines ont encore levé.

Dans toutes les plantes de ce semis, on remarquait déjà diverses nuances de formes et de couleurs dans les tiges; mais les différences les plus sen-

sibles se trouvent dans les feuilles. J'ai pu, en les aiXaminant* leur assigi^er six formes distinctes : ï° entières ovales ^ 2° entières cordées , 5^ entières lancéolées , 4° sagitlées , 5<> trilobées , 6** quinquefoliées. Jusqu'à présent cette dernière forme n'avait pas été remarquée dans les feuilles de ce genre.

L'année i836^ les patates avaient fleuri chez M. Sageret vers le 217 ou 28 juin; cette année, la floraison a commencé le 12 juillet. Ce retard doit sans contredit être attribué au peu de chaleurs qu'il y avait eu jusqu'alors; toutefois celles du mois d'août ne paraissent pas avoir été sufiBsantes pour la maturké des graines , et celles qui mûriront seront les seules ressources sur lesquelles se fonde l'espoir d'obtenir des variété ou des races plus rustiques, plus précoces et avantageuses pour l'économie domestique. Probablement la récolte des tubercules sera considérable.

C'est toujours un grand pas de fait dans la cul* ture de ce genre que d'avoir pu obtenir des fleurs et des fruits sous le climat de Paris. M. Sageret, dans la crainte de ne pas voir fleurir ses semis f s'était empressé de faire des boutunes , aussitôt que ses jeunes plantes ont pu le permettre ; c'était un moyen d'obtenir des fleurs, ainsi que je l'ai déjà dit dans ces /innaleSf en annonçant que des boutures feites au printemps, et repiquées dans des pots de quatre à cinq pouces, Qlsurirent depuis juillet jus* qu'en septembre , sans avoir atteint plus de dix pouces d'élévation*.

Déjà en i834, M. Robert a récolté à Toulon quelques graines sur la patate igname. Il les fit semer en i835, et lors de la récolte obtenue à l'aii-»

tomoe suivant , on trouva des tubercules énormes, du poids de deux à cinq livres. Les plus gros étaient presque ronds et un peu comprimés.

PÉPIN

Pomme de terre de Ségonzac , précoce , ou de Périgord.

Le 1 5 juin 1 836^ je reçus de la Société d'Horticulture un morceau de tubercule de cette pomme de terre, que je plantai le i&du même mois* Un osit fut placé dans une terre calcaire salpêtrce, sans addition de fumure. Il nei*eçut aucun arrosemeot quoique Tannée eût été fort sëcbe. J'en fis la récolte le ao novembre ; les tubercules qui en provinrent, pesés un mois après , donnèrent trois livres trois quarts. Parn4 eux , le plus gros pesait une demi-livre ; ila étaient de forme oblongue, aplatie, à épiderme lisse et yeux éloignés et peu apparens. La cbair , jaune, fine et farineuse, était d assez bon goût; les tiges, non encore flétries à cette époque, étaient vi-» goureuses et hautes de deux pieds et demi à trois.

Je ferai remarquer que ces tubercules, quoique récoltés tard, n'étaient pas en parfaite maturité , ce que j'attribue aux pluies de l'automne qui les ont maintenus en végétation. Los produits de cette variété paraissent devoir être considérables, et de bonne qualité ; j'en ai suivi la culture cette année ^ et j'en ferai connaître le résultat.

Pépin.

JARDlAî FRUITIER.

Essai sur les meilleurs procédés à suii^re pour la

plantation des arbres , et particulièrement de

ceux à fruits.

S'il est un sujet à la fois important et utile ^ c'est la plantation des arbres dont on attend les plus douces jouissances^ ou des récoltes qui viennent augmenter d'une manière si précieuse nos ressources alimentaires. Cependant le plus grand nombi*e des cultivateurs exécutent cette opération avec peu de soins , et les amateurs qui s'en rapportent aux praticiens qu'ils supposent s'y connaître / sont trop souvent victimes de lem* conCance , et réduits à recommencer plusieurs fois une entreprise qui, bien conduite d'abordi eût réussi complètement. Pendant ce temps les années s'écoulent, et l'on atteint le terme fatal sans avoir obtenu une juste indemnité de ses dépenses. En culture d'ailleurs, la chose qu'il faut le mieux employer c'est le temps , et une plantation qui ne réussit pas est non-seulement une perte réelle , mais elle recule l'époque de la jouissance d'une façon irrémédiable, contre laquelle la puissance de l'or même est sans effet.

Essayons donc de préciser, autant qu'il est en nous y les précaution^ indispensables au succès , et ne craignons pas d aborder tous les détails, car chacun d'eux nous offrira peut-être l'occasion de présenter des considérations nouvelles ou peu connues, qui pourront ne pas être sans influence sur l'esprit de nos lecteurs.

Il est une puissance deyant laquelle rintelligence du cultivateur doit toujours s'humilier; cette puissance, c'est la nature, qui procède invariablement , et nous indique ce que nous devons faire , quand nous savons observer sa marche et Timiter fidèlement. Il est vrai que la nature ne plante pas , c'està-dire qu'elle ne change pas de place l'arbre qu'elle a produit de semis , mais elle ne nous offre pas moins les indications certaines à suivre et dont nous ne nous écartons qu'avec préjudice.

Ainsi quand nous déplantons un arbre bien venant, nous avons la certitude que la place qu'il occupait et la manière dont il y était établi étaient parfaitement appropriées à son espèce et à ses besoins, et nous avons une forte présomption qu'en le replantant dans des conditions identiques, nous lui conserverons sa vigueur et sa santé. Tout l'art de la plantation consiste donc dans cette facile remarque, et l'on avouera qu'il ne faut pas être sorcier pour devenir bon planteur.

L'arbre qu'on déplante , et non qu'on "krrache , comme le disent improprement les jardiniers , mérite d'être examiné sous le rapport de ses racines , de son collet, de son tronc et de ses branches. Chacune de ces parties s'est développée selon la volonté de la nature dans l'individu venu de graine; il est donc essentiel , si l'on veut qu'elles remplissent leurs fonctions, de les disposer dans la transplantation absolument de la même manière.

Cependant la plupart des auteurs, d'ailleurs fort recommandables, qui ont écrit sur ce sujet, se sont singulièrement éloignés des indications naturelles. Olivier de Serres, ce patriarche de l'agriculture, est

celui qui s'en est Je plus rapproché, car il a prescrit de ne planter les arbres qu'à environ six ponces , encore dans les terrains sablonneux et légers. Tous les autres, et Duhamel lui-même, indiquent un pied au moins et plus si la nature du sol est plus légère. M. Noisette, dans son Manuel du jardinier^ dit que généralement il faut n'enterrer que jusqu'au collet : cependant, ajoute-t-il, « Cette règle offre beaucoup d'exceptions : il est telle espèce qui veut voir sa racine, comme disent les jardiniers ; telle autre se trouve bien d'être enterrée profondément. On peut donner comme règle ordinaire que les arbres à tissu lâche et mou, reprenant aisément de boutures, ne craignent pas d'être enterrés au-dessus du collet , surtout les individus obtenus de boutures. Ceux à fibres sèches , dures et fragiles , veulent avoir leur collet toujours découvert , et même quelquefois la base de leurs grosses racines : tels sont, par exemple, les orangers. »

Malgré ce faisceau d'opinions contraires à la nôtre , nous persistons à établir pour règle invariable dans la transplantation, le maintien du collet au niveau du sol. Ce précepte étant le plus essentiel , qu'il nous soit permis de l'appuyer par les faits et les raisonnemens capables de produire la conviction.

Qu'est-ce d'abord que le collet? c'est pour tout le monde le point de rencontre ou de jonction entre le tronc et les racines. Ce point peut être plus ou moins élevé, selon la nature des végétaux et la manière dont la graine a été semée; car, supposons que celle-ci ait été trop profondément enterrée, la plumule aura eu plus d'efforts et plus

de cbemin à faire pour sortir de terre , et conaé* quemment le collet sera plus éloigné des racines que lorsque la graine aura été semée à fleur de terre. Lorsque la plumule a surpassé le sol, la partie qui se trouve à Tair s'endurcit et forme sa tige ; celle qui est enterrée reste molle par la privation de la lumière » et se trouve plus propre à émettre les fibres qui constituent les racines. Aussi, Fendurcissement de la tige aérienne resserrant les tissus tandis qu'il y a retàchement dans la tige souterraine, il se forme a l'endroit qu'on appelle le collet un empâtement d'abord peu sensible, mais qui croit à mesure que l'arbre grandit. C'e^t de cet empâtement , où la sève afflue en abondance et se trouve arrêtée par le resserrement de la tige , que partent toutes les racines produites par l'excès de sève qui cherche à s'ouvrir un passage.

Le jeune arbre, ainsi établi, jouit de tous les organes nécessaires ; il n'a plus k en former de nouveaux, il n'a besoin que de les entretenir, en suivant les phases de sa végétation : il est conséquemmentdans l'cfat le plus favorable à sa prospérité. Ce serait donc folie que de porter le trouble dans cette vie régulière en ne replaçant pas l'individu dans les conditions qui l'ont fait naitre.

Voyons un peu ce qui arriverait dans les deux cas que nous allons supposer , l'un de la plantation trop peu profonde, l'autre de la plantation trop enterrée.

Dans le premier cas, la partie supérieure des racines se contracte par l'influence de lair et de la lumière; et, suivant les cas, elle se dessèche %u point de ne plus permettre le passage aux fluides

séveux vainement pompés dans le sol par les suçoii*s des racines fibreuses. Si l'air est froid, ces parties précédemment enterrées , et conséquemment bien plus sensibles, peuvent être désorganisées promptement. Supposons que malgré ces désordres Farbre parvienne à s'établir dans sa nouvelle place, grâce aux racines du centre garanties par celles de la circonférence , sa reprise sera toujours précédée d*un état de langueur qui durera autant de temps qu'il en faudra pour la formation d'un nouveau collet inférieur au premier, et pour que la partie supérieure des racines en contact avec l'air s'endurcisse au même degré que le tronc, et soit devenue suflisamment insensible à ses variations. Indépendamment des maladies organiques qui peuvent naître, par la suite, du malaise dans lequel s'est trouvé l'arbre , son développement est au moins retardé d'un an ou deux, l'époque de la jouissance d'autant, et ces inconvéniens sont les moindres qu'on ait à craindre.

Dans le second cas, oîi le collet se trouve enterré, les dangers sont plus graves encore , et cependant c'est la pratique le plus généralement conseillée. Dans cette situation , les racines , ne recevant plus les influences atmosphériques qui aidaient leur action aspirante, cessent de fonctionner; la portion du tronc enterrée ne peut émettre de nouvelles racines qu'après un temps d'autant plus long ^ que l'arbre est plus âgé et son tissu plus serré ; si cette émission a lieu, l'arbre reprend enfin pour quelque temps, parce que la mortalité s'empare des anciennes racines et établit au centre de la base de l'arbre un foyer d'infection qui le fait périr tôt ou tard.

On coDçoit que dans celte opération on fait des boutures et non des plantations , et que la reprise serait plus certaine en supprimant toutes les racines jusqu'au collet , parce que Tarbre n'aurait à supporter que la crise occasionnée par l'émission des racines , et n'aurait pas à combattre le malaise causé par la pourriture des anciennes.

Pour prouver la rigoureuse exactitude de ce que j'avance , je citerai les termes mêmes de Duhamel : il dit, page 201 de son Traité des semis et plantations des arbres fruitiers : a II est d'expérience que les arbres trop enterrés languissent jusqu'à ce qu'il se soit développé de nouvelles racines plus élevées , et comme il y a des arbres qui ont peu de dispositions à produire des racines par leur tronc, ils dépérissent peu à peu; d'aîlieursy les racines qui se développent près de la superficie ne manquent pas d'épuiser celles qui sont plus avant en terre; les arbres ainsi plantés sont presque dans le cas de ceux qu'on élève de bouture : ils languissent jusqu'à ce que les nouvelles racines se soient suflfisamment étendues. Joignons à cela que la terre de la superficie étant toujours la meilleure, les racines qui s'y répandent ramassent plus, de sucs que quand on les place dans une terre moins fertile ; enfin il paraît qu'il faut , pour que la végétation s'opère bien, que la terre qui environne les racines, et les racines elles-mêmes, éprouvent un certain degré de chaleur. »

Des expériences plus concluantes encore que les raisonnemens de la théorie sont venues confirmer^ le principe de la plantation des arbres avec le collet au niveau de la terre. Pour cela on en a planté

plusieurs comparativement à des profondeurs inégales ; ceux dont le collet a été maintenu rezde-terre, Font immédiatement emporté sur leurs rivauXy dont le dépérissement s*est montré en rapport direct avec le degré d'enfoncement en terre. Mais comme il aurait pu arriver que toute autre cause eût produit la supériorité de végétation dans les premiers , on a rechargé leur base de terre ^ de façon à ce qu elle se trouvât à une égale profondeur que les plus enterrés , et dans la même année une langueur trcs-remarquable s'est emparée d'eux; l'année suivante on les a déchaussés , et bientôt la vigueur de leur végétation a prouvé qu'on les avaitrendus à leur état normal.

Une pareille expérience faite sur un. pécher a fourni un résultat semblable. Un jeune pêcher franc de pied, âgé d'un an , fut planté à huit pouces de profondeur. Au mois de novembre de l'année suivante y sa végétation ayant été très-faible, il fut déchaussé jusqu'au collet dans un rayon de quinze pouces autour de son tronc ; des le printemps suivant, il végéta avec une grande vigueur. Au mois de février qui suivit, on le rechaussa à la première hauteur: il devint languissant, et le blanc s'en empara. Déchaussé de nouveau, et débarrassé des branches malades, il se rétablit. Enfin chaussé une quatrième fois, les fruits avortèrent, et le blanc et la gomme s'en emparèrent à la fois. Il fut alors déchaussé avec soin; peu à peu il reprit sa vigueur^ et donna ensuite de très-beaux et bons fruits.

Nous croyons en avoir dit assez pour convaincre nos lecteurs de la nécessitéde maintenir le collet des arbres au niveau du sol, tel enfin qu'il était dans

la pcpiniërc. Nous ne dirons rien de renfoncement d'un arbre jusqu'à ta greffe, parce qu'il serait par trop absurde de supposer qu'il existât encore des cultivateurs assez ignorans pour ne pas savoir qu'en agissant ainsi ils perdent les avantages de la greffe, pour faire un franc de pied par les racines qu'il émet du bourrelet de la greffe, et qu'outre la lenteur de sa fructiûeation il porle un germe de destruction dans la parlie du sujet qui trop enterrée finit par pourrir.

Maintenant, que nous sommes convaincus de la nécessité de replanter les arbres précisément à la même profondeur où ils l'étaient dans la pépinière, et de maintenir le collet toujours rez-de-terre, continuons l'examen des autres points qui doivent fixer l'attention des planteurs; nous dirons ensuite quels moyens simples il suffit d'employer pour placer convenablement le collet.

Il ne nous reste plus , d'après ce que nous avons dit touchant les effets qu'éprouvent les racines d'un enfoncement plus ou moins grand, qu'à nous expliquer sur le soin qu'il faut prendi*ede ne les point mutiler en déplantant, et de n'en supprimer aucune a moins d'une nécessité absolue. Il faut donc déplanter et non arracher, car on ne saurait trop le répéter pour habituer les jardiniers a ne pas employer le mot di arrachage qui implique l'idée de remploi de la force , et conséquemment leur donne à penser qu'ils peuvent impunément rompre tout ce qui s'oppose à la levée de Tarbre. Il faudrait, pour bien déplanter un arbre, le cerner à l'entour à une distance proportionnée au développement probable de ses racines, et soulever la terre avec le

fer de la bêche , et mieux encore avec un tf ident afin de n'en rompre aucune; mais le peu d'espacement des arbres placés en pépinière s'oppose malbeurcusement à cette précaution. C'est une des raisons qui nous serviront un jour k conseiller aux vrais amateurs l'établissement d'une pépinière à eux y afin qu'elle soit plantée avec toutes les pré-cautions possibles.

Dans l'état actuel ^ il faut, en déplantant les arbres, enfoncer la bêche ou le trident au milieu juste de l'espace qui sépare l'arbre qu'on veut avoir de son voisin, et enfoncer l'instrument assez pour qu'il soit au-dessous des plus longues racines afin de les soulever avec la terre qui les environne. On ne portera la serpette sur aucune de ces parties, si ce nWpour rendre nette la plaie occasionéepar la rupture d'une racine profonde et pour amputer toutes les parties moisies , malades ou pourries. Tout le reste doit être scrupuleusement ménagé y car la pratique de rafraîchir les racines est tout-à-fait vicieuse. Nous répéterons que les racines ne peuvent rien trans«* mettre au végétal que par l'extrémité de leurs fibres radicales , que la nature a, à cet effet, munie d'un suçoir ou bouche aspirante, et ce sont justement ces suçoirs que l'on supprime, de telle sorte que les racines ne peuvent entrer en fonctions que lorsque ces organes sont reformés^ et l'arbre languit pendant ce temps. Il faut surtout se garder de supprimer le pivot dans les arbres qui en sont munis. Cette suppression est toujours funeste à l'arbre , et ne doit être pratiquée que dans le cas oh on vou^ drait en faire un nain, car elle nuit à son dévelop^ pement. Mais s'il était besoin de (Janter les arbres

à racines pivotantes dans un terrain peu profond, ce qui est le cas où Ton retranche le pivot , nous indiquerons plus loin le procédé à suivre en pareil cas, et qui est de beaucoup préférable à cette amputation.

Quant aux branches, il est bon, en replantant, de supprimer toutes celles qui se présentent mal dis*posées pour la forme qu'on veut donner à Tarbre. Cette suppression sera d'autant plus considérable qu'on se sera trouvé dans l'obligation d'amputer davantage de racines, afin que l'équilibre de la yégétation ne se trouve pas rompu. Ici quelques explications sont nécessaires , et nous allons les donner à notre manière , en attendant que les professeurs de botanique, et surtout de physiologie, aient résolu le problême de la circulation de la sève.

Ce qui , à nos yeux , dans cet acte important de la vie végétale , nous parait le plus certain , et qu'un grand nombre d'expériences semblent confirmer, c'est que la sève monte des racines vers les parties aét*iennes de Tarbre par l'aubier , et redescend par l'écorce. A la fin de l'automne , quand l'abaissement de la température vient arrêter la végétation , il s'opère une contraction des vaisseaux séveux , et le fluide qui s'y trouve s'y concrète et cesse de circuler. Au printemps, lorsque la douceur de la température exerce son influence sur toutes les parties de l'arbre hors de terre , la sève concrétée se liquéfie , et sollicitée par les bourgeons qui s'entrouvrent, elle monte vers les parties vertes, s'y élabore , et commence à redescendre jusqu'aux racines , qu'elle réveille et remet en jeu,* pour aspirer de nouveaux sucs qui viennent remplacer la sève restée en suspension pendant tout le cours

de la* mauvaise saison. Une fois la circulation ;*cta« blie, la vie végétale suit son cours sans interrup-> lion. Le simple bon sens indique que les racines ne peuvent recevoir, que les dernières, Finfluence du calorique répandu dans l'atmosphère, car celuici agit sur les branches de llarbre bien avant qu il ait pu pénétrer dans le sein de la terre. D'où nous sommes autorisés à conclure que la végétation recommence parles partiel les plus élevées de Tarbre, et que les racines n'y prennent part que lorsque le fluide séveu^ est redescendu dilater leur écorce et faire cesser la contraction qui empêchait les suçoirs de jouir de leur faculté absorbante ; et que le contraire a lieu à l'automne , c'est-à-dire que ce sont les racines qui conservent leur action les dernières.

Ce qui donne à cette théorie toutes les probabilités de vérité que l'esprit humain peut désirer, c'est que l'on voit à l'automne les parties supérieures des arbres contenir une sève plus fluide qu'on ne la trouve en descendant, ce qui rend ces jeunes branches comme herbacées et peu aoûtées., suivant l'expression des jardiniers, d'où leur vient cette sensibilité à la gelée qui les fait périr dans les hivers froids. Cette circonstance indique que la sève se fige dans ces parties avant qu'elle cesse d'affluer dans les plus inférieures , où elle continue d'être portée par Taction des racines , qui ne cesse ellemême que lorsque la concrétion descendant de proche en proche arrive jusqu'à elles.

Ceci posé, revenons à la suppression des branches.

On concevra sans peine que plus l'arbre transplanté

en sera garni, plus la sève concrète sera vivement

sollicitée par les jeunes pousses qui se développe-

Septembre 1B37. 24

ront sur ces branches. Si cet appel de sève était tel que toute celle tenue en réserve dans les vais^ seaux séveux fût absorbée avant que les racines aient pu pourvoir à son remplacement , il y aurait désordre dans Téconomie de Tarbre et par suite dépérissement ou mort. C est pourquoi nous con^ seillons la suppression de quelques branches quand larbre a conservé toutes ses racines, et une plus forte, quand un motif impérieux a commandé Tamputation d'une partie de celles-ci. Dans ces deux cas y l'ascension de la sève est plus lente ^ ce qui donne aux racines le temps de fonctionner, et as^ sure la reprise du sujet. Ce que nous venons de dire est si vrai qu'il est fort peu d'arbres parmi ceux qui ne reprennent pas , auxquels on ne voie se développer quelques feuilles; ces productions foliacées sont d'abord alimentées par la sève cpn*' crétée , que la chaleur rend fluide , mais lorsque celle-ci se trouve épuisée sans que les racines se soient mises en jeu , elles se dessèchent et l'arbre périt. On voit encore beaucoup de cultivateurs dire : cet arbre avait bien repris , c'est étonnant qu'il soit mort. Ce n'est réellement qu'au second printemps après' la plantation qu'on peut être certain de la reprise des arbres.

D'après ce que nous avons dit précédemment sur la nécessité de replanter un arbre dans les mêmes conditions oîi on l'a trouvé, on pourrait croire qu'il est rigoureusement indispensable de Forieuter de la même façon. Les essais faits dans le but d'é* clairer cette question n'ont rien produit de bien positif; cependant nous conseillons de ne tenir aucun compte de l'orientement dans la transplan-'

571 , tation ^ l'égbrd dés jeunes arbres ^ raaiâ de Fobserver fidèlement poUr les arbres formés. Dans le' premier cas les tissusfibrenx conservent encore assez d'élasticité pour se prêter à une irtQuenCe quelconque, au lieu que dans le second les arbres ont déjà des habitudes faites qu'il serait dangereux dé con^ trarieri parceqû'il est probable qu elles ont modifié leur conformation. Au surplus, toutes les fois qu'on voudra obserter l'orientement , rien de plus simple que d'imaginer' un signe Jqui le fasse reconnaîtk^e.

Après avoir considéré Farbré a planter sous le rapport de sa station dans la pépinière et l'importance de le replacer d'une façon analogue dans la nouvelle place qu'on liii assigne; après avoir dit les précautions à prendre pour lui conserver ses racines et l'équilibre dé végétation qui peut assurer sa reprise, il est une question importante qui se présente, c'est celle de décider s'il peut être permis d'espérer de réussir dans quelque terrain que ce soit. L'affirmative ne peut être douteuse pour toute personne qui peut ne pas reculer devant la dépense, parcecjti'il n'est point de sol stérile qu'il ne soit possible d'améliorer par des amendemens appropriés- Comme déjà ces Annales contiennent une série d'articles qui traitent des moyens de corriger les vices du sol , nous nous contenterons de les indiquer à nos lecteurs, car autrement nous ne pourrions que répéter ce que notre collègue M. Mai^in a dit a ce sujet, \oyez pages 53 et 226, année i852-i855; 53, 161; 228 et 289, année i835-i854,et555, année 1 854- 1 855.

Cependant nous ajouterons quelques considérations spéciales pour l'objet qui nous occupe. Les

' amendemens qui peuvent modifier les qualités d'un sol f peuvent être appliqués à tout le terrain destiné à la plantation ou seulement à la terre qui doit remplir les trous où se placent les arbres. Ge dernier moyen est plus économique.

Nous avons annoncé que quand on voulait planter des arbres a racines pivotantes dans un terrain

'qui avait peu de profondeur , il y avait quelque chose de mieux à faire que de couper le pivot, c'est d'empêcher qu'il ne se forme. Pour cela il faut

. semer soi-même de la manière suivante.

On forme à l'exposition du midi dans les paya froids y et du nord dans les pays chauds, un plancher composé de planches d'une certaine épaisseur, et sur une étendue proportionnée au semis que l'on veut faire. On couvre ce plancher de six à huit pouces de terre semblable à celle de la plantation ; on nivèle parfaitement avec le râteau , on trace sur lu longueur plusieurs lignes peu profondes, à neuf pouces de distance les unes des autres , et on fait sur ces lignes, a la même distance , des petits trous avec le doigt, dans chacun desquels on dépose deux graines que l'on recouvre bien légèrement de terre fine ; ce semis se fait aussitôt la récolte des graines.

Lorsque les graines ont levé on éclaircit le plant, c'est-k-dire qu'on ne laisse qu'un pied à chaque place, en choisissant le mieux venant; on repique les plants de ces éclaircis dans les trous où tontes les graines ont manqué. Le pivot de ces jeunes arbres , atteignant bientôt les planches qu'il ne peut pénétrer, se partage en plusieurs petites racines qui s'étalent et croissent horizontalement. L'année

suivante, si le plant est assez fort^ ou deux ans après s'il est trop faible , on transplante aux époques correspondantes y dans le terrain peu profond pour lequel on a semé, les sauvageons ainsi formés ^ sans les étêler, ni rien retrancher de leurs racines; seu-* lementona pris soin 'de défoncer le terrain dans toute sa profondeur, jusqu'au tuf ou jusqu'au roc. Le plant replacé à la même hauteur que sur les planches , continuera à pousser, et lorsqu'il aura rencontré l'obstacle, ses racines, quoique destinées à pivoter, s'étaleront horizontalement et végéteront parfaitement jusqu'à ce qu'elles trouvent un filon de bonne terre ou quelque fissure dans le roc où elles ne tarderont pas à pénétrer. Un moyen ana* logue a été employé en Champagne pour le semis du pin d'Ecosse et a parfaitement réussi. Lorsqu'cn a transplanté ces jeunes sujets on. les grefie à œil dormant sur le collet, si ce sont des arbres fruitiers* Lorsque enfin on est obligé de planter dans un terrain ou les eaux pluviales séjournent à peu de profondeur, arrêtées qu'elles sont par des couches d'argile ou de tuf, il n'y a pas en pareil cas d'amendement à employer ; il faut ouvrir des trous de six pieds de largeur sur quatre et même cinq de profondeur, afin d'enlever le lit d'argile ou le tuf que l'on remplace par une couche de cailloux d'une épaisseur de dix-huit pouces. On la recouvre de bonne terre, et on plante des arbres a racines traçantes , ou. k pivot , mais alors semés comme nous venons de le dire.

( La suite au prochain numéro. )

DOVERGE.

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