‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 15 sur 43 · CHAPITRE ONZE · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZE

l—Leur arrivée à Kébec. 2 — La manière dont elles furent reçues de Monseigr de Pétrée. 3 — Elles logèrent dans le couvent des Bses TJrsulines et pour quoy. 4 — Les hospitalières de Kébec qui estois au Montréal retournèrent dans leur monastère estant rappelées.

Enfin, après avoir essuye bien des peines et eschappe bien des périls sur la mer, elles entrèrent dans la Rivière (x) ; ce qui leur estoit un rafraîchissement pour boire de l’eau douce à souhait, qui auparavant leur estoit donnée par compte et . mesure quoy qu’elle fut méchante et quelquefois pleine de vers, qe qui est assez ordinaire sur la mer ; ceux qui en ont fait le trajet n’en seront pas estonnés. A quelques journées de Kébec leur navire fut vu. La nouvelle estant divulguée, plusieurs personnes allèrent au devant en des canots d’écorsfe à la mode du pays, pour voir leurs amis et savoir plutost les nouvelles de France. Le R. père Dequin, (y) supérieur des Jésuites, ayant su que Mademoiselle Mance estoit dans ce navire y alla en personne, et luy porta plusieurs rafraîchissements pour elle et ses hospitaliers qu’on disoit estre fort malades et dans un air pestiféré; ce qui ne fut pas capable de refroidir sa charité.

L’arrivée de ce Révérenjd père causa beaucoup de joie à ceux qu’il alloit voir; leur consolation cependant

x) dans le fleuve Saint-Laurent

y) Le père Jean de Quen, arrivé au Canada en 1635, et mort' le 8 octobre 1659, après avoir été sept ans Supérieur de sa communauté.

Mémoires de Sœur Morin

estôit diminuée par la triste crainte où ils estois que ce bon père ne prit la contagion, ce qui 11e manqua pas d’arnver; il gagna la fièvre pourpreresse (2) qui estoit dans cP bord. Eu arrivant à Kébec il fut contraint de se mettie au lit et mourut peu de joui's après, ce qui affligea beaucoup tout le monde, pour la perte d ’un si grand serviteur de Dieu, surtout nos chères mères et Jvl aüemoiselie Mance, sachhant qu’il avoit trouvé la mort dans la visite charitable set pleine d’honnêteté qu’il leur avoit rendue; elles arrivèrent devant la ville de Kébec et y jetèrent 1 ancre le be jour de septembre feste de la nativité de la très Ste "\ ierge en l’année 1659 comme j ’ay dit ci-devant. Je 11e vous dirai point, mes soteurs, ce qu’elles ressentirent de consolation intérieure de se voir enfin arrivées dans ce cher Canada où elles aspirois, el pour qui elles soupirois depuis plusieurs années. Je me persuade aisément, qu’elles renouvelèrent tous les saints désirs de sacrifier leur vie et toutes leurs consolations au service des pauvres malades, tant françois que sauvages, et de se priver de toutes les satisfactions les plus innocentes de la vie, croyant ce nouveau pays encore plus affreux qu’il n’ètoit, quoy qu’il le fut beaucoup alors et bien éloigné de ce qu’il est aujourd’huy, Etc.

La première visite qu’elles firent en mettant pied à terre fut à la personne de N.. S. au très St-Sacrement dans l’église cathédrale de Kébec, puis à Monseigneur l’évesque de Pétrée, vicaire apostolique dans toute la Nouvelle France, et depuis son premier évesque, qui les receut fort bénignement, les congratula de leur courage et leur dit plusieurs choses obligeantes, quoy que d’ailleurs il 11e fut pas trop aise pour les raisons que j’ay dit dans les premiers chapitres de cette histoire. Il leur ordonna de

z) la fièvre pourpre.

Années de l’Hôtel-Dieu

rendre visite à Monsr. D’argenson (a) pour lors gouverneur du Canada et aux Rses hospitalières piemier (o) cpie d’entrer chez les Rses Ursulines où il assigna leur demeure pour des raisons de prudence et aussy pour contenter l 'honnespeté et affection de ces Rdes Mères, qui 1 avois demandé à sa grandeur. Lorsqu’on su qu’elles estois sur la mer, les Rdes mères Hospitalières (c) luy demandèrent aussy en |*e de loger ses chères compagnes de la sainte charité; ce qu’il leur refusa, à cause des prétentions qu’avoit Monsieur de Quélus sur l’establissement du Montréal, qe qu,i n’a pas empesché, que 1 union en ait esté moins parfaite entre cette maison et la nôtre (d) dans la suite des années, ce qui au contraire en a formé une grande avec le couvient des Ursulines qui a continue jusqu au¬

d'huy. On nous prendrait aisément pour estre d un mes me institut par cet endroit. Toutes les soeurs qui nous sont venues de France ou retournées de Canada en Fiance ont logé chez elle et ont esté traitées comme de vraies soeurs, sans avoir voulu recevoir ni prendre aucune chose pour leur pension, Etc.

Nos trois premières mères y demeurèrent environ un mois (f) après avoir receu toutes les caresses et bon traitement qu’on pouvait faire dans ce pays. Elles y furent visitées des plus considérables personnes du lieu particulièrement de Monseig de Petree, de Monsr 1 abbe de Que-

lus et des Révérends pères Jésuites, cpii aurois bien voulu engager nos mères à s’unir a/ux hospitalières de Québec

a) Pierre Voyer, vicomte d’Argenson, gouverneur de la Nouvelle-France, de 1657 à 1601, mais arrivé en 1658 seulement.

b) avant que d’entrer.

c) de Dieppe, établies à Québec.

d) l’Hôpital Général de Québec- et celui de Montréal, f) elles arrivèrent à Montréal le 29 septembre.

Mémoires de Sœur Morin

(g) et prendre leur institut; mais connaissant leur fermeté dans leur entreprise ils firent descendre (h) les 2 Rses qui estois au Montréal, Monsr Souart, et Monsieur de St-Sauveur les acompagnèrent jusqu’à leur couvent. Monsr. Souart, qui estoit tout pour les filles de St- Joseph, remesna ces Rses bien volontiers. Pendant tout ceci Mademoiselle Mance estoit demeuré fort malade et se faisoit traiter dans une maison séculière de la basse-ville de Québec et comme elle prévit bien qu’elle ne seroit pas sitost preste que nos soeurs, elle leur conseilla de partir sans e'fles et de la laisser un peu se rétablir et les demoiselles de la compagnie qui estois aussy malades et beaucoup de monde dans la ville à cause du mauvais air que le navire avoit apporté, dont plusieurs moururent.

Elles s’embarquèrent dans une chaloupe avec Monsr A ignar, que Mond. seignr évesque leur avoit donnée pour confesseur en la place de Monsr. Le Maistre qui resta à Kébec. Je n’ai pu savoir le jour dé cet embarquement ni celui de leur arrivée à Kébec. (i) Seulement, ai-je. su de ma soeur Maeé qu’ils furent. 15 ou seize jours sur la rivière et qu’elle y communia le jour de St-Bruno, 6e octobre, (i)

Elles rencontrèrent la barque qui portoit les 2 Rses dont j’ai parlé et se firent beaucoup de caresses sans s’approcher plus près cîe 10 ou 15 pas, qui avoit le vent en poupe et marchait fort vite ; ce qui fut cause que les com-

g) C'est la seule fois que l’annaliste écrit Québec de cette façon.

h) Cette expression " descendre à Québec ” et cette autre " monter à Montréal ” se sont conservées jusqu’à nos jours.

1) Il s’agit sans doute Ici de Montréal.

j) Ceci paraît bien long; il est assez invraisemblable que la messe fut dite en route, car au beau temps on devait se hâter de se rendre à Montréal, et au mauvais temps, on ne devait pas célébrer l’office divin.

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pliments furent courts. Nos 3 chères soeurs arrivant à Ville-Marie, y furent reçues de Monsr de Chomedy, qui en estoit gouverneur, avec beaucoup de joie et d lionnesteté, qui se trouva à leur débarquement et les conduisit chez Madelle Mance.

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