CHAPITRE VINGT-ET-UN
La maison de Laval veut ravoir la Rde mère du Ronceray
et luy envoie son obédience, datée du.( ) De
Monseigr du Mans.
Le travail de la mère du Ronceray estant prêt d’expirer, nous fûmes bien surprises de voir arriver l’obédience de notre chère mère pour retourner en son couvent et cherchant les raisons de ce rappel nous n’en trouvâmes point d’autres, sinon que nos soeurs de Laval ne luy voulois point payer de pension, car aucune de nous n’avait rien fait pour 'cela ne pensant pas mesme qu’elle dût. jamais retourner en France, cela nous fit de la peine, premièrement de sa perte estant très vertueuse de grand, exemple, laborieuse et très capable de conduire une maison et y étoit année; en second lieu de l’exposer encore aux fatigues d’un chemin très fatiguant et aux périls d’une mer de douze cents lieues dont elle ne partait qu’avec frayeur, Nous conclûmes entre nous de ne la point laisser partir et de la garder sans pension, mais nos supérieurs en jugèrent autremlent et dirent que sa communauté 1 ayant mandée contre apparence de raison et que Monseigr du Mans, son évêque, l’ayant agréé, que la volonté de Dieu étoit assez connue et qu’on ne la devoit pas retenir malgré eux. Ce qui l’affligea beaucoup et luy fit verser des larmes pendant bien des jours jusqu’à son départ de chez nous ; quelques-uns ont cru qu ’elle avoit pleuré pendant un an et plus sans se pouvoir consoler et qiie sa plus grande peine estoit d’avoir contribué quelque chose à son retour, d’autres ont dit que cette bonne mère n’étoit pas tout à fait goustée par nos supérieures à cause qu’elle soutenait
im peu trop les sentiments du directeur de la maison de Laval contre les leurs, pour de certaines pratiques qui regardois le Canada. On fit donc diligence pour disposer toutes choses à son départ; une des plus grandes difficultés lut qu elle u’avoit point de compagnes. Ma très honorée soeur Le Jumeau s’offrit de retourner en France pour 1 accompagner par un amour tendre et d’estime qu’elle avoit pour cette chère mère qui, de sa part n’avoit pas voulu y consentir pour 11e pas priver notre monastère d’une personne dlont les mérites et la vertu étoit tout distingué et (jui s’y estoit donnée sans réserves. Il fallut enfin remettre la Rde mère du R on. se ray au soin de monsieur M’igeon (g) qui passait en France. Lequel s’en chargea agréablement comme bon ami, toujours prêt à nous faire plaisir et d’ailleurs homme de probité et fort considéré qui estoit juge du Montréal qui en prit tout le soin possible et la conduisit et accompagna jusqu’à son monastère aux frais de cette communauté avec justice puisqu’elle n’étoit venue que pour luy rendre un grand service dont elle luv sera éternellement obligée.
Nous demeurâmes dans un grand deuil de son éloignement. Ma Sr Le Jumeau en a souffert mort et passion et ne pouvoit calmer son esprit tant cela luy paraissait extraordinaire: toute sa vertu fut opprimée dans l’excès de sa douleur. ( h ) N. Rde et très honorée mère Macé fut élue supérieure en sa place à son grand regret fit son ordinaire prenant pour elle tout ce qui luy avait de plus pénible à faire dans la maison, et à son usage le plus pauvre
g) Jean-Baptiste Migeon Sieur de Branssat, qui, après avoir épousé Catherine Gauchet de Belleville, ancienne novice de l’institut. mourut à Ville-Marie en 1693.
h) Il est intéressant de noter la différence entre la phraséologie du texte original et celle du texte reproduit par l’auteur de la aoihnn('üœ)œ(rs-etaoinshrdlucmfwyp hthe kquick brown fox la Vie de Mlle Mance, t. II. p. 21.
et moins bon comme l’office de la cuisine, diepense, basseoour, lessive des habits à proportion on aurait eu granc peine à connaître sa première étoffe. Ma très honorée soeur étoit d’autant plus admirable dans son humilité et pauvreté que notre maison ne subsistait que par les présents de Monsr. Macé, son frère, qui ont été assez considérables pour luy donner justement le titre de fondateur, puisqu’il nous a donné et procuré par ces pénitentes, la valeur e plus de trente mil livres. Jamais elle ne se prévalut de tous ces avantages et témoignait qu’on ne luy fesait pas plaisir de luy en parler pour la porter à se soulager dans des peines qu’elle sq donnait en tout et se donner le nécessaire disant qu’elle avoit toujours trop ses commodités et donnait mauvais exemple à ces soeurs par la, ces sentiments rendois le mal incurable et n’accordait rien a tout ce qu’on luy demandait pour son soulagement Plusieurs armées se passèrent die la sorte, trois ans en supériorité, et puis ma très honorée soeur Le Jumeau luy succéda en l’office; c’étoit quelque chose de charmant de voir les manières humbles et lionnestes dont elles se prévenais 1 une et l’autre, entrant dans tout ce qui étoit de bien commun et particulièrement le temps et les années n a rien changé dans leur conduite qui a toujours été un modèle de vertus religieuses des plus éclatantes. Sept à huit années se passèrent ainsy se relevant l’une après 1 autre dans la supériorité de 3 ans en trois ans (?) dans les peines qui leur étois causées par la pauvreté die la maison, qui étoit grande, les froids de l’hiver excessifs et la crainte continuelle d’estre prises par les Yrocois qui I emportait encore beaucoup sur tout le reste.
Nous avions aussy plusieurs malades et blessés, ce qui
i) Les Soeurs Macé et Le Jumeau furent alternativement supérieures de 1672 à 1692, la première durant quatre termes dont deux consécutifs, et la seconde durant trois termes dont deux consécutifs.
Mémoires de Sœur Morin
obligeoit à veiller la nuit très souvent, ce qui fatiguait beaucoup, vu le petit nombre que nous étions de filles; mais N. b. nous consola par l’arrivée de nos chères soeurs Ballant (j) et Maumusseau (k) que Monsr. Macé nous envojra de notre monastère de Beaufort à notre secours qui ont rendu bien du service à celles-ci par leur ferveur, bonne santé et autres talents, plus encore par leur vertu dont je ne dirai rien de particulier pour ne pas choquer leur modestie et aussy à cause que j’ai parlé d’elles ci-devant, elles s’accoutumèrent bientôt aux vivres et nourritures du pays quoy que mauvaises ; mais s’estant données à Dieu pour ne jamais manger de pain elles se sont trouvées heureuses d en avoir de bis et de mauvais goust, et de se voir privées des douceurs de la France pour l’amour d’un époux qui a tout fait pour elles. Mais je ne peus passer sous silence, combien le Seigr. les favorisa dans leurs routes qui furent toutes agréables et courtes n’ayant esté que deux mois de se rendre chez nous à compter dû jour qu’elles sortirent de leur monastère de Beaufort en Vallée, ce qui est très rare. Quelques années après leur arrivée, on se résolut de bastir un monastère. La maison où nous estions estant tout à la fois mauvaise, bien froide et trop petite, mais on n osait l’entreprendre, faute de quoy fournir à la dépense journalière que Monsieur Macé s’y opposait toujours disant que nous ferions comme l’homme dans l’évangile qui entreprit de bastir sans moyens, que J. C. condamne; pendant ces délibérations si on commencerait ou non, Dieu nous donna un nouvel évesque Monseigr. de St- Val -
j) La Soeur Charlotte Gallard, originaire d'Angers, arriva à Ville-Marie le 1er août 1679 et y mourut le 10 mars 1725, étant supérieure.
k) La Soeur Françoise Maumousseau, née à Beaufort, en France, arriva le 1er août 1679, mourut le 16 janvier 1704, âgée de 53 ans, après avoir été supérieure de 1696 à 1702.
Annales de l’Hôtel-Dicu
lier, Monseigr de Laval s’étant volontairement démis (l) de l’évesclié de Kébec en sa faveur, d’ailleurs homme d’un mérite tr(s singulier et de vertu consommée.
1) en 1685