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A os premières Mcres se resoudent à bashr et se loger J
Monseigr. de St-Vallier (m) estant arrivi à Ivébec ne ^ tarda guère à monter à Ville-Marie qui est un lieu d'es plus estimés du Canada, tant par sa beauté que pour le commerce avec toutes les nations sauvages qui arrivent ici de tous côtés pendant l’esté pour y acheter leurs besoins, qu'ils payent en pelleterie qui est aussy estimée ici que les louis d’or le sont en France, ce nouvel évesque nous témoigna prendre grande part à nos intérêts et nous conseilla d'e commencer à bastir et nous assura qu’il avait obtenu de la cour mil escus pour cela, qu’il fallait mettre la main à l’oeuvre sans différer, se chargeant au reste d’apaiser Monsr Macé s’il s’v opposait encore, mais qu’il ne croyait pas voyant «pie Sa Majesté voulait bien aider que e'étoit à la prière de mon d. sieur Macé qu’il en avait fait la demande, Sa Grandeur pria elle mesme Monsr le Bailley (■»•) prestre du séminaire de St-Sulpiee de Ville-Marie, habile architecte qui aussy tost fit le plan d'n batiment et peu après on commença à faire amasser des pierres et autres matériaux nécessaires, mon dt. Seigneur ne voulant point qu’on différât de faire travailler ne pouvant trop s’étonner comment on avait pu demeurer pendant pl us de trente années d'ans si pauvre et méchant taudis.
m) Mgr. de Saint-Valier, évêque nommé de Québec visite Ville-Marie au commencement de 1686.
n) M. Guillaume Bally, suipicien, arriva au Canada en 1666, et après avoir été aumônier de la Congrégation de Notre-Dame fut rappelé en France en 1691 et y mourut en 1696,
Annales de PHôtel-Dieu
Notre chère soeur Maumusseau fut mise dépositaire aux offices de septembre suivant de l’année (o) laquelle pleine de zèle d’e rendre service à toutes ces soeurs et de les loger commodénlent de l’agrément des supérieurs fit creuser les fondements du bâtiment et ensuite maçonner, c'est tout ce qu’on put faire avant le froid en bonne saison; on en demeura la jusqu’au printemps d’après qu’on recommença à travailler, on me chargea du soin de cet ouvrage à cause que ma chère soeur Maumusseau ne connaissant pas encore bien le pays elle avait peine à trouver des matériaux nécessaires qu’à des prix fort haut. Quand je pris cet office les fondements étois faits et nous com- ^mençames à travailler par ce qu’on appelle à raz de chaussée, on mit six maçons à faire la grosse muraille et plusieurs tailleurs de pierre à faire les portes et fenestres qui estois en bon nombre puisque notre bâtiment a 130 pieds de long à trois étages et 31 pieds de large par dedans les murailles afin de faire un, dortoir double, le grenier au-dessus grand et vaste qui fait le 4e ont 60 pieds de long soubs la cuisine le réfectoire et un bout de la communauté toutes voûtée de pierre avec des soupiraux ou fenestres voûtées de pierre die taille grandes et larges qui mettent un grand jour dans les caves au bout du bâtiment sont deux pavillons de chacun 25 pieds de long et 31 de large, ce qui fait en dehors la figure d’un T tous semblables au grand corps de logis pour la hauteur et largeur.
Gecy nous fait connestre, mes très chères soeurs, la grandeur et la confiance de nos premières mères et la perfection de leur obéissance n’ayant entrepris tant de dépenses à faire que ' par respect au sentiment de notre nouvel évesque qui nous aida aussy du sien à la suite et la sainte Providence y a si bien mis la main qu’on l’acheva
o) Probablement en 1687, année d’élection triennnale.
Mémoires de Sœur Morin
après y avoir mis plus de 60 mille livres; et 4 mois après (p) brusla d’un bout à l’autre et presque tout ce qui estoit dedans et nous réduites à demander le couvert et la vie pour l’amour de Dieu pendant neuf mois.
Je reviens à notre bâtiment, aussitost que le premier estage en fut fait, la cave voustée et une partie du dortoir, nous y vînmes loger, afin de nous mettre un peu au large et commodément ; cela se fit. en cérémonie le 21 novembre de l’année 1694 processionnellement et la maison béniste par monsieur notre confesseur, ce qui n’empescha pas que nous n ’y ayons esté troublées par un démon ou autre méchant esprit (g) qui courait la nuit d’une place à
l’autre tantôt comme un homme sans teste qui marchait dans le dernier estage de fenestre en fenestre, une grosse chandelle en sa main, mais si claire que ceux qui pas-
sois dans la rue le soir et la nuit le voyait et nous le ve¬
nais dire; il faisait grand bruit comme s’il avait renversé des tas de bois de menuiserie qui estois sur les antrets comme s’il les avait renversés et jetés à bas, ce qui effrayait les passants; d’autres fois il travaillait de la hache et de la scie dans le plus haut de la maison comme un charpentier, les nuits entières, après il courait sur le plancher comme un jeune cheval qui court la poste, dans trois fois il marchait comme un homme chaussé avec des sabots le long du dortoir. Un soir que je m’étais aller coucher avant le temps, ce malheureux esprit entra en ma chambre et vint au pied de mon lit, puis sortit aussi tost ; Dieu sait si j’eus peur dlans ce moment si douloureux. On l’a
p) Dans la nuit du 23 au 24 février 1695.
q ) M. l’abbé Faillon, dans sa vie de Melle Mance, qui est en fait l’histoire de l’Hôtel-Dieu, ne fait aucune allusion à cet incident singulier sans doute parce qu’il en a jugé le récit un peu puéril. Nous reproduisons le passage tel quel afin de ne rien enlever à l’intégrité du texte historique dont nous avons entrepris la publication.
de St-Vallier, évesque de Kébec, dbnt j ’ay déjà parlé, aren tendu plusieurs fois monter et descendre le grand escallier comme s'il avait esté bien pressé et après rouler une barique vide du haut en bas, ce qui nous mettait toutes aux abois de la mort par la frayeur qu’il nous donnait; c’est aussy tout le mal qu’il nous a fait, grâces au Seigneur, depuis que notre monastère a bruslé on n’a rien ouy qui ait pu troubler la tranquillité de nos coeurs, souffrez, mes chères soeurs, que je répare ici la faute que j’ai faite de ne vous avoir point parlé dans son rang de la réception de notre chère soeur Marie Archambault (r) qui a esté un modèle de vertu dans cette communauté; elle y fut reçue âgée de 28 ans (s) pour estre soeur domestique; elle passa les deux premières années en cette qualité avec toute l’édification qu’on pouvait désirer d’une fervente novice qui étoit toujours preste à prier, ayant un grand don d’oraison, à obéir avec une soumission qui luy empesehait tout sentiment contraire, toujours preste à s'humilier et mortifier et à l'estre par les autres de quelque part (pie cela put venir. On aurait aisément cru qu’elle n’avait point participé au péché d’Adam,, si, la foy ne nous enseignait pas le contraire, ne voyant en cette fille que des inclinations au bien ; ce bon naturel joint à la bonne éduca tion que luy donnèrent ses parents qui estois très chrétiens dans leur conduite particulièrement, sa bonne mère femme de vertu et fort estimée dans le monde en fit un sujet excellent, en qui on trouva presque tout fait quand elle entra en religion et de grandes dispositions aux vertus sublimes que chacune de nous remarquait avec plaisir et consolation. Peu avant le temps de sa profession, Mpnseigr.
r) Soeur Marie Geneviève Archambault, née en 1666, fille de Laurent Archambault et de Catherine Marchand, fit profession au commencement de 1686 et mourut le 4 octobre 1687.
s) Elle n’avait pas encore 22 ans lorsqu’elle mourut. Tanguay, I. p. 11.
Voir
Mémoires de Soeur Morin
riva à Montréal. Une des premières choses qu’il fit fut de faire sa visite chez nous, et parler à toutes les soeurs, qui demeura si charmé et édifié des dispositions de grâces où il trouva notre chère soeur Marie Geneviève Archambault, qui crut à propos pour la gloire de. Dieu et le bien de notre communauté de luy faire faire les voeux en qualité de soeur hospitalière. Sa Grandeur en parla aux supérieures, qui entrèrent en son sentiment volontiers, on en parla ensuite à la fille qui y trouva plus de difficulté et plus de raison que son humilité luy fournissait, qu’elle exposa confidemment à mon dt. seigneur, lequel luy dit que c’étoit la volonté de Dieu, qu'il n’en doutait point, et sur cela la fit mettre en retraite pour se disposer à son sacrifice. Là elle se soumit à ce qu’on demandait d’elle et fit les voeux comme hospitalière avec une dévotion d’ange par pure soumission, je ne cacherai point à mes chères soeurs de France que notre communauté d’ici trouva ce changement bien nouveau et n’en fut pas autrement content pour des raisons que je ne dirai pas.
Ma soeur Archambault ne changea point de conduite, quoy qu’elle eut changé de condition, elle fut aussy humble et laborieuse qu’elle l’avait esté auparavant; on luy en laissa faire l’office par nécessité de sujets, mais jamais on eut besoin de l’y pousser, s’y portant cTelle-mesme avec la dernière promptitude, elle se rendit exactement à l’observance et office du choeur et le reste du jour travaillait sans relâche aux offices domestiques, prévenant ses compagnes aux offices domestiques pour les soulager en tout. Elle avait sa soeur aînée ( t ) parmy elles à qui elle a toujours porté bien du respect et déféré à ses sentiments se trouvant humiliée de se voir au-dessus d’elle dans la Religion. Son changement die condition luy estoit un surcroît de peines pour tout, elle l’a dit elle-mesme plusieurs fois agréa-
t) Catherine Archambault, soeur domestique.
Annales de l’Hôtel-Dieu
blement, et chacune de nous en convenait sans peine. Jamais on a vu une humeur plus égale que la sienne, portant toujours un visage gai et content en tout temps, où on lisait la paix et tranquillité de son âme; les personnes qui ont connu son intérieur et gouverné son âme, ont assuré qu’elle ne perdit jamais la presence de Dieu et que son union avec luy étoit continuelle, sa dévotion n avait rien d’incommode ni qui tendit à singularité; elle ne priait et, ne jeûnait pas plus que les autres, elle parlait peu souvent au directeur et y étoit peu de temps à la fois et quand on luy en demandait la cause par récréation, voicy ce qu’elle répondit: quand je me dispose à parler à mon directeur et luy rendre compte de moy, c’est pour luy faire connestre si j ’ai esté fidèle ou infidèle aux attraits de la grâce et cites desseins de Dieu sur moy, parmy une foule de pensées qui me viennent, je choisis ce qui me parais le plus nécessaire pour luy donner lumière sur mon état pressant et laisse tout le surplus dans le silence.