I. — De l oraison de ma Sr de Bresoles > 2— de la durete
qu’elle avoit sur elle-mesme. 3. — son détachement des
créatures qui lu y estais les plus chères, 4 — sa mort.
Après vous avoir fait connaître mes chères soeurs quelque chose delà conduite que Dieu a tenue sur notre très honorée soeur et très chère mère de Bresolles comme il l’a attirée à luv et gagné son coeur dès son enfance, les grands pas et démarches que l’amour luy a fait faire pour secinder ses desseins de grâces et de sanctification sur elle dans un âge plus avancé que son divin époux la mesna dans les solitudes de La Flèche et de Laval, particulièrement dans le Canada afin de parler à son coeur et en recevoir de luy mille caresses sans y estre occupée de parents et amis et autres créatures; ce qu’elle éprouva très sensiblement. Mais comme Notre Seigneur nous a marqué de son amour plus sensiblement par toutes les peines qu’il a bien voulu souffrir pour nous pendant sa vie mortelle ; aussy ses servantes fidèles animées de son esprit de pénitence travaillent incessamment à mortifier leur chair qu’elles regardent comme l’ennemie de
J. C. qui les porte toujours à se contenter elle mesrne. Celle dont je parle ici pourroit passer pour un modèle excellent de cette vertu puisqu’elle a embrassé un estât dont toutes les fonctions et oeuvres journalières sont répugnantes aux sens et à la nature ; ce qu'elle a soutenu avec courage et ferveur admirable comme il a paru d!ans tous les devoirs de charité qu’elle rendoit à ceux qui estois proche d’elle dont elle fesoit ses délices n’envisageant jamais que la personne de N. S. en eux ; étendant encore sa charité sur les pauvres absents et affligés de quelque manière que ce fut jusqu’à la mort; mais ne se trouvant pas contente de cela y ajoutoit la pire des disciplines les chaines de fer et autres macéra-
fions qui estois son pain quotidien malgré toutes ses fatigues avec laduret. du lit et la nourriture pauvre et de mauvais goût, les lères années qu’elle a esté à Montréal. Quant à moy je croy que son ardeur pour la pinitence estoit si grande en elle qu’elle luy a esté un sujet de faire plusieurs fautes contre la soumission et l’obéissance qu’elle devoit au confesseur delà maison, qui n ’estoit pas content d’elle par cet endroit, ni la supre quand elle en 'eut quitté l’office. Je im dirai rien de la pauvreté de ses habits qui estoit telle qu’on auroit eu peine d’y trouver quelque peu de la première estoffe à cause que cela estoit semblable à ces deux chères compagnes mes soeurs Maeé et Maillet. Je ne cacherai pas ici que notre chère sr. dont je parle a quitté pendant un temps Monsr. Souart notre confesseur et se eonfessoit et dirigeoit à un autre uniquement parce qu’il n’approuvoit ce qu’elle vouloit au fait de la mortification, qui la rendoit un peu trop singulière dans la communauté et advançois ses jours. Ceci arriva quelques années avant sa mort; plusieurs ont cru que son esprit estoit afaibli ce qui la porta à faire ces choses qu’on ne peut approuver et encore moins louer et qui est une tache à sa mémoire dans une personne si pleine de vertus.
On remaïquoit aussy net des discours et manières qui tendois à l’enfant dans sa conversation ce qui n’étoit pas causé par son grand âge qui n’a pas esté jusqu’à 60 ans mais par d’autres causes qui sont aisées à comprendre. De ce temps-là. Elle entreprit une manière de vivre aprochante des Sts hermites de la thébaïcle, elle ne mangeoit que des croûtes et morceaux de pain de restes des srs et des malades quelle fesoit boueanner dans la cheminée pendant plusieurs jours elle se fesoit potages de ces croûtes dans un petit pot de terre avec des herbes amères, sans autres assaisonnements qu’un peu de sel disant et voulant nous faire croire que cela estoit pour sa santé et des salades d’herbes dégoûtantes qu’elle mangtoit avec du vinaigre pour les mesures desseins.
Mémoires de Sœur Morin
Si elle mangeoit quelque net it morceau de viande c’étoitdans la mesme sauce de la fumée et de la siiie. Le mettant plusieurs jours dans un trou de la cheminée auparavant, ce qui l’empêchoit de prendre ses repas avec les autres aux heures marquées, ce qui prouve assez que son esprit étoit baissé considérablement. Quand ePe mangeoit avec nous au refectoir c’étoit par faveur et complaisance ce qui arrivoit rarement. Elle a gardé ce régime de destruction de la nature bien des années, quelque chose qu’on pût faire pour l’en empêcher; car cela nous peinoit beaucoup, niais tout ce qu’on put faire pour cela inutile trouvant des raisons et des biais pour y faire consentir les supérieures qu’ils ne pouvois luv refuser et gagnoit toujours leur consentement : avouant euxnlesmes n’y pouvoir résister. Je reviens sur mes pas pour quelque chose de son détachement des personnes qu’elle aimoit le plus en Dieu comme je l’ai promis car ses plus proches parents luy estais si indiférents qu’elle n’écrivit à aucun d’eux depuis qu’elle fut en Canada, Huit années après, Madame de la Basne sa tante luy envoya un petit balot d’ornements pour notre église qu’on estima valoir au moins six cent francs et cent eseus, qu’elle luy promit pour aider à faire un soleil à exposer N. S. sur l’hostel, qu’elle envoya en mesme temps Monsieur Macé à Paris notre bon amy qui remplit son intention qu’elle savoit estre en nos intérêts.
Pour lors ma chère Sr. de Bresolles crut estre obligée de remercier sa chère tante et luy écrivit poui cela. Le R. Père Diet, qu on peut dire avoir esté son tout après Dieu, peut bien tenir le premier rang dans ces détachements, luy qui l’avoit conduite dès son enfance et luy avoit fait faire des pas de géant dans la perfection pou1- suivre les atraits delà grâce, à qui elle s’étoit, confiée parfaitement et obéissoit aveuglement en tout ce qui regarde l’oeuvre de sa sanctification, qui l’a dirigée toute sa vie le regardant toujours comme l’interprète fidèle des desseins de Dieu sur elle, regardant tous les autres directeurs proche comme les supplé-
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ments de ce K. Père, qui dj sa part l’estimoit beaucoup. J ’ai déjà dit avoir vu de ses lettres qu’il écrivoit à Madame d’Aillebout en parlant de cette chère soeur il dit, qu’il la croit une des plus grandes servantes de Dieu qui fut sur la terre présentement. C’est à la vérité un grand éloge et qui a beaucoup d’éclat sortant de la bouche d’un sy grand homme. Il écrivoit tous les ans une petite lettre à sa fidèle disciple pendant qu’il a véscu et elle luy répondit de mesme ce qui a fini 2 ou 3 ans au plus avant la sienne.
Ma Sr Bresolles a voit fait de grandes liaisons spirituelles avec plusieurs soeurs de nos couvents de La Flèche et de Laval où elle avoit demeuré 7 ou Sans, elle luy écrivoit des lettres les plus tendres tn amitié et pleines d’estime sans qu’elle parut estre touchée et disoit ordinairement: ce sont des paroles que tout cela qui sont obligeantes et pleines de ^ bonté de ces chères srs. pour moy que je ne mérites pas. mais elles ue pensent pas que cela ne me convient pas puisque je suis venue en Canada pour chercher et goûter Dieu tout seul ; et soutient ce commerce peu d 'années ne faisant plus de réponses, plusieurs années avant sa mort elle a cessé tout commerce; les lettres disant quec’étoit du temps perdu et fort mal employé a moins qu’on y fut obligé par quelque bonne raison deehaiité et d’obéissance ; ce quel avoit pratiqué toute sa vie. Dans sesdernièies années ne pensa plus qu’à faire honorer le St Enfant Jésus et à le faire elle mesme de tout son coeur. Ou luy donna l’office de première portière, ce qui favorisa bien sa dévotion car elle fit une chapelle sur la margelle d’un vieux puits qui estoit sans eau dans une cour de l’hospital y mit l’image du St Enfant conviait toutes ses srs, ses amis, les enfants, mesme les sauvages à aller l'adorer en ce lieu pauvre qui représentoit en cela la crèche de Bethléem. Pour elle on peut dire quec’étoit son lieu de repos et de délices pour l’âme y goûtant beaucoup de consolations, y prenant aussy ses récréations après les repas, y fesoit souvent ses méditations et récitoit son office, ce qu’on luy per-
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mit à cause que le parloir étoit loin de la maison pour son soulagement. Enfin la mort la prit dans ses exercices si saints. Un soir après souper qu’on ehantoit un salut au choeur pour demander à Dieu la victoire pour M]ons. le Marquis de Denonville qui étoit en marche avec une grosse armée de français et sauvages pour aller sacager les Yroquois nos ennemis, une personne séculière vint avertir dans la salle des pauvres que la mère de Bresolles étoit tombée morte proche la grille du parloir, on y courut à l’instant et on la trouva sans paroles et sans jugement le visage si contrefait qu’elle avoit la bouche près de l’oreille. Nous la portâmes dans la chambre commune, bien triste de voir cette chère mère en cet estai. Le lendemain N. S. luy redonna la raison, par les remèdes qu’on lui fit; reçut tous les sacrements de l’église en des dispositions très sainte témoignant un grand contentement de mourir dans l’espérance de jouir bientost de Dieu et de mettre fin au péché en elle qui étoit sa prière plus ordinaire et le plus ardent désir de son coeur. Elle mourut le troisième de la maladie le premier jour dé juillet de l'année 1687. Il faudroit un historien plus habile que moy pour dire ici et nous faire connoistre mes très chères soeurs la douleur que tout le peuple du Canada fit paroistre de la perte de cette grande hospitalière et vraie servante des pauvres. 11 y en eut peu qui ne la pleurèrent comme leur mère, mesme les sauvages qui vinrent à troupes la voir exposée dians le choeur, comme les autres personnes, qui témoignèrent tous unanimement avoir une estime particulière de sa vertu et de son mérite devant Dieu; ce qui est bien fondé de sur aussv grandes oeuvres que celles que cette âme généreuse et fidèle à faites pour Dieu.