‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 34 sur 43 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La famille de ma soeur Catherine Macé et son entrée en la C’est ici li segonde supérieure de cette maison de Viile-

maison de. nos soeurs de La Flèche.

Marie, qui la pouvoit bien dire son insigiie bien factrice pour les raisons que je dirai ci-après dans le cours de mon

histoire.

Notre très honorée et très chère mère Macé étoit de la ville de Nantes en Bretagne, de très honnêtes parents. Je ne luy ai jamais ouy parler de leur condition; mais plusieurs personnes qui disois les avoir connus m’ont dit qu’ils étois marchands.

Ses bonnes inclinations, et l’attache pour la vertu qui luy étoit comme naturelle font bien connoitre que Messieurs ses parents prirent un grand soin de son éducation et qu’elle en profita. Je ne luy ay jamais ouy raconter ancunes choses et particularité de son enfance, qu’elle eut dit ou fait, ayant pour maxime de ne point parler de soy ni des siens. Mais dans l’entretien familier que j ’ay eu avec elle pendant plusieurs années, elle a échappé à son humilité quelques paroles qui ni Tnt fait connoitre qu’elle a aimé Dieu dès sa tendre jeunesse et pris ses plus doux et agréables entretiens avec luy d’ans la prière dans de petits oratoires cachés qui étois dans la maison de son père; d’où elle ne sortoit point que pour entendre la Ste messe et pour assister au service divin les testes et dimanches.

Je ne croy pas qu’elle ait jamais fait une promenade, visites ou autres parties de plaisirs innocents, par des sorties inutiles dont elle avoit une espèce d’horreur naturelle ment ; ce qui fait connoitre la grande pureté de corps et d’âme dans laquelle elle a vescu dans la maison de Mr son père qui étoit aussy des mieux réglées pour le service de Dieu, de toute la ville de Nantes, etc.

Mémoires de Sœur Morin

Elle passa ainsy sa vie jusqu’à vingt ans dans la retraite la prière et le silence, demandant à Dieu qu’il luy fit connoitre le lieu où il vouloit qu’elle se consacrât tout à luy.

Elle apprit par quelques Révérends Pères Jésuites qu’il 3 avoit dans la ville de La-Flèche en Anjou, une communauté naissante d 'hospitalières soubs la protection du grandi St Joseph, qui promettoit beaucoup. Son coeur fut pénétré de consolation et de désir de se joindre à elles aussy tost qu’elle eut ouy le sentiment d’estime que ces R. Pères en avois et les prit pour médiateurs afin de luy procurer le bonheur d’y être reçue Ce qu’ils n’eurent, pas de peine à obtenir, à cause du grand récit qu’ils firent de la bonne et vertueuse Mademoiselle Catherine Macé. Quand elle eut su que nos soeurs de La Flèche la recevois si agréablement, elle fit toutes ses diligences pour s’y rendre incessamment, parla à monsieur son père qui eut beaucoup de peine à consentir que sa fille s’éloignât tant de luy, qu’il ne pou voit gouster; luy disant qu’il y avoit assez de couvents dans leur ville pour contenter sa dévotion, de se donner à Dieu sans luy faire le chagrin d’aller en Anjou pour ne la voir jamais plus. La fille affligée parloit par ses larmes et disoit à Monsr son père que toute son inclination étoit poulies hospitalières de La Flèche ne pouvant se résoudre de choisir un autre couvent.

Mr. Macé frère, qui étoit lors jeune ecclésiastique, voyant que le père et la soeur étois de différent sentiment, se mit entre eux deux pour les accorder. Pour cela il parla fortement à sa chère soeur et la porta de faire ce que son père souhaitoit d’elle et de se faire religieuse dans la ville où il y avoit tant de couvents à choisir. Mais notre chère postulante ne l’écouta point, demeurant ferme comme un rocher quelque bonne raison qu’il luy pût dire. Ce qui obligea ce très cher frère de porter Monsieur son père de permettre à sâ fille d’aller en Anjou où elle étoit si fortement attirée.

J1 y consentit enfin, après bien des instances de son fils, etc.

Quand elle sut que Monsieur son père avoit consentit à son départ elle ne perdit pas un moment pour disposer toutes choses, pour le voyage et partit aussy tost et se rendit à La Flèche où elle fut reçue avec beaucoup d’agrément et la dixième d,’e tout l’institut qui étoit encore dans le berceau. Notre chère postulante se voyant dans la maison tant désirée de St Joseph mit la main à l’oeuvre et comme une grande ouvrière s’appliqua à ce qui est déplus grand dans la maison de Dieu, savoir: d'e rechercher et se procurer l’advantaged’y estre la dernière de toutes. Elle briguait tout ce qui étoit de plus bas et pénible dans la maison cherchait la compagnie des soeurs domestiques et l’office de les aider et soulager en tous leurs emplois les plus laborieux, et aussy les plus dégoustants auprès des malades.

Notre première mère de La Ferre, qui avoit un très bon discernement, conçut de grande espérances de sa vertu et la regarda toujours comme un modèle des vertus les plus sublimes que N. S. a le plus chéries et pratiquées, pendant qu’il étoit sur la terre, par sa vie inconnue au monde et cachée en Dieu. Ce qui fesoit le plus fort, le plus doux attrait de son âme qu’elle a porté dans la pratique, jusqu’à la mort avec la mortification ou la plus universelle de tous les sens qu’on puisse guère soutenir dans la vie spirituelle; et tout cela sans aucune considération sensible ; e ’est le témoignage qu’ont rendu d’elle ceux qui ont gouverné son âme et qu’elle portoit toujours des états intérieurs très pénibles, craignant les jugements de Dieu comme auroit pu faire un grand pécheur abandonné au vice.

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