‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 36 sur 43 · C II A P I T R E T R 01 SI E M E · texte numérisé non relu

C II A P I T R E T R 01 SI E M E

Quelques r emarques sur les vertus de via soeur Macé et sa mort.

Notre très honorée et chère mère Macé avoit de 1 estime pour tout le monde. Elle jugeoit bien de toutes Rurs actions et intentions, mesme en certain cas, où les autres f"t juge-ois mal. Elle vouloit qu’on crût qu’ils voulois le bien et non le mal en quoy elle paressoit excessive quelquefois et poussoit sa cl arité à un degré qui n’étoit bon que pour elle.

On ne peut rien adjouter à l’amour et tendresse qu’elle avoit pour toutes ses soeurs; son plaisir le plus grand auroit exté de les décharger de toutes les peines et du travail du corps et de l’esprit, et de le prendre sur elle. Quandl on se plaignoit de ce quelqu’une, soit qu’elle eut fait ou manqué de faire quelque chose, elle l’excusois en son action tant qu’elle pouvoit et ne pouvant le soutenir elle se jetoit sur l’intention qu’elle vouloit persuader avoir esté bonne, et partant digne des excuses. Cependant elle mettait un si juste tempérament à tout ce qu’elle fesoit, que quand elle étoit supérieure, elle corrigeait exactement les fautes contre la régularité et la charité mutuelle et y mettait tant d’assaisonnement par son humilité et sa douceur, qu’on ne pouvoit en avoir du ressentiment ou s’en troubler. Son silence et recueillement étoit si grand et parfait qu’à la regarder seulement avec un peu d 'attention, on se trou voit, confus d'y manquer.

L’amour de la sainte pauvreté n’étoit pas moins en elle. J ’ay déjà dit que ses robes et autres hardes n’étois q\;e pièces d’un bout à l’autre; ses chausses et soulliers étois fort souvent liés avec des cordes. Je ne me souviens pas de luv en avoir vu de- neufs qu’une fois.

On ne pouvoit pas gagner cela sur elle et fesoit si bien

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([il elle persuadoit à ceux qui avois du pouvoir sur sa personne que c’étoit pour sa commodité qu’elle ne se servoit que de ce que ses soeurs avois laissé comme usé et hors d’estat de s’en servir. Elle amassoit. tout cela et quand les siens ne pouvois plus tenir en ses pieds, elle trouvoit en ses savattes ce qu’elle désiroit. Son petit lit étoit composé d’une paillasse et d’un matelas, avec une couverte, un traversin de paille, un oreiller de coton diu pays sans rideaux,, que dans la plus grande rigueur de l’hiver. Sa chambre étoit la plus iroide et malcommode. Ses meubles consistais en une table

faite à coups de serpes avec un billot ou . de bois

pour s’assoir. Ce qui fait connoitre combien elle étoit éloignée de se prévaloir du bien que M. Macé, son frère, fesoit à la maison à sa seule considération que l’on a cru avoir esté a la somme de 37 à 38 mil livres; ce qui auroit pu luy mériter le titre de fondateur bien justement, et attirer à sa chère soeur plusieurs advantages qui font plaisir à la nature. Bien loin d'en user ainsy elle y a toujours travaillé et fait l’office de converse pendant qu’elle en a eu la force et la santé; ce (pii a duré 30 années pour le moins, après quoy les supérieurs luy défendirent et elle se soumit enfin à cause de son grand âge de 72 ou 73 ans: ce qu’ils ne purent gagner plutost sur son esprit.

Depuis ce jour elle ne pensa plus qu’à se préparer à la mort et il plut au Seigneur pour l’y mieux disposer luy envoyer la plus sensible croix qu’elle auroit en ce monde, qui fut l'incendie général de notre monastère avec presque tout ce qui estoit dedans l’hospital, en mesme temps et tout ce qu'il possédait pour la vie et commodité des pauvres malades. Qu’elle vit brusler devant ses yeux, le 2de février 1694, t'este de saint Mathias, vers les trois heures du matin. On peut bien se persuader quelque chose du - coup douloureux <[u 'elle recevait en ce moment de voir réduire en cendres une maison qu’elle aimoit si tendrement pour quoi elle avoit tant travaillé, pour laquelle Mr. Macé, son frère, avoit espui-

sé sa bourse et une partie de celles db ses amis, pour fournir à la dépense. Et cela 4 mois seulement après que le bâtiment en fut achevé, qu’on commençait à gouster la douceur d’une maison régulière et commode.

Je vous laisse à méditer là-dessus, mes très chères soeurs, les desseins impénétrables du Seigneur à tous les hommes.

Pour revenir trouver notre très chère soeur Macé. forte et constante, qui consoloit la supérieure et toutes ses soeurs, qui estois déjà au nombre de 30 sur le pavé du Canada, c’est à dire dans la neige, une partie sans habits, toutes sans vivres et obligées de demander le couvert et du pain qui nous fut donné par une communauté de filles séculières qui nous logèrent chez elles avec bien de la bonté. Nous y demeurâmes pendant neuf mois entiers, mais comme j ’ay le dessein de vous 'envoyer une copie de ce que j ’eu écrirai lors si Dieu me laisse vivre encore quelques années, je finis sur cet article pour venir trouver notre incomparable mère Macé, qui pensa mourir de douleur de se voir obligée d’aller dans la rue rendre visite à Mr. de Callière, gouverneur de Ville-Marie, qui la voulut voir chez luy, par la grande estime qu’il avoit de son mérite et singulière vertu. Ce qui fut à son coeur aussy pénible que l’incendie mesme par la grande peine qu’elle souffroit d’estre vue.

Nos chères hôtesses, connaissant bien son amour pour la retraite, luy donnèrent une petite cellule au bout de leur dortoir, où elle ne voyet personne et personne aussy ne l’y alloit voir, peur de luy faire die la peine. Elle n’en sortit jamais que pour l’observance. La prière étoit son plus doux employ et de filer du fil, ce qu’elle continua pendant les 3 années qui luy restois à vivre sur la terre.

Après notre retour dans cette chère maison elle parut bien contentement et joie tout autre, comptant pour rien d’y estre bien à 1 étroit et bien froidement pour l’hiver, faisant paraître de la joie de tous les contretemps qui nous arrixè-

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rent, disant que cela étoit doux chez soy, et nous fortifiait par son exemple et par ses paroles douces et humbles en tout.

Enfin el'e tomba malade la 3e année et mourut le 25e sepbre 1698, le 9e de sa maladie. Il ne parut rien qu’à son ordinaire, c’est-à-dire étaller toutes les vertus religieuses. .Je n 'entreprends pas de vous faire connaître la douleur que nous ressentîmes au départ de cette chère mère, que chacune de nous vénéroit et regardoit comme une relique vivante. Une seule chose pcuvoit nous consoler en ce triste accident, savoir : l’espérance d’avoir en elle une puissante ad vocale auprès de Dieu dans le ciel.

Nous n’avions point de caveau, ni d’église pour y déposer son corps qu’on enterra dans une petite cour proche et joignant l’église qui avoit bruslé avec notre monastère. Ce petit terrain a entré depuis dans l’église neuve que nous avons fait bâtir il y a dix ans. Les os de cette chère et précieuse mère y sont renfermés avec celles de nos soeurs qui estois décédées avant elle.

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Quelques remarques de ma soeur Marie Maillet, 3 ènie fille

de la fondation.

Ma soeur Marie Maillet estoit de la ville de Saumur, tant renommée pour la dévotion à la très sainte Vierge, et îes grâces qu'on reçoit de cette grande reine du ciel, dans la chapelle qui luy est consacrée. Elle y vivoit de ses rentes fort commodément et dans la dévotion sincère et désir d 'honorer et servir Dieu.

Quand elle eut atteint l’âge de 35 ou 36 ans, l’envie luy prit d’estre hospitalière. Elle se procura l’entrée de notre maison de La Flèche et y fut reçue avec tout l’agrément qu’elle eut pu souhaiter. Elle y donna tout son bien avec sa personne, qui estoit considérable, et entreprit en mesnie temps, l’acquisition des vertus solides de l’obéissance, humilité, régularité exacte, amour de la sainte pauvreté qui ont relui en elle d ’un éclat dans tout le cours de sa vie.

Mr. de La Dauversière qui estoit son directeur la demanda pour 3e dans son établissement de Ville-Marie, qu’elle n’osa jamais demander, s’en croyant toute incapable comine inutib à tout bien. Ce qui estoit ses véritables sentiments qu’elle réiteroit souvent quand elle en trouvoit occasion.

On la nomma dépositaire de la maison de La Flèche avant son départ pour Montréal; ce qu’elle a exercé très vertueusement dans une grande soumission à la suprême patience, siletace dans ses peines et utilité pour ses soeurs, estant fort entendue dans cet office ; se donnant beaucoup de peine pour servir ses soeurs et leur procurer leurs petits besoins, autant que ses infirmités luy permettois. Car elle avoit peu de santé. Son recueillement dans cet employ étoit charmant. Elle avoit une grâce particulière pour trouver

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dans les créatures mesmes les plus abjectes et méprisées. Ses entretiens sur cette matière estois charmants et dbnnois de la dévotion aussy.

Ma soeur Miacé m’a dit plusieurs fois que ma soeur Maillet estoit une fille d’oiaison très éminente; qu’elle y recevoit de Notre-Seigneur des caresses toutes particulières, que feu Mr. Ollier s’étoit apparu à elle plusieurs fois, jouissant de la gloire, pour la fortifier et consoler dans ses peines intérieures et la défiance où elle se trouvoit quelquefois que cette maison pût subsister. Ce qui l’affligeoit beaucoup. Elle a aussy vu Mr. de La Dauversière depuis sa mort pour le mesme sujet. Ces grands serviteurs de Dieu l’assurois de sa part que cette oeuvre étoit sienne et qu’elle subsisteroit malgré les oppositions des hommes (pii en cela agissois en aveugles, ne connaissant pas ses desseins; mais qu’il sauroit bien tirei sa gloire de tous ces contretemps et l’advantage de cette maison, qui estoit fondée et soutenue par la croix. Qu’étant filles de saint Joseph et consacrées à honorer et imiter sa famille sur la terre elles de vois marcher nai le mesme chemin de l'humiliation et contradiction delà part des hommes Ce qu’elle nous répétoit quelquefois en récréation, toute transportée de dévotion et j ’ay remarqué que ses paroles chois le coeur amoureusement, surtout en cet ai’ticle. Elle aussy a esté hospitalière dont elle s’acquittoit avec bien delà charité, patience et zèle pour le bien et salut des âmes de ses malades, qu’elle preschoit incessamment.

Je peux en parler sûrement puisque j ’ay eu l’advantage d’estre sa compagne plusieurs années. Elle se surpassoit elle-mesme par les peines qu’elle prenoit auprès d’eux pour leur soulagement; rien ne iuy paressoit pénible regardant la personne de Notre-Seigneur en eux tous, particulièrement les plus maladies et dégoûtants, les sauvages de mesme, et leur fesoit beaucoup de caresses. Aussy 1 ’aimaient-ils beaucoup et ne 1 ’apelkr’s que leur chère mère. Et comme elle estoit vieille et moy jeune, ils croyois que j’étois sa fille; et à sa

considération me fesois des présents, à leur mode, de citrouilles et d" suces de blédinde ou quelques morceaux de viande d’orignac. Quand Mr. notre gouverneur ou autres personnes traitoit les sauvages solennellement 1 appièt s en fesoit le plus souvent dans la cour de l’hospital. L on \ apportoit d ou six grandies chaudières qu on mettoit sur des trépiés de 8 et dix seaux chacune, à proportion de leur nombre, puis on les emplissoit de blédinde en grain et pour 1 assaisonner, on mettoit cuire dedans de grandis chiens bien gras qu’ils fesois auparavant griller sur les charbons pour en oster le poil, des chats de mesme, des ours, castors, et auties testes sauvages. On fesoit bouillir tout cela ensemble la moitié d’un jour puis on y adjoutoit des prunes et des raisins qu’on fesoit encore bouillir environ deux heures; après quov on fesoit la distribution en cette sorte: les principaux chefs approchent des chaudrons, pour lors les esclaves et les femmes apportent les ouragans et gamelles de bois, où ils mettent la portion, de ceux à qui ils veulent faire honneur, amitié et la leur envoient. Dans ce nombre étoit compris des premiers mes soeurs de Bresolles et Maillet et mov. A leur considération il falloit manger du présent devant eux, ce qui ne se fesoit pas sans se faire bien de la violence. Ces chères soeurs avois toutes ces complaisances pour raccommoder à leur manière d’agir entre eux afin de les attirer à prier Dieu. On en gagnoit quelques-uns, qui le fesois aussy par complaisance. Ceux qui mouraient chez nous se fesois baptiser. Ma soeur MJaillet en pleuroit de joie et invitoit tous ses amis à remercier Dieu.

Enfin Dieu voulant récompenser sa servante la retira de ce monde, chargée d’années et de bonnes oeuvres, vers la fin du mois de novembre 1677, qui estoit le 18e de sa demeure en Ville-Marie. Elle ne fut que sept jours malade dl’un point dans le côté avec la fièvre et décéda la nuit venant le 30e, feste de saint André apostre. Elle reçut la mort avec

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bien des signes de joie, se fit donner le linge blanc jusque sa coiffe de teste et pria qu’on mît sa chambre bien propre parce que Jésus-Christ alloit venir la juger, ce qu’on fit ponctuellement pour la contenter, aussy en témoigna-t-elle bien du contentement et encore plus de voir celuy qu’elle aimoit uniquement et en qui estoit 1 ’ espérance de son bonheur éternel; et. la très sainte Vierge, saint Joseph, saint Joachim et sainte Anne qu’elle appeloit incessamment à son secours, aussy était-ce sa grande dévotion pendant sa vie et son ange-gardien, Mr Ollier, Mr La Dauversière, qui devois tant favoriser et consoler dans ses peines.

Elle rendit l’esprit produisant des actes de foy, de confiance, de conviction amoureuse des plus parfaites. Un moment après scn visage devint plein, quoy que très sec auparavant, accompagné d’une mousse qui portoit à la dévotion en la regardant. Son corps fut inhumé en l'église de notre hospital.

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Ma Soeur Renée Babonneau

Elle avoit été choisie pour accompagner mes soeurs Bresolles, Macé et Maillet en qualité de soeur domestique dont elles aurois eu grand besoin dans le commencement. Cependant Notre-Seigneur permît qu’elle ne vint point avec elles. Je n’ai pas su le sujet qui l’en empescha, car elle m’a dit qu’il n’avoit pas tenu à elle; mais je scay bien qu’elle les vint rejoindre dix ans après en la compagnie de mes soeurs du Ronceray et Le Jumeau.

On ne la connaissoit dans cette maison que par ma soeur Madeleine. Elle prit ce nom par la grande dévotion pour sainte Madeleine, amante de Jésus, désirant de tout son coeur d’estre de ce nombre. Celles de mes soeurs qui l’ont connue, particulièrement comme ses supérieures, m’ont dit qu’elle étoit de Nantes, qu’elle étoit à Dieu dès sa tendre jeunesse, qu’elle avoit reçu de sa majesté des grâces aussy particulières que la mère Anne de St Barthélemy, carmélite, en gardant les brebis de son père, qu’on appeloit le bon homme. Sans doute un jour plusieurs de nos soeurs lui dirent par récréation ce qu’elles en savois par ouy dire, elle ne s’en défendit point, gardant un profond silence là-dessus. Une autre fois, que je me trouvai seule avec elle je la mis sur ce chapitre et la pressai de me dire ce qui en estoit. Elle m’avoua humblement qu’il estoit vrai, et plusieurs autres faveurs encore plus grandes qu’on ne sauroit qu’au jour du jugement.

Elle nous paraissoit à son extérieur toute commune, fort laborieuse en son temps, mfatiguable auprès des malades dans l’office de soeur des salles, qu’elle a exercé la plus grande partie de sa vie avec une ferveur digne d’une grande âme comme elle. Sa dévotion et piete etois charmantes ;

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son humilité des plus profondes et sincères ; l 'amour de l’obéissance et de la pauvreté religieuse de mesme. La meilleure récréation pour nos jeunes soeurs étoit celle où se trouvoit ma soeur Madeleine. La joie et la simplicité estois si unies en elle qu’on prenoit un plaisir des plus grands à 1 entendre parler et vivre comme un enfant bien dévot, qui chercherait le moyen d’inspirer l’amour de Dieu dans ses récréations. C’est ce que nous avons vu et remarqué nous autres qixi avons eu l’honneur de vivre et converser avec cette sainte fille. Mais ses directeurs y voyois les gi'âces rares et toutes singulières qu’elle recevoit du Seigneur, d’où vient que tous l'ont estimée en France, comme en Canada, une âme d’une grande élévation et qui avoit bien peu de compagnes dans sa voie. Les R. R. pères dte Lingende, du Breuil, jésuites du collège de La Flèche, qui l’oxxt dirigée et ( onfessée pendant bien des années en ont pai’lé sur ce ton plusieurs fois. Le R. pèi-e Lalemand, recteur des Jésuites à Kébec, qui la confessa pendant un mois, qu’elle séjourna dans le couvent des Ursulines, à son arrivée de France, gousta tellement son esprit, qu’il fit son impossible pour l’engager à v demeurer le reste de ses jours ; mais Mr Souart, notre confesseur, s’y opposa et la fit partir incessamment pour Ville-Marie, où elle a demeuré 38 ans dans notre monastère et donné beaucoup d’édification par ses manières d’agir, toutes vertueuses et religieuses; y fit la profession des voeux solennels avec nos premières mères dans une grande ferveur d’esprit, qui a continué jusqu’à sa mort qui arriva le trente de janvier 1707, entre dix à onze heures du matin.

Monsr Caillé, notre confesseur, qui la connaissoît à fond par la confiance entière qu’elle avoit en luy depuis plusieurs années, dit à celles de nos soeurs qui luy demandèrent ce qu’il pensoit delà vertu de cette chère soeur: répondit qu’il ne croyoit pas qu’elle fut surpassée par aucune des saintes âmes qui esteis venues en Canada y chercher Dieu. Quov

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que la vertu de bon nombre d’elles avoit beaucoup d éclat et de mérites, mais qu il regardoit la soeur Madeleine comme une pierre précieuse entre les plus précieuses pour leur finesse et rareté.

Ce témoignage est d’autant plus à estimer que Mr Caillé louait rarement quelqu’un par l’endret de la vertu et que pendant qu’elle a vescu, il n’en parloit point et la conduisait par une voie humble et toute rabaissée comme s’il n’en avoit pas fait d’état et la mortifiait de paroles bien vertement. Ce qu ’elle écoutoit comme une musique très agréable à ses oreilles avec son petit air gai et humble. T ne des pratiques intérieures de cette chère soeur étoit de se perdre et abîmer en Dieu très souvent. Mr. Caillé luy avoit promis de faire pour elle quand elle ne pouvoit le faire dans la maladie spécialement. Or quand il venoit la voir dans celle qui nous l’a ravie de ce monde, il luy disoit en l’abordant : “Y estes- vous, ma soeur?” Elle répondoit oui ou non, ce qui suffisait au Directeur pour connaistre la disposition intérieure de la malade qui en demeuroit là et luy pareillement le plus souvent sans dire autre chose. D 'autres fois elle répondoit “ouy mon père, j’y suis et n’en sortirai jamais.”,

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