‹ Annales de l'Hôtel-Dieu de MontréalChapitre 35 sur 43 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Ma Sr Macé est choisie pour rétablissement du Canada.

Notre très chère et très honorée mère Macé a demeuré dans la maison die Lu Flèche et de Laval environ vingt années selon que je luy ay entendu dire plusieurs fois, dans la mesme ferveur pour embrasser et rechercher avec empressement les emplois les plus vils et laborieux qui luy tombois toujours en partage; soit pour elle seule ou pour aider aux autres; faisant si bien auprès de la supérieure qu’elle v étoit la première, estant persuadée qu’elle ne pouvoit luy faire un plus grand plaisir. Aussy tost que Mr de La Dauversière eût obtenu de Messieurs de la Compagnie que les Filles hospitalières de St- Joseph serois establies dans l’isle de Montréal, préférablement à toute autre communauté; et en avertit la maison de La Flèche qui étoit l 'oeuvre cle ses mains et la joie de son coeur. De qui il vouloit tirer les sujets pour cet établissement, connaissant leurs mérites à fond particulièrement de quelques-unes qu’il dirigeoit dans la voie de la grâce, entre lesquelles étoit notre digne mère Macé. :

On ne peut rien adjouter à l’estime et confiance qu’elle svoit pour ce grand serviteur de Dieu qui étoit, l’organe des volontés de Dieu pour elle.

Quand elle nous entretenoit de cette matière, ce qui est arrivé bien des fois, elle avoit les mains jointes et les yeux élevés au ciel ; toutes ses paroles étois des transports, ne pouvant expérimer ses sentiments avec tout l’advantage qu’elle eut souhaité.

Dès le premier entretient qu’il fit en faveur de ce nouvel establissement, il gagna son coeur qui fut pénétré du désir de sacrifier de nouveau sa santé et sa vue dans ce pays sauvage à les servir dans leurs maladies et les Français, qui

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composois la colonie qui a voit pour fin leur conversion. Elle ne se pressa point d’en parler à Monsieur La Dauversière, disant en elle-mesme qu’il seroit inutile qu'elle se présentât, vu que tant d’autres soeurs, signalées en mérites et vertus, s’étois déjà déclarées pour ce grand dessein, et qui en étois bien plus capables qu’elle. Dans ces pensées prioit Dieu qu’il fît connoitre sa volonté sur elle et gardait un silence profond pendant un espace assez long. La nïère de La Ferre fesoit faire des prières particulières dans sa communauté et plusieurs grands serviteurs de Dieu de sa connaissance et Mr. die La Dauversière en fesoit de mesine de son côté n 'oubliant rien pour la connoitre clairement dans le chois des personnes que luy-mesme avoit choisies connue une chose importante pour sa gloire.

Un jour qu’il étoit en prières devant le très St-Sacrernent il eut une forte pensée de savoir si la soeur Mac-é n’avoit point de désir d’aller en Canada. La connaissant très capable et propre pour cela, il luy parla en mesme temps et la trouva pleine de ce désir que son humilité luy persuadait estre trop grand pour elle qui ne devoit penser qu’à se cacher à toutes les créatures, estant incapable d’aider et contribuer en rien à la gloire de Dieu. “C’est la meilleure disposition, ma chère fille, répliqua le directeur, que celles que vous me déclarez et je commis visiblement que Dieu vous veut pour aider à l 'établissement de Montréal, toute chétive que \ous êtes.” Et se séparèrent ainsy. Ma soeur Macé demeura bien contente d’avoir manifesté son désir d’aller en Canada, sans croire cependant qu’on la choisit à cause de son incapacité.

Dans ce long intervalle, après avoir beaucoup prié et et demandé la lumière à sa source véritable, d’où on les doit attendre, on apprit qu’il falloit partir dans peu et se rendre à La Rochelle. Monseigneur d 'Angers, Henri Arnaud, se rendit à La Flèche prenant grande part à cet ouvrage qu’il disoit estre l’ornement de tout institut dans les

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desseins de Dieu. Il choisit celles à qui on devoit confier cet établissement, ou plutôt, il confirma le choix que M. de La Dauversière et notre mère de La Ferre avois déjà fait. Al a chère soeur Macé fut nommée assistante et première compagne de ma soeur Judhit de Bresolles qu’ils établirent supérieure, ma soeur Marie Maillet pour troisième compagne qu’il nommèrent dépositaire et ma soeur Renée Babonneau, domestique, pour quatrième. Mais cette dernière ne s’y est rendue que dix ans après, en la compagnie de mes soeurs du Roneeray et le Jumeau, comme j ’ay déjà dit ci-devant; et les raisons du retardement. L’office d’assistante affligeait ma soeur Alacé à cause qu’elle traîne quelques honneurs après soy. Alais elle se trouvoit un peu dédommagée par le pouvoir qu’elle luy donnoit de suivre ses attraits et prendre pour sa part toutes la peine et le travail de la maison. Ce qu’elle a soutenu avec un courage et humilité 'des plus grandes et sincères jusqu'à la mort. Et dans l’office de supérieure où elle a esté plusieurs fois dans cette maison elle a pris pour elle les offices de dépensière, cuisinière et de la basse cour, c ’est-à-dire donner a manger à deux vaches qui nousiaidois à vivre, tirer leur lait, les envoyoit garder aux champs l’été, leur ouvroit les portes de la cour le soir quand le vacher les ramenoit, donnoit à manger à cinq ou six grands cochons qu’on nourrissoit pour avoir du lait dans son besoin, n'ayant point d’autres viandes alors à manger que de l’orignal qui est un animal sauvage habile à la course comme les cerfs de France; que nos François n’osois poursuivre dans les forets qu’en certaines saisons pour ne pas s’exposer à être tirés ou pris par nos ennemis qui estois cachés et embusqués en ces lieux comme dans des retraites agréables à leur goust, et manière de faire la guerre.

Les choses donc ainsy disposées par la divine providence obligeois nos chères soeurs de nourrir des cochons. Cette mère en prenoit tout le soin. Quoy qu’on avoit pris contre tous ses sentiments une jeune fille pour la soulager, elle ne

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pouvoit souffrir qu’elle fît rien sans son secours, luy aidant à porter les chaudronnées où estois leur manger à néteyer les auges, à cueillir tous les jours pendant l’été de 1 herbe dans le jardin à l’ardeur du soleil par poehetée pour leur donner. Elle avoit aussy soin des poules, leur donnoit à manger, les fesoit, couver et pondre fort adroitement et avec bien de l’uilité et douceur pour ses soeurs. Elle fesoit les lessives du linge, les couloit et aidoit à les laver, le plioit sec, passoit sur le tour les guimpes, mouchoirs et bandeaux, le distribuait à chacune au temps marqué. Mais tout cela sans embarras et inquiétudes, aidant encore aux autres et se disant la moins chargée de ses soeurs, qu’elle pleignoit toujours par la compassion qu’elle en avoit, cherchant les occasions de leur faire plaisir, jour et nuit. Enfin elle eût voulu porter les fardeaux de toutes dans la disposition die son coeur sans pourtant qu’elle se dispensât de satisfaire à la règle commune de la communauté. Ce qui est arrivé si rarement et pour de si fortes raisons qu’on peut dire de ma soeur Macé qu’elle n’a point fait de fautes et qu'elle étoit un vray modèle de régularité aussy bien que de douceur, de patience, d 'humilité, de charité pour les pauvres malades et autres, qui avois besoin de son secours.

Quand elle étoit supérieure, ce qu’elle n’a jamais accepté que par obéissance et dans une affliction à faire pitié et tirer les larmes de toutes les soeurs par ce, disoit-elle, que c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à la maison que je sois dans cet office, n’estant capable que de gaster l’oeuvre die Dieu et ôter la consolation à nos soeurs, qu’elles avois d’une bonne supérieure. Un de ses plus grands chagrins en ce poste étoit la nécessité de quitter un peu de sa solitude et recevoir les visites des premières personnes du lieu et des amis de la maison, mais elle usoit de tant de remise, fesoit naistre des impossibles d’y aller en personne, elle y en envoyoit quelqu 'autres, les chargeant de faire ses excuses et d’y aller en sa place, et enfin, fesoit si bien qu’elle

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ni alloit que rarement quelque désir qu’on eût de la voir, qui étoit tel en plusieurs, qu’ils avois achepté à. prix (l’argent la consolation de luy parler et cela par l’estime qu’ils en fesois de sa vertu, la considérant comme une vraye sainte. Jamais personne n’eut plus d’inclinations de se cacher aux hommes que cette fille et n’estre connue que de Dieu en qui elle se perdoit incessamment.

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