CHAPITRE QUATRE
La mort de Monsieur de St-Cantin (a) et l’entrée des neuf premières filles de notre institut , on commence à bastir.
Pendant la plus grande ferveur de nos nouvelles hospitalières, Monsr de St-Cantin mourut en grande odeur de sainteté comme il avait vécu. Sa chère fille spirituelle en fut très vivement touchée, luy rendit tous les devoirs, cpie l’estime profonde qu’elle avoit de sa vertu, et la reconnaissance demandoit d’elle et fit enterrer son corps fort solennellement dans le caveau de l’église de son hospital, et par le conseil de Monsr de La Dauversière, prit pour directeur de sa conscience le révérend Père Meslan, jésuite, homme très expérimenté en la conduite des âmes et d’une vertu approuvée comme il était convenable pour conduire les âmes aussy élevées que celle de mademoiselle Marie de La Ferre et ses compagnes dans la voie de la perfection. L’estât de pauvreté et bassesse extérieures où elles étaient réduites pour l’amour de Dieu 11e rebuta point celles que le Seigneur destinait pour estre les fondemens de notre édifice, bien loin, elles y trouvaient un goût et suavetê sans pareils qui attirait leur coeur à la suite de l’époux divin, qui leur fesoit abandonner toutes leurs prétentions pour le monde, quitter leurs parents et se renfermer dans la masure d ’un hospital qui tombait en ruines, ce qui engagea Monsr de La Dauversière d’y faire de grandes réparations et augmentations; il fut un des premiers à fournir à la dépense et engagea plusieurs de ses amis à y faire des aumônes. Monsr le baron de Fam-
a) M. de Saint-Quentin, mort à La Flèche le 13 sept. 1641.
Mém. Sr Morin— 3
camp (b) luy donna des sommes considérables, en sorte que pendant deux années que durèrent les travaux, il se trouva augmenté de moitié et tout le vieux corps de logis si bien réparé qu’on l’aurait pris pour estre presque neuf; tout cela se fit par les soins et soubs la conduite de monsieur de La Dauversière, qui fit tout à la fois l’office de procureur, de quêteur, d’architecte et d’econome, avec son zele et humilité ordinaires, ne s’attribuant rien en tout cela que ce qu on y trouvait mal ordonné ou mal fait, ce grand serviteur de Dieu voyant à vue d’oeil que sa Majesté mettoit sa main divine à l’ouvrage qu’il avait bien daigné luy révéler et fait l’honneur de le choisir pour cause segonde et l’instrument dont il voulait se servir pour faire naître et perfectionner l’ordre des Religieuses de St- Joseph en son église, il n oublia rien de tout ce qu’il crut propre à cela, il visitoit souvent ces deux filles, les consolait et les encourageait dans leurs travaux de corps et d’esprit qu’elles avaient à soutenir. A ces deux filles il s’en joignit trois autres, savoir: mademoiselle Anne de Ribère, (c) mademoiselle Anne Letandre, (d) animée du même esprit que les premières et mademoiselle Marie Ginot. (e) Leur bon père dans les desseins de Dieu les visitait souvent, leur faisait des entretiens en général et en particulier par l’ordre du R. P. Meslan sur la grandeur des vertus propres à leur estât et les moyens et
b) Pierre Chevrier, baron de Fancamp, gentilhomme normand, ami et disciple de M. de la Dauversière, membre de la Compagnie de Montréal, il fut plus tard admis dans les Saints Ordres.
c) Anne de Chasteleux. Les annales imprimées et les manuscrits l’appellent Anne de Lespicier de Ribère, mais Ribère était le nom de sa mère. Son père s’appelait de Lespicier de Chasteleux. Elle entra chez les Filles de Saint-Joseph, le 27 octobre 1640 (de Laulnay, Religieuses Hospitalières de Saint-Joseph, I, 89).
d) Anne Letendre, fille d’un riche avocat de La Flèche, entrée à 21 ans, le 7 janvier 1641.
e) Marie Gyrot, sixième religieuse de l’Institut
manière de les pratiquer, avec un zèle de séraphin; l’estime et le respect profond qu’elles avaient pour luy ne leur ôtait point la confiance à luy • dire leurs difficultés dans la vie spirituelle et pratique des vertus, quoy qu’elles ne le connaissaient pas encore pour ce qu’il leur estoit dans les desseins de Dieu, si ce n’est lanière de la Ferre me persuadant aisément qu'il ne luy cachait pas ce qu’il avait reçu du ciel à son occasion, la connaissant d’une humilité profonde et d’une prudence si rare afin de l’amener par là à segonder les desseins du Seigneur par la pratique des vertus sublimes répondant en la perfection que le ciel demandait d’elles, etc.
Ces premières compagnes En ce temps- plusieurs filles se présentèrent pour estre admises avec les cinq premières qui le demandèrent avec instance, mais n’ayant pas assez d’espace pour les y loger, il les exhorta à la persévérance et consulta ceux à qui il avait communiqué les lumières du ciel qui luy conseillèrent de faire bastir une maison pour elles et celles qui voudraient s’unir à elles pour servir N. S. en la personne des pauvres malades proche de l’hôpital. Mon sieur de La Dauversière prenant ces conseils comme des marques nouvelles de la volonté de Dieu, il se résolut de mettre la main à l’oeuvre, quoy qu’il se vit hors d'’état de fournir seul à la dépense, se confiant et abandonnant à la conduite amoureuse de sa providence, qui ne manque Jamais à ceux qui se confient en elle, il commença à faire travailler. La ville s’émut -sur ce dessein, plusieurs personnes le désap prouvèrent, mais plus encore l’approuvèrent et s’en réjouirent et luy apportaient leurs aumônes pour aider à la dépense. En ce mesme temps Mons. de Bretonvilliers, (/) curé de la parcisse de St-Sulpice du faubourg St-Germain des Prés à Paris, vint à La Flèche qui estait le plus riche ecclé-
f) Alexandre Le Rageois de Bretonvilliers, né en 1620 et mort en 1676, curé de Saint-Sulpice et second supérieur du Séminaire Saint-Sulpice.
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siastique de France, grand aumônier, donna vingt mille livres à Mons. de La Dauversière pour advancer son dessein, ce qui luy fit grand plaisir et anima sa confiance; je n ay point su mes chères Soeurs ce qui donna lieu à cela et comment et pourquoy il le fit, mais j’ay bien su qu’il fit travailler incessamment à cette grande oeuvre qui subsiste encore et qui est regardée comme le berceau de notre institut, puisque c’est la première maison de toutes et sur laquelle Dieu a versé ses grâces abondantes comme on le verra à la suite de cette petite histoire, nos fei ventes postulantes se réjouissoient beaucoup voyant la diligence avec laquelle on travaillait à leur bâtir une retraite et en ressentirent beaucoup de consolation, et firent de nouvelles instances pour qu’on les reçut ce qu’on fit aussitôt qu’il y eut une chambre assez grande pour les loger, cinq furent choisies sur un plus grand nombre, qui furent ma Sr Renee Busson, (p) ma fer Jeanne de La' Dauversière, (h) ma Sr Marie Iiavard ,{i) ma Sr Thérèse Havard, (j) ma Sr Catherine Macé, qui sont les premières filles religieuses hospitalières de fet-Joseph, qui ont toutes été des modèles de vertu, comme il estoit convenable; ma Sr Macé est une des fondatrices de notre monastère de Ville-Marie qui a été admirée de toutes celles qui ont eu le bonheur de la connaître et fort estimée de ceux qui ont eu la conduite de son âme et qui en ont parlé comme d’une sainte, etc., fort chérie de Dieu, mais toute crucifiée avec son divin espoux, portant toujours des estats intérieurs pénibles et des plus douloureux e4 ne fut point nourrie de lait et de miel à la suite de son espoux comme ses compagnes,
g) Renée Brisson, fille de René Brisson, sieur de la Galloisière, avocat au présidial de La Flèche et de Renée Le Barbier.
h) Jeanne Le Royer, fille de Jérôme Le Royer de la Dauversière, entrée à l’âge de 13 ans, le 1er février 1641.
R Marie Havard de la Tremlaye, entrée comme novice à l’âge de 14 ans
j) Sœur de la précédente, âgée de 10 ans.
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mais de la mirhe la plus amère en quoy elle a fait paraître la force et fidélité de son amour puisqu’elle ne se relacha jamais de la pratique des vertus les plus sublimes, etc.
La mémoire de ces dis premières Soeurs que le Seigneur a choisies pour estre le fondement de cet édifice doivent être en vénération dans tout notre institut et nous animer par leur exemple à être à Dieu entièrement, comme elles ont fait généreusement. Le R. Père Meslan (k) quitta le collège de La Flèche en ce temps-là, pour obéir à ses supérieurs, qui l’envoyèrent ailleurs; ce qui mit la consternation dans son petit troupeau, sa conduite leur paraissant très nécessaire pour les soutenir dans leur entreprise, elles en demandèrent au Seigneur un autre à sa place, animé de son esprit et qui leur demeurât longtemps, pour leur besoin ; ce qui est arrivé. Monsr de La Dauversière leur conseilla de prendre le R. Père du Breil, (l) aussy jésuite, qui les prit en soin avec grande bonté, qui les a conduites et dirigées bien longtemps, avec un grand succès et union des esprits; il seconda les desseins de Dieu en tout et les lumières de M. de La Dauversière qu’il ci-ut venir de lui, obtint de Monsgr Lévesque d’ Angers (m) I la permission de eongrêger ces filles, de leur donner un ha-'
bit religieux tel .qu’elles le portent encore aujourd’huy et
faire des voeux simples de pauvreté, de chasteté, d’obéis¬
sance et de servir les pauvres malades, etc.
Ft cesy, quand le bâtiment fut achevé et qu’elles eussent assez de commodité pour faire les observances réguliè¬
res, dont la journée estoit bien remplie, les filles furent émues par ces nouvelles faveurs pour entrer dans cette nouvelle communauté dont on disait tant de merveilles pour la
k) Le Père Meslan alla mourir à Bel'nay en se rendant à Rouen. Il est parlé avec éloge du Père Meslan dans la “Vie Cachée en Dieu”, par M. Bourdon.
l) Le Père Dubreuil.
m) Henri Arnauld, mort le 8 juin 1692, à l’âge de 95 ans, après avoir occupé 42 ans son siège épiscopal.
Annales de l’Hctel-fDieu
paix, la mortification, la régularité, enfin la ferveur dans la pratique des vertus religieuses qui faisaient la considérer comme un petit paradis en terre, en sorte qu’en peu d’années elles se virent trente filles, toutes sujets excellents pour la vertu, qui n’avaient d’ambition que à qui travaillerait le plus à sa perfection, se procurant les offices pénibles et ravalée chacune en son particulier, trouvant leur plaisir et consolation à se surmonter en tout elles mêmes pour retour d’amour envers N. S. Ma chère mère Macé m’a dit plusieurs fois, joignant ses petites mains, qu’on ne pouvait rien adjouter à l’obéissance, l’humilPé et le silence qu’on y pratiquait, enfin la mort à soy même par la mortification des sens, qui étaient les fruits de la direction toute sainte du R. Père du Breil, et de Mons. de La Dauversière qui n’épargnaient ni leurs peines et leurs soins pour leur faire connaître la beauté et divins charmes de l’espoux qu’elles avaient choisi, et l’ardeur avec laquelle elles devaient marcher après luy, et courir à l’odeur de ces divins parfums qui sont les croix désirées et portées avec estime et amour dans le secret du coeur et aussi devant le prochain quand Dieu veut. Parmy ces filles plusieurs d’elles - étaient d’une qualité fort distinguée, qui apportèrent du bien temporel considérablement, d’autres de moindre condition mais riches donnèrent de gros dots, en sorte que cette communauté fut estimée la plus riche de la province de l’Anjou, et se vit tout à la fois pleine de biens temporels et de grâces spirituelles, ce qui est assez rare, et remplie de sujets pleins de mérites et de vertus, ce qui fit bruit dans le monde et convia les filles à s’en procurer l’entrée; elles passoient déjà le nombre de 40 et firent résolution de s’en tenir là, jusqu’à ce que Dieu manifestât sa volonté. Notre sainte Mère de Lia Perre estant bien afermie dans cette volonté et de l’agrément du R. Père du Breil et de Monsr de La Dauversière, qui pensaient tous comme elle et s’attachaient à perfectionner de plus en plus celles-ci et n’en point augmenter le nombre, mais ils furent bien eston-
Mémoires de ècsur Morin
nés d apprendre que la princesse d’Epinoy(w) demandoit d’y estre reçue inconnue en qualité de soeur tourrière, car nos Soeurs ne sortoient jamais de leur maison, dès le commencement, que pour aller à l'église des jésuites parler à leurs directeurs qui le voulaient ainsy pour les tenir plus attachées à leur conduite, car il se disait tous les jours plusieurs messes dans l’église de l'hospital, où elles faisaient leurs cérémonies, en estant maîtresses, ce qui ne plaisait pas à Monsr de La Dauversière, je veux dire ces sorties qui ne les souffrait que par respect à ces rêv. Pères, et à cause que 1 église ou elles allaient estait fort proche n’ayant que la rue à traverser. Les révérends Pères voulaient bien les confesser chez elles deux fois la semaine mais non leur parlei de leur conduite particulière que dans le confessional de l’église du collège, ce qui a causé bien du trouble à la suite des années, quand on a pris les voeux solennels parmy nos Soeurs de cette première maison, plusieurs d’elles ayant mieux aimé se priver du bonheur d’estre religieuse tout à fait que de renoncer à la liberté d’aller à l’église des Jésuites, en quoy elles estaient soutenues par plusieurs de leur corps, etc.
Je reviens à notre chère princesse (o) qui fut admise en la maison de St- Joseph, bien cachée selon son désir, on la mit coucher proche les, salles des malades afin d’estre mieux disposée à leur rendre service, prenant pour sa part ce qu’il y avait de plus bas et dégoûtant; c’est elle qui a toujours allumé le feu dans les cheminées pendant bien des années, l’hiver comme l’été, faisait des messages en ville, alloit au
n) Anne de Melun, fille de Guillaume de Melun, prince d'Espinay, et d’Ernestine Claire Eugénie d’Arenberg, née en 1618, morte en 1679.
L’abbé Jos. Grandet a publié sa vie en 1687 sous le titre: “Vie de Mademoiselle de Meleun fondatrice des Religieuses Hospi¬
talières de Baugê, en Anjou”.
O) La princesse d’Epinay, Mlle de Melun,
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marché acheter les provisions, visitoit les closeries ou maisons de campagne, montée sur un âne et revenait chargée de ce qui estait comme beurre, fromage, oeufs et volailles. Monsieur son frère (p) l’accompagnait ordinairement en qualité d’infirmier ou valet des pauvres, qui apportait à la maison ce que sa bonne soeur achetait au marché et ce que l’âne ne pouvait porter, ce qui fait bien connaître que le frère estait aussy saint que sa soeur et animé d’un même esprit de vivre pauvre, inconnu au monde à l’imitation de notre bon Sauveur, ce qu’ils ont soutenu plusieurs années avec l’admiration des anges, et des hommes qui en avaient connaissance et ne se sont fait connaître que quand leur directeur les assura que c’était la volonté de Dieu, etc. Le R. Père Chauveau (q) succéda au Père du Breil(r) en la conduite de cette première maison qu’il gouverna sagement et saintement comme les deux premiers, mais ceux qui leur ont succédé n’ont pas suivi leurs traces, lesquels n’ont point soutenu et /entré dans les sentiments des fondateurs, qui souhaitaient faire passer cette famille de filles congrégées en celuy de religieuses hospitalières, en faisant des voeux solennels ; plusieurs de ces révérends pères s’y opposèrent premièrement en secret et puis ouvertement, ce qui causa bien du trouble et diversité de sentiments entre les Soeurs, chacune soutenant celuy de son directeur, qui estoient tous jésuites.. M. de La Dauversière et notre digne Mère de La Ferre gémissaient
p) Alexandre Guillaume de Melun, prince d’Espinay, mort en 1679.
q) François Chauveau, né au diocèse de Sena, en 1599, admis dans la Compagnie de Jésus le 30 avril 1616, directeur général de l’hôpital des armées du Roi et mort à la suite des troupes le 17 septembre 1647. (Rapin, Mémoires sur le Jansénisme, édit. Aubineau, I, 209).
r) M. de Laulnay observe que la Sœur Morin se trompe sur la succession des confesseurs. Le Père Dubreuil est resté à La Flèche jusqu’en 1665.
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beaucoup devant Dieu d’un si grand changement, sans y pouvoir apporter de remède, le temps n’étant pas encore arrivé que le Seigneur avoit marqué pour cela. Plusieurs années se passèrent dans la division de sentiments sur cet article, pendant lesquelles Monsr de La Dauversière se donna tout entier aux affaires de la colonie du Montréal et la Mère de La Perre (s) mourut dans l’établissement de la maison de Moulins, en odeur de sainteté comme elle avoit vécu (t) ; je n’en dirai rien de plus maintenant. Je reviens à Monsieur de La Dauversière qui fit un voyage à Paris pour les affaires du Canada auxquelles il pensait davantage qu’à celles de sa famille, ne négligeant rien de tout ce qu’il croyait pouvoir advancer les desseins de Dieu dans Ville-Marie, plusieurs personnes qui ont eu le bonheur de le converser m’ont dit O qu’il nommait ainsy l’isle de Montréal dès ce temps-là (u) et disait qu’à l’advenir elle ne seroit connue que par ce nom auguste, une des vues qui luy avoit fait entreprendre ce voyage estoit afin de s’associer quelques personnes de piété et de moyens ,qui pussent soutenir avec luy les grandes dépenses qu’il fallait faire pour envoyer et entretenir en Canada la colonie des François pour travailler à la conversion des Sauvages. Un jour marchant dans Tes rues de Paris, l’esprit tout occupé de ces pensées, Monsieur l’abbé Ollier (a) pour lors curé de St [Sulpicej vint à sa rencontre, le salua par son nom, le congratula du motif qui l’avait fait venir à
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s) C’est à tort, dit encore M. de Laulnay que la bonne sœur canadienne donne ici la Mère de La Ferre, morte, comme on sait, depuis plusieurs années.
t) Elle mourut le 25 juillet 1652.
u) M. Faillon, dans sa “Vie de Mlle Mance”, (p. XIV), parle des vues prophétiques de M. de la Dauversière touchant l’île de Montréal et assure qu’il la connaissait avant que les Pères Missionnaires en eussent donné aucune description.
v) L’abbé Jean-Jacques Olier, fondateur de la Compagnie de Saint-Sulpice et l’un des principaux membres de la Compagnie de Montréal.
Annales de l’Hôtel. Dieu
Paris et luy mit en mains 80 Louis d’or dans un rouleau de papier pour servir à son dessein, disant qu’il en voulait être. Monsieur de La Dauversière fut bien estonné de recevoir un tel salut d’un homme qu’il ne connaissait pas et de qui il n’était point aussy connu, ce qui luy fit comprendre qu 'infailliblement Dieu éclairait cet homme qui répondait à sa pensée. Les voilà tous deux à s’embrasser dans une sainte jubilation, et à s’entretenir du Montréal comme s’ils y eussent demeuré dix ans, ces deux grands serviteurs de Dieu, se communiquant ainsy les lumières que Sa Majesté leur avait données pour le même dessein ; ils lièrent dès ce moment une amitié indissoluble et très particulière qui a paru dans toutes les occasions et s’écrivirent depuis mutuellement pour se communiquer les lumières que Dieu leur donnait sur des affaires qui regardaient la gloire et le salut des âmes. Monsieur Ollier estant ainsy le premier associé à Monsieur de La Dauversière pour son dessein de la colonie du Montréal ; après luy s’y joignirent encore Monsieur le duc Deliancour, Monsieur le chevalier de Maurengis, (w) Monsr le chevalier Duplessis Monbart, Monsieur le baron de Renty, si renommé pour sa vertu, Monsieur Drouart, gentilhomme ordinaire de Monsr le duc d’Orléans, Monsieur le baron de Famcamp, Monsieur de Chomedy dit de Maisonneuve, qui en a été le premier gouverneur et y a demeuré en cette qualité plus de 20 ans, et plusieurs autres Seigneurs dont les noms. me sont inconnus (x) suivirent et s’associèrent au même dessein et
w) Ecrit en marge par une autre: — Mr Samfirmin dirval, dumon, Mr Lepretre et son frère, Mr Ollier, Mr bretonvillier, Labé de Kelus, les dames, La princesse, Le chancelier de ville chauvin, Le guin et surtout Md dubullon qui est bien emploier pour le montréal.
x) Voici quelques renseignements sur chacun de ces messieurs:—
Roger du Plessis, marquis de Liancourt, duc de la Rôcheguyon et pair de France, fils de Charles et d’Antoinette de Pons, né en 1598, mort le 1er août 1674.
Mémoires de Sœur Morin
résolurent entre eux d’envoyer et entretenir à leurs frais et dépens une colonie française dans l’isle du Montréal pour y travailler incessamment à la conversion des Sauvages ; quelques-uns ont dit qu’ils en firent voeu, ce que je ne scay pas d assurance, tous ces messieurs estant convenus ensemble de chercher des personnes propres à ce grand ouvrage et de fretter un navire pour les porter en Canada. Monsieur de La Dauversière se chargea d’en faire l’embarquement, ce qu’il a continué plusieurs années; prenant des soins et se donnant des fatigues inconcevables pour que tout fut fait à temps et à propos et que les personnes choisies fussent capables des emplois où on les destinait en qucy il estoit aidé par Monsr de Chomedy, qui devait y aller en personne, prit
Antoine Barillon, seigneur de Morangis, maître des requêtes, puis conseiller d'Etat et directeur des finances. Né en 1599, il mourut le 4 avril 1672.
Christophe Duplessis, baron de Montbart, avocat au Parlement. Mort le 7 mai 1672 au Séminaire des Missions étrangères, à Paris.
Gaston Jean-Baptiste, baron de Renti, né en 1611 et mort h Paris le 24 avril 1649. Sa vie a été publiée par le Père de Saint- Juré.
M. Drouart, secrétaire de la Société de Montréal en 1644.
Louis Séguin, baron de Saint-Brisson, des Ruaux et de Saint- Firmin.
Jean-Antoine de Mesmes, seigneur d’Irval, vicomte de Vaudreuil, conseiller d’Etat, puis président à mortier au Parlement de Paris, mort le 23 février 1673.
L’abbé Denis Le Prêtre.
i-rouis Le Prêtre.
Madeleine Fabri, épouse de Pierre Séguier, alors chancelier de France.
Isabelle Blondau, épouse de Jean de Phelypeaux, seigneur de Villesavin, connu plus tard sous le nom de comte de Buzançois.
Probablement Sanguin. Isabelle Séguier, fille unique de Pierre Séguier avait épousé Christophe Sanguin, seigneur de Livry.
Mme de Bullion.
grand intérêt que les provisions fussent bien faites et que rien ne manqua dans l’équipage. i\Iadeniûiselie__Maiice passa aussy dans ce navire avec quelques familles qu’on menoit habiter le Montréal et commencer la colonie. (2)
z) Le navire qui portait Mlle Mance était parti de La Rochelle et arriva à Québec le 20 août 1641. Deux autres navires étaient partis de Dieppe et de La Rochelle, ce dernier portant M. de Maisonneuve.