CENT TRENTE-UNIÈME FAMILLE, — PALMIERS
Thrinax L. f. (du grec « thrinax », éventail, allusion à la forme des feuilles.)
T. barbadensis Lodd.; Thrinax de la Barbade. Vulgo : Latanier, palmier à balai. — Très ornemental, pouvant atteindre jusqu'à 15 mèt. de haut et davantage, à stipe cylindrique, de 14-17 cm. de diamèt., souvent beaucoup plus mince dans les vieux pieds. Feuilles larges, flabelliformes, palmifides, à segments longs de 10-12 cm., acuminés; pétiole inerme, comprimé-convexe des deux côtés, environ de la même longueur que les feuilles, enveloppé, à la base, par un tissu fibreux, fort. Régimes larges, unilatéraux, longs de 25-45 cm., composés de panicules partielles, pyramidales, alternes, au nombre de 4-10, très glabres, blanc mat, contenant chacune de 10-23 grappes simples, spiciformes : panicule partielle renfermée dans une gaine membraneuse, fermée dans sa moitié inférieure ; ouverte, acuminée, concave dans sa partie supérieure. Fleurs hermaphrodites, blanc mat, à
odeur forte et peu agréable, attirant néanmoins une masse d'abeilles; pédoncule court, un peu plus long que les étamines: périgone nul ; étamines 8-12, hypogynes, à filets subulés, élargis, comprimés el connés à la base, un peu plus courts que l'ovaire; anthères droites, biloculaires, basifixes, bifides aux deux extrémités; pistil un peu plus court que l'ovaire, dressé, tubuleux, élargi et creux au sommet: ovaire unique, à un seul ovule, Fruit wlobuleux, de la grosseur d'un pois ou, dans les jeunes pieds, de la dimension d'une petite cerise, pulpeux, à chair noire, contenant un suc rouge noir : surface
de la coque irrégulièrement sillonnée-fendillée, — FI, deux fois dans l'année. souvent cinq fois dans l'espace de deux ans. — Assez abondant sur les mornes
calcaires et secs des grands fonds du Morne-à-l'Eau, du Gozier, de Marie- Galante, de la Désirade, ete. — Se rencontre souvent à l'état de culture: les Jeunes pieds servent à l’ornementation des salons et des autels pour les grandes fêtes religieuses. [N° 3797.
MarmiQue. Vulgo : Palmier à balai. — Hauteurs des Trois-[lets : çà et à sur les mornes calcaires de Sainte-Anne, — Est souvent cultivé dans les jardins.
On cultive dans les deux colonies :leT. argentea Lodd., haut de 3-10 mèt., à feuilles plus ou moins argentées en dessous; le T. radiala Lodd., originaires de Cuba et de Panama; le T. parviflora Sw.., originaire de la Jamaïque et de Saint-Domingue; le Latania horbonica Lam. ; le Sabal umbraculiferum Mart., et au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans les jardins de la ville, le Rapis Jlabelliformis L'Hérit., petit palmier cespiteux, haut de 1-1" 20, d'une grande beauté.
Oreodoxa Willd. (du grec « oreos », montagne, et « doxa », gloire, c'est-àdire arbre qui fait la beauté des montagnes.)
0. oleracea Mart. ‘Areca L.); Oreodoxa dont les jeunes fleurs et feuilles servent de légumes. Vulgo : Chou-palmiste, chou-colonne, palmiste frane. Si. t: 9215 (la feuille et le fruit); Dese., vol. IV, t. 265, p. 140; Jacq., Sel. Am. st. hist., t. 110, p. 278. — Palmier majestueux, le plus élevé des Antilles, haut de 30-35 mèt. : jeunes pieds fortement renflés à la base. Feuilles loggues de 2" 50-3 mèt. et même au delà, penniséquées, à segments longs, lancéolés-linéaires, bifides à l'extrémité, longs de 28-30 cm., creusés en gouttière à la base; pétiole long, creusé aussi en gouttière, engainant à la base et terminé par un tissu fibreux, très fort. Fleurs monoïques dans le même spadice, situées à la base du cylindre formé par les gaines, disposées en larges panicules, d'abord renfermées hermétiquement dans une spathe longue de 60-80 cm., renflée au milieu en forme de fuseau, verdätre, hsse, caduque ; panicule blanche au sortir de la spathe, à branches deux ou trois fois ramifiées, à ramuscules déliés; périgone double : l'extérieur et l’intérieur, tmphylles; l'intérieur, un peu plus long; celui des fleurs mâles, imbriqué ; celui
des fleurs femelles, valvaire; étamines 6-9; stigmates 3, sessiles, ovaire assis sur une petite cupule 6-denté. Fruit baccien, monosperme, oblong, oblus, légèrement recourbé, bleu pourpre, de la grosseur d'une petite olive ; coque dure, adhérente à l'albumen corné, brun. — La partie extérieure du stipe, sur une épaisseur de 6 em., est dure, compacte et brune, et se détache facilement de la partie molle et fibreuse de Fintérieur : on s'en sert pour faire des bâtons, des lattes pour les clôtures, ete, La plus jeune feuille, centrale, dont les segments ne se sont pas encore déroulés et qui émerge verticalement comme une sorte de bâton, prend le nom de flèche de chou-palmiste; elle est toujours penchée du côté du vent. — Avec les feuilles, encore tendres et blanches, renfermées dans le cœur de la (ouffe qui couronne l'arbre, on prépare un aliment sain el très apprécié, connu sous le nom de « chou-palmiste » ; il est d'un goût délicat, analogue à celui de la noisette de France, tout en rappelant un peu le goût de l'artichaut : on peut le manger cru, mais le plus souvent on l'apprète en salade ou bouilli avec du sel et servi avec du beurre frais ou une sauce mayonnaise. À la Guadeloupe et surtout à la Martinique, on trouve des coupeurs de chou-palmiste qui montent régulièrement dans les grands bois élevés et reviennent avec de lourdes charges qu'ils vendent à bon prix sur le marché, Environ deux mois après qu'on a coupé la tête du choupalmiste, on trouve, dans le stipe, une grosse larve blanche, appelée vulgairement ver-palmiste (Calandra palmarum Fabrice.) C'est celle d'un coléoptère qui pond dans la moelle : on la mange crue ou simplement rôtie, ou rôtie avec du jus de citron, du sel et du piment. Certains gourmets font grand cas de ces vers cuits sur le gril. Avec les fleurs, encore renfermées dans la spathe, on fait aussi une bonne salade, mais elle est un peu amère et ne vaut pas celle qu'on compose avec les feuilles tendres. — Ce palmier n’atteint sa plus grande dimension que dans les basse et infra-basse régions : au milieu des bois élevés, il n'arrive qu'à une élévation de 8-12 mèt. — Abondant dans toutes les grandes forêts de la Guadeloupe : çà et là dans les bois des grands fonds de la Grande-Terre. Dans la basse région, on le plante souvent en allées, [N° 3797.] — MarniniQue. (Spécimen absent.)
Areca {nom indien « arec », de l'arbre qui donne la noix d’Arec, et qui est Areca Calechu L.) .
A. regia Kth. ; Areca royal. Vulgo : Chou franc, chou-palmiste franc, choupalmiste-montagne, chou amer. — Droit, haut de 1"50-3 mèt., dansles endroits escarpés el exposés aux grands vents, de 5-6 mèt. dans les endroits plats et abrités contre les vents, dans les régions infra-moyenne et basse, où on le rencontre quelquefois. Il peut s'élever à 12 mèt. de haut et même davantage. Süpe d'une épaisseur de 13-20 cm. Feuilles longues de 0" 50-1" 80 et au delà, à segments très rigides et très rapprochés, surtout dans les pieds rabougris des hautes montagnes. Quand le vent souffle à travers les segments
foliaires, 1l se produit un sifflement aigu qu'on entend d'assez loin. Fleurs renfermées dans des spathes courtes, noirâtres ; panicule très blanche : élamines 6-9. Fruit baccien, sphérique, pulpeux, de la grosseur d'une cerise ordinaire. — Abondant dans la haute région aérée, où il reste rabougri, Dans la région infra-supérieure, les coupeurs de chou-palmiste le recherchent: les morceaux ou tronçons qui contiennent les jeunes feuilles sont tout aussi bien appréciés que ceux du grand palmiste : Savane à Mulets, Grande-Découverte, Savane aux Ananas, Nez-Cassé, etc, [N° 3800. ]
MarnniQue. Vulgo : Chou-montagne. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe : mornes escarpés et presque inaccessibles entre le Champflore et les Fonds- Saint-Denis, Pitons-du-Carbet, sommet des mornes des environs du Camp de
l’Alma, etc. [N° 23.]
L'Areca Catechu L. Vulgo : Aréquier Bétel, noix de Bétel, haut de 5-8 mèt.., à stipe marqué d'anneaux, à fruits jaunes d’or, de la grosseur d'un petit œuf de poule, est assez fréquemment cultivé dans les jardins et les cours comme plante d'ornement. Les travailleurs indiens récoltent les noix, qui leur servent, avec un peu de chaux pulvérisée et quelques feuilles de Bétel (Piper Betel L.), à préparer leur fameux masticatoire. On sait que cette même noix, réduite en poudre, est un des meilleurs dentifrices qu'on possède!. Il est originaire des Indes Orientales. — On cultive souvent dans les deux colonies l'Areca rubra Bory, beau palmier, haut de 5-8 mèt., à stipe annelé et à feuilles rougeûtres.
Acrocomia Mart. (du grec « akron », pointe, et « komé », chevelure, parce que les pétioles et les spathes sont garnis de piquants et que les fleurs forment de larges bouquets dans les inflorescences.)
A. sclerocarpa Mart.; Acrocomia à fruits durs. Vulgo : Dindé, palmierdindé. — Haut de 6-10 mèt., rarement plus haut, à tronc ventru, au-dessus de la base dans les jeunes pieds, peu ventru où cylindrique dans les pieds adultes, d'un diamèt. de 30-50 em.., garni, de la base au sommet, de nombreuses épines noires, acérées, d'une longueur moyenne de 10 cm. Feuilles longues, fortes, penniséquées, à segments lancéolés-linéaires, acuminés, glabres, distants ; pétiole garni de piquants droits, noirs. Inflorescence en spadices dressés, larges, pyramidaux, renfermés d'abord dans une spathe épaisse, glabre, longue de 40-50 cm., revêtue de piquants brun noir, très acérés, longs de 3-6 mm.
1. On sait de plus que, outre ces propriétés, la graine de cet Aréquier est un excellent vermifuge : elle donne, par des ébullitions successives dans l'eau, des extraits aqueux qui sont des cachous dépourvus de catéchine (Fluckiger). Cette graine contient une huile laurine et myristine, d'après Fluckiger), une matière tannique rouge et cinq alealoïdes (isolés par Jahns, 1892), parmi lesquels l'arécoline (liquide huileux) est très actif et donne un bromhydrate cristallisant facilement. Ce serait le principe tænifuge et il agirait comme la pelleliérine, la muscarine et la pilocarpine. Il serait intéressant de voir si les A. regia rubra, etc., renfermeraient les mêmes principes. E. H.)
Fleurs monoïques, insérées dans de petites alvéoles : les mâles, situées à l'extrémité des 80-100 divisions de la panicule, la partie inférieure étant réservée aux fleurs femelles, sessiles, dont deux ou trois seulement se développent ; branches de la panicule droites, non ramifiées; périgone intérieur et extérieur à trois écailles; étamines 6; stigmates 3. Fruit sec, dur, de la forme et de la grosseur d'une pomme-reinelte, marqué de trois ouvertures, près du sommet ; l'albumen est blanc et peut se manger comme celui du coco. — Assez abondant : environs de la Basse-Terre (habitation La Jacinthe), Lamentin, Sainte- Rose, Baie-Mahault. [N° 3805.]
MarminiQue. Vulso : Glouglou. — Ducos, environs du Petit-Bourg, François. (Spécimen manque.)
Martinezia Ruiz et Pav. (dédié à Balth. Martinez, archevèque de la Nouvelle-Grenade, naturaliste, et à Quer Josef y Martinez, professeur à Cadix, mort en 1764; il a écrit la flore de l'Espagne.)
M. corallina Mart. ; Martinezia à fruits couleur de corail. (Aiphanes Wendl.) Vulgo : Palmier grigri. — Palmier élancé, très droit, haut de 6-8 mèt., à stipe d'une épaisseur de 7-10 em. à l’âge adulte, garni, de la base au sommet, de piquants noirs disposés en spirales. Feuilles très vertes, longues de 2 mèt., à segments longs de #4 cm. sur 7 em. de large, revêtues des deux côtés de piquants longs, séteux, droits; spathe couverte de piquants couchés; spadice droit, à branches non ramifiées; pédoncule court, pourvu de piquants droits, noirs, de longueur variable. Fleurs monoïques dans le même spadice : les mâles, dans le haut des branches ; périgone double; étamines 6; ovaire triloculaire. Drupe sphérique, lisse, luisante, de la grosseur d’une cerise, à pulpe rouge corail; coque dure, garnie de nombreux petits sillons irréguliers et de petites cavités. — Originaire du Brésil; introduit et naturalisé : Camp-Jacob (habitation Michaux), Basse-Terre, Pointe-à-Pitre, [N° 3815.
Marnnique. Vulgo : Grigri, glouglou rouge. — Carbet {cimetière et jardin du presbytère), Saint-Pierre, Prêécheur, Trinité (habitation Saint-Joseph), ete. INPatoû
Sagus Rumph. (nom indien de ce palmier.)
: Sagoutier vinifère. Vulgo : Sagouier, palmier-sagou. (Metroxylon Rottb., Raphia Pal. de Beauv.) Dese., vol. I, t. 33, p. 157. — Palmier inerme, haut de 8-10 mèt., à stipe fusiforme, surtout dans le jeune
S. vinifera Pers. ;
âge, plus gros vers le sommet. Feuilles très longues et très nombreuses, à pétiole garni de petits piquants dans toute sa longueur et entouré, à la base, d'une masse fibreuse épaisse ; régime pendant mesurant 2-3"50, divisé en un grand nombre de régimes partiels, rapprochés, inégaux, long de 28-33 em., à pédoncules longs de 7-8 cm. et enveloppés d'’écailles, glabres, luisantes, membraneuses; branches du régime partiel 50-60, très rapprochées, latéralement situées sur deux rangs : les inférieures, longues de 13-15 cm. ; les supé-
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rieures, graduellement plus courtes, Fleurs monoïques sur le même régime, disposées alternativement et latéralement tout le long des bratiches”: les mâles, plus nombreuses, occupant la partie supérieure; les femelles, au nombre de 1-3, situées à la base: les mâles et les femelles entourées, à la base, de bractées orbiculaires, membraneuses. {très apprimées, imbriquées ; périgone 6-phylle : les 3 écailles extérieures formant une alvéole : les 3 intérieures et supérieures, plus longues, exsertes, lancéolées, concaves, pointues; étamines 6, à anthères dressées, sagiliées; stigmates 3, subulés, connés, Fruit ovoïde, long de 4-5 cm.. strobiliforme, surmonté d'une pointe conique et forte; écailles du strobile soudées, renversées. polies, luisantes : celles du sommet graduellement plus petites et plus rapprochées; amande ou albumen dur, détaché à la maturité, garni, à la surface, de cavités et de petits enfoncements irréguliers, — On obtient le vin de ce palmier en perforant la tige jusqu'à la moelle; à deux pieds audessus de la terre, il coule presqu'à l'instant une liqueur agréable, stoma-
chique et antiscorbutique. — Route de Fort-de-France au Camp-Balata, bords de la rivière Monsieur, environs des bains Moutte, ete. [N° 20.1 — Je
ne l'ai pas vu à la Guadeloupe, mais on m'a assuré qu'il existe à Sainte-Rose et ailleurs.
Geonoma Willd. {du grec « geonomos », expérimenté dans l'art de l'agriculture, parce que les pieds donnent des stolons qui produisent de nouveaux
pieds.)
G. vagaGr.et Wendl. ; Géonome vagabond. Vulgo : Coco-macaque. — Haut de 3-4 mèt., solitaire et alors droit, ou en toulfe de 4-7 pieds et alors plus ou moins tortueux, à stipe cylindrique, lisse, marqué de cicatrices annulaires, distancées, très régulières, de l'épaisseur d'une forte canne à sucre, plein et ne fournissant pas de substance farineuse comme les autres palmiers, à bois fibreux et élastique, capable de résister aux vents les plus violents, Feuilles très vertes, striées, au nombre de 4-6, longues de 0% 90-130, engainantes à la base, penniséquées, à 6-10 segments adnés à la base, les uns larges, les autres étroits, obliquement acuminés : les inférieurs, distants ; les supérieurs, rapprochés; spathes 2, longues de 7-10 em., l'une couvrant l'autre en partie, et revêtues d'un duvet ferrugineux : l’extérieure, plus grande et concave; l'intérieure, fusiforme, beaucoup moins concave; spadice, dans les spathes entr'ouvertes, gros comme un œuf d'oie blanc, ressemblant à une boule de vers entrelacés, après son entier développement, long de 40-55 cm., couvert d’une pubescence roux noir ou roux grisâtre ; branches du spadice nombreuses, fastigiées, cylindriques, rigides, de même épaisseur dans toute leur longueur, penchées ou pendantes à l’époque de la maturité des fruits. Fleurs d'un blanc pur, petites, à odeur forte et suave, monoïques, insérées chacune dans une alvéole tri-quadridentée : les mâles et les femelles mélangées, disposées sur
quatre rangs, les mâles pourvues d'un carpelle rudimentaire; périgone double : l'extérieur de la fleur mâle, à 3 écailles concaves: l'intérieur, à 3 écailles plus longues, plus ou moins plates; les 3 écailles extérieures de la fleur femelle distinctes, les 3 intérieures gomopétales trifides ; étamines 6, monadelphes, à tube staminal plus long que les filets noirâtres ; styles 3, ayant chacun son stigmate. Fruit assis dans une cupule formée par les lobes profonds et durcis du périgone intérieur, monosperme, sphérique, à pulpe
mince, rouge foncé. — F1. de février à mai; graines müres de Juillet à décembre. — Avec les stipes de ce palmier, on fabrique des bâtons très solides. — Çà et là dans tous les grands bois de la Guadeloupe proprement
dite, mais plus abondant dans les bois des Bains-Jaunes que partout ailleurs. Alt. 600-950 mèt, [N° 3313.]
Marmninique. Vulgo : Aile à ravet. — Pitons-du-Carbet, où 1l forme souvent de grandes touffes; çà et là dans les bois du Lorrain, ete. [N° 22.]
Cocos L. (du grec « Kokkos », noix.)
C. nucifera L.:; Cocos à grosse noix. Vulgo : Cocotier, Desc., vol. I, t. 21, 22, p. 99; Tuss., F1, IV, t. 34. — Haut de 18-20 mèt., à stipe flexueux, relativement grêle, souvent incliné et tortueux, très rarement droit, quelquefois aminci au milieu, toujours épaissi à la base, marqué de cicatrices demicirculaires, rapprochées, composé de paquets de fibres qui le rendent souple et capable de résister aux vents les plus violents. Feuilles au nombre de 10- 14, longues de 2" 50-3 mèt., à segments nombreux, lancéolés-linéaires, acuminés, à pétiole très large à la base et semi-amplexicaule; spathe obovale, pointue, épaisse, verdâtre, longitudinalement fendillée en dehors, blanchâtre en dedans, d'une longueur maximum de 1" 20; spadice glabre, lisse, jaune verdâtre, paniculé, à 20-35 branches simples, droites, garnies de deux bosses au point.d'insertion ; pédoncule très vigoureux et en rapport avec la charge qu'il doit porter plus tard, légèrement comprimé. Fleurs sessiles, monoïques sur le même spadice : les mâles très nombreuses, avec un carpelle rudimentaire petit (à 3 styles subulés, courts et dépourvus de stigmates), situées sur six rangs irrégulièrement disposés; les femelles 1-3, placées vers la base des branches, formant un corps arrondi, déprimé, plus large que long, du volume d'une grosse châtaigne: périgone double, 6-phylle : les 3 écailles extérieures de la fleur mâle très petites, inégales, souvent avortées; les 3 écailles intérieures six ou huit fois plus longues, valvaires, ovées, fermes, souvent difformes; écailles de la fleur femelle imbriquées, arrondies, très épaisses à la base, plus larges que longues, fortement apprimées : les 3 extérieures plus courtes, les 3 intérieures beaucoup plus longues et couvrant complètement l'ovaire, toutes acrescentes et formant plus tard la cupule sur laquelle le fruit est assis; étamines 6, dont 3 fortement courbées en dehors (dans les fleurs ouvertes), entre les écailles écartées : les 3 autres dressées et opposées à ces
FN
mêmes écailles; filet comprimé, noirâtre; anthères d'abord dressées, ensuite horizontales, submédianifixes, subsagiltées ; ovaire légèrement pubescent au sommet ; stigmates nuls ou indiqués par trois petites saillies à peine perceptibles, tant que l'ovaire est enfermé sous les écailles. Plus tard. les trois stigmates rigides se forment et la fécondation s'opère. Fruit ovoïde-oblong, légèrement triangulaire, à saillies angulaires, plus prononcées vers le sommet, long de 22-25 cm. sur 11-16 cm. d'épaisseur, possédant un brou ferme, filandreux, élastique, plus ou moins spongieux, épais, que recouvre une peau vert pâle!; coque ou noix monosperme, ovale rondâtre, ligneuse-cornée, creusée autour de l'extrémité attachée à la base de trois trous ronds, dont un plus grand, de perforation facile, et deux plus petits, durs à percer. — En débouchant une de ses ouvertures, il coule de la noix un liquide blanchâtre, un peu sucré, parfois légèrement acidulé, selon les variétés, très frais et très agréable à boire. Un coco de taille moyenne peut en fournir environ un demi-litre : il en contient le maximum quand il est à moitié mûr, Le jeune fruit ne renferme que de l’eau; à mesure qu'il grandit, il se dépose, sur les parois encore peu épaisses et molles de la coque, une matière blanche, de la consistance du lait caillé, d'un aspect gélatineux (endosperme), qu'on mange à la cuiller. Au bout d'environ huit mois, le fruit est devenu sec, léger, tout le liquide a disparu et s'est changé en un albumen solide, appelé vulgairement amande de coco (Coprah); elle se mange crue, ou râpée et rôtie ou de toute autre manière. L'eau de coco est stomachique, antiscorbutique et rafraichissante. C’est le matin à jeun qu’on la boit habituellement. L'amande, séchée et mangée à jeun plusieurs Jours de suite, détruit, dit-on, le ténia ou ver solitaire. En incisant la spathe à la base, à l'époque où la fleur n'est pas encore sortie de cette enveloppe, comme cela se pratique dans certaines localités de la Martinique, on obtient une liqueur agréable qui fermente facilement et qu'on appelle vin de cocotier. D'après Cossigny (vol. IT, p. 235, il constitue, après qu'on a ajouté des graines de coriandre, un remède agréable à prendre, contre les néphrites et les affections de la vessie. On administre au malade ce remède, dit cet auteur, plusieurs fois dans la Journée, pendant plusieurs jours de suite, et 1l provoque l'expulsion par les urines d'une quantité considérable de graviers. La noix de coco, brûlée sur les cendres chaudes, laisse exsuder une matière huileuse dont Fodeur approche beaucoup de celle de la créosote et qui est employée contre les maux de dent. Le brou du coco (fibres) peut servir à calfater les canots et à faire des cordages ; avec la coque, dure, on peut faire toutes sortes d'ustensiles et de
1. Ce brou, d’après les observations du D° Martialis, serait un anthelminthique de premier ordre, comparable à la graine de courge el aussi inoffensif pour le patient que cedernier remède. Cette action sur le ténia serait due à une résine spéciale (analogue sans doute à celle que j'ai nommée péporésine dans la courge qui y est assez abondante : on râpe ce brou et on le donne au malade à la dose de $0 gr., après un jeûne de 12 heures. (EË, IH.
petits travaux. Le bois du stipe est assez dur pour servir à la construction. Les feuilles, encore tendres, peuvent se manger en salade au même titre que celles du chou-palmiste; elles ont cependant une saveur beaucoup moins
agréable‘. — Dans les pays chauds, le cocotier fleurit et rapporte toute l'année. — On le croit indigène de la côte occidentale de Panama; il se plaît
de préférence dans les sables du bord de mer, mais il pousse également bien dans l'intérieur et sur les mornes inférieurs exposés au vent. — Cultivé dans tous les pays chauds et subtropicaux du monde entier. [N° 386.
Syagrus Mart. (du grec « sus », porc, et « agrios », sauvage. Pline, XII, 9, désigne par ce mot une espèce de palmier, sans donner d'autres explica-
Hions.)
S. amara Mart.; Syagre amer. Vulgo : Petit coco. (Cocos Lin.) — Palmier élancé, très droit, dépassant rarement 15 mèt. d'élévation dans nos colonies, à stipe d'une épaisseur de 14-16 cm. : celui des jeunes pieds est plus gros. Semblable au cocotier par les feuilles, la spathe, les fleurs, le spadice, mais les écailles du périgone sont plus épaisses : les intérieures de la fleur mâle sont linéaires-oblongues. Fruit ovoïde, deux ou trois fois plus grand qu'un œuf de poule, jaune en dehors, possédant un brou drupacé-filandreux, avec un suc jaunâtre ; coque dure, un peu plus grosse qu'un œuf de poule, marquée de trois sillons plus ou moins prononcés. — L'amande se mange comme celle du coco ordinaire. — Çà et là à l'état sauvage dans les mornes inférieurs ; se rencontre plus souvent à l'état de culture dans les parcs et autour des maisons, comme arbre d'ornement : Camp-Jacob, Matouba (habitation Rollin et la Joséphine, où il y en a toute une allée), Gourbeyre (Dolé), les Palmistes, Trois-Rivières. [N° 3817.|
Marrinique. Vulgo : Petit coco. — Assez abondant à la Rivière-Salée (habitation La Reprise), Petit-Bourg, La Régale, Saint-Esprit, François. IN°18:]
L'Elaeis quineensis L., vulgo : Palmier de Guinée, palmier à l'huile (Jacq., Sel. Am. stirp. hist., t. 173, p. 280; Tuss., FL, IV, t. 34), originaire de l'Afrique chaude, haut de 9-11 mèt., à stipe droit, marqué de larges cicatrices demi-annulaires, à feuilles longues, nombreuses, qui ne tombent pas d'une seule pièce, comme dans les autres palmiers, mais se flétrissent et pourrissent à parür de l'extrémité, de sorte que la partie supérieure du tronc est toujours
1. Il est à peine besoin de rappeler ici que l'amande de cocotier fournit, sous le nom de coprah, une matière oléagineuse de première utilité pour l'industrie des savonneries et des stéarineries en Europe. Cette amande renferme de 40 à 50 0/0 d'une huile dite de coprah qui sert encore comme matière alimentaire quand elleest fraîche et qui, quand elle a ranci, est transformée en une axonge végétale très agréable, qui est encore journellement utilisée dans l'alimentation publique sous le nom spécial de Taline. On peut dire que le cocotier est, par ses produits, un des végétaux les plus utiles à l'homme non seulement dans les climats où il végète, mais encore à l'industrie de tous les peuples civilisés. (E. H.)
.: Les
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garnie de vieilles feuilles et de vieux pétioles, à pélioles garnis sur les deux
bords d'une rangée de piquants, à fleurs monoïques, sur des spadices distincts et renfermés dans une double spathe, à fruits pourvus d'une enveloppe jaune à l'état frais, huileuse, à coque très dure, à albumen dur et creux, et le Phænix dactylifera L., vulgo : Dattier, originaire de la Phœnicie et de l'Afrique septentrionale, à fleurs dioïques, et dont les fruits arrivent en plusieurs endroits à une parfaite maturité, se rencontrent couramment dans les deux colonies.
Les palmiers étant des arbres d'ornement par excellence, les directeurs des Jardins botaniques, les amateurs de plantes se sont appliqués à en introduire un certain nombre des plus belles espèces. Citons parmi ceux dont les feuilles sont en éventail : Latania Commersonit J. F. Gmel, Licuala spinosa Thunb., Ghamerops excelsa Thunb., Corypha umbraculifera L. et rotundifolia Lam.; parmi les palmiers à feuilles pennées : Phœnix reclinala Jacq. et sylvestris Roxb., Attalea Maripa Mart.', Euterpe edulis Marl., Arenga saccharifera Labill., vulgo : Crin végétal, à stipe garni de très longs piquants noirs, À. Wighliü Greff., Garyota urens L., Martinezia {runcala Brongn., el caryotæfolia H. B. Kth., de Java, Maximiliana regia Mart., Bactris soctalis Mart., Seaforthia elegans R. Br., etc.