CENT. QUARANTE-DEUXIÈME FAMILLE. — SCITAMINEES
TRIBU I. ZINGIBÉRACÉES.
Renealmia L. fils (dédié au Français Paul Reneaulme, botaniste, qui, en 1611, publia un ouvrage sous le titre de: Specimen hisloriæ plantarum.
R. caribæa Griseb.; R. racemosa KR. et Sch.; Rénéalmie des Caraïbes. Vulgo : Lavande blanche, Lavande grand-bois. Plum., édit. Burm., t. 20, — Haut de 1" 10-175, herbacé, annuel par la tige, vivace par ses stolons gros et traçants. Tige toujours plus ou moins penchée. Feuilles largement lancéolées ou oblongues, ou plus rarement elliptiques, ligulées, longuement engainantes, longues de 30-40 cm. sur 7-9 cm. de large, glabres, à nervures se détachant à angle très aigu. Inflorescence en panicule terminale, lâche, longue de 18-25 cem., dépassée par la dernière feuille de la tige; pédoncule épaissi au sommet et donnant naissance à une bractée verte, demi-embrassante, longue de 7-8 cm. et souvent terminée par une feuille rudimentaire ; branches de la panicule courtes, à pédicelles garnis, à la base, d’une bractée blanche, membraneuse, habituellement plus longue que la branche; rachis et pédicelles blancs. Fleurs blanches, odorantes, le plus souvent géminées, entièrement renfermées, avant leur épanouissement, dans une bractéole blanche, très mince, caduque ; calice tubuleux, apprimé, à 3 lobes obtus et écartés: corolle infondibuliforme ; labelle obové, à 3 lobes arrondis; étamine presque sessile ; style filiforme; stigmate échancré, connivent avec l’anthère. Capsule longue de près de 2 cm., ovoïde, à déhiscence loculicide : les valves restant unies au sommet surmonté des débris du périanthe; semences jaune brun, rondàtres-anguleux, arillées, percées d’un trou àla base. — Très abondant dans
employées à la Guyane française : les feuilles pour en extraire des fibres textiles, et les racines comme diurétiques. (E, H.)
SCITAMINÉES 581 tous les bois de la Guadeloupe proprement dite. — FI, de févmer à juillet ! — Alt. 400-900 mèt. | N° 3328. À
Marminique. Vulgo : Gingembre grand-bois. — Abondant dans tous les
bois. [N° 2117 b.]
R. exallata L.: Rénéalmie élevée. Vulgo : Lavande rouge. Vivace par ses stolons larges, noueux, haut de 1 " 20-1" 50, et formant des touffes très amples. Feuilles très vertes, mucronées, oblongues ou elliptiques, souvent atténuées vers la base, longues de 25-35 cm. sur 6-8 em. de large. ligulées. engainantes. Hampe radicale, très droite, longue de 45-60 em... garnie, à la base, de feuilles bractéiformes, ovoïdes, arrondies, rapprochées : les inférieures, courtes; les supérieures, graduellement plus longues, lancéolées, toutes engainantes et rouges. Inflorescence en grappe longue de 12-18 em.: rachis et pédicelles revêtus d'une pubescence couleur de rouille: pédicelles longs de 8-12 mm., portant à la base une bractée vert rougeâtre, plus longue que la fleur. Fleurs solitaires, rouge brun; bractée spirale de la fleur ventruetubuleuse, brièvement bifide; calice tridenté; corolle presque aussi longue que le calice; lobes de la corolle oblongs-ovales, plus courts que le tube: labelle subinclus, entier. Capsule longue de 2,5-3 em. sur 1,9 cm. de diamèt., loculicide, surmontée des débris durcis du périanthe; semences rouge foncé (à l’état frais), lisses, luisantes, faiblement arillées, plus petites que dans le précédent, mais à ouverture basilaire plus large. — Rare. Çà et là dans les endroits aquatiques des basse et infra-moyenne régions, exception nellement dans les endroits secs : Capesterre (le long de la rivière, sous le pont de l’usine du Marquisat), Deshaies (près du presbytère dans un sol see et rocailleux), Pointe-Noire (habitation Pérou). Alt. 10-400 mèt, [N° 3328.
Marmnique. Vulgo : Grand gingembre. — Sainte-Luce (près de la mer, bois inférieurs du Lorrain, sur le bord d’un endroit aquatique. {N° 2109,
Costus L. (du grec « Kostos », mot par lequel les anciens désignaient une plante aromatique, en arabe « Koost ».)
C. spicatus Sw.; Costus à fleurs en épi. Vulgo : Canne-Congo. Rose., Monand.,t.77. — Vivace par ses rhizomes larges el rampants, haut de 0 ® 90- 2m 50, à tige cylindrique, droite ou souvent plus ou moins tortueuse. Feuilles molles, subcharnues, oblongues, larges, pointues, glabres, quelquefois subcordées à la base; pétiole court, large, attaché au-dessous du sommet subtronqué d'une gaine longue de 4-5 cm., longuement ciliée sur les bords, à cils apprimés. Inflorescence en épi serré, terminal, strobiliforme, oblus, pouvant atteindre jusqu'à 20 em. de long. Bractées très rapprochées, imbriquées, rou-
1. Sous le nom vulgaire de Balisier génipa, cette espèce est employée en médecine à la Guyane française; son rhizome, aromatique, est considéré comme un bon remède contre les douleurs rhumatismales : on le fait macérer dans le rhum ou le vermouth, et cette
boisson est absorbée à jeun. (E. H.
geâtres, longues de 4 cm. sur à peu près autant de large, légèrement carénées sur le dos, au sommet. Corolle longue de 3,3 cm., jaune pâle, à moitié exserte, tubuleuse; labelle rejeté en arrière, obtusément trilobé; étamine pétaloïde, spatulée ; stigmate garni de deux petites cornes sur le dos, au sommet. Capsule légèrement pulpeuse, loculicide, triloculaire ; semences petites, arillées, nombreuses, violet pâle (à l'état frais). — FI, en mars, avril, mai, — Peu abondant. Çà et là dans les bois humides et le long des ruisseaux des basse et infra-moyenne régions : Vieux-Fort (ravine du haut de la rivière Blondeau), Capesterre (environs du Grand-Étang), rivière Noire (au-dessous du Camp-Jacob). Alt. 200-500 mèt, [N° 3701, 3704]
Marmxique. Vulgo : Petit dégonflé. — Ajoupa-Bouillon, route des Fonds- Saint-Denis aux Deux-Choux, Camp de l'Alma, etc. [N° 2109.
On rencontre souvent dans les deux colonies le Costus specrosus Smith., à fleurs très larges, blanches, en épi globuleux, garni de bractées d'un rouge vif noirâtre. Originaire des Indes Orientales, introduit en Angleterre en 1794,
(IUlust. horticole, de Linden, t. IT, avril 1896.) [N° 3329. ]!
Hedychium Koenig (du grec « hedus », doux, agréable, allusion à l'odeur agréable des fleurs.)
H. coronarium Koenig; Hedychium à fleurs en bouquet. Vulgo : Canne d'eau. Rosc., Monand., t. 51. — Haut de 0% 80-1 mèt., rarement plus haut, à rhizome rampant et noueux. Tige très droite, cylindrique, grosse. Feuilles distiques. lancéolées-acuminées, glauques, imbriquées, à limbe long de 25- 33 cm. sur 9-7 cm. de large; ligule deltoïde, large, membraneuse, mince; gaine fendue. Inflorescence en épi raccourci, obovoïde, strobiliforme, terminal, naissant à l’aisselle de la dernière feuille, long de 10-12 cm. Bractées de l'épi spathiformes, imbriquées, vert pâle, minces et blanchâtres sur les bords, obovales, arrondies, plus longues que larges: bractées basilaires de l'épi pointues, de 1 à 3 prolongées en un limbe foliiforme souvent long. Fleurs d'un blanc très pur, extrèmement odorantes, à odeur exquise et forte, Périanthe tubuleux, à tube cylindrique, filiforme, long de 5-6, 5 cm., renfermé, à la base, dans trois bractéoles minces, membraneuses, longues de 2-3 cm. : les trois segments extérieurs du périanthe, longs de 3 cm. sur 2 mm. de large, égaux, pointus, étalés ; les deux segments latéraux intérieurs, larges, obovés, obtus, plus longs que les trois extérieurs; labelle très large, obcordé, brusquement et étroitement rétréci à la base, long de 4,2 cm., plus large que long; étamine à filet comprimé; anthère longue, jaune, toujours penchée: stigmate infondibuliforme; ovaire subsessile, triloculaire, Capsule large,
1. Sous le nom de Canne-Congo on utilise à la Guyane française les rhizomes du Costus arabicus L., originaire des Indes Orientales ; ce rhizome, à fine odeur de violette, y sert à faire une tisane dépurative el diurétique. Il est probable que les deux Costus ci-dessus décrits jouissent des mêmes propriétés. (E. H.)
NO PCR PE
SCITAMINÉES 583 obovoïde, loculicide; semences jaunâtres, arillées, — FI. d'avril à juillet Introduit et naturalisé. Originaire de l'Asie tropicale, R | d'assez grandes étendues, dans les endroits aquatiques et le long des ruisseaux : Camp-Jacob, Basse-Terre (ravine de Belost Valcanard), Pointe-Noire (le long de la rivière), Pigeon (bords de la rivière Lostau), Trois-Rivières, ete. Alt. 0-500 mèt. [N° 3330.
Marmnique. Vulgo : Canne-rivière, canne d'eau. — Saint-Pierre des Pères), Carbet (le long de la rivière), ete. [N° 2116.
- Vit en société sur
Gourbevyre (étang du
rivière
Au Camp-Jacob et dans beaucoup de Jardins de la Martinique, on cultive les superbes Hedychium flavum Wall. (Rosc., Monand.), {. 49 [N° 2005 DL el Gardnerianum Wall. (Rosc., Monand., t. 62) [N° 2004!: ils fleurissent en mai, Juin et Juillet, et sont originaires de l'Asie tropicale,
De la tribu des Zingibéracées, on rencontre souvent :
1° Le Zingiber officinale Rose. Vulgo : Gingembre, Rose, Monand., \. 83.
— Ses racines, excitantes, servent dans la médecine domestique. FI, en septembre ou octobre, ou novembre, mais ne produit pas de fruit, — II se trouve aussi à l’état sauvage autour des vieilles habitations en ruine : il est originaire des Indes Orientales. [N° 3840. — Mannnique. [N° 2004 e,
2° L'Alpinia nulans Rosc. (Globba nutans L). Vulso : Lavande, — Haut de 1% 50-2" 50, à tiges el grappes penchées, à fleurs très parfumées, Originaire des Indes Orientales, [N° 3441] — Marrinique. Vulgo : Dégonilé (parce
qu'on emploie la décoction des feuilles contre le météorisme, {N° 200 D.
3° Le Kaempferia /onga Jacq. Vulgo : Fleur de mai, qui, en avril, mai ou Juin, époque de la floraison, perd complètement ses feuilles panachées, et dont les fleurs, radicales, blanches, striées et lavées de violet carminé,
répandent une odeur exquise. [N° 3844.] — Marrinique. Vulgo : Iris de Florence. [N° 2111 b.]
4° Le CGurcuma longa L. Vulgo : Curcuma. — A fleurs d'un blane pur, portées sur une hampe radicale ; à racines jaune safran, d'une odeur forte et pénétrante. — Elles entrent dans la préparation du fameux mets créole, nommé à la Guadeloupe le « Colombo ».— Le suc des racines est employé
chez les femmes de la campagne pour teindre les mouchoirs, les foulards, les toques, appelées vulgairement « Madras » : 1l constitue un excellent antiscorbutique que les travailleurs indiens du pays emploient souvent : il passe en outre pour être un contrepoison du Mancenillier. :N° 3333. — Manrimniore. Vulgo : Safran du pays, safran-cool. [N° 2117.
TRIBU II. MARANTÉES.
Calathea Mey. (du grec « kalathos », corbeille, allusion à la forme particulière du labelle.)
C.discolor Mex., Maranta Cachibou Jacq., M. lutea Lam. : Calathée à feuilles pourvues de deux couleurs. Vulgo : Cachibou, roseau-mare. Rosc., Wonand., t. 43. — Vivace, cespiteux, à racines stolonifères, formant une masse compacte, à tiges hautes de 3-450, en baguettes très droites, nues, creuses, lisses, cylindriques, de l'épaisseur d'un doigt. Feuilles confinées aux extrémités des tiges, ovales, obtuses au sommet, habituellement arrondies à la base, longues de 45-60 em. sur 23-60 cm. de large, de la consistance du parchemin, vert pâle en dessus, blanches, poudreuses en dessous ; pétiole légèrement comprimé, pouvant atteindre jusqu'à 70 em. de long, renflé près de la base du limbe. Inflorescence en 2-# épis strobiliformes, naissant de la gaine de la dernière ou des deux dernières feuilles, comprimés-cylhindriques, longs de 9-11 em., pédonculés, à pédoncules longs, très inégaux, entourés d'une bractée générale extérieure, très longue, couvrant les bractées intérieures beaucoup plus courtes, et spéciales à chaque pédoncule. Bractées du strobile brunes sur les bords, très coriaces, plus larges que longues, largement obovoïdes, subtronquées au sommet, imbriquées. Fleurs jaunes, de moitié moins longues que les bractées, fasciculées : le faisceau garni d'une bractéole cannelée sur le dos; calice à trois segments ; corolle à tube filiforme, et à six lobes: les trois extérieurs, lancéolés ; les deux intérieurs, obtus ; labelle large, en forme de cuiller ; élamine pétaloïde ; stigmate rond. — FI. presque toute l'année. — Endroits aquatiques : çà et là dans l'étang de Valcanard (Gourbeyre) ; plus abondant dans les marécages du Lamentin et de la Baie-Mahault. Alt. 0-400 mèt. [N° 3334.
MarriNiQue. Vulgo : Cachibou. — Rare: Champflore (sur le bord de la Capotte), Sainte-Marie (endroits marécageux des bois inférieurs), ete. INS2147,b:
Le Calathea A/louia Lindl., Maranta Allouia Aublet., vulgo: Topitambourg (pour Topinambourg) (Rosc., Monand., t. 38; Desc., vol. I, t. 26, p. 127), à racines portant des tubercules alimentaires, ovoïdes, globuleux, légèrement hérissés de petits piquants, à fleurs blanches disposées en tête, ovoïde, naissant de la gaine de la dernière feuille, est cultivé dans les deux colonies et dans toutes les Antilles. — FI. en juin, juillet. — Alt. 10- 600 mèt. [N° 3842.) 1 — Marrinique. Vulgo : Topitambourg. [N° 2110 c.]
Ischnosiphon Koern. (du grec « ischnos », mince, maigre, et « siphon », tube, allusion aux bractées tubuleuses des épis.)
I. Arouma Koern., Maranta juncea Lam., M. peliolata Rudge. Vulgso Arouma (de « aruna », nom de la plante chez les Garipons et les Galibis de la Guyane.) (Maranta Jacq.) Vivace, formant des touffes très larges, compactes
1. Sous le nom vulgaire de Galanga, cette espèce est employée à la Guyane française: ses rhizomes, tubéreux et féculents, y donnent un excellent salep. (E. H.)
SCITAMINÉES 585 et très ornementales par leur port, hautes de 29 50-3 mèt., à tiges comme dans le Galathea discolor Mey., mais beaucoup moins grosses. Feuilles rosulées aux extrémités des tiges, au nombre de 4-5, à limbe long de 20-25 cm, sur 12
14 em. de large, ovale, obliquement pointu au sommet et à côte médiane déviée et courbe ; pétiole long de 23-30 cm., engainant dans les trois quarts inférieurs, renflé au-dessus du limbe sur une étendue de ?2,34-3 cm., subevlindrique entre le renflement et la gaine. Inflorescence en épis cylindriques, très minces, fasciculés ou solitaires, très inégaux en longueur : les plus longs mesurant Jusqu'à 11 em., naissant {ous des gaines disposées sur un pédoncule qui s'élève du nœud formé par le faisceau des pétioles. Bractées des épis alternes, imbriquées, obliques au sommet et rouges sur le bord. Fleurs jaunes, avec de nombreux points rouge brun ; calice renfermé dans la bractée et garni de plusieurs bractéoles ; corolle à tube filiforme, dilaté au sommet, exsert, plus long que les segments : les trois segments extérieurs, lancéoléslinéaires ; les deux internes, latéraux, aussi longs, mais lancéolés : labelle spatulé ; étamine filiforme, à anthère libre. Capsule inconnue, — Trouvé en fleurs en août. — Peu abondant : çà et là dans les grands marécages d'eau douce du Lamentin. Alt. 5 mèt. [N° 3541.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique !.
Maranta L. (dédié au Vénitien Barth. Maranta, médecin, mort en 1734: a écrit : Méthode pour connaître les plantes.)
De ce genre, on cultive dans les deux colonies, comme du reste dans toutes les Antilles :
1° Le Maranta arundinacea L., vulgo: Dictame (| « Arrow-root » des Anglais) (S1., t. 149 Rosc., Monand. t. 25), à fleurs blanches, en cymes {erminales, très lâches et dichotomes. — Originaire de l'Amérique méridionale. [N° 3843.] — MarriniQue. Vulgo : L'Envers blanc. [N° 2107, 2110.
90 Le Maranta indica Tussac, vulgo : Dictame de la Barbade, Moussache de la Barbade (Rosc., Wonand., t.26 ; Tuss., Fl., 1, t. 26; Desc., vol. VIH, t. 549) ; il ressemble au précédent, mais est plus élevé. — Originaire des Indes Orientales.
Les rhizomes de ces deux espèces produisent des tubercules comprimés, écailleux, allongés, pointus, qui contiennent une fécule blanc nacré, très appétissante, nourrissante el facile à digérer : elle est connue dans les colonies sous le nom de « farine de Moussache ». [N° 3332.] — Marnixique. Vulgo : Moussache de la Bardade. [N° 2110 D.]
1. Cette espèce, très commune à la Guyane française, y est connue vulgairement sous le nom d'Arouman : le suc de ses feuilles et de sa tige serait caustique comme celui de la Canne-feu (Dieffenbachia Seguine Schott); les graines donnent une huile employée à Cayenne comme cosmétique pour les cheveux : enfin le rhizome, tuberculeux, renferme une fécule alimentaire. (E. H.)
On rencontre souvent dans les jardins de nos deux colonies le beau Maranta sebrina Sims, remarquable par ses larges feuilles rayées de brun velouté et de jaune en dessus, d’un beau violet en dessous. — Il est originaire du Brésil.