Annales de la Compagnie du St-Sacrement
Il nous paraît inutile de parler ici longuement de la Compagnie du SaJnt-Sacrement; les Annales que nous publions forment son histoire, elles la feront connaître bien mieux que tout ce que nous pourrions dire. Il n'est cependant pas inutile de faire observer que cette Société dont l'existence fut si courte et qui produisit de si grandes œuvres, n'avait pas seulement pour but de se livrer à l'action ni même de travailler à la gloire de Dieu en faisant tout le bien possible et en écartant tout le mal. Ceux qui en eurent la première idée, qui en furent les premiers pères, comprirent qu'ils ne feraient rien de solide, rien de véritablement agréable à Dieu et de profitable au prochain si, avant tout, chaque membre ne travaillait d'une manière sérieuse à sa sanctification. Aussi, voyons-nous cette préoccupation paraître soit dans les statuts de la Compagnie, soit dans dans les différents écrits qui renferment sa manière de procéder. Nul doute qu'une préoccupation si sainte n'ait été pour beaucoup dans le succès de cette Société dont le plus grand soin consistait à se recruter parmi les personnes les plus recommandables du royaume.
Pour conserver dans la Compagnie cet esprit universel qui la portait à toutes sortes de biens pour secoiurir le prochain, ceux qui furent ses auteurs, c'est-à-dire le Père Philippe d'Angoumois, capucin, le Père de Coudren, général de l'Oratoire, et le Père Suffren, delà Compagnie de Jésus, résolurent d'en exclure toute personne vivant en communauté. Un religieux, en effet, pourrait être porté à ramener la
Compagnie à ce qui forme l'esprit particulier de son ordre et affaiblirait par là cet esprit universel qvii est celui de l'Eglise et devait être celui de la Compagnie. Il y avait à cela une autre raison très forte : un religieux n'est maître ni de son temps, ni de ses démarches; il ne peut donc disposer de lui, ni accepter des commissions qui très souvent pourraient se trouver incompatibles avec ses obligations. Il se verrait forcé de faire connaître à son supérieur tout ce dont il serait chargé dans la Compagnie, et le secret se trouverait atteint. Jusqu'à sa destruction, la Compagnie voulut observer ce point de ses statuts; elle se montra d'ailleurs toujours fidèle à l'esprit de son institution et, à part cette exception des religieux, elle se recrutait dans toutes les classes de la société. Nous y trouvons des prélats, des grands seigneurs et des princes, des magistrats et des bourgeois, et parmi tous ces membres divers régnait la plus parfaite charité ; l'esprit d'union qui existait autrefois entre les premiers chrétiens subsistait encore parmi ces hommes d'élite, dont tous les efforts tendaiept à prociu-er la gloire de Dieu et le bien du prochain.
Le Seigneur ne pouvait manquer de bénir une charité si parfaite; aussi en peu de temps la Compagnie qui, comme toutes les œuvres de Dieu, avait commencé dans l'humilité, fut-elle visiblement aidée du ciel. Son action s'étendit à tout et ses œuvres prospérèrent d'une manière admirable. Mais pour des âmes si animées de l'esprit de Dieu il n'était pas suffisant de se confiner à Paris ; il y eut bientôt dans les principales villes du royaume des Compagnies unies étroitement à celle de la capitale et ne correspondant entre elles que par son moyen ou avec son autorisation . Dès que la Compagnie eut pris le nom de Compagnie du Saint-Sacrement, elle prit à tâche d'imiter la vie cachée et cependant active du Sauveur en la sainte Eucharistie. De là siu-tout son amour du secret, comme il est facile de s'en convaincre en lisant sans prévention ses statuts et les pièces que nous publions en appendice.
Ce serait une erreur de croire que la Compagnie du Saint-Sacrement s'établit et fonctionna tout-à-fait à l'insu du pouvoir royal et des pontifes de l'Eglise. Dès son début, elle avait été connue du Car-
dinal de Richelieu qui, connaissant de science certaine le zèle de ses membres et leur fidélité, ne leur avait pas ménagé les encouragements. Le roi Louis XIII lui-même l'avait prise sous sa protection et n'avait pas dédaigné d'écrire à Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, pour lui demander d'autoriser les assemblées. Partout elle s'établissait du consentement de l'évêque diocésain et avec le concours des magistrats, ce qu'il est facile do voir en parcourant les noms de ceux qui en faisaient partie. Les évêques y tenaient la première place et le nonce y vint plusieurs fois et y apporta la bénédiction et les encouragements du Souverain Pontife.
Lorsqu'on i63o la Compagnie prit naissance sur l'initiative du pieux duc de Ventadour, il n'était pas encore question de la doctrine de Jansénius. Les confrères se livraient aux bonnes œuvres et contribuaient de leur bourse à tout ce qui se pouvait entreprendre de bien .
Nous apprenons de du Ferrier qu'en une seule fois il y eut une contribuiion de oo.ooo écus et la plus parfaite charité régnait parmi les confrères. Le Jansénisme commença à amener la désunion parmi les membres de la Société, mais comme le Saint-Siège ne s'était pas encore prononcé, il fut assez facile au saint baron de Renti de maintenir la paix, et la Compagnie contribua même pour une bonne part aux frais du voyage à Rome des docteurs de Sorbonne chargés de défendre la doctrine de l'Eglise. Lorsqu'Innocent X eut publié la condamnation des cinq propositions, sa bulle fut acceptée avec respect et soumission par la Compagnie assemblée, et le Te Deutn y fat récité en actions de grâces. A partir de ce moment, les principaux confrères s'opposèrent avec énergie à l'hérésie nouvelle. Lorsque devait avoir lieu quelque élection on entendait les plus zélés dire à ceux qui allaient voter : <•; Point de Jansénistes. » Nous connaissons ce détail intéressant par les mémoires du Père Rapin.
Les partisans de la nouvelle hérésie, perdant l'espoir de voir admis dans la Société ceux des leurs qu'ils y présentaient, s'en retirèrent peu à peu et travaillèrent à- la desservir auprès du cardinal Mazarin . Ils n'eurent pas de peine à indisposer ce ministre ombrageux qui chercha