‹ Annales de la Compagnie du St-SacrementChapitre 4 sur 44 · PAX · texte numérisé non relu

PAX

Mon Révérend et Très Cher Père,

Votre livre est une bonne œuvre. Il procurera grandement la Gloire de Dieu et l'édification du prochain. Cette Comjjagnie du Saint- Sacreraent a fait pendant les 33 ans de son existence des œuvres merveilleuses réalisant admirablement son but, qui était d'empêcher tout mal et de faire tout bien.

Nous voyons dans son sein les hommes les plus considérables et les plus saints personnages de l'époque : Saint Vincent de Paul, le Père de Condren, M. Olier, le baron de Renty. Ce n'est pas une petite consolation pour nous, INIarseillais, d'y rencontrer le Vénérable J.-B. Gault.

Votre publication sera une force et un piussant encouragement pour tous ces Chrétiens zélés qui, à notre époque, se dévouent avec tant de persévérance à toutes les Œuvres catholiques.

Votre affectionné et dévoué en N.-S.

t Fr. J.-Christophe GAUTHEY, Ab

Lettre du Comte d'Argenson à Louis-Antoine de Noailles Archevêque de Paris

Du ^4" de May tôgO, à Argenson

Voyla, Monsieur (i), tous les mémoires et toutes les iVmiales de la Compagnie du St-Sacrement qui m'ont esté confiez par un grand nombre de serviteurs de Dieu et que j'ay rédigez dans un corps d'histoire par l'ordre de la Compagnie mourante. Je les remets, ce me semble, par le pur ordre de Dieu entre vos mains, et je ne doute pas que vous ne luy en rendiez bon compte, et que vous ne luy en prociu-iez toute la gloire et tout le service qu'il attend de votre fidélité. Je charge un de mes amys qui part d'icy d'en porter le pacquet à mon fils l'Abbé (2) qui aura l'honneur de vous le rendre en main propre, mais ni l'un ni l'autre ne sçavent point de quel ouvrage ils sont porteurs. Jusqu'icy les choses se sont conduittes avec un entier secret, et je croy que c'est le moyen de faire renaître cette pieuse Compagnie pour le service de la Religion et de l'Estat.

J'ay receu des nouvelles de M. de la Chapelle-Pajot (3). Il est le

(i) Cette lettre est adressée à Louis Antoine de Noailles, fils d'Anne, duc de Noailles, et de Louise Boyer, ne le 27 mai 1651, docteur de Sorbonne, dom d'Aubrac, évêque de Caliors en 1679, transféré à Châlons-sur-Marne en 1680. Il succéda sur le siège de Paris à François de Harlay de Chanvalon en 1695 ; Cardinal du titre de sainte Marie de la Minerve le 21 juin 1700; nommé chef du conseil de conscience en 1715 après la mort do Louis XIV ; il mourut le 4 mai 1729. Charlcs-Gaspard-Guillaumc de Vintimille, archevêque d'Aix, lui succéda. Le Cardinal de Noailles refusa longtemps d'accepter la bulle Uin'ge/iitus, et son opposition fit un grand scandale ; il finit cependant par se soumettre.

(2) François-Hélie de Voyer d'Argenson, lils de René et de Marguerite Houlicr de la Poyade, né le 22 septembre 1656, prieur de St-Nicolas de Poitiers, docteur en théologie le 9 février 1686, élu doyen et chanoine de St-Germain l'Auxerrois le 15 janvier 1694, nommé évoque de Dol le 15 avril 1702 et sjicrc le 18 mars 1703, abbé de Preuilly le 1 novembre 1706, archevêque d'Embrun le 12 janvier 1715, de Bordeaux le 23 avril 1719, et conseiller d'étiit le 9 mai suivant. Le 12 juin 1720, abbé de Rebec; membre de l'assemblée du clergé en 1723 ; meurt à Bordeaux le 25 novembre 1728, âge de 72 ans.

(3) Antoine de la Chapelle-Pajot fit partie de la communauté de jeunes gens (jui étaient sous la direction du P. Bagot de la Compagnie de Jésus ; il entra dans la Compagnie du Saint- Sacrement en 1656 et se retira au séminaire des Missions étrangères dont il fut l'un des fon^ dateurs ainsi <|ue de rHôpiUd-gcncrai.

dépositaire de plusieurs papiers que la Compagnie a laissés au séminaire des IMissions étrangères. Il se meurt, car ses forces diminuent tous les jours a mesure que son âge de quatre-vingt-six ans s'avance mais son esprit est toujoiu-s le mesme, et sa vertu se perfectionne dans> les souffrances pour l'éternité .

Je luy ay mandé de faire un pacquet bien cacheté de tous ces papiers, et de mettre dessus qu'il vous appartient. Si par un divertissement charitable, en vous promenant, Monsieur, vous passiez au séminaire d'où il ne sort plus, vous verriez un vray sen'iteur de Dieu tout sincère et tout simple dans ses manières d'agir et de parler. Mais il faudroit le faire avertir que vous Tiriez voir, sans en dire mot au reste de la IMaison ; il tiendroit prêts tous ces papiers, et sans autre formalité vous poiuriez les emporter.

Ce pauvre séminaire est a présent tellement abandonné de ses supérieurs, qu'il fait compassion a ceux qui ont du zèle pour les Missions étrangères. INIais il faut avoir patience. Si Dieu vous fait la grâce de tirer la Compagnie de son tombeau, elle pourvoyra a tout sous votre authorité. C'est dont je supplie instamment et fréquemment N.-S., et je l'espère de la piu-eté de vos intentions et de la ferveur de votre zèle'. C'est avec ces sentimens, IMonsieur, de très haulte estime et de très profond respect pour vous, que je suis pour l'éternité, votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur,

d'Argexsox (i)

Excusez, je vous supplie, jMonsieur, la malpropreté du portefeuille. C'est le meilleur que j'ay trouvé dans mon Cabinet de solitaire, et je ne suis pas en lieu d'y pouvoir remédier.

(i) René de Voyer d'Ai-genson, fils de René, comte d'Argenson, et d'Hélène de la Font, naquit à Blois le 13 décembre 1623; maître des requêtes le 14 août 1649, il succéda à son père dans l'ambassade de Venise où il resta jusqu'au 22 novembre 1655. Il épousa, le 8 mai 1650, Marguerite Houlier de la Poyade, fille d'Hélie, lieutenant-général au présidial d'Angoulêrae, et de Catherine de Paris, et mourut au mois de novembre 1700. Il avait été d'abord conseiller au parlement de Rouen et intendant subdélégué de son père dans les élections de Saintes et de Cognac, et dans la généralité de Poitiers.

Comviencc'es le IT Juillet l6g4, un sarnedi, à Arggnson.

Loué soit le Très-Saint-Saorement î

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