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Notre Analyse raisonnée des Commentaires de César (1) nous a initié à la connaissance des temps gaulois et des temps gallo-romains, dont l'étude est malheureusement trop négligée. Beaucoup de personnes commencent leurs premières investigations sur Thistoire de France par Tépoque de Clovis et se figurent que les Germains sont partis de leurs forêts, framées en main, comme des sauvages, pour se ruer sur la Gaule encore plongée dans la plus profonde barbarie. Elles ne se doutent pas qu'antérieurement à ces invasions nos pères ont été Romains, que Tart, les monuments et la civilisation de l'Italie ont brillé sur nos contrées.
Qu'on ne soit donc pas surpris de voir certains érudits mêmes dédaigner les vestiges des temps anciens et jeter avec indifférence un fragment de vase, un débris d'armure sur l'amas de pierres enlevées de leurs champs ou de leurs jardins, ignorant que ces objets sont à la fois des titres pour de modestes villages et le corollaire obligé des faits g'énéraux que l'histoire a recueillis pour nous instruire.
Les œuvres scientifiques, il est vrai, ne manqueraient pas à qui voudrait les consulter ; mais combien de personnes indifférentes ou affairées n'osent aborder des ouvrages trop volumineux I Ce motif nous a fait réunir modestement en un seul
(4) Paris, Tanera, éditeur, me de Savoie, 6,
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livre tous les documents susceptibles de servir d'introduction à l'histoire de France, d'initiation à la vie réelle des Gaulois, à leurs constitutions , à leurs guerres intestines et à leur soumission à l'Empire. Ce sont là les seules questions qui soient du domaine de l'histoire. C'est au lecteur à deviner ensuite les alternatives de terreurs et d'espérances qui se sont produites dans les âmes , et qu'on ne peut décrire sans avoir recours à des appréciations souvent contestables ou romanesques.
On verra , d'après l'histoire positive , que si les Gaulois nos pères ont changé de maîtres, ils le durent plutôt à leurs propres divisions qu'à la menaçante épée de cette grande oligarchie romaine qui s'étendait jusqu'à l'Inde , la Chine et rOxus, et dont les proconsuls, plus indépendants du pouvoir central que ne le sont nos gouverneurs de provinces, faisaient plutôt la guerre dans l'intérêt de leur propre renommée que pour obéir aux prescriptions de la République. Jamais, en effet, le sénat romain n'a donné l'ordre à César de conquérir la Gaule. César ne s'y est hasardé que pour égaler la gloire des plus illustres généraux et partager avec eux l'influence qu'ils exerçaient sur les destinées du monde. Le succès- lui a valu des courmsmes et les vœux des Bx)mains; il aurait payé chèrement ses entreprises s'il eût échoué el perdti ses légions.
La République elle-même n'avait jamais prévu ni désiré ces conquêtes. Elle finit par les trouver naturelles, par croire que la fortune lui tendait les bras, et qu'après la chute de tant de nations les dieux qui tenaient en leurs mains l'empire de l'univers voulaient en établir le siége< à Romeu
On y apprenait tous les jours la soumissioa de nouveaux peuples. Les grands et la royale populace s'en réjouissaient On SQ partageait les dépouilles des vaincus sans songer que ceux*ci ne tardecai^t pas à se fatiguer de tant d'humiliations et de rapines, et que de cet état de choses anormal surgiraient des guerres civiles^ un pouvoir despotique parfois supportable, presque toujours cruel et insensé, s'appuyant sur des soldats dont l'épée serait au service de tous les crimes ; enfin que des
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invasions de barbares , des révolutions de palais anéantiraient bientôt ce chancelant édifice qui se croyait pourtant étemel. Utile enseignement pour les âmes timides qui s'eflfhtyenl des moindres agitations de l'humanité !
L'histoire de la Gaule soumise à Rome n'étant qu'un épisode de celle du peuple-roi, la traiter à part n'eût oflftert qu'un groupe de tableaux sans cohésion, qu'on aurait bien vite oubliés; aussi avons-nous pris la suite des empereurs romains pour fil conducteur de notre travail, car tout s'enchaîne dans la même monarchie , et si des faits passés au loin ont souvent changé la fece de l'empire, îl est fréquemment arrivé que des révolutions dans Rome ont eu leur contre-coup dans les provinces. Notre méthode aura d'ailleurs l'avantage d'initier le lecteur aux choses du gouvernement romain en même temps qu'à celles de la Gaule.
Les Annales n'exigeant pas les majestueux et longs développements que réclame l'histoire , nous avons adopté le genre de narration qui leur est propre et qui convient au but que nous voulions atteindre. Notre première partie commence aux temps historiques et finit après la conquête de César. Nous y avons introduit l'exposé sommaire des constitutions diverses , des mœurs et de la religion des Celtes durant cette phase obscure de l'histoire de nos contrées.
La seconde division a trait aux événements militaires, civils et religieux qui se sont succédé dans les temps gallo-romains. Nous l'avons feiil suivre d'un aperçu des progrès de la société gauloise, splendide reflet de la grandeur, des lois et de l'art des conquérants, qui disparaîtront sous les efforts de la barbarie pour ne sortir qu'après bien des siècles de leur funèbre ËnceuL
Inutile de dire que, pour les campagnes de César, nous avons suivi les opinions consignées dans notre travail sur les Cotnmentaires; car elles n'ont été l'objet d'aucune critique sérieuse soit en France , soit dans la docte Allemagne , dont plusieurs savants , au contraire , ont accueilli favorablement nos consciencieux efforts.
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Nous persisterons donc à croire, contrairement à Tavis de certains contradicteurs, qn' Uxellodunum était au Puy-d'lssolu et non à Lusech : c'était Topinion de nos savants devanciers; elle serait encore générale si Ton n'avait trouvé bon de payer, au détriment de la science , un fâcheux tribut à Tamour des nouveautés; '
Que Pont-Arcy était Voppidum antique de Bibrax^ qui ne pourra jamais être logiquement mis ailleurs ; .
Que le camp de César sur l'Aisne n'est pas celui de Mauehamp, car ce dernier appartient à la castramétation du iv« siècle et se trouve dans une vaste plaine qui n'a de défenses naturelles que du côté de la rivière. Nos adversaires, auxquels il fallait un camp de César à tout prix, ont adopté celui de Mauchamp qu'ils avaient sous la main , et l'ont scellé d'une colonne commémorative, croyant que ce serait chose réglée, tandis qu'ils auraient dû le chercher sur la colline assez élevée de Chaudardes, flanquée d'un marais et présentant des faits topographiques qui s'accordent parfaitement avec la description des Commentaires.
Nous croyons aussi que le camp de Saint-Pierre , rempli de vestiges gallo-romains , ne doit pas son origine aux légions envoyées contre l'armée des Belges ; car on ne peut admettre que deux cent mille hommes aient choisi la forêt de Compiègne pour champ de bataille. César ne passa-t-41 pas, d'ailleurs, du Soissonnais dans le Beauvoisis, où il s'empressa de camper avant d'aller à la rencontre des Gaulois réunis loin de ses nouveaux quartiers? Or, l'Oise séparait alors le pays des Suessions de celui des Bellovaces : ce sera donc chez ces derniers et près de la rivière que l'on devra chercher d'abord le premier camp romain , ensuite , plus avant dans l'intérieur du Beauvoisis, les deux autres qui furent élevés contre la position des Belges. Ce pays possédait, en effet, des plaines dans lesquelles la cavalerie des légions put s'avancer au loin sur plusieurs lignes divergentes et faire prisonniers un certain nombre d'hommes restés à la^arde de leurs maisons. L'épaisse forêt de Compiègne n'aurait pu se prêter à des courses de
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