AVANT-PROPOS XJ
torix. Ne serait-ce pas justice d'en élever en même temps une autre à ceux qui ont découvert et provoqué de si belles choses I
Auraient-ils la prétention de faire admettre, de guerre lasse, comme vérités historiques de vaines utopies indignes de la critique moderne, qui a tant fait pour la science et qui résistera tant qu'on n'aura pas clairement établi que César est un auteur inexact, et que sa Guerre des Gaules n'est qu'un véritable roman?
En attendant que ceci soit démontré, nous avons conservé nos convictions et tenté, dans ce nouveau livre, d'arriver à la précision que nous avions déjà recherchée pour élucider l'œuvre du conquérant, suivant en cela le magistral exemple d'ordre et de classement qu'il a donné lui-même. Espérons que nos efforts ne seront pas vains; car, dans l'état des connaissances actuelles, il n'est plus permis d'ignorer par quelles fortunes diverses ont passé nos pères pour nous transmettre leur grand héritage de gloire et de misères, et jeter les fondements de la vaste monarchie que leurs fils ont constituée à force de sang, de persévérance et de génie.
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Les peuples qui s'introduisirent les premiers dans la Gaule furent les Galls ou Celtes, venus de la haute Tartarie, berceau de Thumanité. L'histoire, qui parle de leurs premières migrations sur les hors du Rhin et dans l'île des Bretons, n'en a pas fixé la date.
Tout porte à croire que ces peuples se répandirent dans toutes les contrées de la Gaule, car, 12 à 1,500 années avant Jésus-Christ, nous les voyons former les tribus connues sous les noms d' Arvernes, d'Allobroges, d'Helvètes, de Séquanes, d'Éduens etdeBituriges(l). Leur rehgion consistait dansl'adoration des choses abstraites de la nature. Ils se teignaient le corps avec une substance tirée des feuilles du pastel (2).
En s'avançant vers le midi, les Galls trouvèrent de l'autre côté de la Garonne les Ibères (Espagnols), lesquels, après avoir passé les Pyrénées, s'étaient établis dans l'Aquitaine. Ces Ibères durent faire place à deux peuples de Galls qui s'installèrent au milieu d'eux et conservèrent tellement leur constitution que, du temps de Strabon, on distinguait aisément les deux races (3).
(4) Peuples de PAnvergne, du Dauphioé, de la Suisse, de la Franche- Ckmité , d'Autun et du Berry.
(t) De Bell. Gall., lib. V, cap. xxiv.
(3) Strab., lib. IV.
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Les restes de Texpédition franchirent les Pyrénées, se fusionnèrent avec les Ibères d'Espagne et prirent avec eux le nom commun de Celtibériens.
Plus tard, de nouveaux Galls envahirent l'Espagne et fondèrent la province qui s'est appelée Galice. D'autres pénétrèrent plus avant et formèrent la Lusitanie en se mêlant avec les Ibères.
Les Lusitaniens, composés de l'amalgame de plusieurs peuples, émigrèrent à leur tour : les Sicames se Jetèrent sur l'Italie, les Ligures s'emparèrent de tout le littoral de la Méditerranée depuis le Rhône Jusqu'à la Toscane. uo<K.9oo De leur côté, les Galls de la Celtique assemblèrent une armée fournie des aventuriers de toutes les nations, qui prirent le nom d'Ambros. Ils passèrent les Alpes et s'emparèrent du pays qui s'est appelé Ombrie. Les Sicules qui l'habitaient, se voyant chassés, allèrent s'établir dans la Sicile.
Mais les Ambros durent bientôt céder eux-mêmes la place aux Étrusques, venant de la Grèce avec leurs arts et leur industrie, auxquels ils initièrent cette contrée devenue célèbre sous le nom d'Étrurie. Les Ambros ou Ombriens, qui ne voulurent pas se soumettre, rentrèrent les uns dans la Gaule, les autres chez les Helvètes ou chez les Ligures.
L'Orient, qui trafiquait avec tous les peuples où la civilisation commençait à pénétrer, tourna bientôt les yeux vers la Gaule. Les Phéniciens tenaient alors le sceptre de la mer. Ce furent eux qui les premiers abordèrent les ports des Ligures et finirent par y établir des comptoirs.
Alors partirent des mêmes contrées d'autres aventuriers ayant appris que l'on trouvait de l'or en abondance chez les Arvernes. Ils s'abattirent aux bouches du Rhône, et, après s'être établis sur divers points de la rive maritime, ils s'avancèrent dans l'intérieur du pays, défirent les pasteurs des montagnes et allèrent fonder Alesia (1), à laquelle ils don- Ci) Diod. Sic, lîb. V.
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nèrent le titre de capitale de toute la Gaule. Cette ville peut avoir été YAHsïa qui porte actuellement le nom d'Alise- Sainte-Reine, mais n'est pas à coup sûr celle qui soutint le siège de César.
9w^. Les Rhodiens vinrent s'emparer à leur tour des comptoirs des Phéniciens, bâtirent Rhoda près des Pyrénées et Rhodanonsia aux bouches du Rhône; mais bientôt, leur puissance ayant disparu de la Méditerranée, ils laissèrent leurs établissements à la merci de nouveaux maîtres.
Ceux-ci furent les Phocéens, dont le premier navire aborda, vers l'an 600, dans une rade voisine du Rhône, chez une tribu gallique dont les Ligures avaient respecté l'indépendance. Ëuxène, qui commandait ce navire, reçut du chef de la tribu un accueil bienveillant et fut admis à sa table avec les Grecs qui l'accompagnaient. Il s'y trouvait plusieurs prétendants à la main d'Àristoxène , sa fille, laquelle, ce jour-là même, devait faire un choix. Elle jeta les yeux sur le chef phocéen. Son père l'admit pour gendre, le dota de la rade où était entré son navire et du territoire environnant. Ce fut devant cette rade qu'Euxène fonda la ville de Massalia, qui porte maintenant le nom de Marseille.
•Mw. Ce résultat ayant été connu à Phocée, on s'en réjouit. Les magistrats envoyèrent à Massalia plusieurs navires chargés de colons apportant des armes, des instruments aratoires et ♦ des graines de leur pays (1). L'expédition toucha à Éphèse, où elle prit une statue de Diane pour introduire le culte de cette divinité dans le nouvel établissement phocéen.
L'accroissement de Massalia, son commerce et ses flottes portèrent ombrage à ses voisins. Coman, roi des Sigobriges et successeur du père d'Aristoxène, gagné par les Ligures, conçut le projet d'entrer dans la ville des Massaliotes et de les égorger au moment où ils se disposaient à célébrer une fête nationale. Ceux-ci se tinrent sur leurs gardes, attaquèrent eux-mêmes Coman, qui fut défait et perdit la vie.
(4) Justin., lib. XUII.
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Les Ligures se préparaient à venger ce roi leur allié^ mort en défendant leur cause, quand on apprit que les Kymris, de même famille humaine que les Galls, venaient de franchir le Rhin sous la conduite d'un chef nommé Hu le Fort. Toutes les nations de la Gaule durent oublier leurs mutuelles injures pour se réunir contre Tennemi commun.
Les Kymris,- arrêtés par l'Océan, suivirent la rive maritime, et vinrent s'établir dans l'Armorique, entre la Seine et la Garonne ; mais, s'y trouvant bientôt à l'étroit, ils s'étendirent vers l'est et le midi, jusqu'aux Vosges et aux montagnes de l'Auvergne, en refoulant les Galls.
La religion des Kymris consistait en quelques opérations magiques exécutées par de vieilles femmes qui les suivaient dans leurs expéditions et plaçaient, à cet effet, au milieu du camp une grande chaudière en cuivre, de longs couteaux et un escabeau (1).
Ces pratiques dérivaient de la religion druidique, originaire de la Perse. Introduite par les Kymris dans la Gaule (2), elle régularisa le rit superstitieux des Galls, et fut le lien puissant qui opéra l'unité des deux peuples.
Mais bientôt des migrations en sens contraire devinrent utiles pour diminuer l'exubérance de ces populations. Sigovèse réunit une foule de guerriers helvètes, séquanes, et alla se fixer avec eux en lUyrie, où ils fondèrent une grande nation (3).
Peu de temps après (587), le Biturige (4) Bellovèse, ayant fait appel aux Éduens, aux Senons, peuples de Sens, et aux Arvernes, partit pour l'Italie. Ces deux expéditions, dit Justin, enlevèrent trois cent mille hommes à la Gaule. Bellovèse avait pris cette direction d'après les conseils d'un Étrusque nommé Aruns qui, pour se venger de l'enlèvement
(4) Strab., lib. VII.
{%) PUn., lib. XXIX.
(3) Tit. Liv., lib. V, cap. xxxiv.
(4) Du Borry.
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de sa femme par un habitant de Clusiumj avait fait goûter aux Celtes des vins de son pays, comme un avant-coureur des jouissances qu'il leur promettait de l'autre côté des Alpes (1).
Quoi qu'il en soit de cette anecdote, l'expédition arrivait dans les montagnes et s'y arrêtait pour en étudier les chemins, quand des étrangers vinrent implorer son assistance. C'étaient des Massaliotes dont la ville allait être bientôt détruite par les Ligures. Leur récit toucha les Galls, qui voyaient un peuple émigré comme eux prêt d'être chassé des établissements qu'il avait fondés. Ils marchèrent contre les Ligures, les battirent et rendirent aux Massaliotes le territoire dont ils avaient été dépouillés (2).
Ce service rendu à des malheureux porta bonheur à l'expédition. Elle traversa les Alpes, défit les Ligures d'Italie et les Étrusques, venus pour leur disputer le passage du Tessin. Les Ombres, d'origine gallique, autrefois chassés par les Étrusques , firent fête aux nouveaux venus. Ceux-ci entrèrent dans l'alliance des Ombres, heureux de rencontrer des hommes de leur race, parlant la même langue qu'eux et ayant des cités dont les noms leur rappelaient celles de la patrie.
Bellovèse fonda une ville qu'il institua capitale de ses États, et l'appela Mediolanum^ nom qui s'est conservé dans celui de Milan (3).
D'autres émigrations de Galls et de Kymris se succédèrent et refoulèrent les Étrusques du côté du pays latin. Les conquérants élevèrent la ville de Bononia sur les ruines de FelsinUy et la ville de Senay dont le nom venait des Senons, peuples de Sens, ses fondateurs. Telle fut l'origine de là Gaule cisalpine.
Pendant ce temps-là, les Celtes restés dans la Transalpine
(4) Plutar. in Camil.
[t) Tit. Liv. , lib. V, cap. xxxiv.
(3) Tit. Liv., lib. V, cap. xxxiv.
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s'y casaient définitivement : les Ligures occupaient les rives de la Méditerranée ) les Ibères l'Aquitaine , les Gallsla partie orientale et méridionale de la Province, et les Kymris tout le reste, mélangés avec les Galls, et quelquefois seuls.
Les Cisalpins, croissant en nombre, formèrent bientôt plusieurs bandes pour aller piller la Grande-Grèce et s'emparer des villes de Tarente, de Crotone et de Métaponte. Rome n'étant alors composée que d'une tribu belliqueuse et pauvre , ils dédaignèrent de s'en occuper.
Leurs premiers efforts se portèrent sur Clusium, ville des Étrusques. Les habitants en fermèrent les portes et demandèrent du secours à Rome. Rome leur envoya les trois Fabius pour traiter avec les Transalpins. La hauteur de ces envoyés, leur conduite déloyale décidèrent Brennus, dont le nom, venant de Brenn^ signifiait chef de guerre ou roi, à marcher contre Rome. Le peuple de cette ville prit la fuite. Les gens de cœui* seuls se renfermèrent dans le Capitole et le défendirent. Rome fut mise en feu. Le Capitole résista pendant six mois. Les Galls allaient s'en emparer pendant la nuit, lorsque des oies, consacrées à Junon, poussèrent de tels cris qu^elles réveillèrent ses défenseurs. Manlius, arrivé de suite, abattit la main du premier Gaulois qu'il rencontra et fit rouler l'autre du haut en bas de la muraille. Le Capitole était sauvé; mais bientôt les assiégés, réduits par la famine, demandèrent à capituler en offrant de l'or à Brennus. Le barbare accepta ; mais, pendant qu'on pesait cet or, il jeta son baudrier dans la balance des poids pour augmenter la valeur de la rançon, et répondit aux vaines observations qu'on lui adressait : Malheur aux vaincus !
Heureusement Camille, exilé dans Ardée, arriva avec un secours sur lequel on n'avait pas compté. Il poursuivit les Gaulois, les battit et s'empara de tout le butin qu'ils avaient fait dans Rome. Ils s'en vengèrent en rentrant chez les Étrusques.
389-193. A trois ans de là, ils revenaient attaquer le Capitole et
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campaient sur les montagnes de Tibur (1). Les Romains allèrent à leur rencontre sur les bords de TAnio. Le ieune Manlius, fils de celui qui avait défendu le Capitole, se distingua dans la bataille qui fut livrée : ayant accepté le défi d'un Kymris de taille gigantesque, il le tua, s'empara de son collier couvert de sang et le passa autour de son cou, ce qui lui valut le surnom de Torquatus de la part de ses soldats.
Les Cisalpins, découragés, rentrèrent dans leurs villes. Huit ans après, ils en sortirent de nouveau pour aller attaquer Rome , et vinrent camper sur le mont Albano , dont ils furent repoussés par le consul Popilius.
Yers Tannée 294 , les Samnites, les Ombres et les Étrus* ques se coalisèrent pour détruire l'ambitieuse cité qui menaçait l'indépendance de toutes les nations. Les Cisalpins entrèrent, à prix d'or, dans cette ligue. Fabius Maximus et Décius marchèrent contre eux et les battirent à Sentinum. Les Samnites furent obligés de se soumettre aux Romains.
Les Étrusques tentèrent, quelques années après, un nou* vel effort. Réunis aux Kymris-Senons de l'Italie , ils vinrent mettre le siège devant Aretium (Arezzo). Le sénat fit dire aux Senons que cette ville était sous sa protection. Ceux-ci , blessés du message, massacrèrent les délégués romains, promenèrent leurs membres et leurs insignes autour des murailles à' Aretium.
Métellus arriva bientôt avec une armée pour réparer l'outrage fait à la république. Il fut tué avec treize mille légionnaires. Dolabella, venu pour les venger, fit un grand carnage des Kymris et des Étrusques , s'empara du pays des Senons et plaça une colonie romaine dans leur ville principale. La nation senonaise disparut ainsi de l'Italie.
Un deminsiècle plus tard (238), des commissaires furent envoyés par le sénat pour partager les terres des Senons entre les familles pauvres de Rome. La race gallo-kymrique.
(4) Tit. lit., Ub. VII, cap. ii.
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malheureusement divisée entre elle, s'en émut. Les uns brûlaient de se signaler contre les Romains , les autres, plus expérimentés, traitaient de folie toute tentative d'agression.
Les Boies, les Insubres et les Ànamans se réunirent seuls au nombre de soixante-dix mille sur les bords du Pô. Rome, consternée, consulta le livre des sibylles. On y trouva que les Gaulois prendraient encore une fois possession de la ville. Pour que cet oracle fût justifié dans le sens le plus favorable, on fit descendre vivants deux Gaulois et deux femmes dans un caveau du marché aux bœufs de Rome, puis la pierre fatale fut scellée sur leur sépulcre.
Les Gaulois s'avancèrent dans l'Étrurie et jurèrent de ne quitter leurs baudriers qu'après s'être emparés du Capitôle (1). Ils en étaient à trois journées, lorsqu'ils apprirent qu'une forte armée les poursuivait à marches forcées. Ils se retranchèrent à Fesules. On se battit. Les Romains perdirent six mille hommes.
Le consul Jlmilius se présenta le lendemain pour les venger. Les Gaulois rétrogradèrent sur les rives du Pô, où les suivit j£milius. Dans le même temps, Attilius Régulus, venant de la Sardaigne, débarquait à Pise avec ses troupes. Les Gaulois, pris entre deux armées, se divisèrent pour faire face à chacune d'elles et placèrent des chariots à l'extrémité de leurs lignes. Les Gésates, pleins d'ardeur, résolurent, pour être plus agiles, de se présenter nus sur le champ de bataille, n'ayant que leurs épées et leurs boucliers (2). Ils combattirent avec un acharnement sans pareil et tuèrent le consul j£milius ; mais la victoire n'en resta pas moins aux Romains. Quarante mille Gaulois furent égorgés ainsi que leur roi Concolitan, qu'on retrouva parmi les morts.
Les neuf années qui suivirent furent employées à la conquête de la Cisalpine. Marçellus s'empara de Mediolanum
(4) Florus, lib. II, cap. iv.
(2) Polyb., lib. H.
LÀ GAULE AVANT LA DOMINATION EOBfAlNE 9
(Milan) et des villes principales du pays, dans lesquelles il établit des colonies. Il rentra dans Rome chargé de dépouilles opimes. Le triomphe qu'on lui décerna fut magnifique et barbare. Les chefs gaulois, qui suivaient son char, furent tous immolés aux dieux du Capitole.
Ainsi s'augmentait la puissance de Rome au détriment de ses voisins, obligés de supporter le joug de la conquête, sans oublier pourtant qu'ils étaient Gaulois.