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Annales de la peinture; discours et fragments

Mes Discours au Congrès Scientifique do France, et les Fragments faisant suite à mes Annales de la Peinture, qui forment la matière contenue dans le présent volume, étant chacun précédé d'une introduction, je n'ai pas à y revenir ni à composer une préface ; je dois simplement quelques explications, à mes Lecteurs, touchant mon Discours de Réception à l'Académie de Marseille, qui hgure en tète dudit volume.

Nommé iMembrc de TAcadémie, Section des Beaux-Arts, le 2 mai 1867, j^avais à prononcer mon Discours de Réception, le 5 juin suivant, c'est-à-dire un mois après; je devais le remettre au Président (1) quinze jours d'avance. Je savais à quel rude labeur il était condamné : un discours d'ouverture,plus une réponse aux discours de chacun des trois récipiendaires, qui devaient être reçus dans celte même séance (2), travaux venant s'ajouter à ses cours ordinaires à la Faculté des Sciences, j'avais à faire mes efforts pour être prêt en temps opportun.

De son côté, M. le Président, en m'annonçant ma nomination, m'avait prévenu que je n'avais pas ù prononcer l'éloge de mon prédécesseur : M. Pascal , ingénieur des Ports de Marseille, dont j'allais occuper le Fauteuil, l'avait laissé vacant pour en occuper un autre dans la Section des Sciences. Les usages académiques m'interdisant de parler de lui, j'étais libre de choisir. Cette Liberté, je dois l'avouei:, n'avait pas laissé de me causer un certain embarras.

(1) M. l'abbé Aoust.

(2J M. Bomiil, M. Aulra» cl Tauteur.

J'ai donc perdu un temps précieux à chercher un sujet digne de rassemblée, qui m'avait fait Thonneur de m'admettre dans son sein, et qui fut tout à la fois digne de la circonstance. Je touchais à la limite fatale, lorsque j'ai définitivement adopté celui par moi traité.

Mon Discours a donc revêtu le caractère d'une improvisation, car il a été écrit en deux ou trois jets et sous le feu de Finspiration. De là, Timpérieuse nécessité, pour moi, afin de compléter ma pensée, de donner un plus long développement à des idées d'une importance capitale, semées dans mon discours, et que je n'aifaitqu'ellleurer; de là également l'obligation de dissiper certaines obscurités, résultat inévitable d'un travail trop rapide et de donner enfin un appendice à ce discours .

En initiant mes Lecteurs à ces particularités, j'abuse peut-être de leur attention, mais il me semble qu'en leur rendant compte de mes impressions, de mes sentiments, je ne dois pas leur laisser ignorer les perplexités de mon esprit, et puisque je me livre à eux, et qu'ils ont le courage de me lire, en retour je ne veux, autant que possible ne leurTien sceller en pensant tout haut devant eux.

Cetto confession l'aito, jo mi; sens à mon aise. J'ajoute donc que, mon litre adopté, il m'a paru utile de sortir des sentiers battus, afin d'offrir âmes auditeurs, des aperçus nouveaux, en leur présentant la mission de Tartiste, sous un jour auguste et mystique.

Dans le temps où nous vivons, ma manière d'envisager cette question, pourra paraître un anachronisme : mais, selon mes intimes et sincères convictions, et comme je la conçois, cette mission entre dans les plans et les secrets desseins de la Providence.

Ainsi, partant du point de vue le plus élevé, où mon intelligence ait pu atteindre, j'ai pris pour base de mon raisonnement sur cette matière, le principe de l'unité en Dieu : dont cette vérité ainsi formulée : Dieu est le principe et la fin de l'Univers , est la paraphrase : magnifique définition qui englobe, dans l'immuable loi qu'elle exprime, depuis l'animalcule, pour lequel une goutte d'eau a l'étendue de l'Océan, depuis Tliomme luimôme , jusqu'à cette infinité de mondes qui gravitent dans l'espace céleste, où notre terre, elle-même à son tour, n'est qu'un point

iiiipercoptil)l<\ ('•■niipnr(''P nu vnsfo nnivors (jui r(3nvironne.

Dans mon Discours, je n'ai fait qu'énoncer ce principe de Tunité représenté par Dieu morne ; il y a là une lacune, car celui qui ouvrira ce livre pourra me demander : mais n estil pas nécessaire que vous nous démontriez plus amplement en quoi consiste, selon vous, cette unité dont vous parlez?

Ah ! je le sens^ les objections possibles de mon lecteur me préoccupent à ce point, que je vais au devant d elles, ot peut-être sans nécessité. Mais qu'importe ! après tout, dans cette circonstance, j'ai plaisir à le faire, car cette demande appelle de ma part un acte de foi, et je vais Texposer dans toute sa sincérité.

Si je crois, avec M. Xavier de Maistre, que ft l'espace étant infini, la création l'est aussi; et qiK^ Dieu ait créé dans son éternité, une infinité de mondes dans l'infinité de l'espace. » Je crois aussi personnellement que Dieu remplissant de son Etre, et de toute éternité, l'infinité de l'espace, assistant aux opérations de toutes les intelligences, tout se meut en lui, selon sa volonté, ou sa permission ; et voilà ce qui cens-

titue.pour moi, ce que j'appelle Funité en Dieu; dont Tunion des âmes avec lui, par les liens de la Charité, soit de Tamour, forme le complément.

Cette définition suffît-elle à mon lecteur ? Je ne suis pas théologien, je n'ai aucune prétention à ce titre, jY'lève tout simplement ma pensée sur les aîles de TArt et de la Science, aidé de mon bon sens. Dans tous les cas, je poursuis mes déductions.

Maintenant donc, moi, infime partie de ce tout, si abandonnant Tensemble, grâce à la lumière de mon propre esprit, aidé de TArt et de la Science, qui m'amènent droit à la religion révélée, j'examine en détail l'œuvre de Dieu ; soit que je m'égare dans les abîmes, et les profondeurs incommensurables du firmament, ou loin d'éprouver le vertige, mon esprit se repose ou se meut amoureusement; ou les astres qui y sont suspendus, ne sont autres que des mondes dont la plupart dépassent en grandeur notre globe terrestre; Mondes inexplorés! mais que je connaîtrai un jour; dont le scintillement à l'heure présente, en passant par mes yeux, vient éclairer mon âme d'un reflet tout divin, en lui

annonçant qu'elle est associée à leur éternité: Que dis-je? Qu'esprit et non matière, elle assistera aux révolutions qui doivent les atteindre, et qu'elle doit leur survivre.

Ou bien, soit quo fixant mes regards sur cette terre qui m'a vu naître, où tout passe et se flétrit pour revivre sans cesse, et à laquelle tant de liens mystérieux me rattachent, malgré la douleur physique ou la souffrance morale qui parfois m'assiègent, mais que je foule sous les pieds avec délice, alors que mon esprit se dégageant de ces liens, oubliant la douleur, s'élance dans l'espace, et sonde l'Eternité; 0 ! j'entends une voix intérieure qui me dit : Oui, ton corps appartient à la terre par son propres poids, par les misères qui l'environnent; mais ton esprit a été créé pour le Ciel : car il est plus grand que cette terre qui t'est soumise, et dont l'homme est le maître et le souverain ; parce qu'il est plus vaste que tous ces mondes, qu'il embrasse d'un seul regard malgré leur immensité. Non, pour lui, il n'y a point de distance; l'univers entier est son domaine ; l'Infini lui appartient ; Oh ! plus encore, l'infini fait partie de son être ; en un

mot, ton âmo Gst une étincollo de lesprit :1e Dieu même, dont elle émane ; ù ce titre, elle est immortelle comme son Auteur : Dieu est véritablement ton père; tu participes à son essence, moins à sa divinité, qu'il se réserve, mais qu'il t'appelle à partager dans sa gloire, si tu sais la mériter : Oui, comme homme, tu

est véritablement le Fils de Dieu

Je m'arrête un instant . .

Cette vision m'éblouit!... Me voici donc, tout à coup, et sans l'avoir cherché, en présence du dogme de l'immortalité de Tûme. Par l'effet d'une lumière surnaturelle, il se révèle à moi instantanément et dans tout son éclat !

Oh ! que l'àme de l'homme est grande ! Quelle sublime essence la compose ! Quelle magnifique destinée lui est réservée ! car le Fils, s'il ne démérite, est appelé à l'héritage du Père.

Sous l'empire de l'exaltation, de ma reconnaissance et de mon admiration pour l'Etre divin, à qui je dois celle qui m'anime, combien pour lui mon cœur s'embrasse, et brûle de le posséder, puisqu'il s'est proposé, lui-même, pour ma récompense.

Enivre par cetto pensée, combien la terre nie semble alors peu digne de mon amour, coml)ien mon esprit s'y trouve à l'étroit, et combien les chaînes qui Ty retiennent me semblent lourdes à porter, car rivé à un corps mortel rempli de besoins matériels, qui lo compriment et le rabaissent, si je leur obéis en esclave, il n'est libre que par élans. Oh ! mon âme, en vérité, la terre est pour toi un lieu d'exil. Oui, ce corps, doué de sens si merveilleux, n'est pour elle qu'une prison, car ces sens eux-mêmes, chefs-d'œuvre de la Création, qui aident si puissamment à toutes les opérations de ma mémoire, de mon intelligence, sur lesquels surnagent mon amour et ma volonté, qui sont les admirables attributs et les facultés de mon âme, ces sens, dis-je, qui doivent aider selon l'ordre à sa gloire, et qui pourtant peuvent faire aussi sa honte, si cette même volonté ne leur est supérieure, en ne leur accordant que de légitimes satisfactions

Mais dans quel monde d'idées, mon esprit ne s'engage-t-il pas? Non, je n'irai pa^ plus loin; je préfère rompre brusquement avec ces réflexions, j'aurais trop à dire : car malgré les

millions d'ouvrages qui traitent de ces matières elles seront toujours pour les hommes, et dans tous les temps, une mine inépuisable.

Pour ne pas fatiguer mon lecteur, je me résume donc, et je reviens sur la terre ; sur la terre que je calomniais tout à Theure. La vie présente n'a t-elle pas ses ineffables douceurs? 0 Saintes affections et joies de la famille , vous nous resteriez seules, avec le bonheur de nous y dévouer, que vous suffiriez pour nous rattacher à elle. Non, gloire, honneur, patrie, charité envers nos amis et nos frères, amour de Fart de la science, culte des souvenirs, ou des traditions ne sont pas de vains mots. Que d'ivresses en vous pour tout âme bien née. Oui, terre, je te calomniais, la pensée de te quitter était une pensée égoïste : un instant fatigué de la lutte qu'impose la pratique de la vertu aux prises avec les passions, et les nécessités de la vie présente, le repos et la paix me sollicitaient ! je me souviens ! . .. Je ne m'appartiens plus.

Eh ! puis, fils ingrat, dois-je dédaigner l'admirable demeure que mon Père m'a préparée momentanément ici -bas. Non, en considérant, en étudiant, ou en analysant les merveilles sans nombre qu'elle contient, que je

touche des yeux ou de la main, qui bruissent à mon oreille, charment mon goût ou mon odorat, j'accomplis encore un acte d'adoration, car j'en fais remonter la source, la bonté ou la beauté à son auteur ! Pour la masse du genre humain, ces biens terrestres, dont Tart, la science et même l'industrie redoublent les séductions, j'en suis convaincu, sont l'échelle mystérieuse qui conduit souvent beaucoup plus sûrement à lui que les spéculations de l'esprit. Que votre sagesse,votre amour, et votre prévoyance sont sublimes, ô mon Dieu! En eux quel abime de grandeur, et que je suis petit devant vous.

Cet hommage rendu, je reviens à la Mission de l'artiste, dont j'ai parlé dans mon discours, auquel je viens d'ajouter la présente causerie. Des sentiments et des impressions que mon esprit a fait passer de mon cœur au bout de ma plume, et que j'ai communiqué sans réticence à mon lecteur, il résulte ce fait acquis et reconnu mille fois, à savoir : que nous faisons partie d'un tout dont Dieu est le centre; que notre âme participant de son essence est immatérielle et immortelle; que de magnifiques destinées qu'il lui faut mériter lattendent ; que les sens créés pour l'ennoblir exercent une influence

tellement puissante sur lame, qu'ils peuvent à leur tour la dégrader. De là, lutte et combat; le corps en est le théâtre, et la volonté seule, avec Tappui d'en haut, décide la victoire.

Les sens sont donc Técueil de l'âme, comme ils en sont le salut. Où prendra-t-elle ses armes? Dans la religion, la morale. Fart et la science ! Les uns et les autres ont été institués par Dieu dans ce but, et pour faire contre-poids aux sens; tandis que Tétude et les travaux de Tcprit et ceux du corps, auquel lame est associée, oiïert à leur activité, en sont le délassement . Ici commence la mission de Tartiste, dans ce qu'elle a d'auguste et de mystique. A celui qui va chercher ses inspirations en haut, et aux sources les plus pures de rart,à présenter,en ce qui le coucerne,àces sons de rhomme,dcs objets de nature à ennoblir les opérations de son âme; à la perfectionner dans la vertu; à la pousser à l'héroïsme, et à tout ce qui commande le respect sur la terre et qui doit la rendre digne de ses destinées.

A cet artiste aussi, à faire oublier par moments, à l'homme, la terre pour le ciel, et à produire en son âme le ravissement et l'extase, favorisant les élans qui la ramènent aux pieds de son créateur,en lui en enseignant le chemin,

afin qu'elle puisse un jour, en participant à sa gloirc,se perdre dans riinmcnsité de son amour, et que pour Tâme de Thomme, après la consommation des siècles, cette parole : Dieu est le principe et la fui de l'Univers, soit réalisée et reçoive à tout jamais son accomplissement. Mon discours de réception à TAcadémic de Marseille a été écrit sous rempiro d'un tel ordre d'idées. Le lecteur connaît maintenant le secret de mon enthousiasme, jai tenu ma promesse, j'ai pensé tout haut devant lui.

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