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SECTION DES BEAUX-ARTS

DES ARTISTES, DE LEUR MISSION DANS CE QU ELLE A DE PLUS NOBLE, DE PLUS AUGUSTE, DE PLUS SACRÉ, ET DES RAPPORTS INTIMES UNISSANT L'aRT A LA MORALE ET A LA RELIGION.

Messieurs,

Appelé par vos suffrages à l'honneur de siéger parmi vous, avant de traiter mon sujet, permettez-moi, tout d'abord, de vous remercier avec toute Feffusion dont mon cœur est capable, de Tinsigne faveur que vous m'avez accordée.

Ce titre de membre de TAcadémie de Marseille, que je vous dois, est un titre de gloire, je

suis fier de le partager avec vous! Napoléon, celui qui donnera un jour son nom à notre siècle, en le sollicitant en 180 1, n'a-t-il pas affirmé son prestige?

L'éclat de ce prestige ne s'est point affaibli, grâce à Tesprit qui n'a cessé d'animer votre savante compagnie.

Ses membres, si estimés, hélas I disparus, et ceux qu'elle compte aujourd'hui, dans les sciences, dans les lettres et dans les arts, dont ils ont agrandi le domaine, n'ont- ils pas vu leurs utiles travaux franchir les distances, et lui assurer une place des plus honorables dans le monde savant? N'ont-ils pas apporté tout à la fois le tribut de leurs lumières à ces embellissements de Marseille, décrétés par une municipalité et un gouvernement jaloux de la grandeur de notre cité, qui la mettent au premier rang, comme ville artistique par ses monuments, et ville de commerce, par ses ports gigantesques, qui sont également la gloire de l'ingénieur si distingué (1), dont le changement de section, m'a permis d occuper ce fauteuil?

Par tous ces motifs, l'Académie de Marseille

(1) Pancal.

n'a-t-elle pas contribué, et ne contribue-t-elle pas puissan:iment encore, à conserver et à étendre surtout dans notre chère Provence, les nobles traditions qui font la prospérité, la force et la grandeur de notre commune patrie.

Merci donc encore une fois, Messieurs, d'avoir l)ion voulu m'associor à vos travaux ; vos suffrages je le comprends, je le sens, ne sont pas le prix du mérite de mes œuvres, car j'en reconnais la faiblesse, ils récompensent simplement mes efforts : j'espère à Tavenir m'en rendre digne.

Fidèle à des traditions qui me sont chères, afin d'aider ù répandre comme écrivain, et comme journaliste, chargé de la revue des œuvres d art, les notions du juste, du beau, du vrai, en un mot de ce qu'il convient d'imiter, d'aimer, d'admirer, je n'ai pas craint d'exposer en toute sincérité mes vues, et ce que je croyais être la vérité, car les éloges sans restrictions adressés aux vivants, font à l'art, si respectable à tous égards, un tort immense, en égarant le goût public, et en ne prémunissant pas les artistes contre leurs propres entraînements.

D'un autre côté, j'ai cherché à raffermir le cœur de ces mêmes artistes, si souvent, hélas! dédaignés par les contemporains, et dont lesveil-

les et renthousiame, incompris par les cœurs froids et blasés, ont pour prix Tindifférence, ou ce qui est plus cruel , des critiques systématiques et malveillantes, quand la misère avec son hideux cortège, mettant le comble à Tamertume de leur âme, ne vient pas s'asseoir à leur chevet, et que la foi en Fart et en la justice de l'avenir soutient seuls. (1) J'ai cherché dis-je, en les encourageant, à les afTermir dans la voie de Théroïsme, seule vertu capable de leur faire supporter l'adversité, en les rendant supérieurs à ses épreuves, supérieurs à eux-mêmes, et dont la pratique, à la longue, fait éclore et produit les grands hommes.

En exaltant de plus le mérite réel, mais aujourd'hui presque ignoré, de la plupart de nos anciens peintres et sculpteurs Provençaux, auxquels la postérité devait une réparation, pour l'honneur du pays, obéissant à l'impérieux sentiment de la justice, j'ai cherché à préserver leur nom de l'oubli, afin d'exciter l'émulation de ceux qui combattent dans la même carrière, en leur rappelant ainsi que la récompense suit tôt ou tard le sacrifice; que la gloire du siècle

(1; Sigalon de Nîmes, etc.

est une couronne qui ceint un jour le front des apôtres et des martyrs de Tart et de la science, comme la gloire du Ciel enveloppera ceux de la foi.

Tel a été mon mobile, tel a été ma pensée, je puisais l'un et Tautre de ces sentiments dans mes convictions, et dans ma foi inébranlable en lart, et j'ai consacré à les défendre les heures dont je disposais, mes devoirs de famille et de position accomplis, et j'y ai employé les forces les plus vives de ma volonté.

Ai-je quelque peu réussi? J'en doute moimême, car ce serait présomption de prendre mes désirs pour la réalité; c'est une tâche ardue, diilicile; l'esprit d'un seul ne saurait y sulïire, mais j'ai du moins la conscience de l'avoir tenté, d'avoir apporté mon grain de sable à l'édifice social, soutenu par vous. Messieurs, dans la mesure de vos forces et d'une main ferme, d'avoir mêlé ma faible voix à des milliers de voix plus éloquentes que la mienne, dont la mission généreuse consiste à le défendre, et d'avoir ainsi, comme elles, payé ma dette à mon pays .

Maintenant, Messieurs, après cet exorde dont je vous prierai d'excuser la longueur, je solliciterai de nouveau votre indulgence, en

raison du peu de temps qui m'a été accordé pour composer le discours que je vais avoir l'honneur de prononcer devant vous .

Nommé dans la section des Beaux-Arts, il m'a paru naturel, il m'a paru convenable, en prenant pour la première fois la parole dans cette enceinte, de vous entretenir des artistes qui les interprêtent, et de saisir cette occasion solennelle pour proclamer hautement un principe, que notre siècle semble mettre en oubli, celui de leur mission, dans ce qu'elle a de plus noble, de plus auguste, de plus sacré, en déterminant en môme temps les rapports intimes qui unissent l'art à la morale et à la religion .

C'est là un vaste sujet, mais je ne ferai que l'effleurer, pour ne pas abuser de vos instants.

Et tout d'abord, sous le nom d'artiste, je comprends les maîtres cultivant ou professant les Beaux Arts qui sont, vous le savez, la poésie, la musique, la peinture, la sculpture et Farchitecture, auxquels Voltaire ajoute encore la littérature .

Parmi ces artistes, il en est de grands, d'illustres, d'autres d'un mérite secondaire. Les premiers ont droit à l'admiration des siècles, les second méritent l'estime de leurs contem-

porains, ot leur nom ne doit pas être oublié dans riiistoire, car tous concourent à la glorification de Tart, dont Tinfluence salutaire est lame de la civilisation.

Quel est le but? quel est selon les secrets desseins de la Providence, la véritable mission de Tarliste? Rappeler le but de Tart, et ce qu'est l'art lui-même, c'est indiquer Tun et Tautre, car Tartiste exerce en quelque sorte un sacerdoce; il est le pontife de l'art qu'il doit interprf'ter. « L'éclat de Tart et de son culte, a dit un auteur (1), réjaillit sur l'artiste, puisque le sacerdoce a le même éclat que le culte.»

Définissons donc l'art en deux mots, pour résumer la multitude d'opinions des philosophes anciens et modernes, mais avant jetons un coup-d'œil rapide sur leurs doctrines.

Le plus grand nombre de leurs magnifiques théories est écrit à un point de vue purement humain. Ces philosophes admettent, il est vrai, sans exception et en principe la divinité de Fart, dans son essence, à laquelle, il leur est impossible de le soustraire, mais ils ont consulté bien plus en cela les lumières de leur entendement et de leur froide raison,

(I) De Montabert.

que les élans de l'àme, du sentiment qui nous élève au-dessus des passions de la terre, pour le mieux juger et qui est « la voix du cœur, la voix de Dieu! (1). »

Ces philosophes n'ont donc perçu qu'à travers un voile, le premier, le plus grand, le plus suhlime, en un mot le principe souverain qui régit le monde, celui de Tunité en Dieu, car peut-il être possible d'expliquer ce qui es** divin dans son essence, si Ton ne s'identifie pas en quelque sorte avec celui qui Fa produit.

Les esprits les plus subtils, ne trouveront jamais dans leur propre raisonnement Tex plication de ces mystères, il faut les aller chercher dans les régions les plus éthérées de la métaphisique, il faut les aller chercher dans le sein de Dieu.

Cette recherche est péi illeuse, je l'abandonne aux intelligences supérieures; mais je sonderai le cœur de Thomme ou Dieu se reflète. Ainsi, en examinant les secrètes et mystérieuses aspirations de son âme, également divine dans son essence, un des besoins les plus impérieux que le moraliste peut y découvrir et qui s'y manifeste, sans qu'il s'en rende compte, à lui-même

(1) Victor Couîfiii.

et ([110 lu servitude qu'imposent les besoins matériels dérobe et cache le plus souvent à sa propre vue, c'est celui de l'infini 1 Voyez-le dans tous s<;s actes ? Nous décorons ce sentimont du nom de loi du progrès ! il est pour moi tout simplement l'expression de ce besoin de rinflnitude qui non*- dévore, infini lude seule capable de lassasier notre àrae, qui ne pourra être un jour complètement satisfaite que par .la possession de Dieu, qui est Tinfini même.

Le levier de ces aspirations, c'est le principe d'immortalité résidant eu nous, qui ne saurait exister sans l'autre, et que les philosophes païens, dès les temps les plus reculés, ont proclamé bien avant Jésus-Christ. Socrate, il est vrai, a été plus explicite qu'aucun d'entreux, mais cette connaissance de l'immortalité dévolue à l'homme est aussi vieille que le monde.

Ne cherchons donc pas d'autre mobile.

Aux savants à découvrir, à préciser les lois qui régissent la matière, et en la soumettant au creuset de l'analyse, à dérober à la nature ses secrets; ù eux à expliquer les phénomènes de la création, qui annoncent la puissance de leur auteur, mais aux philosophes et surtout aux philosophes chrétiens à pénétrer dans son sanctuaire, à nous initier aux augustes

mystères du monde moral, aux magnifiques et splendides fins de Thomme, pour lequel ici-bas tout a été créé, et dont Tart, comme la science du reste, sont les moyens les plus puissants pour lui en faciliter Faccomplissement.

Mais, Messieurs, revenons à cette brève définition, que je vous avais annoncée, la voici: « L'art étant une émanation incorporelle, insaisissable de la divinité, il n'oITre aucune tâche, aucune souillure, et il reflète naturellement sur la terre une partie de ses sublimes attributs et de ses divines perfections (1) »

Ces sublimes attributs, et ces divines perfections, existant en Dieu, dans leur infinie plénitude, vous les connaissez. Messieurs, ils échauffent, ils éclairent votre âme, ils la pénétrent d'un amour immense, et votre pensée en a ajouté de nouveaux, à Téloquent, au sublime tableau tracé par saint Augustin pour ne citer qu'un père de TÉglise, auquel je ne crains pas de joindre, comme éclatant contraste, le nom de Voltaire, un sceptique s'il en fut? Courbé sous le poids de cette grandeur incommensurable, le poète subjugué tombait à genoux de

(1) Mon (leuxidnc discours an Conffn's d'Aix.

vant elle, et il lui payait à son tour son tribut.

A cela je n'ai rien à ajouter? Tel estTart, divin dans son essence, empruntant à la divinité ses perfections, et voilà comment je le conçois.

Par quelle secrète, par quelle mystérieuse, et au premier abord par quelle incompréhensible influence , Tliomme sera-t-il appelé à rinterpréter, à le rendre sensible à notre vue, à se pénétrer de sa grandeur, et enfin à offrir par lui, sur la terre, des œuvres qui doivent durer autant qu'elle.

Ce secret, le voici : « Dieu, Créateur de la forme, et de tout ce qui existe, étant de toute éternité (en me servant d'appellations humaines, consacrées par notre langue) le divin architecte, Variiste souverain, Fhomme animé de son soufle, par imitation, devient créateur à son tour, et plus il est possédé, illuminé de cette étincelle divine, de ce feu sacré de Tart, plus lise rapproche de lui (1).

En quoi consiste ce rapprochement? En deux manières bien distinctes, et cependant simultanées, d'abord par la connaissance de toutes les perfections et des sublimes attributs de la

(1) Mon deuxième discours aa Cougrès d'An.

divinité, dont la nature, et tous les êtres animés qui les reflètent, lui servent de degré pour arriver jusqu'à elle, en exaltant son âme jusqu'à Tenthousiame, car il font Tobjet de ses méditations et de son étude la plus constante; étude soumise, dans un autre ordre d'idée, aux investigations de la science ; ensuittî par cette finesse de perception de la vue, et cette habileté de la main, soumise à Faction de son intelligence, que cette étude développe au plus haut degré.

Parvenu à ce point élevé, Tartiste rivalise la nature, il Tembellit, il crée à son tour des harmonies et des mélodies célestes, il trace de merveilleuses images, il enfante des êtres nouveaux, il les dote d'une grâce, d'une suavité, d'un charme inexprimable, ou d'une beauté en quelque sorte surtiaturelle, et s'il manque à ces œuvres le soufle de la vie, leur langage est du moins compris par notre âme, et elles y exercent parfois une séduction, peut-être encore plus vive, que celle qu'y produit la nature elle-même dans toute sa naïve et splendide magnificence.

Cette puissance créatrice, le plus sublime apanage de son âme, et le signe certain de son immortalité, fait de l'artiste, sur la terre.

une imago bien faible, bien infime j'en conviens, mais enfin une image de Dieu même.

Le principe de Tart, et son application par riiomme, nous sont dévoilés. Sous l'empire de ces leviers invisibles, qui le soulèvent, l'homme obéit donc à une vocation irrésistible, et c'est Dieu dont les desseins sont impénétrables, qui la dispense à son gré.

Mais Dieu vous le savez, Messieurs, ramène tout à lui, il est le principe, il est le centre, il est la fin de Tunivers. Il réclame autant qu'il donne? C'est de toute justice, la diversité des mondes et des individus se fondent dans son incommensurable unité.

En ce qui touche Thomme, je veux dire rhomme pur, ou tendant à le devenir. Dieu a établi son règne dans son âme, il Tillumine de ses éblouissantes clartés, *pour lui indiquer la route à suivre, et qui doit le conduire sûrement à sa fin dernière. Cette route, c'est la recherche de la perfection, car rien d'imparfait ne peut pénétrer au ciel.

Ainsi donc, dans l'ordre moral, la souveraine perfection consiste pour l'homme, dans sa ressemblance avec son Créateur. Voilà le but noble et saint qui lui est proposé ; but impossible à atteindre, si le Christ n'en avait

au prix de son sang, montré la voie à Thumanité toute entière .

Dans Tordre physique, le but, pour Tartiste, est le même ? En pétrissant la matière à son gré, il doit viser à la perfection des œuvres de Dieu, qu'il reproduit ou embellit, et auxquelles en ajoute encore son génie, fruit de cette faculté créatrice, déjà signalée, et qui fait de lui, par ce fait, Tétre le plus privilégié de la nature, puisqu'il se rapproche le plus de son auteur ; rien d'imparfait ne devrait donc sortir de ses mains.

De ces principes primordiaux découlent la mission de lartiste, mission sainte s'il en fut, dont le principal objet, dans la grande œuvre de la création, consiste à rendre plus accessible à rhumanité, dans Tordre physique, comme dans Tordre moraJ, la perception du beau, qui fait naître Tamour ; du sublime, qui élève, et qui Tun et Tautre, par degré, ramènent sa pensée vers le centre unique, dont tout émane et vers lequel elle doit tendre pour parvenir à la félicité qui lui est promise.

Poussé par mon démon familier, comme disait Socrate, ou pour être plus orthodoxe, éclairé par cette lumière intérieure, mise par Dieu au cœur de tous les hommes, et qui con-

sume parfois celui de Fartiste, j ai idéalisé au plus haut point sa mission ; je vous Tai montré presque semblable à Dieu: mais les livres saints m'en ont donné le droit? Je dois cependant descendre de ces régions de lïnfini, et ne pas oublier que notre âme a pour prison un corps, muni d'organes et de sens divers : mais Fart ne les flattera-t-il pas délicieusement ? Charmer, embellir lexistencc de Thomme , adoucir son exil ici-bas, est donc une mission également dévolue à Fartiste ; rien ne saurait lui rester étranger, il touche à toutes choses, et descendant aux besoins matériels, il imprime son cachet sur les moindres objets prenant un corps sous la main deFhomme ; un simple regard jeté sur la grande exposition de Paris, fesant aujourd'hui Fétonnement de FUnivers, qu'elle représente, suffit pour en donner une idée. L'esprit reste confondu en présence de ces merveilles, étalées par la science et par l'industrie, dont l'art le plus ingénieux a multiplié à l'infini toutes les formes en les appropriant à tous les besoins de l'humanité.

Mais je reviens à mon point de départ, car je dois conclure. Je me suis proposé de vous entretenir de la mission de l'artiste, dans ce qu'elle a de plus noble, de plus auguste et de plus sacré.

et de déterminer les rapports intimes unissant Fart à la morale et à la religion, j'ai dit que pour accomplir dignement cette mission , Fartiste devait chercher à rendre ses œuvres parfaites, examinons donc en quoi consiste cette souveraine perfection, descendons des hauteurs de la métliaphysique, acceptons les faits accomplis, parcourons les siècles, cherchons nos modèles, et parmi les débris de l'antiquité et des civilisations éteintes, comme dans les chefs-d'œuvre appartenant à la Renaissance, voyons ceux qui réunissent au plus haut degré, les marques distinctives caractérisant la souveraine perfection, rêvée par Fartiste et qui nous intéresse si vivement.

Oh ! Messieurs, nous n'avons pas besoin d'abandonner cette enceinte, car sans parler des œuvres qui nous entourent, mille autres sujets se dressent tout-à-coup devant nous, et notre mémoire fidèle, fascinée , éblouie , nous en retrace la sublimité ? Architectes, sculpteurs , peintres et poètes inimitables de l'antiquité , salut à vous?... Vos noms glorieux ont traversé les âges, comme les vôtres, artistes du siècle de Léon X? venez ! ... sortez de vos tombeaux pour jouir de votre gloire, et dites nous je secret de la grandeur, de la magnificence et

de la beauté surhumaine de vos œuvres? Non ! . . La toml )e cjarde ses victimes ? Votre voix reste muette ? Mais vos œuvres ou vous avez mis votre âme toute entière, nous le livreront 1 ce secret, il est là ! lumineux et resplendissant d'un éclat surnaturel ; il nous apparaît en une suldime trilogie, car c'est Tart, la morale, et la religion ne fesant qu'un, n'ayant tous trois qu'une seule et commune origine, qui les ont inspirées.

En effet. Messieurs, en dehors de ces grands principes, point d'œuvres durables, généreuses, dignes, en un mot, de nos respects et de notre admiration. L'artiste qui les néglige ou les dédaigne, oublie la sainteté de l'art, et si perdant toute retenue, il met par ses œuvres, l'art au service des passions, qui avilissent et dégradent l'homme, en lui fesant perdre le sentiment de sa dignité, d'ange de lumière, il se fait H son tour ange des ténèbres, il foule aux pieds son propre principe, il renie Dieu, et il devient le plus dangereux des apostats.

Ainsi donc. Messieurs, l'art épuré, la morale et la religion, conjointement ou isolément, sont les principes fondamentaux qui doivent servir de base aux œuvres des artistes véritablement pénétrés de la grandeur de leur mis-

sion, car les uns, comme les autres, sont les symboles perceptibles, aux yeux de notre corps comme à ceux de notre intelligence, de la beauté parfaite et infinie, dans Tordre physique et dans Tordre moral, dont la contemplation, je Tai déjà dit, nous conduit naturellement et par degré, vers la source de la souveraine beauté.

« L'art est un envoyé du ciel, disait Raphaël, je dois étudier Tart pour servir Dieu.^)

« L'artiste est donc le serviteur glorieux du Maître, et si ses œuvres font naître en nous Tidée de la perfection, sa mission est transcendante, évidemment elle vient d'en haut, elle est sacrée.» Car en aidant l'humanité toute entière à l'accomplissement de ses magnifiques destinées, elle tend à la faire rentrer dans la propre excellence de celui qui gouverne les mondes; elle aide à tresser elle-même sa couronne d'immortalité.

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