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on les voudra nommer, gens de mauvaises mines quels qu'ils soient, sont couchés par terre, la salade en tête et dans leurs harnois complets, ce sont de bonnes armures du temps, bien polies, bien attachées ; dans la nuit ils ont formé un cercle pressé à l'entour du tombeau : le Christ en sort drapé dans son blanc linceuil, portant à sa main le guidon de sa victoire. Il n'y a que lui d'éclatant dans cette obscurité , sa draperie est simple et belle, sa pose divine, mais dans la composition il y a quelque chose d'inexpérimenté, qui donnerait bien à juger que Finsonius n'avait pas encore beaucoup travaillé de lui-même, la confusion n'est pas adroite, la perspective semble vicieuse, les raccourcis ne sont pas seulement téméraires , mais impossibles, cependant la touche est habile , le luisant de peau dans la personne du Christ est d'une vérité excellente, les vagues rayons tombant sur les fers et les cuirasses des gardes qui s'éveillent, produisent un effet très sûr. Caravage aimait tant les éclairs des armes dans l'ombre. »
Nous ne partageons pas le même enthousiasme que M de Pointel en ce qui touche la pose et surtout le luisant de peau du Christ; dans toute cette toile il n'y a rien de divin, il y règne au contraire un réalisme quelque peu grossier, mais dont l'effet est étrange et saisissant. Les épées et les armures sont peintes comme on dit de nos jours, en trompe-l'œil, et le tout ensemble décèle en l'auteur une nature énergique, ardente et pleine d'enthousiasme que le travail et la réflexion devront nécessairement mûrir.
Le n° 342, l'Incrédulité de Si- Thomas, provenant de l'église métropolitaine de St-Sauveur d'Aix, accuse un grand progrès chez Finsonius. C'est toujours une peinture rude et quelque peu sauvage ; chez le peintre, les impressions sont profondes, aussi exprime-t-il
avec vigueur; la main de St-Thomas, guidée par celle du Christ, disparaît presque complètement dans la plaie béante du Sauveur ; tous les disciples qui l'entourent ont conservé des figures vulgaires qui seront transfigurées lorsque TEsprit-Saint les aura visités, leurs mains sont caleuses , leurs pieds sont nus et leurs attitudes n'ont rien de noble ; mais leurs membres, dépouillés de leurs vêtements, sont largement découpés , témoignant de leur vigueur musculaire ; toutes les attaches anatomiques sont indiquées avec une vérité et une sûreté de main qui atteste chez Finsonius une connaissance et une étude approfondie du corps humain.
Le Christ n'a non plus en lui rien de noble et de divin, mais cependant sa pose est simple et grande ; son visage sérieux respire une bonté mêlée d'une certaine indifférence des choses d'ici-bas; aux impressions intérieures qui s'y reflètent, on voit que son corps, bien que tout humain, n'appartient plus à la terre.
La couleur du tableau est généralement vraie et puissante, et l'énergie qui fait le fond du caractère de Finsonius y brille de son plus vif éclat.
Dans le n° 'i45, Magdelelne expirrnte, appartenant à M. Poulie, premier président à Aix, on retrouve les mêmes grandes qualités et les mêmes défauts que dans les précédents tableaux. Seulement, sur la figure de la pécheresse, l'expression est poussée à ses dernières limites : son visage amaigri et renversé fait mal à voir, ses mains sont jointes et crispées par la douleur; en un mot tout, dans son attitude , est fait pour impressionner péniblement. Les artifices du clair obscur aident encore à la vérité de cette scène dont on emporte malgré soi le souvenir.
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Notre Exposition possède encore de Finsonius, son. portrait peint par lui-même, n° 347, appartenant à M. d'Agay, d'Aix. C'est une figure fine, joviale et goguenarde, et de plus le portrait de son protecteur Peiresc, sous le n° 346, à M. le conseiller Fabry, d'Aix. La couleur est un peu terne et terreuse ; mais le dessin est plein de finesse et d'expression. Les yeux de Peiresc, surtout, pétillent d'intelligence et sont tout a la fois pleins de tristesse. Il est vrai que cette figure tirée, vieillie avant l'âge , exprime toute entière ce dernier sentiment.
Il existe à Aix et en Provence une grande quantité de tableaux de Finsonius n'ayant point trouvé place dans notre Exposition, et cependant infiniment supérieurs à ceux que nous venons d'examiner. Pour connaître à fond ce peintre éminent , il faut visiter sa Descente de Croix, de La Ciotat, ou son Martyr de Si-Etienne, à Arles. Quand ce dernier tableau s'offrit pour la première fois à nos regards nous avons éprouvé un espèce de vertige et de stupeur mêlée d'une telle admiration , qu'une exclamation involontaire s'est échappée de notre poitrine : le grand peintre ! le grand peintre! nous sommes-nous écrié, et nous sommes resté longtemps abîmé dans nos réflexions et en extase devant ce chef-d'œuvre.
NOTES
(a) En 985, il existait dans l'abbaye de St-Florent, à Saumur , une manufacture de tapisseries ornées de fleurs et de figures d'animaux. En 1025, les prélats d'Italie faisaient venir de la fabrique de Poitiers leurs tapisseries , ornées de portraits d'empereurs et des
sujets tirés de la Bible. On connaissait à cette époque la gravure sur bois. — L'art de dorer était associé à la peinture dans la décoration des plafonds et des murs intérieurs des appartements. Nos gypsoplastes provençaux (plâtriers) , comme les appelle M. Emeric David , instruits par les Grecs de ces temps reculés, avaient acquis une habileté qui ne s'est jamais démentie. Ils exécutaient encore il y a vingt ans, avec une étonnante dextérité, ces moulures et ces ornements pour plafonds, dont nos anciennes maisons de Marseille conservent les spécimens les plus remarquables.
(b) En 1495 , un peintre avignonnais exécutait les beaux vitraux de l'église des Bénédictines-de-Ste-Catherine. Denis Garbossetti, en 1495, Jean de Pymont, mort en 1502, Nicolas Sanctius, Jacques Moneyris, 1507, Jean Changenot, 1509, Nicolas d'Ypres ou d'Amiens, 1519, llorissait dans cette ville. Antonio da Avignone était reçu membre de l'Académie de St- Luc à Borne en 1536. Pierre Esbrot , d'Anvers, se mariait à Avignon en 1545 et après y avoir acquis le droit de cité , était anobli et prenait plus tard le titre de co-seigneur de Gigognan. A ces noms nous devons ajouter ceux de Gonnet , Chanuel , 1576, Pierre Duplan, Jean Rollini etBertand Imbert,1580, et enûn Simon de Ghâlons, établi à Avignon depuis 1545 jusqu'au-delà de 1565, ses tableaux les plus connus sont une Conversion de Si-Paul, aux Pénitents-Gris, et deuj: toiles à la sacristie de St-Agricol ; une Adoration des bergers, peinte en 1548 (musée Galvet), une Notre- JJame-de-Piété, peinte en 1550 (au même musée), une Nativité, à l'église paroissiale de St-Pierre , une Descente da St-Esprit, un Coaronnement d'épines , à celle de Si-Didier. Le réfectoire du grand-séminaire ainsi que l'église des Baux, petite paroisse près dç
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Bedoin , possèdent chacune une de ses toiles aucune de ses œuvres ne figuraient à notre Exposition. A ce propos , nous constatons ici le peu d'empressement qu'ont mis le églises d'Avignon de contribuer à la splendeur de notre Exposition, qui eût été si heureuse d'inscrire sur son livret le nom de beaucoup d'artistes provençaux — dont elles conservent des œuvres — aidant ainsi à sauver leur mémoire de l'oubli.
ÉCOLE D'AVIGNON ET ÉCOLE D'AIX
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Dans notre dernier article nous avons mentionné en note ie nom des artistes avignonnais connus au xvie siècle, nous avons de plus indiqué plusieurs tableaux de Simon de Châlons, l'un d'entr'eux — nous manifestons de nouveau ici le regret de ne voir aucune de ses œuvres figurer à notre Exposition.
Cet artiste fut un de ceux qui résistèrent à l'influence italienne ; il conserva son originalité et la manière française dont Jean et François Clouet étaient les représentants. Pierre Duplan, que nous citons également , était fort connu comme dessinateur de portraits au crayon; son style resta également tout français.
Au commencement du xvue siècle, Avignon vit encore fleurir dans son sein une multitude d'artistes j la
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capitale du comtat était toujours la ville des peintres (a).
Avant qu'il ne devint propriété du St-Siége, le comtat Venaissin faisait partie intégrante de l'ancienne Provence, aussi existait-il de nombreux rapports entre Marseille, Brignoles, Aix et Avignon. Les artistes de chacunes de ces villes ne travaillaient pas seulement pour la cité où ils avaient élu domicile, — ils parcouraient le pays , — selon les commandes qui leur étaient faites et ils se visitaient entre eux ; au moment ou Finsonius était le plus en faveur en Provence, nous voyons néanmoins Chasse, habile peintre de Marseille, renommé pour son excellent coloris , venir à Aix sur Tordre du maréchal de Vitry (INicolas de l'Hôpital), gouverneur de la Provence, qui avait fait bâtir l'église des Récollets à ses dépens, et là, exécuter le beau tableau représentant la sainte Vierge entourée d'Anges, ornant le maître-autel de l'église de cet ordre, dont en 16*M, Louis XIII voulut se déclarer le fondateur. Nous avons vu François, envoyé d'Aix à Avignon par le roi René, où il exécutait pour l'église des Géiestins des sculptures aujourd'hui conservées dans celle de St-Didier ; nous pourrions multiplier les citations, mais ceci est une vérité dont la démonstration est inutile, il suffit de jeter les yeux sur les œuvres des artistes déjà nommés , ou de ceux que nous citerons encore , elles sont répandues sur tous les points de notre pays.
Ce perpétuel contact stimulait l'émulation de chacun d'eux, de là l'influence qu'exerçaient les plus habiles. Paris n'absorbait pas alors la province. Avignon et Aix, villes éminemment aristocratiques , se suffisaient à elles-mêmes, elles fournissaient aux artistes dans tous les genres, l'occasion de déployer leurs talents. Attirés par la munificence des grands , de temps en temps
quelques étrangers se fixaient dans ces pays favorisés. Finsonius fût ainsi appelé a Aix par Peiresc; parfois la douceur du climat, la pureté de son ciel, et même, pourquoi ne le dirions-nous pas, la beauté, passée en proverbe , des femmes du midi , fascinaient ces nobles natures passionnées pour l'art, à la poursuite de toute beauté et de toute grandeur. Ce fut ce dernier motif qui fixa Barthélémy Parrocel à Brignoles, en 1630, à son retour de Rome. Un motif analogue devait, neuf ans plus tard, captiver Daret, et en 1683, Louis Vanloo qui épousait la fille de Jacques Fossé, sculpteur de l'Hôtel-de- Ville d'Ak. Du premier, nous connaissons seulement sa Descente de Croix, placée à l'église de Saint-Sauveur de Brignoles ; nous avons donné la description de cette toile dans la monographie des Parrocel, ainsi que la biographie de ce peintre, nous ne nous en occuperons pas davantage. Seulement un jour ou l'autre il nous sera probablement donné de signaler quelques-unes de ses autres œuvres enfouies dans nos églises de la Provence, quelques amateurs en feront certainement la découverte , car il est impossible que cette peinture capitale de Saint-Sauveur et celles qui ornaient le château de Tourves, soient les seules qu'ait exécuté Barthélémy Parrocel pendant les trente et quelques années de séjour qu'il fit dans le Midi.
L'Exposition nous signale de ce maître, sous le r.° 7*22, une Vierge- enfant et St- Jean-Baptiste, provenant du cabinet de M. Raphaël Maury de Marseille. Nous ne trouvons dans cette toile rien qui nous rappelle le faire magistral du tableau de Brignoles ; aussi nous passons outre et nous reviendrons à Daret, son contemporain, après avoir considéré un instant l'œuvre de Mimault, l'élève de Finsonius, dont nous avons parlé précédemment,
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Mimault vivait à Aix avant Daret ; il s'occupait de tableaux d'histoire, il peignait des portraits et les traitait dans le genre qu'il avait adopté, c'est-à-dire largement et avec noblesse. 11 mit sous les yeux de Fauchier, un moment son élève, les tableaux de Finsonius, pour lequel il s'était passionné. Le Baptême de Notre-Seigneur, portant le n° 645, provenant de la paroisse de la Magdeleine , d'Aix et peint en 1625 par Mimault, témoigne de son respect pour le maître ; la couleur et l'expression chez lui sont cependant plus outrées: tout en s'éloignant de cette rudesse native de Finsonius, Mimault est grand anatomiste, mais ses lignes n'atteignent ni la fermeté ni . la sûreté de celles de ce dernier; dans son œuvre la figure du Christ respire un assez joli sentiment ; les anges placés dans le haut de cette composition un peu encombrée, sont pleins de grâce, très mouvementés et d'un coloris ravissant; en un mot, ils sont bien supérieurs à tout le reste du tableau.
Mais nous abrégeons , nous avons hâte d'arriver à Daret, dont notre Exposition possède quelques œuvres capitales.
Le n° 225, Joseph cVArimulhie ensevelissant le Christ, à M. le docteur Jouve, d'Aix, n'est pas une de ses meilleures productions.
Le n° 226, la Résurrection^ à M. d'Agay, d'Aix, est une esquisse assez achevée, mais de petite dimension ; on ne peut juger le maître sur ces deux toiles.
Dans le n° 228, {Education de Jésus, à M. Clément Joseph, d'Aix, on retrouve Daret beaucoup plus complet. La figure vivante , sérieuse et intelligente du Fils de Marie, vous captive tout d'abord. Le saint Joseph tient un livre que feuillette l'Enfant, tandis que la Vierge, assise et vue de profil, s'occupe d'un ouvrage dç couture. Les draperies sont simples; la couleur
puissante est à la fois tranquille et sans grandes oppositions, c'est une peinture qui plaît et repose agréablement, et de plus elle appelle la méditation par le sentiment qui y régne.
Le Guitariste , n° 227, provenant du musée d'Aix, est pour nous la perle des œuvres de Daret ; nous avons pu en jouir avant qu'il ne fût si haut perché ; néanmoins, en le considérant tel qu'il est, le jour lui est encore favorable. On retrouve dans cette figure une naïveté et tout à la fois un esprit et une finesse qui vous séduisent. C'est une peinture savante, nourrie, enveloppée, et d'un coloris puissant , nous ne craignons pas de le dire , bien supérieure à la plupart des plus beaux portraits signés de noms de maîtres figurant à notre Exposition.
Le n° 229, Sainte-Thérèse, de l'église de la Magdeleine d'Aix, est un grand tableau placé tout à côté de celui du Guerchin no 43 (Eglise des Missions), d'Aix ; ce dernier ne représente nullement le même sujet et cependant il est inscrit sous le même titre ; il a pour pendant, Saint-François-de-Paule, delà paroisse de Saint-Jean de Malte, d'Aix, peint par Jouvenet ; ces trois tableaux sont de la même dimension.
Ce rapprochement fortuit d'une œuvre de chacun de ces maîtres, permet de les étudier avec facilité ; il n'est pas besoin d'un examen attentif pour comprendre l'influence exercée par le peintre italien sur Daret et sur Jouvenet ; on retrouve chez eux les mêmes teintes rousses qu'affectionne plus particulièrement le premier.
La fierté de la manière du Guerchin, à laquelle il ne manquait qu'un peu plus de noblesse dans ses airs de tête, fait en partie défaut dans ses deux imitateurs; chez le maître italien , les carnations sont un peu
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plombées, mais il y a une harmonie générale si bien entendue qu'on passe légèrement sur cette imperfection. Sans être fort élégant, son dessin est d'un grand goût, plein de naturel, et son coloris vigoureux; on voit que le Guerchin avait subi lui-même l'influence du Caravage, tout en évitant ce qu'il y avait dans ce dernier de trop vulgaire. C'est là le maître qu'ont copié, à leur tour, avec amour, Jouvenet et Daret; du moins c'est l'impression produite en nous par la vue de ces trois tableaux. Jouvenet seul est plus confus ; son exécution est moins ferme, sa couleur moins solide; ses têtes, sans noblesse, sont fort peu expressives. Dans sa Sainte-Thérèse, Daret, lui est bien supérieur, malgré le manque de caractère de ses personnages et bien qu'il ne soit pas original dans cette œuvre comme il le devint parla suite à en juger par son Guitariste.
Dans le n° 220, le Bienheureux Salvador de Huer ta, prêchant, de l'église de la Magdeleine, d'Aix, Daret semble se retrouver lui-même, son origine flamande se réveille. Cette composition est pleine de bonhomie et de sentiment ; le moine, debout dans une attitude simple et inspirée, est peint solidement ; les pauvres gens qui l'écoutent sont assis à droite, sur le second plan; une seule grande figure, remarquablement exécutée, occupe, avec le saint, le premier. Toutes ces têtes, vraies et naïves, paraissent avoir été reproduites d'après nature. En somme, c'est une œuvre d'un grand caractère qui respire une piété simple et naïve.
L'œuvre de Daret est considérable, M. J.-F. Porte, amateur distingué, ainsi que M. de Pointel, ont chacun consacré, à ce peintre, une notice fort étendue dans laquelle ils passent en revue ou notent tous les ouvrages de cet artiste, actuellement ou anciennement
à Aix ; mais il en existe beaucoup d'autres, dans le Comtat et notamment à Liste et à Cavaillon ; dans cette dernière ville, nous avons eu souvent occasion d'admirer une Descente de Croix de sa meilleure manière.
Jean Daret, natif de Bruxelles, s'était marié à Ail en 1639 ; il eut de Magdeleine Cabassole, sa femme, issue d'une famille consulaire de cette ville, deux fils, Jean-Baptiste et Michel Daret, peintres comme lui , mais qui eurent moins de réputation que leur père.
Jean Daret reçut Tordre de se rendre à la cour avec Bourgoin, artiste italien, pour peindre le château de Vincennes. Il fit ce voyage en compagnie de Jean-Jacques Clérion, jeune sculpteur natif de Trest, près d'Aix.
Sur la fin de ses jours, Daret se disait peintre du roi et de son académie de peinture et de sculpture; il mourut à Aix îe 2 septembre 1668. Il travaillait au grand tableau de la Résurrection du Christ , destiné à la chapelle des Pénitents de l'Observance, lorsque la mort le surprit. M. Robert Dumesnil a donné la description de 9 pièces dues à son burin dont le goût et le dessin rappelle le Guide.
Le jugement que porte M. de Pointel sur ce peintre étant parfaitement conforme à celui que nous pourrions en donner nous-meme, nous le transcrirons en partie :
« Daret, dit M. de Pointel, avait dans l'esprit plus d'ingénieux que d'élévation; cependant il a prouvé qu'en certains sujets solennels, il pouvait prendre de la hauteur. Il est poli et soigné ; jl avait peu de hardiesse, encore moins de brutalité; ses tableaux ne sont point de ceux qui attirent l'œil du premier coup. Daret est doux, mais sans mollesse. Il tient aux bonnes écoles italiennes ; il est solide et son dessin est
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d'une fermeté tranquille ; son coloris est souvent vif et toujours fin. Son originalité ne se fait voir ni dans sa brosse, ni dans l'aspect général de ses compositions, il ne s'apprécie qu'à seconde vue. Ses dernières peintures , plus audacieuses et plus complètes que celles de sa moyenne époque, prouvent qu'il possédait une certaine puissance à lui bien propre. 11 n'avait pas qu'une main prodigieusement habile, il avait beaucoup de science et de goût, il connaissait parfaitement l'architecture et tout ce qui tenait à son art. Rien chez lui n'est négligé ni hâté ; il est toujours égal, trop égal peut-être. Coloriste malgré lui par sa nature flamande, par cette nature aussi il est peu noble dans le choix de ses têtes sacrées. »
En parlant de ses peintures mythologiques, M. de Pointel ajoute que : « Daret y parait plus aisé , plus hardi, plus lui-même, sa touche y est plus franche et son coloris plus ardent. Il a de l'invention, une compréhension large , une disposition plus harmonieuse, quelque chose de plus richement sévère, de plus abondant que lorsqu'il peint de froides et souvent niaises ligures de chapelle. »
Selon de Ilaitze, qui s'est fait le fervent panégyriste de Daret, ce peintre fit positivement école à Àix. Ses deux Gis, dont nous avons parlé, furent ses seuls élèves connus. Aix possède d'eux plusieurs peintures. On pourrait cependant compter parmi ses élèves M. de Crosiers, qui < a dépeint, dans les plafonds et la chapelle des Pénitents bleus, dédiés a St-Joachim , l'histoire du Sauveur et de la Sainte-Vierge, et aux deux côtés de la chapelle, les Apôtres et les Evangélistes, et sur la porte, un grand tableau de la Descente du Si-Esprit qui occupe tout le fond. » Cela ressemblerait assez aux sujets qu'ailectionnait Daret et à son
ordonnance. « Il est certain, dit encore M. de Pointel, que longtemps après sa mort, Daret exerça une influence positive sur la véritable école provençale, les Parrocel, les Vanloo, par son coloris doux et fin. »
Cette influence, dont parle le savant amateur, nous la contesterons moins que personne, les comparaisons que nous avons pu établir entre les œuvres de Louis Parrocel , né à Brignoles en 1634, et celles de Daret nous le prouvent surabondamment.
Notre Exposition ne possède du premier que des dessins (b), provenant de l'ancienne collection de feu M. le marquis de Lagoy, d'Aix, et dans lesquels on retrouve, jusqu'à un certain point, cette simplicité qui n'exclut pas la grandeur dans l'ordonnance , et cette lumière tempérée des tableaux de Daret. Nous ne pouvons donc établir un rapprochement sensible pour les visiteurs, mais pour ceux qui connaissent les tableaux de Louis Parrocel à l'église St-Pierre d'Avignon, la comparaison doit les amener à partager la conviction de M. de Pointel.
Nous pourrions citer encore un tableau de ce maître existant à l'église St-Martin de notre ville, où cette curieuse étude pourrait se faire , mais il est dans un tel état de délabrement qu'à peine on en distingue les principaux personnages ; cependant en le bien examinant, on peut arriver au même résultat.
Louis Parrocel, après avoir reçu les leçons de Barthélémy, son père, a travaillé constamment eh Provence. Il n'eut point d'autres maîtres connus. Nul doute que Daret, dont la réputation était si grande alors , ne lui ait servi de modèle. Louis Parrocel ne s'établit dans la ville papale qu'en 1666, deux ans avant la mort de Daret. Nicolas Mignard et lui, donnèrent alors la plus vive impulsion à l'école d'Avignon, et ce