FLAMANDS ET AU.EHATOS
XVe ET XVIe SIÈCLE.
Dans nos précédents articles nous nous sommes longuement entretenus des œuvres des peintres primitifs, car nous avions plutôt en vue d'étudier, à leur occasion, les commencements de l'histoire de la peinture que de juger en elles-mêmes les œuvres de ses premiers interprètes qui offrent de nos jours simplement un intérêt relatif.
Maintenant, pour compléter ce travail, il nous reste à jeter un dernier regard sur quelques toiles des primitifs flamands ou allemands que nous possédons.C'est une occasion pour nous de renouveler connaissance avec eux , car nous l'avouons franchement, depuis nos voyages en Angleterre, eu Hollande et
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en Allemagne, nous les avions délaissés. A l'aspect de ces peintures , nos souvenirs tant soit peu effacés se sont réveillés beaucoup plus vifs que nous n'aurions osé l'espérer, cependant nous nous défions trop de nous même pour les appeler complètement en témoignage, afin déjuger sans hésitation les productions remarquables qui sont là sous nos yeux ; nous ne ferons donc la guerre aux attributions qu'autant que nous pourrons être à peu près sur de nous même.
Ainsi pour commencer . nous reviendrons sur le n° 299. magnifique tableau, disions-nous précédemment , attribué presqu'unanimement à Albert Durer ; l'adjectif dont nous le qualifions sera le seul éloge que nous en ferons aujourd'hui ; mais en raison de son importance , nous chercherons à l'analyser. A l'exception de sa Vierge aux Sept-Douleurs, existant au musée d'Anvers , nous connaissons peu de tableaux authentiques d'Albert Durer ; mais en revanche ses gravures à l'eau forte nous sont familières. Cela nous suffit pour déterminer les qualités et les défauts qui distinguent ce maître, c'est-à-dire l'exactitude, la propreté et la fermeté de l'exécution , jointes à un goût pauvre du dessin, malgré sa finesse. Eh bien! nous retrouvons tout cela à un assez haut degré dnns le panneau qui nous occupe. Nous y remarquons ce goût gothique qui régnait de son temps et qui avait réagi sur sa manière ; mais nous ne .trouvons pas ces indices suffisants pour nous prononcer , car il est acquit qu'Albert Durer n'a jamais que l'on sache , négligé de signer le moindre de ses tableaux , non plus que ses gravures les moins importantes . en indiquant encore l'année de leur exécution. Nous nous appuyons en ceci sur le témoignage de Sandrart, son biographe, qui avait vu de ses tableaux plus que personne et qui n'en avait point remarqué avant 1504 ; ce qui établi-
rait qu'Albert Durer avait , selon lui, 33 ans lorsqu'il s'occupa de peinture (a) .
Mais sur ce dernier point, Sandrart est en défaut, car il existe au musée de Madrid un portrait d'Albert Durer, peint par lui-même et portant la date de 1496. Albert Durer, né en 1471, avait alors vingt-cinq ans. M. Louis Viardot, dans ses Musées d'Espagne, en donne la description suivante : « Dans ce portrait ila, dit-il, le visage frais quoique maigre et long, de grands yeux bleus , une petite barbe à la jeune France, très-blonde, et de longues tresses de cheveux bouclés, blonds aussi qui s'échappent d'une espèce de bonnet pointu , pour lui tomber sur les épaules. Tout son costume , rayé de noir et de blanc, est fort bizarre; et dans tout les sens on peut appeler ce portrait une précieuse curiosité. »
Albert Durer avait fait de profondes études sur la structure du corps humain , il était en quelque sorte universel comme la plupart des grands génies de son époque. Il mourut en 1528, laissant des ouvrages sur la géométrie , la perspective , les fortifications et les proportions des figures humaines.
Si cet homme, a dit Yassari, si rare, si exact, si universel, avait eu la Toscane pour patrie, il eut été le meilleur peintre de l'Italie , de môme qu'il a été le génie le plus rare et le plus célèbre'qu'aient jamais eu les Flamands.
En parlant d'Albert Durer nous nous sommes éloigné de l'œuvre qui lui est attribué , si nous la lui contestons, nous appuyant sur les motifs indiqués plus haut, nous ne faisons aucune difficulté de l'abandonnera Mathieu Grunewalt, peintre fort estimé dans son temps et qui peignait tout-à-fait dans la manière de ce dernier, à moins qu'elle ne soit de
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Jean de Hemsen qui , lui aussi , a copié Albert Durer et dont nous connaissons, a Londres, dans la galerie de Hampton-Court, \eSt-Jèrùm<^ dans sa bibliothèque que M. Louis Yiardot , prétend être en tout semblable à celui de ce maître, que possède le musée de Madrid. Hubert et Jean Van-Hyck, ainsi que leur sœur Marguerite , n'avaient précédés que de quelques années Albert Durer. Parmi ses contemporains , nous nommerons Georges Pens . peintre et excellent graveur en taille douce, employé par Marc-Antoine, Corneille Knglebert et ses deux fils Cornélius Cornelii et Lucas Cornelii, Bernard Van-Orlay . élève de Raphaël, ainsi que Michel Coxie et enfin Lucas de Leyde , ami intime et émule d'Albert Durer, non moins célèbre par son talent que par sa magnificence. Lucas de Leyde gravait à neuf ans ; à quatorze il exécutait des planches justement admirées. — Sa peinture était à la hauteur de sa gravure ; l'une et l'autre brillaient par un soin et une propreté admirables. Il mourut , dit-on , empoisonné par jalousie à 39 ans, en 1333. Miné par le mal qui le consumait quoiqu'il fut couché , il ne cessait de travailler. Ses amis lui représentant qu'il abrégeait ainsi son existence. — Eh bien , leur répondit-il , je veux que mon lit me soit un lit d'honneur.
>'ous avons de ce maître un tableau portant le n° 5i8. le Christ et ses attributs, à M. le comte de Cambis Alais d'Avignon. Cette œuvre a un peu souffert de la raideur et la gaucherie des personnages du fond ne donneraient pas une une grande idée de l'artiste, si l'on ne remarquait des détails finement rendus, un joli sentiment dans les figures du premier plan et ce soin et cette propreté d'exécution qui caractérisent les œuvres de Lucas de Leyde.
Il est encore un tableau d'un des contemporains d'Albert Durer, appartenant à M. Gower , de Mar-
seille, que nous aurions bien désiré pouvoir examiner; mais il est si mal placé, qu'il est impossible d'y rien distinguer; il porte le n° 493, et est attribué à Hemling, né à Bruges, dit le livret, en 1425. Les Anversois appellent ce maitre Memlink , et tous nos grands critiques lui accordent l'épithète pompeuse de divin. — A défaut du tableau , parlons un peu de l'auteur. A Anvers , les antiquaires ont fait des recherches d'érudition qui tendaient à prouver son origine' flamande , et cela à rencontre de la tradition conservée à Bruges qui lui en donne une allemande. Le seul point parfaitement éclairci est celui-ci: c'est qu'en 1478, un soldat blessé fut apporté dans l'hôpital St-Jean. « C'était un homme d'un âge moyen , que la misère, après une jeunesse agitée, avait jeté dans la carrière des armes. Ce soldat malade avait été peintre ; dans les loisirs d'une longue convalescence, le goût de son art lui revint, reconnaissant du reste des soins qu'on lui avait prodigués , et retenu peut-être encore plus par son amour pour une jeune sœur hospitalière, il passa plusieurs années dans cet hôpital, payant son écot en monnaie d'artiste.
Voilà comment ses œuvres les plus belles appartiennent à cet asile , où depuis quatre siècles elles se sont conservées intactes malgré les guerres et les conquêtes. Si nous ne connaissons que par les auteurs ces peintures de St-Jean, du moins nous avons conservé un souvenir ineffaçable de celles que possède le musée d'Anvers. On ne peut rien rêver de plus naïf, de plus noble et de plus plus gracieux à la fois que4 ses petits panneaux représentant une Annonciation, une Vierge couronnée et un Evêque en prières.
Le livret nous annonçait sous le no 620 un tableau
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de Metsys (Quentin), né à Anvers, mort en 1531, appartenant à M. le Marquis Ruffo de Ronneval , de Marseille. Nous avons été encore plus malheureux que pour celui de Memlink , car nous n'avons pu en trouver la trace. Metsys est parmi les peintres Anversois celui dont les habitants de cette ville sont le plus fiers. Par amour , de forgeron il se fit peintre ; plus connu sous le nom du maréchal d'Anvers, on sait tout le succès qu'obtinrent ses ouvrages dont nous avons admiré un très grand nombre dans sa ville natale où il faut les visiter si l'on veut parfaitement connaître cet illustre maître.
Nous sommes plus favorisé avec Jean Holbein, car notre Exposition possède trois tableaux qui lui sont attribués et qui sont fort bien placés pour être examinés. C'est d'abord le numéro 478, portrait de Thomas Morus à M. Bourguignon de Fabregoules , d'Aix ; le numéro 479 , Mater Dolorosa , à M. Gower , de Marseille, et le numéro 480, portrait d'homme, au Musée d'Avignon. Le dernier parait appartenir à la première manière d'Holbein , le second vient après, et le dernier, c'est-à-dire le portrait de Thomas Morus, touche à son âge mûr, C'est une peinture encore froide, les contours de la figure sont secs et durs , mais il y a une vérité étonnante dans les détails : à travers les crevés des gants qui couvrent les mains de Thomas Morus, brillent les pierres précieuses des bagues qui enrichissent ses doigts, il tient devant lui un livre d'heures aux fermoirs dorés sur les feuillets duquel sont inscrits "ces mots latins : Nullà (empare dicit parabola, et de l'autre, regnum cœlorum. Tout cela est rendu avec une précision désespérante ; puis, en examinant sur ce visage sans expression remarquable , ces lèvres bleuies , cette barbe grisonnante qui pointillé , cette ténuité des cheveux et jusqu'à ces lunettes
dont un verre est fendu, tout, nous le repétons, décèle en l'auteur de ce portrait l'étude la plus scrupuleuse et la plus strictement exacte de la nature, c'est un chef d'œuvre de patience et de science du dessin, mêlé d'une naïveté charmante.
Nous avons remarqué plus de vingts tableaux de Jean llolbein à Hampton Court, à Londres, depuis sa première manière jusqu'à sa vieillesse, et certes nous les connaissons , nous voyons encore devant nous le portrait du comte de Surey, habillé de rouge des pieds à la tête ; portrait dans lequel Holbein avait vaincu la difficulté du coloris et se montrait de ce côté peintre consommé , ainsi que dans sa Magdeleine au tombeau du Christ, son portrait et celui de sa femme. Mais nous le déclarons , cette peinture de Thomas Morus, quoique moins importante serait bien digne cependant de figurer à côté d'eux dans lier Magesty's Gallery.
Pour expliquer à ceux qui l'ignorent comment il se fait que l'Angleterre possède autant d'œuvres de ce peintre, on n'a qu'à jeter un coup-d'œil dans sa biographie et l'on verra que ce fut ce même Thomas Morus, grand chancelier , qui sur la recommandation d'Erasme, invita Holbein à venir en Angleterre et le reçut chez lui. Félibien raconte avec une bonhomie charmante de quelle façon et pour quel motif il quitta sa patrie; Holbein , après avoir exécuté à l'Hôtel-de- Yille de Bàle , son pays natal , sa danse des morts restée si célèbre, fit le portrait d'Erasme de Rotterdam , venu dans ce pays pour faire imprimer ses œuvres.
« Erasme , dit Félibien , fâché qu'un si excellent homme demeurât dans un païs où l'on ne connaissait pas assez son mérite, le publia partout et lui persuada d'aller en Angleterre où le roi Henry VIII traitait
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favorablement les hommes extraordinaires et leur faisait part de ses libéralités. Le désir d'acquérir du bien et de l'honneur le firent aisément résoudre à ce voyage, et d'autant plus volontiers que ce lui fut un honnête sujet pour se séparer d'avec sa femme , dont la mauvaise humeur l'incommodait plus que toutes choses , ce qui lui faisait souvent répéter , que ce que dit un poète Grec (Euripide) est bien véritable : « que les dieux ont donné aux hommes des remèdes contre les bètes , mais qu'il n'y en a point pour se défendre contre une mauvaise femme. »
Euripide vivait 480 ans avant J.-C; dans sa sortie, avait-il en vue la femme de Socrate dont l'humeur est devenue proverbiale? Il n'y aurait rien d'étonnant bien que Socrate fut de 11 ans plus jeune que lui, quoiqu'il en soit ce qui était vrai alors , Test encore de nos jours et Jean Holbein en faisait aussi de son temps la triste expérience , il avait du reste cela de commun avec un de ses illustres confrères, Albert Durer. — De Piles raconte ainsi ses, déplaisirs : « La réputation d'honnête homme, dans laquelle il vivait, son bon esprit et son éloquence naturelle le firent élire membre du conseil de la ville de Nuremberg, son génie universel le faisait travailler avec facilité aux affaires de la république et à celles de sa maison ; il était laborieux et d'un tempérament doux, et dans un établissement qui aurait dû lui procurer du repos , si sa femme ne s'y était point opposée ; elle était de si mauvaise humeur que quoi qu'ils n'eussent point d'enfants et qu'ils eussent fait une fortune considérable , elle le tourmentait jour et nuit pour l'augmenter, ce qui l'obligea , pour s'en séparer , de faire un voyage aux Pays-Bas , où il fit grande amitié avec Lucas de Leyde.
« L'inquiétude de cette femme, ses larmes et les pro-
messes de mieux vivre à l'avenir obligèrent les amis d'Albert de lui écrire les dispositions où elle était; il se laissa persuader, il revint , mais elle ne put jamais tenir sa promessse, et malgré la prudence et la douceur de son mari, elle le traita comme auparavant et le fit mourir de déplaisir à l'âge de cinquante-sept ans. JeanHolbein, lui, mourut de la peste à Londres en 1554, ce qui ne valait guère mieux. »
De ces historiettes on peut conclure que les grands artistes, malgré l'auréole de gloire qui les environne, sont soumis aux mûmes vicissitudes que le commun des mortels , quand leur part de ce côté ne dépasse pas celle des autres.
NOTES
(a) Sandrat, mort depuis deux cents ans , était né à Francfort en 1606, il fut le fondateur de l'Académie de Nuremberg. Il a écritla vie des peintres les plus illustres et, placé lui-même , de son vivant, au nombre des plus célèbres, il travailla pour le roi d'Espagne en concurrence avec Le Guide , Le Guerchin, Jossepin , Massini , Gentileschi , Piètre de Cortone, Valentin , André Sachi, Lanfranc, Dominiquin et Poussin. — Les douze tableaux fournis par ces artistes contemporains avaient été envoyés de Rome à Madrid.
MAITRES PRIMITIFS
FLAMAXUS ET ALLEMAXDS
XVe ET XVT SIÈCLE.
Pour terminer notre revue sur les peintres primitifs, nous devons citer Jean de Galcar ou Calker, appelé à Anvers Jan von Calcar, dont le musée de cette ville possède un curieux triptyque peint avant qu'il soit allé prendre des leçons du Titien , en 153G. Cet artiste mourut à iNaples en 1546.
Pierre Kouc qui exécuta beaucoup de travaux pour l'empereur Charles-Quint , voyagea en Turquie et laissa des ouvrages sur la sculpture, la géométrie, la perspective et traduisit en flamand Vitruve et Serlio, il était bon architecte. Pierre Kouc mourut en 1550. Il eut pour disciple Breughel dit le Vieux, dont nous avons déjà mentionné le tableau n° 129.
Albert Àldegraf, ne à Soust , en Wesphalie , qui se distingua plus particulièrement dans la gravure, et enfin, Lambert Lombart , celui-ci divorça le premier avec le goût gothique, régnant alors. 11 fonda chez lui une académie , il eût pour élèves Hubert Goltius , Franc Flore et Guillaume Caye ou Kay. Ce peintre ainsi qu'un élève de Jean de Mabuse ou Maubeuge, nommé Jean Schorel , qui était à la fois musicien, poète, orateur, connaissant le latin, le français et l'allemand, furent en quelque sorte le trait-d'union entre les artistes italiens , alors à l'apogée de leur gloire , et les flamands , qui jusqu'à cette époque avaient subi à un degré plus ou moins élevé les exigences d'une routine obstinée, exigences auxquelles les plus éclairés d'entreux , malgré leurs efforts et leurs tentatives n'avaient pu se soustraire. Jean de Maubeuge avait grandement aidé à ce mouvement. On raconte de lui un trait singulier, nous le rapportons :
Le marquis de Verens, au service duquel était Jean de Maubeuge, étant averti que l'empereur Charles- Quint devait loger chez lui, voulut, pour recevoir dignement ce grand monarque, que tousses domestiques fussent habillés de damas blanc. Maubeuge devait subir le sort commun ; mais ce dernier, sous le prétexte spécieux d'arranger son costume à sa fantaisie, se fit remettre l'étoffe qu'il vendit et dont il porta l'argent au cabaret. L'empereur devant arriver dans la soirée il crut pouvoir se tirer facilement d'affaire. À cet effet, Maubeuge, au lieu d'étoffe, réunit ensemble de grandes feuilles de papier blanc sur lesquelles il peignit un damas grandes fleurs; après avoir confectionné son costume avec cette étoffe improvisée, le soir de l'arrivée il se mêla au cortège et fut placé entre un poète et un musicien également au service du marquis. L'empereur trouva ce cortège si brillant à la
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lueur des flambeaux , qu'il désira le voir de nouveau le lendemain. Lorsque Maubeuge passa entre ses deux camarades sous le balcon où se tenait le monarque , celui-ci remarqua l'étoffe du peintre , et s'adressant au marquis de Verens, placé à côté de lui , il (feclara n'avoir jamais vu plus beau damas ; Maubeuge fut appelé et la découverte de sa supercherie excita au suprême degré l'hilarité de l'empereur. Le marquis ne fut pas d'une composition aussi facile, et la prison fit payer chèrement à l'artiste son espièglerie. Il mourut en 1562.
Nous sommes, Dieu merci , au bout de tous nos primitifs. Mais non, en voici encore un que nous aurions eu grand tort d'omettre, car notre Exposition possède une de ses œuvres. Elle porte le n° 257. Le roi David cJiantanl les louanges du Seigneur, appartenant à M. Foa, de Marseille.
Le livret nous indique comme auteur, Dewit (Pierre), né à Anvers en 1620, mort à Rome en 1669.
Avant d'examiner ce panneau , voyons quel est ce nouveau nom qui frappe pour la première fois nos oreilles.
Ma foi nous serions pris au dépourvu si nous n'avions eu déjà occasion de remarquer ce tableau exposé précédemment chez M. Martorel,età côté duquel figurait sa gravure, exécutée par Jean Sadeler. Ce graveur est mort à Venise vers 1600 ; nous devons donc assigner à la naissance de l'auteur delà peinture une date antérieure à celle marquée par le livret. Du reste , grâce au surnom de Candido , qui nous était connu et que M. Foa avait accolé à celui de Pierre de Witte, il n'existe plus aucun doute dans notre esprit , non sur l'authenticité de l'œuvre, aux experts seuls à prononcer sur ce chapitre, mais sur l'époque où vivait cet
\kk EXPOSITION DES BEAUX-ARTS.
artiste, plus connu sous le nom de Pierre Gandido que sous celui De Wit, selon le livret, et De Witte, selon M. Foa.
Ce Pierre Gandido, de Munich, était un habile homme, al service de Maximilien, duc de Bavière ; il avait peint presque toutes les parties du palais de son Mécène. 11 dessina les ermites de Bavière, ainsi que divers autres morceaux gravés par les deux frères Raphaël et JeanSadeler. — Gilles Sadeler, neveu de ces derniers, a également gravé d'après Gandido , les quatre docteurs de l'Eglise. Gelui-ci , comme graveur, fut supérieur à ses oncles ; il mourut à Pragues en 1629.
La production de P. Gandido, exposée , brille plutôt par la finesse des physionomies et le précieux des détails que par l'ampleur de l'exécution et la beauté de la composition , c'est faux de couleur, la peinture est sèche et mesquine et de plus elle est loin de posséder la poésie de celle des maîtres italiens primitifs.
Pierre Gandido était contemporain d'Albert Durer , né en 1471; il appartient donc à la fin du xve siècle. Avis à MM. les rédacteursdu livret pour leur deuxième édition. Puisque nous sommes en train de leur signaler quelques erreurs de détails, nous les engageons également à rayer du nombre des primitifs flamands, le n° 318 , tableau provenant de l'église métropolitaine d'Aix, peint par Eliezer en 165i. A la distance où est placée cette œuvre nous n'avons pu vérifier signature et date, mais nous nous en rapportons à M. dePointel qui a relevé l'un et l'autre, en parlant de ce tableau ; quel est encore s'écrie-t-il cet autre flamand qui ne se révèle à Aix que par une composition étrange : Les innocents massacrés et ["enfant Jésus les réveillant di la mort en les appelant à lui? Oh! c'est une horrible étude, admirablement exécutée, de la dégradation de la chair morte ; il est signé Eiiezer et daté de 1654-.
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Nous demanderons à M. de Pointel si c'est bien là un Flamand ; nous en doutons ; le nom dii peintre n'est pas pour nous un indice suffisant , il y a quelque chose dans la couleur qui tient un peu de l'école française que fonda le Primatice , dont nous possédons une œuvre excessivement remarquable, lui faisant face, n° 784, Diane et Yènns, à Mme la marquise du Muy, d'Aix.
Ou plutôt cette toile des Saints Innocents semble peinte par un élève de Simon Vouet.
A la partie supérieure du tableau, dans le Jésus et les enfants qui l'environnent, à part un peu plus de transparence, c'est la môme finesse , la même suavité de coloris qui brille dans la Vierge de ce maître, placée au fond du maître-aulel de la chapelle du château Borelly. Ce sont les mômes tons doux gris-perlés qui servent de transition entre les parties des ombres pour arriver à la lumière, ce sont les mêmes carnations fraîches et rosées, enfin c'est plus délicat que puissant, il n'y a rien là de la hardiesse du coloris de Rubens, mort alors , mais dont l'école subsistait encore , non plus que nous sachions, du faire des flamands contemporains.
Du reste M. Planche, de Marseille , a exposé une Judith de Simon Vouet , sous le n° 1125, que nous avons longuement admirée ; elle est peinte dans une gamme moins brillante que les Saints Innocents, en raison de l'heure où se passe l'action. Cependant il est facile d'établir le même rapprochement, et l'on pourra se convaincre de l'influence que paraît avoir exercé l'auteur de cette Judith sur Eliézer.
Nous ne clôturerons pas la liste de nos primitifs sans indiquer encore un tableau de l'un d'eux, portant le n° 870, à M. Bouvier, d'Avignon ; il a pour titre : Les Vierges sages elles Vierges folles ; il est attribué à
Franck-le-Vieux ; le livret donne au même maître n° 367, le Calvaire; à Mme Félix de Muy ; n° 366, Repos des Hébreux dans la terre promise, à M. Bourguignon de Fabregoules; n° 368, Antoine et Clèopâtre, à M. Roux, de Marseille ; n° 369, Esther aux pieds d'Assuèrus, à M Arnaud, de Marseille, et enfin n° 371, la Présentation au Temple, à M. Girard, de Marseille. Tous ces derniers tableaux appartiennent incontestablement à la même main , sauf le degré de perfection relatif au progrès accompli par le maître à chacun d'eux , nuances que les amateurs saisiront facilement , mais ils n'ont rien de commun avec le premier nommé , c'est-à-dire avec le n° 370 ; ce tableau appartient à un maître primitif, car la perspective et le'clair obscur lui font complètement défaut, tandis que les autres ont été peints plus tard. jNous avons vu un certain nombre de tableaux des Frank , à Anvers, mais nos souvenirs à cet égard sont trèsconfus, nous ne pouvons rien préciser. Cependant si ces tableaux, depuis le premier jusqu'au dernier, ont été peints par ces artistes, les Vierges sages et les Vierges folles, doivent appartenir à Frank le père , tandis que les autres doivent être de l'un de ses fils. L'aîné appelé François Frank a peint en douze tableaux les miracles et la vie de son patron, fondateur des Ordres Mendiants, avec une Nativité et le combat des Horaces et des Guriaces , au musée d'Anvers ; le second , Jérôme Frank , une Cène , au même musée ; et le troisième, Ambroise Frank, le plus important des quatre dont Anvers a réuni un martyre de saint Corne un Martyre de saint Damien, un saint Sébastien, ainsi que plusieurs portraits , et un Martyre de saint Crépin et de saint Crépinien , composition très remarquable et vigoureusement exécutée.
Maintenant auquel de ces trois derniers donnerons-
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nous les tableaux précédemment nommés? Aux possesseurs de s'en enquérir , si cela les intéresse. Quant à nous , nous avons raconté ce que nous savons de ces peintres du nom de Frank , sur lesquels les dictionnaires et les biographes anciens se taisent complètement.
Nous avons dit au commencement de cet article que Jean de Maubeuge, Jean Schorel et Lambert Lombard avaient les premiers rompu avec les traditions des anciens peintres, pour ne pas être obligés de revenir sur les Flamands et les Allemands. Nous allons indiquer sommairement le nom des artistes de ces pays qui ont aidé à ce grand mouvement que nous appellerons la renaissance du Nord et dont Piubens et parmi ses élèves, Vandyck, sont la dernière expression, comme Raphaël et Léonard de Vinci le furent de l'Italie et Murillo de l'Espagne.
Nous citerons donc Jean Mostar d'Harlem, paysagiste, mort en 1555. Roger Vanderwyde, dont l'Hôtelde-Ville de Bruxelles conserve des tableaux fort remarquables. Tobie Stimmer de Schaffouse qui a gravé sur bois les estampes et vignettes ornant la bible éditée à Lyon, en 1569, dont je possède un exemplaire portant cette date. De Pilles cite seulement l'édition de 1586.
Jean Corneille Vermeyen d'Harlem qui peignit l'expédition de Tunis pour l'empereur Charles-Quint, auquel il était attaché, et dont plusieurs sujets exécutés en magnifiques tapisseries par ordre de Philippe II , se voient encore en Portugal. La barbe de ce peintre était si longue qu'elle traînait jusqu'à terre. Cette particularité lui valut le surnom de Jean le Barbu. Il mourut à Bruxelles en 1559.
Nous nommerons encore Antoine More, disciple de.
Jean Schorel, — Breughel le vieux, — Franc Flore, élève de Lambert Lombard, surnommé le Raphaël flamand, dont l'Exposition possède, sous le n° 1132, une Vierge entourée de fleurs, h M. Arnaud, de Marseille, — Christophe Schouarts, peintre du duc de Bavière, mort en 1594, et les élèves du même Lombard, Guillaume Kay, de Breda , mort en 1568 , et Hubert Goltius , natif de Venlo, numismate très-érudit, dont la femme commecelled' Albert Durer, le fit mourir de chagrin, — Henri Goltius, fils de JeanGoltius, peintre sur verre, — Déteric Barent, fils d'un assez mauvais peintre, disciple chéri du Titien, dont il fit le portrait ; mort en 1582, — Jean Bol de Malines, né en 1534, maître de Jacques et Rolland Savery, mort en 1593, ayant presque toujours travaillé eu petit, — Martin Hemskerc, mort en 1574, — Charles Vermander,— Jean Stradan, né à Brugesenl527, qui peignit fort bien les chevaux et les chasses ; Barîhélemi Spranger, qui exécuta à Rome le Jugement dernier, existant encore au-dessus du tombeau du pape Pie V, — Jean Dac de Cologne , — Joseph Hains, de Berne, au service de l'empereur Rodolphe, — Martin de Vos, chef de cette famille de peintres au nombre desquels on doit compter Corneille et Simon, et enfin Paul Briil qui fut, ainsi que Mathieu son frère , un excellent paysagiste. Notre Exposition compte de ce maitre cinq toiles , sous les nos 133 , 134, 135, 136 et 137, appartenant soit à M. Seystres, de Marseille, ou à M. le docteur Jouve, d'Aix, ou à M. Estrangin, d'Arles.
Notre Exposition possède également de Pierre et de François Porbus, qui vivaient à la même époque ; du premier, sous le n° 767, un portrait de Charles-Quint très remarquable, à M. R. Gower, et du second, sous le n° 788 , également le portrait d'une dame de la famille de Forbin, lisant un livre (Catherine d'Aujou),
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tiré du cabinet de M. le marquis de Forbin d'Oppède, d'Aix , tableau où brillent les qualités du maître.
François a été du reste plus habile que son père et le surpassa pour l'intelligence de la couleur. L'Hôtelde-Ville de Paris conserve de François Porbus de fort beaux portraits. Le père mourut en 1583 et le fils en 1622. Pour clore définitivement cette liste, nous nommerons encore Jean Rotenamer, de Munich, élève de Tintorret, né en 1564, — Pierre Corneille, Deryk de Delft, qui a imité à s'y méprendre, le Bassan , Cornélius Cornelu, ou Corneille Corneille, d'Harlem, né en 1562, — Adam Van-Ort, d'Anvers, né en 1537, premier maître de Rubens et enfin Otho Yenius, né à Leyde en 1556 ; l'Exposition possède de lui sous le n° 1065 , YEnsevelissemcnt du Christ , à M. le docteur Jouve, d'Aix, et sous le n° 1067, la femme adultère, à à M. Auphan de Marseille. Ce maître s'appliqua à la philosophie, à la poésie, aux mathcmathiques et à la peinture ; employé en Allemagne par l'Empereur, le duc de Bavière et l'électeur de Cologne, — il quitta ce dernier pour entrer au service du prince de Parme , gouverneur des Pays-Bas; il travailla ensuite pour l'archiduc Albert, qui succéda à ce prince. Louis XÏII tenta vainement d'attirer Venius en France.
Otho Venius fut le premier après Polidore de Caravage qui réduisit en un principe le clair obscur, principe perfectionné et répandu partout par Rubens. Il eut deux frères : Gilbert, graveur, et Pierre, peintre. Otho Venius mourut à Bruxelles en 1634. A cette époque les Flandres n enviaient plus rien à l'Italie. Un de ses plus illustres enfants , le plus glorieux élève d'Otho Venius , Paul Rubens , remplissait l'Europe de son nom et de ses œuvres. Héritier suprême de ses devanciers , la couleur avec lui semblait avoir dit son dernier mot et son influence comme coloriste devait traverser les siècles.
ECOLE D'AVIGNON ET ECOLE D'AIX
XVIa ET XVIIe SIÈCLE
Au commencement du xvf siècle l'Italie était en pleine renaissance ; cent ans plus tard cette renaissance envahit l'Espagne , la Flandre et l'Allemagne. Pendant que l'influence des maîtres italiens produisait cette régénération universelle de l'art, quel était le rôle de la France dans ce grand mouvement ?
On ne peut nier aujourd'hui que nous eussions alors chez nous une école française comptant un grand nombre d'artistes éminents, produisant des œuvres d'une haute valeur; nos miniaturistes étaient les premiers du monde, nos verriers n'avaient point d'égaux. Nous avons cité à l'appui de ce fait l'appel fait par les Italiens, à Guillaume et à Claude de Marseille. L'Angleterre , L'Espagne et la Flandre nous les empruntaient; les cathédrales de Tolède, Séville, Léon,
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Burgos, Barcelonne, Palencia en conserventles traces. Nos manufactures de Tapisseries depuis un temps immémorial n'avaient point de rivales, et leur produits se répandaient dans toute l'Europe (a) .
Un chef-d'œuvre de la sculpture française au xve siècle, le tombeau de Louis d'Orléans et de Valentine de Milan, placé à St-Denis, peut donner également une idée de l'habileté de nos sculpteurs. En 1431 Jean Fouquet faisait à Rome même le portrait du pape et peignait comme l'Italie ne se doutait pas qu'on put peindre. En un mot, une renaissance française se produisait parallèlement à celle qui s'opérait dans la péninsule italique. Lorsque commencèrent les guerres avec ce pays, Charles VIII, séduit par la beauté des jardins de N'aples , voulut faire orner son château d'Amboise à l'italienne. En li95 une colonie d'artistes italiens, achitectes, peintres, et sculpteurs furent choisis par lui à cet effet.
Le cardinal d'Amboise et Louis XII appelèrent ensuite de nouveaux artistes, André Solario entre autres, puis enfin François Ier confia la direction des travaux de ses maisons royales, après la mort de Léonard de Vinci , au Rosso et au Primatice qui fondait Fécole de Fontainebleau, tandis que notre verrier marseillais Guillaume fondait à son tour une école à Arezo, d'où sortit Vasari et une foule de peintres italiens.
Grâce au prestige exercé par ces premiers maîtres, le mouvement français fut en quelque sorte arrêté et remplacé par une renaissance étrangère ; mais le génie national retrouva ses libres allures sous Lesueur et Poussin , et la renaissance française se continua au xvne siècle ; en 1627, Simon Vouet donna l'élan que Quentin Varin avait déjà préparé. Au milieu de cet entraînement général plusieurs de nos peintres avaient
résisté avec opiniâtreté; de ce nombre Jean et François Clouet , Corneille de Lyon , et Dumonstier restèrent fidèles à la manière française ainsi que tous les auteurs de ces nombreux crayons contenus dans la collection des gravures sur l'histoire de France de M. Henin, si vrais, si beaux, qui attestent combien le génie du portrait est dans le génie de la France. Nos artistes provençaux conservaient aussi leur originalité.
Sous le gouvernement bienfaisant des Bérenger, la Provence avait consolidé son administration intérieure, étendu son commerce et adouci ses mœurs ; polis dès le principe par leurs liaisons avec les Grecs et les Arabes, en continuel contact avec l'Italie, les Provençaux doués d'une imagination vive étaient, plus que tout autre peuple, accessibles aux jouissances intellectuelles que procurent les arts.
Dans nos précédents articles, en mentionnant les œuvres de quelques-uns d'entr'eux, figurant à notre exposition, nous avons cité un nombre considérable de peintres ayant travaillé à Avignon et à Aix, jusqu'à la fin du xve siècle (b). Nous avons vu, sous le règne d'un monarque débonnaire et intelligent, l'impulsion donnée à la peinture et décrit les œuvres de plusieurs artistes flamands que le bon roi René avait appelés à sa cour. Il nous reste à examiner quels furent leurs successeurs.
Réunie à la France en 1482, sous Louis XI, pendant plus d'un siècle , cette belle province fut ravagée par tous les fléaux : la guerre civile, les séditions, la famine et la peste, tout concourait à en éloigner le culte des arts. Lorsque Avignon comptait encore un certain nombre d'artistes de mérite (c), Aix était alors en partie déchue de ce côté ; mais elle ne tarda pas à reconquérir son influence: n'était-elle pas le siège d'un parlement
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qui comptait dans son sein des personnages plus illustres qu'en aucune autre ville de France ; c'était là que vivait toute l'aristocratie puissante de la Provence : aussi tandis que la peinture officielle toute italienne se mourait à Fontainebleau, quand Freminet , la principale illustration du règne de Henri IV, subissait l'influence pernicieuse de l'école florentine dégénérée, en 1609, un brugeois, Finsonius, plantait sa tente à Aix, où il obtenait droit et qualité de citoyen , et sa peinture rude, énergique et sauvage venait rompre, par la vérité crue et hardie, parfois jusqu'à la trivialité, de ses personnages , avec les. poses tourmentées et contournées des œuvres des imitateurs de Michel-Ange à cette époque, et par son exagération même ramenait les peintres ses émules à l'étude vraie de la nature.
Flamand de naissance, Italien par l'éducation, issu de l'école du Caravage, Finsonius personnifiait en lui la fusion des peintres du Nord avec ceux du Midi, et il servit de point de départ dans nos provinces à cette école mixte dont nous avons parlé dans notre deuxième article. La vie de ce peintre a été racontée avec une touchante simplicité et tout à la fois un grand enthousiasme, par M. de Pointel, dans son premier volume. Finsonnius travailla pendant trente ans en Provence, et cela à diverses reprises, menant une vie excessivement agitée et nomade, à des distances les plus rapprochées, tantôt à Naples, à Aix, à Arles ou à Bruges, où résidait sa vieille mère.
Ce peintre aventurier, si plein de sève, d'audace et d'insouciante énergie, qui exécutait des tableaux étonnants par la grandeur de l'image et qui impressionnaient si vivement la foule, devait l'impressionner encore davantage par sa fin tragique.
Un jour, à Arles , en se baignant dans le Rhône,
Finsonius, se noya. Son pauvre chien entraîné à ses côtés par le courant, n'avait pu sauver son maître se débattant contre la mort ; mais quand les bateliers eurent tiré son corps du fleuve , le chien se coucha près du cadavre; la bête fidèle avait partagé l'existence isolée du peintre; elle était désormais seule au monde: elle suivit Finsonius au cimetière, et, s'attachant à la terre sous laquelle reposaient les restes de celui qui l'avait nourrie et aimée, elle s'y laissa mourir de faim.
Cette tragique histoire qui avait pour héros le peintre de St-Etienne d'Arles, devait se conserver vivante dans la tradition de cette ville. Le spectacle de ce cadavre étendu sur la grève du Rhône , et celui de ce chien fidèle jusqu'à la mort , avait laissé désormais dans l'esprit du peuple une empreinte que rien ne pouvait effacer.
Avec Finsonnius commença la renaissance de l'art Provençal. Ses élèves furent Mimault et Fauchier, et son protecteur, célèbre dans les fastes de la Provence, fut Peiresc.
Après avoir consacré ces lignes comme tribut à la mémoire de cet artiste , jetons maintenant un coup d'oeil sur ses œuvres , figurant à notre Exposition.
Le premier tableau en date est la Résurrection du Christ, n° 343 provenant de l'église St-Jean-de-Malte, d'Aix.
Cette peinture est une de celles ou Finsonius se rapproche le plus du Caravage son maître. Il y aurait témérité à nous, à porter un jugement personnel sur cette toile après celui qu'en a formulé M. de Pointel. Nous le lui emprunterons donc en partie, en y ajoutant nos propres réflexions. — Voilà la description de M. de Pointel : « Des reîtres, des condottiers, comme