VERNET ANTOINTE-CH ARLES-HORACE
dit CARLE.
Né à Bordeaux en 1758, mort à Paris le 17 novembre 1835, était le plus jeune des trois enfants de Joseph Vernet. Dès l'âge de 3 ans , son instinct le poussait à représenter des chevaux, qu'il dessinait déjà d'une manière surprenante.
Après avoir terminé ses études, il entra à l'école de Lepicié, remporta le deuxième prix de peinture à 17 ans en 1779 — sur un tableau d'Abigaïl apportant des présents à David, il obtint le premier en 1782 (paraboles de V Enfant prodigue), sujet proposé.
Homme du monde — autant que peintre recherché par son esprit — le jeune Carie Vernet arrivé en Italie, se trouva complètement dépaysé, et les maîtres dont il considérait les ouvrages, surtout dans le but d'examiner comment ils avaient représenté les chevaux, ne produisirent que peu d'impression sur son esprit ; bientôt en proie à une mélancolie profonde, il quitta la palette, occupé entièrement d'exercices de piété, il se serait fait moine, si son père ne l'eut rappelé promptementen France et marié en 1787, à la fille de Moreau le jeune, graveur du cabinet du roi.
Revenu à Paris, et reprenant les pinceaux, Vernet fut agréé à l'Académie le 24 août 1789, il exposa pour la première fois au salon de 1791 . un vaste tableau représentant le Triomphe de Paul-Emile , où il mit à profit les nombreuses études faites par lui dans les haras et les manèges , où il rompit avec toutes les traditions qui, depuis Raphaël, jusqu'à Yender Meulen, donnaient aux chevaux , dans les compositions de style élevé , des formes lourdes et trop souvent conventionnelles , — traditions que n'avait pas davantage respectées Charles Parrocel, qui avait été sous Louis XV, le plus grand peintre de chevaux que la France eut encore produit.
Cependant la révolution éclatait, et la verve de l'élégant artiste ne put résister aux malheurs du temps et à la douleur de voir sa sœur périr sur l'échafaud. Ce ne fut que sous le Directoire, que tout en reprenant sa vie mondaine, il finit par abandonner le style classique, pour ne plus suivre que son instinct.
Ses nombreuses caricatures, ses dessins des campagnes d'Italie, enfin son immense tableau, de la Bataille de Marengo , où les dispositions stratégiques sont fidèlement observées, sans nuire au pittoresque de la composition et à la réalité des détails, lui firent une grande réputation.
En 1808, il exposa le malin de la bataille d'Auslerlilz, et reçut des mains de l'Empereur, la décoration de la Légion-d'IIonneur , qui venait d'être donnée également à Prud'hon , à Gros , et à Girodet ; bientôt après il fut nommé membre de l'Institut.
Sous la Restauration, outre des tableaux de chasse, de courses , de combats de petites dimensions , de chevaux , de sujets de genre et de paysages, il exécuta une quantité immense de lithographies, qui furent extrêmement recherchées. Louis XV1ÎI, le nomma Chevalier de l'Ordre St-Michel, et lorsque son fils, Horace Vernet, fut nommé en 1827, directeur de l'Académie de Rome, Carie l'y suivit, comptant terminer un grand tableau, représentant Louis XVf II, allant rendre grâce à Dieu dans l'église Notre-Dame. Malgré sa résolution, cette œuvre ne fut jamais terminée et à partir de cette époque Vernet ne produisit plus que de rares ouvrages, il a exposé aux salons depuis 1791 jusqu'en
Le musée du Louvre ne possède de lui que son tableau intitulé : Chasse aux Daims pour la St-Hubert en 1818, dans le bois de Meudon. Le moment représenté est le passage de l'eau, dans l'étang de Ville d'Avray , Monseigneur le comte d'Artois, y assistait avec le duc de Rcrry. (Voyez livret du Louvre).
Ses deux dessins représentant lamort d'IIippolyte et Conducteur de char venant de remporter le prix de la
course et qui furent exposés en 1800, furent gravés dans le temps.
Voici la liste de quelques-unes de ses productions ayant figurées à diverses autres Expositions. Outre son tableau de Paul-Emile^ dont nous avons déjà parlé ; — en 1804 : Bataille de Marengo ; deux marches de Mamelucks ; Un train d'artillerie légère ; Chasseur au tir ; Le Colonel des Guides de l'Empereur; Bataille contre les Mamelucks.— En 1806: la Veille de labataille a" Auslerlitz ; Portrait à cheval de Napoléon /"; Exercices de Franconi, etc. — En 1810 : Bombardement de Madrid, commandé par le Sénat ; Bataille de Rivoli ; Départ de l'Empereur pour la chasse. — En 1812 : Chasse de l'Empereur au bois de Boulogne ; Passage de troupe dans une gorge de montagne, par un temps de neige. — En 1819 : le Duc de Berry en uniforme de Lancier ; un Cheval sauvage effrayé par des lions. — En 1819 : la Chasse aux Daims déjà mentionnée ; Vienne assiégée par les Turcs, délivrée par Sobieski en 1683 ; Bivouac de Cosaques; Retour des champs ; Retour du marché; une marchande de poissons. — En 1824 : Prise de Pampelune ; — En 1831 : un Retour de chasse ; un Four à plâtre à Montmartre.
On cite encore de lui, un Cosaque dans les montagnes ; l'Entrée dans Milan ; la Bataille de Wagram.
Dans le nombre considérable d'oeuvres dues à son crayon, on remarque ses vingt-huit dessins in-folio, pour les campagnes d'Italie du général Bonaparte.
Vernet était en 1806, peintre du dépôt de la guerre.
Carie Vernet et son fils Horace Vernet ne sont pas nés à Avignon , mais ils y ont laissé des souvenirs éclatants de leur passage et de leur munificence. On se rappelle en effet qu'en 1826 le maire,
LES VERNEÏ. 29$
M. de Montfaucon profita de leur présence dans cette ville pour inaugurer au musée Calvet ( avec le buste de C. J. Vernet sculpté en marbre par M. J. Brian) une collection de tableaux formée de dons volontaires et décorée du nom de Galerie Verne t.
Les deux artistes, accueillis avec le plus vif empressement, apportèrent pour cette inauguration, qui fut fc.ile le 12 octobre de celte année, deux belles pages, l'un, une Course de chevaux qui a lieu tous les ans à Rome pendant le carnaval sur la place du peuple, et l'autre le Mazeppa, œuvre si riche de verve, que le musée d'Avignon avait confiée à notre grande Exposition.
Il y avait eu au sujet de cette inauguration, deux jours auparavant une séance de l'Athénée de Vaucluse, la plus brillante de toutes celles de cette société, qui fit appel aux muses françaises. La composition couronnée fut une ode de M. Bignan à la louange de Joseph Vernet ; on lut aussi plusieurs autres ouvrages en prose ou en vers en l'honneur de ce dernier. Un membre de l'Athénée ayant proposé d'admettre , séance tenante , MM. Carie et Horace Vernet, en qualité de membres sociétaires, le secrétaire perpétuel (M. Morel) se leva et dit :
a Messieurs , nos règlements veulent qu'un rapport sur le mérite des candidats précède les délibérations de cette nature; mais ici le rapport est tout fait; la renommée s en est chargée, et il est enregistré par la gloire. » Magnifiques paroles dignes des deux artistes qui furent avec un enthousiasme sans égal et à l'unanimité, proclamés membres honoraires. Hyac Morel célébra ceuxci dans une chanson patoise (insérée dans son Galoubè, p. 161 à 174), et M. H. Guerin remarqua (Observations météorologiques p. 49) que le 10 octobre 1826 , les
ayb EXPOSITION DES BEAUX- ARTS.
taches du soleil formaient un V (initiales du nom des récipiendaires) de 24,800 lieues de grandeur et trèsbien dessiné.
Le musée Calvet possède également de Carie Vernet un Cosaque à cheval traversant un pont de bois qui se brise, et de Horace Vernet un second Mazeppa, absolument semblable au premier et original comme lui. L'un de ces derniers, en effet, avait été endommagé par un coup de fleuret dans un assaut d'escrime, au moment ou l'artiste allait le terminer pour en faire hommage à la ville natale de son grand-père : l'œil le plus exercé saisit à peine quelque différence entre ces deux tableaux (Voy. Barjavel).
Nous avons mentionné les faits précédents car ils sont honorables pour tous