‹ Annales de la peintureChapitre 42 sur 72 · VERNET (HORACE · texte numérisé non relu

VERNET (HORACE

Horace, fils du précédent, naquit à Paris, le 30 juin 1789, aux Galeries du Louvre, où demeuraient son père et son grand-père. Stimulé par l'exemple et par les chefs-d'œuvre qu'il avait sous les yeux , Horace Vernet devait rester digne du nom qu'il portait , et contribuer encore à l'entourer d'une plus brillante auréole, désormais inscrit au premier rang dans les fastes de l'art, sa mémoire doit traverser les siècles.

Nommé directeur de l'Académie à Rome en 1827, voici ses principaux ouvrages mentionnés sur nos livrets d'Exposition.— En 1802 : Prise du camp retranché de Glatz (en Silésie), par le roi de Westphalie ; Intérieur d'écurie cosaque ; autre 'polonaise , etc.

— En 1814 : Portrait en pied d'un garde d'honneur;

— En 1817 : Bataille de Tolosa entre les Espagnol et les Maures ; une Halte ; Surprise d'avant-poste ; Mort de Poniatowski , etc. — En 1819 : Massacre des mamelucks au Caire ; Ismayl et Mary ans ; Embuscade de Guérillas; Combat d'avant-poste dans un défilé ( Français et Espagnols ) ; Portrait du duc d'Orléans passant en revue le 4er régiment de Hussard; un Grenadier français sur le champ de bataille ; Etable à vaches (intérieur) ; Combat contre les Algériens (marine) ; Prêtresse Druide improvisant sur sa harpe ; la Folle par amour; X Hospice du Mont-Sl-Gothard; (ces dix derniers tableaux appartenaient au duc d'Orléans, depuis Louis-Philippe) ; Revue des Grenadiers à cheval de la Garde Royale ; Molière consultant sa servante ; etc.; En 1822 : Portrait de son aïeul Joseph Vernet. — En 1824 : Portrait équestre du duc d'Angoulème; Portrait en pied du maréchal Gouvion St-Cyr, etc. — En 1827 : Episode de la bataille d'IIaslings; Dernière chasse de Louis XVIII à Fontainebleau.

On a vu de lui cette même année au musée Charles X, un plafond représentant Jules II ordonnant les travaux du Vatican et de St-Pierre à Bramante, à Michel- Ange et à Raphaël; dans la première salle du Conseil d'Etat, Philippe-Auguste avant la bataille de Bouvines.

En 1831 parurent, la Batailh de Valmy , celle de Jemmapes; Arrestation du prince de Condê, du Prince de Conti et duc de Longueville au Palais- Royal, par Anne d'Autriche, (en 1650) ; le pape Léon XII, porté dans la Basilique de St-Pierre de Rome; Portrait de Viltoria d'Attoria d'Albano; la Confession d'un brigand; Combat entre des dragons du pape et des brigands ; Départs pour la chasse dans les marais

ponlins; — œuvres mille fois reproduites par la lithographie ou le burin.

On cite encore d'Horace Vernet : Mazeppa ; les Enfants de Paris devant Vilesp (campagne de 1832) ; Combats de Grecs et de Turcs (marine) ; moines espagnols se défendant dans leur couvent ; et de plus les Batailles de Montmirail, de Jarnac, le Soldat laboureur, la Barrière de Clichy; la Défense de Sarragosse ; le cheval du Trompette, etc., et les magnifiques pages toutes relatives à nos guerres d'Afrique qui figurent au musée historique de Versailles.

Horace Vernet a peint tous les genres avec succès, tous lui sont familiers, — batailles, marines, chasses, portraits. — Ha publié en 1830, la Dernière cartouche, gravée par Chollet, il exposa la même année au Capitale, un portrait de Pie VIII et une JuditJi tuant Holopherne. En 1812 , il obtint une médaille d'or de première classe; il est membre de l'Académie des beaux-arts et officier de la Légion-d'Honneur.

XIXe SIÈCLE

Nous venons de réunir en faisceau , le nom des divers maîtres , dont se composaient les familles si justement célèbres, des Mignard, des Parrocel , des Vanloo et des Vernet, dont le plus grand nombre, comme on a pu le voir, sont originaires du Midi, et particulièrement d'Avignon et d'Aix. Nous allons maintenant jeter un dernier regard sur les artistes de cette première ville.

Nous avons dit dans un de nos derniers articles, que la révolution de 89 paralysa toute expansion artistique à Avignon qui voyait encore fleurir dans son sein des amateurs du plus grand mérite, tels que : le lieutenant général de Calvière, le marquis de Raousset Boulboo , dont le petit-fils a fini ses jours d'une manière si tragique à la Sonora, et le docteur Calvet.

En effet, pendant cette période néfaste de la terreur, l'ancienne cité des Papes fut livrée à l'anarchie

et à la guerre civile , et les grandes familles furent persécutées.

Sous l'empire, les haines politiques couvaient sous la cendre , une simple étincelle pouvait les ranimer. La chute du premier Empire, et les désastres de Waterloo, furent de nouveau le signal des plus graves désordres et Louis XVIII eut grand peine à calmer ces esprits méridionaux surexcités jusqu'à la folie.

Le culte des beaux-arts réclame une certaine quiétude de l'àme , une certaine élévation de la pensée , incompatible avec le trouble et le désordre. La guerre avec son cortège de brillantes victoires avec ses fiévreuses agitations , peut enfanter des artistes qui inscrivent au front des monuments ou retracent sur la toile les triomphes d'un peuple , pour en consacrer le souvenir ; mais la paix seule , féconde le génie , quand la guerre civile l'étouffé , — la Province a surtout besoin de calme et la paix était loin de régner à Avignon. Cependant, nous devons le dire, un grand citoyen contribua puissamment à pacifier cette ville si agitée , ce fut Puy (François-Ignace-Guillaume) que le grand Empereur surnomma le Maire modèle.

Enumérer les services rendus par cet homme éminent, est impossible. Vers l'an III, placé à la tête de la municipalité d'Avignon , il refusa en l'an IV, le poste de membre du directoire du département de Vaucluse auquel il avait été nommé. Elu maire, il remplit ces délicates fonctions jusqu'en 1806. Ce fut durant cette période que, sous ses auspices et par ses soins, s'ouvrirent dans sa commune des maisons d'instruction primaire et une école de dessin (1801), dont il confia la direction à P. Raspay. Il seconda puis-

samment les efforts qui eurent pour but la fondation de l'Athénée de Vaucluse et telle du collège.

Le dévouement de ce généreux citoyen, fut tel pour ses administrés , qu'on nous permettra d'en citer quelques traits.

Pendant les dernières années de la République , il préserva par sa fermeté et son influence un grand nombre de ses compatriotes des plus grands malheurs.

C'est ainsi que quelques jours avant la mort de sa femme qu'il chérissait au delà de toute expression , il l'abandonna mourante aux soins de sa famille et de ses médecins , pour aller coucher aux prisons du Palais, où il fit porter son lit, afin de sauver la vie des détenus, qu'une populace effrénée voulait égorger. On le vit également, dans plusieurs circonstances pénibles, distribuer aux pauvres , bien au-delà de ses propres revenus.

Puy, par suite de quelques contestations qui s'étaient élevées entre lui et le Préfet (Bourdon deVatry), avait résigné les fonctions municipales en 1806 ; il ne consentit à les reprendre qu'en 1811. Lors de la terrible catastrophe du 2 août 1815, Puy tenta vainement d'arracher à la mort l'infortuné maréchal Brune; méconnu à son tour , renversé et foulé aux pieds , peu s'en fallut que son sang ne vint se mêler dans cette horrible journée, à celui de la malheureuse victime, objet de toutes ces fureurs.

Ces quelques épisodes que nous retraçons rapidement, donnent la mesure de la fermentation des esprits dans le comtat , jadis si calme sous l'administration paternelle de la papauté , et que l'esprit révolutionnaire n avait pas encore visité avant sa réunion à la France,

En cet état de chose , les arts étaient grandement délaissés.

Sauvan, Philippe, qui faisait école à Avignon et avait déterminé la vocation de Balechou, était mort en 1792, laissant parmi ses élèves comme sculpteurs ou dessinateurs :

1° Chevalier, Pierre, qui traita le 3 février 1780, avec les Etats du pays, pour la décoration de la grande salle du Palais Episcopal, dans laquelle les Etats se réunissaient.

2<> Duval, Petermann, serrurier releveur d'Avignon, à qui l'on doit la belle porte de l' Hôtel des Monnaies de Paris.

3<> Les frères Fontaine, graveurs, qui s'établirent à Paris , et ont notamment gravé les œuvres des Vanloo.

Comme peintres, indépendamment de Bidauld dont nous avons parlé :

1° Lacroix, mentionné dans YAlmanac/i des Artistes de 1776 et 1777, et dont les marines si communes dans nos contrées, sont comme un écho et un reflet de celles de J. Vernet dont il s'est inspiré.

2<> Sa fille, demoiselle Sauvan , mariée à M. Moricilly.

3° Les frères Raspay.

4° MlCHON.

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5° Le père Albouin , de Villeneuve , qui avait également étudié chez les Vernet,et qui vint se perfectionner sous la direction du frère Imbert , de Marseille , chartreux, dont l'église de Villeneuve-lez-Avignon , possède plusieurs toiles fort estimées. L'Ecole d'Albouin s'est éteinte il y a une quarantaine d'années dans la personne de son fils. Ces derniers artistes privés d'encouragements et de travaux importants virent leur talent en germe s'éteindre et s'étioler, nous devons néanmoins leur consacrer quelques lignes ainsi qu'aux artistes leurs contemporains , en jetant également les yeux sur leurs successeurs qui appartiennent aujourd'hui à l'avenir.

NOTES SUR LES ARTISTES AVIGNONAIS OU DU GOMTAT AU XIXe SIÈCLE.

Raspay , l'aîné , dessinateur très habile , donna dans les excès de la révolution , se livra à l'ivrognerie et mourut jeune.

Raspay , Pierre, le plus jeune , né en 1748 à Avignon, où il est décédé le 18 mars 1825 ; dirigea depuis l'an xi, jusqu'à sa mort , l'école publique de dessin ; il avait fréquenté l'atelier du grand Vernet, avait connu Baiechou et fait le pèlerinage de Rome où se trouvait alors Vien et David. On voit de lui à la chapelle des Pénitents Noirs, une très grande toile représentant la Ste- Trinité et un médaillon circulaire, représentant Si- Jean-Baptiste en prison. Le Musée d'Avignon possède quatre de ses œuvres : 1° une Lutte d'Hommes à Montfavet ; 2°

une vue du palais des Papes ; 3° une vue du pont de St-Bènèzet ; et 4° le portrait de Vabbè Meynet , ancien conservateur de la Bibliothèque et du Musée de la ville. Toutes ces productions sont généralement médiocres.

Raspay a formé de bons élèves , son école était alors fréquentée par de jeunes gens de famille , parmi lesquels nous citerons , le baron de Montfaucon , excellent dessinateur, plus tard maire d'Avignon ; le baron Dulaureks; Servier , qui s'engageait au sortir de l'école où il avait remporté les premiers prix en 1803 , et revenait à Avignon en 1814, avec le grade de colonel ; Silvestre , le paléographe célèbre , qui fut le professeur de calligraphie de tous les enfants de Louis-Philippe ; Bilfelt, le miniaturiste ; Chantron , d'Avignon, devenu colonel du génie , qui a laissé une belle collection de gouaches et de pastels ; Doulliot, professeur de mathématiques et de géométrie, de l'académie des sciences de Paris ; et Barrot , célèbre tourneur de Napoléon Ier.

Michon , condisciple de Raspay , passa une partie de sa jeunesse chez les Observantins de Fréjus, pour lesquels il peignit un grand nombre de tableaux ; mais il ne fut jamais qu'un peintre de cinquième ordre : il mourut à Avignon en 1827.

Mimoli , peintre avignonais fut professeur au Lycée depuis 1810 jusqu'à 1825, époque de sa mort. L'église St-Agricol a de cet artiste, un grand tableau représentant le Saint-du-Vocable, composition qui rappelle le Sl-Eloi des bijoutiers, de N. Mignard. existant à l'église St-Symphorien. Minoli a fait également pour les Pénitents Blancs , un St-Laurent , mais ces toiles accusent une extrême faiblesse.

Il est un Orangeois , contemporain de Raspay , qui

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s'est acquis une certaine célébrité comme graveur ; nous allons le citer :

Duplat (Jean-Louis^ , graveur, né à Orange le 28 janvier 175T, quitta à l'âge de 16 ans cette ville , voyagea dans diverses provinces , et fit à Villefranche son apprentissage de graveur d'indienne , il s'y distingua par une supériorité de goût qui présageait l'artiste , et fut jugé digne de diriger quelques ateliers. Chef du cabinet de gravure, dans la principale fabrique de Genève à l'époque où Voltaire vint la visiter, il fut présenté à ce dernier et chargé d'expliquer avec détail les travaux de cet établissement ; rentré en France , Duplat fut à Paris ; il entra comme graveur dans une fabrique de papiers peints , à la tête de laquelle était l'habile Jean-Demosthène Dugaury, qui distingua bientôt le jeune Duplat et se l'attacha pour en faire l'interprète de ses nombreuses et ingénieuses compositions ; bientôt les noms de Fun et de l'autre devinrent inséparables dans leurs ouvrages. Dugaury ayant été appelé en Espagne, Duplat devint seul arbitre de ses idées et continua à graver la vignette sur bois. Ce fut lui qui grava tout les types du gouvernement républicain en 180i.

Sans cesse occupé des perfectionnements de son art, Duplat fut l'auteur de plusieurs inventions qui lui valurent un nombre considérable de gratifications de divers gouvernements, la Société d'Encouragement lui décerna également un prix de 1,500 francs et une médaille d'or, pour les perfectionnements apportés par lui dans ses gravures sur bois, et pour ses procédés dans la gravure en taille de relief. Duplat est mort à Paris le 20 mai

Voici également deux Carpentratiens doués d'un certain mérite ;

Bernard (Siffrein- Joseph), né le 26 novembre 1772, à Carpentras , où il est décédé le 14 mai 1835 , avait été successivement professeur de dessina l'école centrale de Vaucluse , après Joseph Perru ; régent de belles lettres et de rhétorique au collège de sa ville natale et principal de cet établissement.

Bernard (Jean-Bénédict-Martial), frère du précédent, né à Carpentras le 17 juin 1784 , était doué d'une grande aptitude pour manier le crayon et le burin. Il devint un des plus habiles joailliers de Paris. Employé par impératrice, plus tard par Louis XVIII, il fut nommé , sous Louis-Philippe , joaillier de la maison du roi et du ministère des affaires étrangères. L'exécution de l'épée d'honneur, offerte au maréchal Gérard, à la suite de la prise d'Anvers, lui fut confiée. C'est un chef-d'œuvre de ciselure et de dessin. ( Pour plus de détails voyez Barjaveî).

Avant de nous occuper des élèves dcRaspay, nous nommerons encore deux artistes originaires d'Avignon.

Deveria (Eugène) , petit-fils d'un Avignonais , dont un des ancêtres exerçait dans le xvie siècle la peinture à Avignon, sous le nom d'Yveriac, est né vers 1807 , dans le nord de la France. Elève de son frère Achille, artiste populaire, il s'est occupé de peinture historique et monumentale; il a débuté au salon de 1824 par une Vierge allaitant V enfant Jésus; une Femme en prison; un Philosophe ; un Militaire pansé par une sœur de charité et le Portrait en pied de M. Ladvocat, libraire. En 1827, il exposa la Lecture de la sentence de Marie Stuart ; Marc Botzaris rentrant à Missolonghi, donne aux malheureux les ornements de ses armes et sa ceinture qui contient tout l'argent qu'il possède; la Qote des deux amans ; et la Naissance d'Henri IV, qui

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fut jugé digne d'être acquis pour le palais du Luxembourg. Fixé à Avignon dès 1838, il fut chargé de l'exécution des fresques qui ornent îes*plafonds et les frises des chapelles de gauche, dans l'église de iXotre- Dames-des-Doms. Il fut nommé professeur de peinture à l'école d'Avignon en 1840, on voit de lui au musée Calvet , un tableau remarquable , représentant une famille normande.

La sœur de Deveria , Ladre , pianiste de premier ordre , morte dans sa 20me année , peignait les fleurs d'une manière ravissante.

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