A PRÊCHÉ UÉVANGILE EN ESPAGNE
La critique est entrée en ce moment dans uneToie nouvelle. Toutes les origines historiques sont examinées avec un soin extrême. On n'agit plus comme au 17* et au 18« siècle; on ne retranche plus impitoyablement tout ce qui n'est pas conforme à certaines règles arbitraires que Ton a\ait déclarées seules probantes. On remonte aux sources, on les examine; on étudie, attentivement les traditions; les légendes mêmes ne sont pas méprisées; on n'adopte pas tout, mais on les traite avec un certain respect comme les souvenirs des grands parents, et Ton cherche à démêler avec soin les parcelles de vérité qui s'y trouvent. Nous l'avons dit plusieurs fois, c'est aux élèves de l'École des Chartes qu'on doit cette méthode sage et vraiment critique, et nous avons prouvé que le clergé était entré, par des travaux loués de tous, dans cette voie nouvelle.
Nous voulons en donner encore une preuve en empruntantà la Revue des sciencei ecclésiastiques, dirigée par M. l'abbé Bouix et par M. l'abbé Hautcœur, un mémoire sur la prédication de saint Paul en Espagne K Cette revue déjà connue de nos lecteurs, se fait remarquer entre toutes les autre& par la science et l'à-propos de ses publications; le droit canon y est surtout traité avec une sûreté et une pureté de doctrine qui la rendent très-utile au clergé K
En reproduisant ce travail de M. Vabbé Maxime Latou, nous y ajouterons quelques recherches que nous tenions depuis quelque temps dans nos cartons. Pour ne pas les confondre avec la rédaction de M. Latou, elles seront marquées par le mot annales, ou bien par deux parenthèses. Nous avons de
* Cahier de juillet 1861, t. iv, p. 47. — On s'abonne à Arras, chei M. Roosseaiv éditeur, et à Paria etiei MM. Tolraet Haton, liliraires, 66, rue Bonaparte; prix, 12 fr. Tannée.
plus ajouté les textes grecs aux citations latines de M. Tabbé Latou et ramené à la Patrologie kUine ou grecque, de M. l'abbé Migne^ toutes ces citations. Elles diffèrent quelquefois de celles de Fauteur^ mais nous pensons qu'il est bon que tous les textes soient cités diaprés cette dernière édition, la plus exacte et la plus facile à consulter. Nous espérons que ce travail sera agréable et utile à nos lecteurs. — Voici la dissertation de M. Tabbé Latou. A. B.
l'apôtre saint PAUL A-T-IL PRÊCHÉ l'ÉVANGILE EN ESPAGNE?
« Dans son Épître aux Romains, TApôtre des nations exprime le désir qu'il a de visiter TEspagne, et d'y annoncer la vraie foi. Il écrivait de Corinthe aux chrétiens qui habitaient la capitale de TEmpire, que n'ayant plus aucun sujet de demeurer dans ce pays^ il était sur le point de réaliser le projet depuis longtemps formé d'aller les voir, a Lorsque je ferai le voyage » d'Espagne, leur disait-il, j'espère vous voir en passant, afia » qu'après avoir joui quelque peu de votre présence, vous me » conduisiez dans cette contrée-là ^ » Puis il les prévenait qu'il se rendait à Jérusalem pour distribuer aux fidèles les aumônes recueillies en Achaïe et en Macédoine, et il ajoute : « Lorsque j'aurai terminé cette affaire et que je leur aurai re- » mis le fruit des collectes, je partirai pour l'Espagne en pas- » sant par chez vous *. »
Ces paroles montrent dans saint Paul l'intention formelle et bien arrêtée de prêcher en Espagne. L'évangélisation de cette contrée est le but principal de son voyage ; Rome n'en est que l'accessoire. Il veut aller en Espagne, il ne verra|Rome qu'en passant. Il y fera une halte qui sera pleine de consolation pour lui, il est vrai, car il se trouvera au milieu de fidèles dont la foi est célèbre dans l'univers entier; pleine de joie et de bonheur aussi pour ces mêmes fidèles, auxquels il promet de leur faire part de quelque grâce spirituelle et de leur
* Quum in Hispaniam proflcisci cœpero, spero quod prsterieos videam vos, et a Yobis deducar illuc, si yobis primum ex parte fruitus faero (Paulas c4 Romanosy xv, 24).
' Hoc corn consummaTero, et assigotfvero eis fractum hanc, per vos profi-, ciscar in Hispaniam (i&td., 28).
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donner des règles saintes^ propres à les affermir dans leurs dispositions chrétiennes * : néanmoins ce séjour à Rome ne sera qu'une halte. Le but du voyage, c'est l'Évangile à prêcher en Espagne.
Mais ce voyage, saint Paul l'a-t-il véritablement entrepris ? Lui qui se proclamait redevable aux Grecs et aux Barbares, aux sages et aux humbles, a-t-il réalisé sa promesse et visité l'Espagne? C'est une question controversée. Il y a de grandes autorités qui l'assurent, quelques autres semblent le nier. Nous allons rapporter les témoignages qui déposent en faveur de ce voyage, et ceux qui lui sont contraires. Les lecteurs ayant sous les yeux les pièces du procès, pourront prononcer en connaissance de cause. Nous avons la confiance que leur sentiment ne différera pas du nôtre, et qu'ils inclineront à se prononcer pour l'affirmative.
C'est une tradition universellement admise en Espagne^ que le Christianisme y fut connu et pratiqué du temps même des Apôtres. Cette tradition que la foi de tout un peuple rend déjà si forte, corroborée encore par le témoignage de tous les historiens^ a été confirmée par la découverte d'une ancienne inscription trouvée dans cette contrée, et que le cardinal Baronius a insérée dans ses Annales. Elle portait : « A Claude » Néron, César Auguste, Souverain-Pontife, pour avoir purgé » la province de brigands , et de ceux qui enseignaient aux » hommes une nouvelle superstition ^, » Par cette superstition, qui était toute nouvelle du temps de Néron, on ne peut entendre
' Prinram gratias ago Deo meo per Jesum Christum pro omnU)us vobis, quia fides vestra annuntiatur in universo mundo (Rom, i, 8). Desidero enim videre vos, ut aliquid impertiar Yobis gratis spiritualis ad conflrmandoa yos {ib, y. U). ^ Annales, — Voici la forme de cette inscription :
NERONI CL. CAES.